Vol. XXXI,  n° 5 - v. 4.2 Le seul hebdomadaire de la région publié une fois par mois Le lundi 4 janvier 2021


 
Ce numéro :  

Tristan Corbière - Mozart et Nougarou - Pâques, Noël, l'Halloween, la Saint-Jean et le Jour de l'An - L'analphabétisation et la curiosité - George Smiley - Pline le Jeune (et Trajan) - Georges Gauvin (nue) - Les guerres puniques - Le Paris de Julien Green - Irving Caesar - John Le Carré - Promesses et résolutions - Un maire et un Cardinal - Carl Sagan...

et :

un conte s'étant déroulé, il y a des années, sur le chemin d'intérêt national qui va de Napierville à Saint-Romuald-d'Etchemin, siège social d'un de nos commanditaires, La Vatfair-Fair Gourmet Food and Shoe Emporium Company.


À noter :

  Le site de l'UdeNap est présentement en reconstruction. 

Pour plus d'informations, cliquez ICI

 
Éditorial :  

2021

De l'an 2020, on s'en souviendra. D'autant plus qu'aux dernières nouvelles, ces effets risquent de perdurer jusqu'à la fin, selon les plus optimistes, du printemps alors que nous avons à peine entamé l'hiver...

Il y a six mois, notre UNE faisait état de 100,000 morts de la COVID-19 aux USA tout en attirant l'attention sur l'incurie totale de son Président et voilà que ce matin on en prévoit que ce total se lira 350,000 dans les jours qui vont suivre, un nombre qui sera sans doute atteint au moment où vous lirez ceci. 

Lueurs à l'horizon ? - Il y en a deux. - D'abord un nouveau président et puis des vaccins, encore mal distribués, mais assurémentt une solution à long terme.

Entre-temps, il y a eu des Fêtes qui n'en furent pas, des établissements commerciaux qui ont fermé leurs portes définitivement, de plus en plus de détresse chez les personnes vivant seules tandis qu'on en est uniquement, aujourd'hui, aux services essentiels

Parmi ces essentiels, permettez que l'on considère le Castor™ comme faisant partie de ceux qui contribuent et continueront à contribuer à cette hygiène qu'on oublie trop souvent : celle de l'esprit.

Comptez-nous, chers lecteurs et chères lectrices, parmi ces lumières que l'on voit au bout de longs tunnels  et qui ne sont pas celles de trains venant en sens inverse.

Bonne Lecture !

La direction

P.-S. : En passant, comme le recommande le journal The Onion, saluons les courageux membres du Congrès et du Sénat américains qui s'apprêtent demain à défier le vote populaire. La sagesse veut que tous les élus au suffrage universelle mérite notre sympathique admiration.

 
 Chroniques :

Les chroniques précédentes de nos correspondants peuvent être consultées sur CE LIEN.

À noter :

Que ces chroniques sont, comme tout le site de l'Université de Napierville, en révision. Plus particulièrement, toutes les chroniques et les écrits hors-texte de nos correspondants qui sont à être reclassés chronologiquement, leur présentation modifiée (fontes, espacement, liens, etc.) de même que les photos qui sont individuellement restaurées.

Une attention particulière sera éventuellement donnée aux fautes de frappe, erreurs dans la transcription, les dates et autres incongruités dans l'édition de ces chroniques destinées au marché américain.

 
  Simon Popp

Promesses et résolutions

Je ne suis pas très fier de certaines choses que j'ai faites au cours de ma vie - notamment d'avoir manqué deux ou trois rendez-vous galants ou d'avoir bu une fois de la piquette parce que c'est tout ce qui restait. 

Mais :

S'il y a une chose pour laquelle je n'ai aucune difficulté à me vanter de, c'est bien celle de la promesse que je me suis faite, il y a des années de cela, de ne jamais prendre une ou des résolutions la veille du Jour de l'An. Ni le lendemain d'ailleurs.

Et, encore une fois, cette année, à quelques jours avant la fin de l'année (au moment où j'écris ceci), je sais que je ne changerai pas d'idée.

D'abord, je n'ai jamais très bien compris ce qu'était qu'un «Nouvel An» et...

Au risque de me répéter...

Risque ? Ce n'est pas un risque, je sais que je vais me répéter. Je le fais à tous les ans depuis des années. - Relisez, par exemple, ce que j'écrivais l'an dernier à propos du Jour de l'An de l'An 2020 (cliquez ici). - Je viens de le faire et je ne sais pas si, cette année, je pourrai me surpasser...

Pourquoi alors me répéter ?

Parce qu'on ne m'écoute jamais !

On ne m'écoute pas, non seulement la veille ou le lendemain du Jour de l'An : on ne m'écoute pas ni à Pâques, ni à Noël, ni à l'Halloween, ni même lors de la Saint-Jean.

Ça a été facile de m'en rendre compte. À chaque fois que ces «Fêtes» arrivaient ou continuent d'arriver, j'ai vu, je vois et je sais que je vais continuer à voir des gens - mes voisins, mes «proches», mes amis - du monde généralement sensé :

  • mêler chocolat et lapins à Pâques, 

  • décorer des sapins morts (dans leurs maisons !) à Noël, 

  • se déguiser en zombies ou en Dieu-sait-quoi à l'Halloween, 

  • courir voir des feux d'artifice en l'honneur d'un homme qui, selon la légende, aurait été décapité il y a deux mille ans 

et

  • à 11h59 le 31 décembre de chaque année, juste avant la première minute du 1er janvier de l'année suivante, se mettre des chapeaux ridicules sur la tête, sortir des flûtes en papier, lancer des serpentins et embrasser toutes les personnes à la ronde parce que... 

La terre vient d'entreprendre un 
autre tour autour du soleil.

*

«C'est pour les enfants...» que j'ai entendu dire récemment...

La belle affaire ! Dès qu'ils seront plus vieux, ils continueront, à Pâques, à Noël ou à l'Halloween : «chocolat, lapins, sapins morts...»... comme des animaux de laboratoire, à la Pavlov.

Ça va prendre combien de temps, selon vous, avant que ces conditionnements hérités de temps anciens disparaissent ? Mille ans ? Deux milles ans ?

*

Le «Premier Jour de l'An» ? C'est de l'arnaque, de la grosse menterie. C'est un moyen que des illuminés, des gens qui se prenaient pour plus intelligents que les autres, des créateurs de mythes ou des hommes qui ne s'habillaient pas comme tout le monde, ont inventé pour dire, un jour, que le soleil allait se lever à un endroit précis de l'horizon dans exactement 365 jours (et nuits) à compter d'un certain moment.

«Vous verrez, disaient-ils. 
C'est un bonhomme qui vit dans les nuages 
qui nous l'a dit.»

Et les années ont passé. Ce nombre de 365 est passé à 366 une fois sur quatre, puis à 365 jours et quart... à 365.2426... à 365.2425 et, plus récemment, 365.2421875...

Les anges qui poussaient ces étoiles dans le ciel devaient commencer à vieillir... - Et l'on sait ce que les muscles, avec l'âge...

D'autres, moins crédules, ont alors dit : «Mais non : le soleil ne tourne pas autour de la terre, c'est la terre qui tourne autour du soleil !»

Révolution ! (C'est le cas de le dire.)

Anathèmes, excommunications, emprisonnements, tortures et quelques brûlés vifs plus tard, les ceusses qui ne s'habillaient toujours pas comme les autres et qui le font encore (leur cheuf, en particulier), vinrent à changer d'idée.

«C'était pour les enfants...» disaient-ils. «Fallait bien trouver une explication à ceux qui sont moins éduqués que nous car, voyez-vous, le soleil n'est pas fixe, lui non plus : il tourne autour d'un groupe de soleils qui... loin, loin, loin...»

(Cf. : dans ce genre de «retournage de veste», songez à saint Georges, le tueur de dragons, à la récente autorisation de manger de la viande les vendredis, aux messes dominicales célébrées le samedi, les empêchements de famille [*] ...)

[*] Pas encore qu'on vient de me dire... Cequi me fait dire que ce bonhomme aui vit dans les nuages... quel est son intérêt à savoir ce qu'on fait sur la terre, surtout quand on est nu ?

*

Pas fou quand même, Simon : il sait bien qu'il faut qu'on se retrouve dans ces jours que la Providence met si généreusement à notre disposition, dans, comme disait le poète, cet «océan des âges» où nous sommes «emportés sans retour» ; qu'on s'entende sur quand et comment on doit planter des fleurs, quand il faut changer ses pneus, payer ses impôts ou dire Bon anniversaire à sa belle-mère... 

Et puis... que feraient les enfants mentionnés ci-dessus sans l'Halloween, les feux de la Saint-Jean ou le Jour de Noël ?  - Dites-le moi.

Parlez-en à ceux qui en ont «mangé toute une» à la bataille d'Austerlitz parce que les Russes ne sont pas arrivés à temps, ces Russes dont les calendriers étaient en retard sur celui de tout le monde...

S'il n'en tenait qu'à lui (Simon), le début de l'année - ah hum ! - le début d'une translation de la terre autour du soleil coïnciderait avec le premier jour du printemps, sauf qu'il faudrait s'entendre ce qu'est le printemps. Dans l'hémisphère sud, par exemple, ce jour correspond à celui du début de l'automne. Cet automne où le 21 mai, au Brésil, on se souvient de ce poème de Verlaine :

Les sanglots longs
Des violons
Du printemps...
etc.

À la rigueur, on pourrait se fier aux phases de la lune, mais 365 jours (et quart : n'oubliez pas ce «quart» qui nous vaut ces années bissextiles et d'autres règles...) divisés par 29 jours et 26 heures (selon les derniers calculs de la translation de la lune autour de la terre qui correspond curieusement à sa rotation)...

Étant, de nature, peu versé dans le domaine des dates, Simon ne saurait vous dire par où commencer.

En d'autres mots, ne comptez pas sur lui - sur moi - pour régler l'épineuse question des heures et des jours. - Surtout que, dans mon cas, voulant un jour faire dresser mon horoscope, j'ai été obligé d'admettre que je n'ai jamais su à quelle heure j'étais né... - Une heure cruciale, d'après ce que j'ai pu comprendre. - Bizarre, vous ne trouvez pas ? Que moi, qui suis généralement connu pour avoir une bonne mémoire, je n'ai pas pensé, sur le coup, à me souvenir de cette heure.

Mais, soyons sérieux :

Le monde est d'accord pour dire que le Jour de l'An, c'est celui qui suit le 31 décembre. - «Je n'ai pas d'objection» comme on dit en cour, lors d'importants procès.

Que ce jour, chapeaux, flûtes et serpentins compris, soit celui «...d'un temps nouveau...» comme le soulignait l'immortel Stéphane Venne dont j'ai cité le titre d'une de ses chansons, le mois dernier., alors là, si vous permettez, je vais en douter... mais je vous promets de ne plus en parler.

À une condition :

Que vous me fichiez la paix avec vos résolutions qui ont une chance sur dix d'être abandonnées avant la fin du mois.

...

Mais à bien y penser, y'a quand même UNE date dans l'année qui a une certaine importance : le 26 DÉCEMBRE. - Rappelez-vous en : c'est le jour où, généralement, les prix des choses achetées avant le 25 sont mises en vente à rabais, à des prix allant jusqu'à, dans certains cas, jusqu'à 50 et même 25% de leurs prix de la veille.

***

 On m'a écrit...

... le mois dernier, à propos de travaux qu'on devait faire sur un bâtiment contenant quelques copropriétés, que ...

La vie n'était pas un fleuve tranquille...

Ça m'a immédiatement fait repenser à un vieux proverbe [chinois ?] qui dit que si on reste assis assez longtemps au bord d'un fleuve, on peut voir les cadavres de tous ses ennemis passer...

(Oh, fichez-moi la paix : je vous ai dit tout à l'heure que j'allais me répéter.)

Je ne sais pas pour mes ennemis, mais Dieu sait combien de cadavres j'ai pu voir passer au cours des dernières années, sans même rester en place. (Ça vient avec l'âge.)

Un vieux de la vieille me disait au pas-tout-à-fait début de ma carrière (j'en étais à peu près dans ma dixième année) qu'il me suffirait de ne pas commettre trop d'erreurs pour atteindre une certaine notoriété et même devenir une autorité avec l'âge. Il ne se trompait pas. Lorsque j'ai pris ma retraite, avec plus que cinquante ans d'un incessant, mais régulier travail, j'étais, en effet devenu une sorte de légende parce que, avec mon caractère et ma manie de ne pas être une bête sociale, si on ne me voyait pas souvent,  on savait que mes rapports seraient toujours à l'heure et - ce qui est mieux - toujours précis et conforme à ce qu'on attendait d'un bonhomme avec une certaine  - quand même - expérience.

Pour ce qui est des cadavres de mes «compétiteurs», non seulement j'en ai vu passer du temps où j'étais actif, mais je continue à en voir de plus en plus. Z'ont l'air d'être de plus en plus pressés. Une habitude qu'ils ont prise au cours de leur vie, je suppose. - Pour être les premiers. - Les premiers à crever ?

Vous savez quoi ?

La vie est un fleuve tranquille. Quand on ne bouge pas.

Et un long voyage, comme disait Anaxagore. 

Rien de mieux que de voyager en pensées, bien au chaud, chez soi, un verre à la main, quand, comme ça arrive régulièrement (bout de bon Dieu que les gens ont la mémoire courte... !)... il pleut le jour de Noël.


(Crédit photo : Le Soleil [sic])

*

Si je lis les journaux ? (Deux)

Non - et c'est toujours - NON !

Je n'étais surtout pas pour changer d'idée d'un mois à l'autre  parce qu'on allait débuter une autre «année». Mais, comme ça m'arrive régulièrement, j'ai reçu, un message, d'une lectrice du Mile-End cette fois-là (et non du Plateau), un article parue récemment dans le site de Radio-Canada (dont j'avais quand même entendu parler - vous voyez : j'ai même fait un lien), qui disait (pas l'article, mais ma lectrice) que, si j'avais chialé le mois dernier contre le  «Cri du coeur pour une langue qui se meurt». de Janique Leblanc, cette-fois-ci, avec ce qu'elle joignait à son message, j'allais en baver.

Le titre de l'article qu'elle m'envoyait ? 

«Nous allons former des analphabètes culturels»

Signé : Émilie Dubreuil.

Non, Monique (c'est le nom de ma lectrice), cette article ne m'a pas fait baver, comme vous disiez, mais j'ai sursauté en lisant son titre. Il aurait dû se lire «Nous avons formé des analphabètes culturels», car ce n'est pas d'hier que je constate une dégradation de la culture en général. Il y a plus de dix ans - qu'est-ce que je dis ? - ça fait au moins vingt et même trente ans, que je m'en plains. - Un phénomène assez rare, cette dégradation d'après ce qu'ont dit, de et à l'époque (dans des situations similaires) les frères A. et C. Skonmadit, car, de mon arrière-grand-père à mon père, en passant par mon grand-père, chez nous, les Popp, il semble que nous nous sommes plus culturés d'une génération à l'autre, du moins si je me souviens bien de ma connaissance de l'histoire en général, par rapport à la leur. Et non pas celle que j'avais à quarante ans, mais celle dont je m'enorgueillissais déjà, à vingt.

Quelque part, sur ce site - Monsieur Pérec pourrait vous dire où - se trouve une référence à une grève d'enseignants romains qui, au lendemain de la deuxième guerre punique, exigèrent une augmentation de salaire pour avoir, en plus d'enseigner les causes et les effets de la guerre punique numéro 1, allaient dorénavant, et pour toujours, devoir enseigner la même chose pour la numéro 2 tout en soupçonnant qu'il y en aurait peut-être une troisième...

Punici tamen belli perpetrati numerus II

À ce compte-là, vous allez me dire que les professeurs d'histoire devraient, aujourd'hui, avec Alexandre (le Grand), César, Charlemagne, Louis I à XVI, les deux Napoléon, Tiers, Duplessis, Hitler et Trudeau, exiger des salaires dignes des dirigeants de grandes entreprises et devenir millionnaires ne serait-ce qu'après un an ou deux d'affligeants travaux ? Mais on pourrait vous dire, n'est-ce pas, la même chose pour les professeurs de sciences, de géographie (depuis au moins 1492), de littérature et que sais-je d'autres ? Les professeurs d'art décoratif, tiens. Et de cuisine, de mode, de danse et de jardinage..

Dire que dans mille ans, si nous sommes toujours là, il est plus que probable que Hitler soit relégué à une note en bas de page d'un volume général d'histoire d'au gros max six téraoctets...

Mais revenons à nos analphabètes :

Qu'on  - pardons : que Madame Émilie Dubreuil - déplore que le Ministère de l'Éducation ait décidé de ne plus mettre à son programme l'histoire d'avant le XVIe siècle , voilà qui mérite d'être souligné. Qu'on (même remarque) n'offre en contre-partie aucune solution autre que celle d'enseigner un minimum de toute l'histoire de l'humanité plutôt que des tranches «approfondies» (entre guillemets) de certains siècles, je ne saurais quoi vous dire.

Mais le problème n'est pas là.

Le problème, si je me fie au système d'éducation auquel j'ai été soumis - et qui ressemblait étrangement à celui de mon père, combien de fois l'ai-je constaté ! - c'est qu'on n'y apprenait pas grand chose. Du moins en histoire. Des dates. Quelques-unes avant J.-C. (-480, -365, -44...), beaucoup plus après (476, 800,1000, 1492,1534, 1608, 1642, 1812, 1867, 1914, 1939, 1960..). Et puis des noms. Que de noms ! Des noms de rois, de guerriers (infâmes et cruels, surtout venus de l'Est et des steppes), de conquistadors, de généraux, d'un caporal (de deux, en fait), de présidents... et de nombreux saints et saintes. SAUF QUE, pendant tout ce temps, il y a une chose qu'on oubliait pas et cette chose, c'était de ne pas nous désenseigner la CURIOSITÉ.

Vous voulez que je vous dise une chose, Madame Dubreuil ? Étant Ministre de l'Éducation (quel horreur, j'en tremble juste à y penser), j'abolirais tout simplement les cours d'histoire, ou plutôt, je lui donnerais un autre nom : «Cours de curiosité» dans lequel, sans programme défini, les professeurs auraient pour tâche de développer ce qui est tout-à-fait naturel chez tous les enfants dès qu'ils se mettent à regarder autour d'eux, à marcher, à mettre dans leurs bouches tout ce que leurs petites mains peuvent saisir, à démolir tous les jouets qu'on leur offre : leur soif de comprendre le monde dans lequel on les a fait naître où, comme disait Trenet :

«Il y a des jours où les jeunes qui s'ennuient
  Peuvent tout casser au nom de vérités
  Dont la meilleure est sans doute leur vie
  Dans un destin qu'ils n'ont pas mérité.
»

(Banlieue de banlieue, 1999)

Naturellement, ils finiraient pas se poser des questions genre : «Qui c'est qui est mort et qui c'est qui a dit que vous aviez raison, Madame Dubreuil ?»

*

Nouvelles récentes

(Faut que je dise au départ que que la pandémie n'aide pas.)

Ceux qui me lisent depuis un certain temps doivent se souvenir qu'en quittant le centre-ville pour m'installer dans un petit village près de la frontière ontarienne j'ai voulu y devenir, comme George Smiley dans «Smiley's People» (de John Le Carré) un inoffensif excentrique qui se parlerait tout seul en marchant au hasard au jour le jour.

*

Je ne me souvenais plus du passage dans lequel Le Carré lui faisait dire :

«Ayant [récemment] revu ma situation, j'ai pris une grave décision. J'ai décidé, après avoir passé ma vie à vivre de mon intelligence et de ma mémoire, de consacrer le reste de mes jours à oublier et me débarrasser de ces choses auxquelles je suis resté attaché par habitude et  qui ne servent plus à rien depuis longtemps. Je vais vendre cette maison et m'acheter une bicoque dans les Cotswood, aux environs de Steeple Aston, et là, je vais me transformer en un inoffensif excentrique qui change d'idées constamment qui est reclus, mais qui possédera deux ou trois charmantes habitudes comme celle de se parler tout seul en arpentant des bouts de chemin sans intérêt.»

«I have been reviewing my situation [...] and I have come to a very grave decision. After a lifetime of living by my wits and on my memory, I shall give myself up full time to the profession of forgetting. I'm gonna put an end to some emotional attachments which have long outlived their purposes [...] this house... my whole past. I shall sell up and by a cottage in the Cotswold, I think - Steeple Aston sounds about right - and there I shall establish myself as a mild eccentric, discursive, withdrawn but possessing one or two loveable habits such as muttering to myself as I bumble around some innocent pavements.»

Mais Copernique m'a indiqué où. Merci Copernique !

*

Est-ce que j'ai réussi ? - Partiellement, oui, mais avec la pandémie, les choses se sont corsées un peu plus.

Je me sens aujourd'hui - et je pense que je vais m'en ressentir un peu plus au cours des prochains jours (j'écris ces lignes moins d'une semaine avant Noël) - moins Smiley qu'un certain Richard III à qui Shakespeare faisait dire que  : les chiens jappaient quand il s'arrêtait devant eux ; ou encore qu'il n'avait aucun plaisir en marchant que d'épier son ombre au soleil. (*)

(*) «dogs bark at me as I halt by them» et «have no delight to pass away the time unless to spy my shadow in the sun» - Acte 1, scène 1, Richard III)

Un certain dimanche, il n'y a pas si longtemps, en effet, j'ai fait le tour de «mon» village et les seules personnes que j'ai pu apercevoir furent deux femmes qui, me voyant venir vers elles ont traversé de l'autre côté de la rue et puis un bonhomme dans le fin fond de son terrain qui semblait faire brûler des feuilles. Quant aux chiens, un, en particulier, attaché à un pieu sembla m'en vouloir plus que les autres. Un deuxième également qui, de la  fenêtre de la maison où il était enfermé, jappait sans que je puisse l'entendre.

Mes bars, mes restaurants sont fermés et il y a longtemps que je ne vais plus aux Saints Offices.

Comme disait Arthur Conan Doyle (Sherlock Holmes) : «Ce que ça doit être reposant que de ne jamais penser...» Fascinant, quand même, ce qui se passe dans certains cerveaux. Vous savez : ceux des gens qui disent que les statistiques sur la Covid-19 sont fausses, que le réchauffement de la planète n'est qu'une rumeur, qu'il pleut rarement à Noël, mais presque toujours le Vendredi Saint...

Je vous le dis ou je ne le vous dis pas ?

Ah! Et puis m... ça coûte rien :

Bonne année !

Simon

 
  Herméningilde Pérec

Au cas où...

...vous ne l'auriez pas remarqué, en passant par dessus le lien tout de suite après description du contenu de ce Castor™, dans la section dite «À NOTER», nous avons depuis le lundi 7 décembre dernier une nouvelle - je sais que le Professeur n'aime pas le mot «collaborateur (ou collaboratrice)», alors - une nouvelle adjointe à l'équipe de ceux qui font partie de la direction de l'Université de Napierville en la personne de Madame Maude Tessier chargée depuis ce matin de la restructuration de son site.

Issue d'une des meilleures familles de la région, Madame Tessier, diplômée en sciences informatiques, historienne et auteure de plusieurs articles sur Thésée, Phèdre, Arianne et le labyrinthe du Minotaure, nous est venue après avoir lu notre énigmatique page dites «Ailleurs» qui résume essentiellement le sens, le contenu, la politique adoptée depuis la création de ce site en janvier de l'an 2000.

«Depuis que je me suis intéressée à la fois aux possibilités de l'hypertexte et à la façon que peuvent être communiquées, de nos jours, toutes les connaissances, j'ai été ravie de constater qu'il y avait, à quelques kilomètres de chez moi, des gens qui s'étaient déjà penchés sur les résultats qu'on pouvait obtenir en combinant les deux.»

Et c'est ainsi qu'elle s'est présentée auprès de notre distingué recteur, fin novembre, sachant que son apport ne pourrait que répondre à ce qu'il appelle la consolidation du travail de ses recherchistes.

Jeune, pleine d'enthousiasme et de nouvelles idées, elle nous a convaincus lors de notre dernière réunion que son apport ne pourrait n'être que bénéfique à la nouvelle image que veut projeter le Castor™ au cours de la prochaine décennie.

«D'autant plus que nous n'avons aucune idée de ce que nous avons l'intention de faire.» a tenu à lui préciser, pour lui souhaiter la bienvenue, notre éternel enfant-espiègle, Simon Popp.

À lire, à ceux qui les auraient manqués, les propos de Madame Tessier en la page dite «En construction» mentionnée ci-dessus.

Et de la part de tous et toutes, j'aimerais lui réitérer nos souhaits de bienvenue.

Herméningilde Pérec

 
  Copernique Marshall

Le temps

Y'a de ces jours où j'ai eu beau, plus jeune, étudier la transformation de Lorentz, la théorie de la Relativité d'Einstein et même lu «Durée et simultanéité» d'un des plus ennuyeux auteurs qu'il m'a été donné de lire (Henri Bergson - Retenez bien ce nom et fuyez-le comme la peste), je n'arrive pas à comprendre, non pas le présent, le passé et le futur, choses que j'ai apprises bien avant qu'on me les explique, mais où le Temps peut bien s'envoler.

J'ai une heure devant moi. Cinq minutes pour me faire un café, dix minutes pour voir si j'ai reçu du courrier et quarante-cinq minutes pour lire le travail d'un de mes élèves - une affaire de, tout au plus, vingt minutes - et voilà que je me retrouve en page six d'une texte qui en contient douze, après avoir promis d'être là pour décorer l'arbre de Noël dans l'heure qui suit.

Entre-temps, j'ai appris que je devais passer chez *** avant la fin de la journée, parce que son établissement allait être fermé jusqu'au dix, onze ou quinze février.

Et la première chose que j'ai su, c'est qu'il était temps que j'aille me coucher si je voulais être en forme le lendemain pour déneiger l'entrée car on en était déjà au deux janvier et que le Castor™ allait être publié le quatre.

«Toujours à la dernière minute ! me disait Cléo par plus tard qu'hier. Je ne sais pas ce que tu fais de ton temps.»

«MON» temps ?

J'ai le même que Monsieur tout le monde. Il n'y a pas de «mon» temps , tout comme Cléo, mon père, Simon  ou mon garagiste non pas «leur» temps.

Ma mère a toujours eu le temps de tout faire sauf un : le temps de s'arrêter ou comme elle disait tout le temps, le temps de souffler.

Mon horloge biologique doit être détraquée. 

Ce qui me prend dix minutes, en prend peut-être cinq à un autre ou même vingt à un troisième, mais comment se fait-il qu'il leur en laisse toujours pour faire autre chose ?

Je sais : ils vivent dans un espace-temps différent du mien. C'est ce qui explique qu'en quarante-deux, quarante-trois ans, Vermeer de Delft a réussi à peindre 34 tableaux tandis que Picasso, en quatre-vingt-douze, a en peint un quantité si nombreuse qu'on ne sait plus comment les compter, puis créé des centaines de sculpture, gravé autant de lithogravures, fabriqué des milliers d'oeuvres en céramique, dessiné des décors de théâtre et même signé une quantité effarante de vaisselles et de poteries.

Tenez : je m'étais réservé une heure pour écrire ce que vous venez de lire et j'en suis à la moitié d'une deuxième heure.

Vous savez quoi ? Ce n'est ni le Père éternel ni son fils Jésus-Christ que je veux rencontrer lorsque je vais mourir. Encore moins saint Pierre. Non. C'est le dieu du Temps, Chronos - ou son pendant latin, Saturne - que je voudrais voir.

À lui, j'aurais quelques questions à poser.

Euh...

Bonne année !

Copernique

 
  Jeff Bollinger

Vers des pandémies plus fréquentes et plus meurtrières
(Deuxième partie)

N'ayant pas ce qu'il appelle «le résultat de milliers d'essais ratés» et que je dis être la «facilité d'écrire» de Monsieur Popp, j'ai dû me reprendre plusieurs fois pour rédiger ce qui va suivre et que la direction m'a suggéré d'allonger pour l'insérer éventuellement dans la section «Lectures» de cette édition du Castor™. J'ai refusé. Par paresse, car je ne me voyais pas, en plus, d'avoir à écrire une chronique comme celles qui me demandent souvent beaucoup de travail pour peu de résultat.

D'ailleurs, Monsieur Popp m'a dit qu'il fallait que je me fasse une idée : parler de l'avenir ou parler de Carl Sagan. «Y'a juste le père Hugo qui a réussi à jongler cinq quilles à la fois, m'a-t-il dit. - Moi, après des années et des années, je n'en suis rendu qu'à deux...»

Ma citation d'abord : 

«Je m'inquiète de plus en plus de l'Amérique dans laquelle mes enfants et mes petits-enfants auront à vivre ; lorsque l'économie des États-Unis n'aura comme champs d'activités que le service et la distribution de l'information ; lorsque toutes ses industries manufacturières-clés auront été transférées vers d'autres pays ; lorsque d'impressionnants pouvoirs technologiques seront entre les mains d'un très petit nombre et que ceux qui seront sensés représenter l'intérêt public ne pourront même plus comprendre les problèmes qui en découlent ; lorsque la plupart des citoyens de ce qu'on dit être LA puissance mondiale auront perdu la capacité de définir leurs besoins ou de remettre en question les décisions de ses dirigeants ; quand, serrant leurs amulettes et consultant nerveusement leurs horoscopes, leurs facultés critiques seront en phase déclinantes, incapables de distinguer entre ce qui rend temporairement heureux et ce qui est vrai, nous retomberons tous, presque sans nous en apercevoir, dans la superstition et l'obscurité.

L'abaissement intellectuel de l'Amérique me paraît de plus en plus évidente dans la lente décomposition de ce que les médias extrêmement influents semblent considérer comme informations essentielles avec leurs extraits sonores de 30 secondes (maintenant réduits à dix secondes ou moins), leur programmation visant le plus petit dénominateur commun ou leurs reportages où s'entremêlent pseudoscience et superstition, mais surtout une sorte de, croyez-nous, vaut-mieux-ne-rien-savoir que de tout connaître et être malheureux

(Carl Sagan - The Demon-Haunted World - Ballantine Books, 1996)

Vous avez vu la date ? Carl Sagan s'exprimait ainsi il y a vingt-quatre ans. Je n'en avais pas vingt ans à l'époque. Je ne savais pas que j'allais avoir des enfants, ni que j'allais me retrouver avec eux, confinés ou presque à la maison jusqu'à ce qu'un vaccin puisse, peut-être, me permettre de faire quelques pas ne serait-ce qu'au village près de chez moi.

Et si mes parents s'inquiétaient pour mon avenir, qu'est ce je devrais m'inquiéter à mon tour pour mes enfants...

Carl Sagan :

Si vous parcourez quelque peu la Toile, vous verrez accolés son nom, les mots raison, perspicacité, regard unique et surtout celui de véritable prophète.

Il a, en effet, dans le livre précité - publié l'année suivant son décès -, décrit non seulement l'Amérique dans laquelle il vivait, mais avec une précision déconcertante, celle dans laquelle nous aurions à vivre dans un avenir plus ou moins rapproché avec les changements climatiques, la mondialisation du commerce et des communications, la pollution des océans et surtout la prise du pouvoir par un nombre de plus en plus restreint d'individus qui gouverneront la planète d'une main de fer en utilisant la plus insensée des propagandes dont ils seront les maîtres absolus ; mais surtout les dangers de pandémies que ne pourront pas stopper les meilleurs médicaments développés dans les laboratoires les plus techniquement avancés depuis l'existence de l'humanité.

Est-ce que, décrite ainsi, cette situation vous semble un peu trop futuriste ou avez-vous l'impression que nous en sommes en train de la vivre ?

Il n'est pas inutile, à mon avis, contrairement à ce que Monsieur Popp laisse sous-entendre par sa non-lecture des journaux, de se renseigner sur ce qui se passe dans le monde, mais je partage son opinion qu'il est devenu de plus en plus difficile de savoir exactement ce qui, justement, se passe. Entre les Fox-News, CNN et PBS se retrouvent aujourd'hui des visions si opposées, si contradictoires qu'il est facile de se faire berner par quiconque décide de ce qui doit advenir des structures mises en place par nos prédécesseurs.

Dans un certain sens, les Trump de ce monde ne m'inquiètent pas. Ni leurs porte-paroles. Parmi les individus de sa catégorie et leurs aboyeurs, parmi ceux pour qui la richesse matérielle est un but à atteindre, il y a longtemps que les  plus intelligents d'entre eux ont appris, avec la Révolution française et la presque totale disparition des royautés omnipotentes pré 14-18, que s'ils tenaient à se maintenir en place, il fallait absolument qu'ils laissent suffisamment de biens, d'espoir, de défis à ceux plus bas dans l'échelle sociale. Plusieurs osent même se poser des questions sur leur style de vie.

Non, ceux qui m'inquiètent, ce sont ceux qui, comme le soulignait Sagan, ne s'embarrassent plus des contraintes de la réalité.

Porter un masque ? Une atteinte à la liberté. - Rester confiné à la maison ? Une manière de nous contrôler. - Point d'armes ? Que faire quand des noirs envahiront nos quartiers? - Oui, vite, un mur pour empêcher les violeurs, les paresseux, le meurtriers d'entrer au pays...

Pendant ce temps, aux innocents de mourir par millions. De la COVID-19 ou de la prochaine pandémie.

À la célèbre harangue de celui qui disait que si l'humanité continuait à ne plus suivre les avis de ses plus éclairés de ses citoyens, nous allions tous nous retrouver sur des champs de bataille où nous marcherions dans le sang jusqu'aux genoux, y'a toujours eu quelqu'un qui répondait «qu'on se chausserait pour...»

Jeff

Texte original de la citation du début :

«I have a foreboding of an America in my children's or grandchildren's time - when the United States is a service and information economy ; when nearly all the key manufacturing industries have slipped away to other countries ; when awesome technological powers are in the hands of a very few and no one representing the public interest can even grasp the issues ;  when the people have lost the ability to set their own agendas or knowledgeably question those in authority ; when, clutching our crystals and nervously consulting our horoscopes, our critical faculties in decline, unable to distinguish between what feels good and what's true, we slide, almost without noticing, back into superstition and darkness.

The dumbing down of America is most evident in the slow decay of substantive content in the enormously influential media, the 30-second sound bites (now down to ten seconds or less), lowest common denominator programming, credulous presentations or pseudoscience and superstition, but especiall a kind of celebration of ignorance.»


Note de Maude Tessier :

Ayant eu à réviser la page du Castor™ de janvier 2018, permettez-moi de référer les lecteurs de cette chronique à celle de Simon Popp qu'on pourra retrouver dans cette page sous le titre de «2018» (section «Lectures») qui, essentiellement, parlait du même sujet, mais à partir d'exemples tirées de films récents et moins récents. Cliquez ICI.

 
  Georges Gauvin

Diète

La meilleure diète ? Je l'ai lue ici, je crois. C'est celle à la vodka. En une semaine, on peut perdre jusqu'à trois jours...

Mon chum à qui j'ai demandé le lendemain de Noël si j'avais engraissée, au lieu de son habituel haussement d'épaule, m'a répondu quelque chose qu'on n'oublie pas : 

«Où ça ? Des fesses ? Ça fait cent fois que tu me le demandes. Cent fois que je te réponds "non" et cent fois que tu ne me crois pas. - Écoute : tes fesses, je les vois dix fois par jour. Toi, tu ne le vois pas. Sauf dans un miroir. Et toujours au repos. Moi, je peux te dire ce qu'elles ont vraiment l'air ; quand tu marches, quand tu t'assieds, quand tu te penches, si elles fermes ou non, la différence entre elles et celle la téléphoniste à la shop où je travaille, si elles ont changé depuis que je te connais, mais de là à te dire si tu as pris du poids entre hier soir - où, comment dit-on ? «T'étais radieuse» ? - et ce matin, ça me surprendrait. À moins que, sans que je m'en aperçoive, tu aies passé la nuit à vider le réfrigérateur.»

Pas ce que voulais entendre, mais il a ajouté :

«Déshabille-toi. On verra bien

Je me suis déshabillée et... vous devinez le reste.

*

Je n'ai pas de fille. Ma chum-de-fille en a une. Elle vient d'avoir onze ans et du côté des seins et des... fesses. ben... ce ne sera pas long.

Et je la vois, déjà, se regarder dans le miroir, je la vois faire attention quand elle marche, quand elle se penche, quand elle parle, quand elle rit. Et quand elle ne s'en doute pas - ce que je doute - je la regarde se couper les ongles ou se brosser les cheveux.

Elle mime sa mère Elle me mime. Elle mime toutes les jeunes filles de son âge qui mimes toutes les femmes qu'elles vont devenir.

La question que je me pose est :«Qu'est-ce qui nous pousse à agir comme ça ?»

C'est naturel d'attacher tant d'importance à notre apparence ? 

* 

Etsie ! (Comme me suggère de dire Monsieur Popp [qui me dit l'avoir appris d'un de ses amis aujourd'hui décédé])  

Georges

 
  Fawzi Malhasti

Morceau choisi

Bougival, 8 mai

Elle était riche de vingt ans,
Moi j’étais jeune de vingt francs,
Et nous fîmes bourse commune,
Placée, à fonds perdu, dans une
Infidèle nuit de printemps...

La lune a fait un trou dedans,
Rond comme un écu de cinq francs,
Par où passa notre fortune :
Vingt ans ! vingt francs !... et puis la lune !

— En monnaie — hélas — les vingt francs !
En monnaie aussi les vingt ans !
Toujours de trous en trous de lune,
Et de bourse en bourse commune...
— C’est à peu près même fortune !
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

— Je la trouvai — bien des printemps,
Bien des vingt ans, bien des vingt francs,
Bien des trous et bien de la lune
Après — Toujours vierge et vingt ans,
Et... colonelle à la Commune !
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

— Puis après : la chasse aux passants,
Aux vingt sols, et plus aux vingt francs...
Puis après : la fosse commune,
Nuit gratuite sans trou de lune.

Tristan Corbière

À la mémoire de Zulma
Vierge folle hors barrière
Et d'un Louis.

Fawzi

 
  Paul Dubé

Le «Divin» Mozart (suite)

Suite à ma chronique du mois dernier, j'ai reçu de nombreux messages et mêmes des appels téléphoniques -  sur lesquels je reviendrai un de ces jours - qui n'ont fait que me confirmer ce que je pensais : il y des choses chez Mozart qui ont frappé l'imagination - et même le coeur - d'à peu près tous les amateurs de musique et c'est tant mieux. - Ça prouve qu'il était un grand compositeur. (Ce que je n'ai pas nié.) - De là à dire que toute sa musique était géniale au point où tous ses admirateurs sont prêts à écouter tout ce qu'il a écrit... 

C'était sur ce point que je voulais attirer l'attention. Ne me reste plus qu'à écouter avec le sérieux qu'ils méritent les Best of de ceux qui m'ont écrit ou parlé. Des Best of fort différents des miens et forts différents dans listes que chacun de ceux qui m'ont signalé les leurs.

Sans grande surprise cependant, tous mes interlocuteurs, sauf un, ont bien voulu me dire que Mozart n'était pas nécessairement leur compositeur favori...

paul

P.-S. : À ajouter à «mes» Mozart : le premier et le deuxième mouvement du quatrième concerto pour violon et orchestre, son concerto numéro 25 pour piano et... certains passages de certains mouvements de ses quatuors. - Oh, et puis tant qu'à y être : le concerto pour piano no. 23, mais uniquement par Vladimir Horowitz (!).

Maintenant, passons à une autre affaire comme disait Crasibule à son frère, Curius (*) :

(*) Référence à suivre.


C'est quoi une chanson «parfaite» ?

J'ai reçu deux CDs récemment. D'une «auteure-compositrice-interprète» relativement peu connue (qu'elle m'excuse si ce n'est pas vrai !) dont je vous reparlerai le mois prochain car, avec le travail que m'impose la direction du Castor™ en ce qui a trait à la révision de mes je-ne-sais-plus-combien chroniques, les Fêtes, etc., je n'ai eu qu'un moment à ma disposition pour les écouter. Et vous savez à quel point je me fais un point d'honneur de ne jamais rejeter du revers de la main tout ce qui concerne la chanson française

Ces deux CDs, je vous en donne les détails tout de suite et si vous avez des commentaires ou de remarques à me formuler avant que je les écoute pour de vrai, ne vous gênez surtout pas.

Et puis quoi ? - Ah oui ! - Avant que j'oublie, mes émissions sur Radiophile.com devraient repartir sous peu (nouvelle série), les récents problèmes de diffusion de cette chaîne Internet étant sur le point - on m'assure - d'être réglés.

*

Les deux CDs :

  • Léonore L'accordéon s'en fout ! - Monique Paquin, voix, Luzio Altobelli, accordéon et Gabriel Paquin-Buki, clarinette - Enregistré en 2009 et 2020 au studio Resther à Montréal - Leonore@videotron.ca

  • Voler - Monique Paquin, voix, Marc-André Cuierrier, piano, accordéon et voix, Éric Lafrenière, percussion, Marc-André Cuierrier, arrangements -  © 2005 Monique Paquin (SOCAN) - mpaquin.chanson@videotron.ca

                   

*

Et maintenant à ma chronique d'aujourd'hui

The most perfect song

Interviewé en 1977, lors du sixième épisode, sous-titré «Tin Pan Alley», de la série «All You need Is Love» (Tony Palmer), Irving Caesar qui, en tant que parolier de chansons aussi populaires que Swanee, Sometimes I'm Happy, Tea for Two et beaucoup d'autres, savait quand même un peu ce dont il parlait, disait que la plus parfaite chanson qu'il avait entendu au cours de sa déjà longue carrière (Irving Caesar est décédé à l'âge de 101 ans en 1996) était «I Wonder Who's Kissing Her Now» de Will M. Hough et Frank Adams, musique de Harold Orlob, créée (ou à peu près) en 1909 par Joseph E. Howard, un monument de la chanson populaire américaine, qui n'a jamais cessé de la chanter au cours de sa propre longue carrière (*).

(*) Joseph E. Howard est mort en scène, à Chicago, chantant Let Me Call You Sweetheart lors d'un rappel, en 1961, à l'âge de... 91 ans. 

En voici un extrait chanté par Manuel Romain - Cylindre Edison 10287 - en 1909 :

Cliquez sur la note :

«I Wonder Who's Kissing Her Now»... «Je me demande qui peut bien, aujourd'hui,  l'embrasser...la serrer dans ses bras...») - Je vous épargne le reste. - Aux premiers mots, on a tout compris, et tout deviné : et le moment, et le pourquoi, et par qui cette chanson peut être chantée. - Le nombre d'interprètes d'ailleurs qui l'ont endisquée dépasse toutes mesures. Il en existe des versions par des noms aussi connus que Bing Crosby, Dean Martin, Frank Sinatra, Ray Charles, Perry Como, Billie Holiday... et même  The Mormon Tabernacle Choir !

Je pense toujours à cette chanson-là quand je me pose la question à savoir quelle est la chanson française qui, sans avoir bouleversé ou marqué ma vie à tout jamais, m'a toujours paru comme étant la plus parfaite. Pour tout vous dire, il ne m'en est jamais venu une en tête. Spontanément. Des airs, des titres, oui, un peu à la façon d'Irving Caesar, mais jamais une en particulier. 

Voici quelques titres ou premier vers, soit du premier couplet, soit du refrain :

  • Elle avait des bagues à chaque doigt..

  • Je vous vois encor / En robe d'été...

  • Dites-moi où en quel pays...

  • Les parois de ma vie sont lisses...

  • Je me souviens d'un coin de rue...

  • Si tu n'existais pas...

Et même

  • Comprends-tu ça, comprends-tu ça...

Vous comprenez ce que je veux dire ?

Ce matin, je pensais, à cette parfaite chanson et le «Tour de l'île» de Félix Leclerc m'est venu en tête : une chanson qui n'a pas particulièrement de vers ou des rimes remarquablement remarquables, mais qui tourne tout simplement autour d'un seul thème et qui se termine avec une chute plus ou moins prévisible, mais qui ne dérange en rien ce qui la précède. - Un superbe arrangement de François Dompierre, soit dit en passant.

Ce qui m'amène à vous dire que :

Je n'aime pas les chansons où chaque vers, chaque pied, chaque syllabe semble avoir été «songé» pendant des heures et des heures, pour exprimer, la totalité de l'état d'esprit de son auteur ou compositeur, les cent mille côtés d'une histoire d'amour, les hauts et les bas (sans oublier les passages ordinaires) d'une vie ou, parmi les pires du genre, des choses comme «La joie d'être nu sur une plage..» (avec : le vent, le sable chaud, le rhum et les joueurs de «Steel Drums» pour l'exotisme...) Quand ce n'est pas, dans un autre style, le violon d'un gars du bas du fleuve ou, ça s'est déjà vu, le cri d'un mouette.

Ce n'est pas si compliqué, pourtant :

Dites-moi de «Ne pas vous quitter», mais ne me demandez pas vous entendre me parler de «perles de pluie de pays qui n'existent pas» ou de «terres brûlés ou poussent plus de blé» ou d'un «roi, mort sans m'avoir connu...»

Y'a de très belles chansons qui ne tombent pas dans ces «songées» et qui pourtant ont dû l'être :

«Avec le temps» en est une. «L'orage» de Brassens également. «Les feuilles mortes» de Prévert et Kosma. «Longtemps après que les poètes sont disparus»... et même «Aie ! Mourir pour toi !»....

Pas facile de faire simple !

Et pourtant ce sont des choses comme celles-là qui traversent la nuit des temps : «Parlez-moi d'amour», «Je t'ai rencontré simplement» (Fascination), «Mon coeur est un violon», «La mer»...

C'est ce qui me fait dire que je me demande sérieusement si des choses comme «Sur l'écran noire de mes nuits blanches» de Nougaro vont survivre.

Nougaro ? (Et je vous jure, j'en bien d'autres noms en tête.) J'ai fait de grands et sérieux efforts. Pour un amateur qui s'est tapé tous les enregistrements de Tino Rossi, de Mayol, de Trenet et de beaucoup d'autres, avouez quand même que j'ai été patient. Mais pour Nougaro... 

 M'a toujours fait penser à ce qu'on disait du chef d'orchestre Eugene Ormandy qui fut à la tête Philadelphie Orchestra pendant quelque chose comme trois siècles et qui avait l'air, en concert surtout, «d'une femme qui se serait pointer au bal avec tous ses bijoux.»

Il (Nougarou) n'est pas le seul - un spolier, comme disent nos amis les Anglophones - de ces auteurs-compositeurs aux chansons songées et, lors d'une première écoute du premier des CDs mentionnés ci-dessus - et dans mon auto, par dessus le marché ! -, j'ai remarqué que Monique Paquin avait enregistré une chose de... Jacques Higelin... «Oh non !» que je me suis dit. Et puis tout à coup, je me suis vu appuyer sur le bouton Replay. «Incroyable, ai-je pensé. Qui est-ce cette chanteuse qui  a su tirer quelque chose de tout à fait surprenant d'une de ces chansons dans laquelle on a tout mis ?»

Comme quoi, parfois, y'a des choses qui, chantées par leurs auteurs-compositeurs, auraient intérêt à être chantées par d'autres.

En aparté : Je m'étais promis, pourtant, de ne pas parler d'elle aujourd'hui !

Voici, pour terminer cette chronique, une chanson de celles qui me viennent en tête quand je pense aux chansons parfaites.

Elle date de 1961 et est d'une auteure-compositrice-interprète qui nous a quitté récemment.

Mon mari est parti du premier album d'Anne Sylvestre : 

paul

 

 Notes de lectures


Covid, décembre, les «Fêtes», relecture...

Kicékia le temps de lire ces temps-citte ?

 

Moi qui, parmi les guides de voyage que j'ai mentionné le mois dernier, ai oublié ce «Paris» de Julien Green.

Et puis la citation de Pline le Jeune qui suit, vous pensez qu'elle m'est venu dans un rêve ?

Mais y'a pire : la reconstruction de ce site. Me voilà, encore une fois, obligé de me relire.

Etsie !

Simon

 

 L'extrait du mois


Lettre de Pline le Jeune à l'empereur Trajan

(Solemne est mihi, omnia, de quibus dubito, ad te referre. Quid enim potest 
melius uel cunctationem, meam regere uel ignoratiam instruere ? ...»)

J’ai l’habitude, seigneur, de te consulter sur tous mes doutes. Qui pourrait en effet mieux guider mes incertitudes ou instruire mon ignorance ? 

Je n’ai jamais assisté aux procès des chrétiens ; j’ignore donc à quels faits et dans quelle mesure s’applique ou la peine ou l’information. Je n’ai pas su décider si l’on doit tenir compte de l’âge, ou si les enfants de l’âge le plus tendre ne doivent pas être traités autrement que les hommes faits ; s’il faut pardonner au repentir, ou si celui qui a été une fois chrétien ne gagne rien à cesser de l’être ; si c’est le nom seul, même exempt de toute souillure, ou la souillure attachée au nom, que l’on punit. 

Dans cette ignorance voici la règle que j’ai suivie à l’égard de ceux qui ont été déférés à mon tribunal comme chrétiens. Je leur ai demandé s’ils étaient chrétiens : quand ils l’ont avoué, j’ai répété ma question une seconde et une troisième fois, en les menaçant du supplice ; quand ils ont persisté, je les y ai envoyés.

Car, de quelque nature que fût le fait qu’ils avouaient, je ne doutais pas qu’on dût au moins punir leur résistance et leur inflexible obstination. J’en ai réservé d’autres, possédés de la même folie, pour les envoyer à Rome, car ils étaient citoyens romains.

Bientôt la publicité même, comme il arrive, répandant la contagion de l’accusation, elle se présenta sous un plus grand nombre de formes. On afficha un écrit anonyme, contenant les noms de beaucoup de personnes. Ceux qui niaient être chrétiens, ou l’avoir été, et qui ont, suivant la formule que je leur dictais, invoqué les dieux, offert de l’encens et du vin à ton image, que dans ce but j’avais fait apporter avec les statues des dieux, qui enfin ont blasphémé le christ, tous actes auxquels on ne peut contraindre, dit-on, aucun de ceux qui sont réellement chrétiens, j’ai pensé qu’il fallait les absoudre. 

D’autres, cités par un dénonciateur, dirent d’abord qu’ils étaient chrétiens, mais aussitôt se rétractèrent, assurant qu’ils l’avaient été, il est vrai, mais qu’ils avaient cessé de l’être, les uns depuis trois ans, les autres depuis plus longtemps, quelques-uns même depuis vingt ans. Tous ont adoré ton image et les statues des dieux ; tous aussi ont blasphémé le christ.

Au reste ils affirmaient que toute leur faute, ou leur erreur n’avait jamais consisté qu’en ceci : ils s’assemblaient à date fixe avant le lever du jour et chantaient chacun à son tour un hymne à Christ, comme à un dieu ; ils s’engageaient par serment, non à quelque crime, mais à ne commettre ni vol, ni brigandage, ni adultère, à ne point manquer à leur parole, à ne point nier un dépôt réclamé en justice : ces rites accomplis, ils avaient coutume de se séparer, puis de se réunir à nouveau pour prendre leur repas, qui se composait d’ailleurs de mets tout à fait ordinaires et par suite innocents : ils avaient du reste renoncé à toutes ces pratiques depuis mon édit, par lequel, suivant vos ordres, j’avais défendu les associations. 

Je ne crus que plus nécessaire d’user de deux femmes esclaves, que l’on disait prêtresses de ce culte, pour découvrir la vérité même en employant la torture. Mais je n’ai trouvé que superstition ridicule et sans bornes ; aussi ai-je suspendu l’information pour recourir à tes avis. L’affaire m’a paru en effet mériter ton avis, surtout à cause du nombre des prévenus. Car une foule de gens de tout âge, de tout rang, de tout sexe même, sont impliqués dans la même prévention. Ce n’est pas seulement dans les villes, mais dans les villages et dans les campagnes que la contagion de cette superstition a étendu ses ravages ; je crois pourtant possible de l’arrêter et de la guérir. 

Ce qui est certain c’est que les temples, qui étaient presque déserts, sont de nouveau fréquentés et que les sacrifices annuels, longtemps négligés, recommencent ; on vend de la pâture pour victimes, qui trouvait auparavant de rares acheteurs. Par là il est facile de juger quelle foule de gens on peut ramener, si l’on fait grâce au repentir.

Réponse de Trajan à Pline

Tu as agi comme tu devais, mon cher Secundus, dans l’examen des faits reprochés à ceux qui te furent dénoncés comme chrétiens. Car il n’est pas possible d’établir pour tous les cas une sorte de procédure uniforme et invariable. 

Ne les recherche pas ; mais s’ils sont accusés et convaincus, punis-les ; cependant, si quelqu’un nie qu’il soit chrétien, et le prouve d’une façon manifeste, je veux dire en invoquant nos dieux, même s’il a encouru des soupçons dans le passé, que son repentir obtienne grâce. 

Quant aux listes de dénonciations anonymes, elles ne doivent donner lieu à aucune poursuite. Ce serait d’un déplorable exemple, et contraire aux maximes de notre règne.

 

Il y a dix ans dans le Castor™


Le 10 janvier 2011 :

Sequitur, actus ipse ponam igni. 

Je n'en reviens tout simplement pas.

C'était mon anniversaire récemment et l'on m'a rappelé que j'étais née sous le signe du Sagittaire.

Sous le signe du Sagittaire ! 

Non mais vous vous rendez compte : six, sept mille ans de civilisation et il y en a encore qui ne jure que par des regroupements d'étoiles qui n'ont rien en commun et à qui des gens supposés intelligents ont donné, il y a deux mille ans, des noms basés sur une religion qui a été, depuis, remplacée par une autre, la vraie et qui, si je me fie à ce que je lis dans les journaux, est sur le point de se faire remplacer par une troisième, la plus vraie que l'autre.

C'est l'histoire de la dame qui trouvait horrible le fait que certaines tribus africaines forçaient leurs femmes à se percer le nez alors que, dans son pays, beaucoup plus évolué, c'était aux oreilles qu'on accrochait des anneaux.

Il ne faut pas remonter bien loin dans le temps pour apprendre qu'on brûlait des sorcières, torturait des infidèles, lançait des fauves sur des hommes, femmes et enfants... parce qu'ils pratiquaient une religion qui n'était pas la bonne ou qu'on ouvrait de pauvres oiseaux sans défense pour prévoir l'imprévisible.

Jeune, je me souviens qu'on m'ait raconté l'histoire d'un grand bonhomme descendu d'une montagne avec des tablettes contenant des commandements, d'un autre, encore plus grand, qu'on a crucifié pour nos péchés et, ces temps-ci, l'on voudrait que je crois en l'existence d'un troisième, plus grand que les deux autres, qui, de berger-commerçant qu'il était a reçu d'un ange la preuve de l'existence d'un Dieu, le vrai des vrais celui-là, le Tout miséricorde et Miséricordieux.

Comme disait l'humoriste américain, George Carlin, dans le domaine des mensonges, de la fourberie et des fausses promesses, y'a pas un homme d'affaires, aussi véreux soit-il, qui peut se considérer sur le même pied qu'un pasteur, un prêtre, un ayatollah ou n'importe quel ecclésiastique ; parce que dans le domaine de la tromperie, des exagérations et de la mystification, les gens qui enseignent ou qui sont issus de la vraie religion sont dans une classe vraiment à part. - Pas de besoin d'une course à la chefferie, d'un sondage ou d'une enquête approfondie : vous n'avez qu'à vous demander ce qu'un dieu, qui doit gérer deux cent milliards de galaxies, chacune contenant deux cent milliards d'étoiles, peut bien faire pour s'intéresser à une obscure planète où s'entre-tuent depuis des siècles des bêtes à deux pattes qui ont inventé les romans télévisés, les sandwichs qu'on vend dans les aéroports, les Ice Capades et la bombe atomique.

IL serait, d'après les frères C. et A. Skonmadit, tout puissant et donc capable de tout gérer (quoiqu'il semble toujours avoir, si je me fie aux quêtes que l'on fait constamment en son nom, des problèmes financiers mais cela est une autre histoire). Tout puissant ? Ben, j'ai bien hâte de le rencontrer parce qu'il y a des questions que je voudrais lui poser :

  • Pourquoi faut-il vieillir, voir ses facultés diminuer, disparaître au point où l'on ne se souvient plus de rien ? Même quand on a suivi ses directives à la lettre...

  • C'est quoi l'idée de faire naître des enfants difformes, sidéens, drogués quand c'est, supposément, à leurs parents qu'il faudrait s'en prendre ? 

  • Cet enfer où l'on brûle, souffre, mange des claques sur la gueule jusqu'à la fin de temps, ça a été créé parce qu'Il nous aime ?

  • Si les guerres, les épidémies, les tsunamis, les éruptions volcaniques, les tremblements de terre, les ouragans et les cataclysmes en tous genres (y compris le rap) existent, c'est parce que, ça fait partie de son grand dessein, c'est quoi qui n'en faisait pas ?

  • Etc., etc.

Je lisais dans Louis Ott (*), l'autre jour, le premier des grands principes de la théologie (chrétienne) :

«Dieu, notre Créateur et notre Maître, peut être connu avec certitude au moyen des choses créées, par la lumière naturelle de la raison.»

J'sais pas pour vous autres mais dans le lot, je crois qu'IL m'a oublié parce que j'ai beau me fendre la tête en quatre, je n'arrive pas à trouver des réponses à ces questions et, vous ferez comme vous le voulez, comptez pas sur moi pour revenir au bonhomme avec des tablettes, me mettre à genoux devant deux bouts de bois avec, dessus, un bonhomme crucifié ou m'acheter un tapis pour me tourner vers une obscure ville au Moyen-Orient sept fois par jour.

Il y a longtemps, soit dit en passant, que j'en suis arrivé à cela mais me faire dire, à une semaine de Noël, que je suis né sous le signe du Sagittaire, je considère que ce n'est pas loin d'une provocation..

Et si vous pensez qu'il y a quelques jours je me suis endimanché pour assister à une messe célébrée (?) à minuit (sic), vous vous trompez : je suis resté chez moi à attendre le Père Noël. - Il est venu, d'ailleurs, à peu près au milieu d'une bouteille contenant un liquide distillé et d'un sac de pretzels.

Simon

(*) Précis de théologie dogmatique - Édition Salvator, Mulhouse, 1954 - Traduction de Grundriss der Dogmatik (Note de l'édit.)

*

P.-S.  (À Madame F. D. de la rue St-Norbert, à Montréal :

Je m'excuse, mais la chronique que je vous ai promise et qui devait paraître ici au lieu et à la place de celle que vous venez de lire faisait partie - vérification faite par notre éditeur - d'une série datant d'une année auparavant. Il y a donc onze ans. - Oui, je sais que vous vous attendiez à y voir jointe une photo du maire Drapeau et du Cardinal Léger datant, elle, de 1967, mais...

Et puis, pourquoi pas ? La voici :

S. P.

 

 Le courrier


Mme. Térentia Labelle - Val d'Or, Québec

  - Madame, pour praphraser le regretté Marcel Godin, ce n'est pas que la corruption a toujours existé au sein d'une démocratie comme celle existant présentement aux États-Unis, c'est qu'elle s'organise de plus en plus intelligemment. Finis les menaces, les extorsions, le chantage : la confusion semée au niveau des médias s'est avérée au cours des dernières années beaucoup plus efficace.

M. Fernand Lachance, Winnipeg, Alberta

  - Deux mille, deux mille cinq cent morts par jour ? - Oui : à peu près l'écrasement de deux à trois Boeing 747 à toutes 24 heures. - Pourquoi vous nous posez cette question ?

M. Honorius St-Simon-Gravel, Paris 9e

  - Valéry Giscard d'Estaing ? - Un honorable personnage puis qu'il est mort.

Mlle Chastity Schdmit, Los Angeles, Californie

  - Sur un escabeau, la tête à l'envers avec deux autres dans les mains ? - Non, nous ne souvenons pas avoir vu une telle scène et celui qui aurait pu vous renseigner est, lui aussi, recherché. Par la GRC et le FBI.

P.-S. : Non, mais vous êtes sérieuse ? Avec deux autres dans les mains ?

 M. Pierre Sauriol, Pierreonds (en banlieue de Montréal), Québec

  - Seize SSD de 256 gigaoctets pourraient être aussi lents qu'un disque fixe de huit téraoctets, mais vous nous avons peu de détails quant au multiplicateur de USB dont vous disposez.

Mme. M *** (nom retenu à sa demande), Quartier des spectacles, Montréal, Québec

  - Vous avez bien dit «44-26-34» ? - Nous avons bien peur que ces mesures suffisent à vous identifier, mais la réponse est non. Enfin : pas pour le moment.

 

 Dédicace


Cette édition du Castor™ est dédiée à :

Henri Richard, Suzy Delair, Monique Mercure, John Le Carré, Ennio Morricone, Claude Castonguay, André Gagnon, Zizi Jeanmaire, Katherine Johnson, Jacques Godin, Michel Dumont, Olivia de Havilland, Christophe, Ruth Bader Ginsburg, Claude Brasseur, Juliette Gréco, Little Richard, Anne Sylvestre, Diana Rigg, Pierre Troisgros, Helen Reddy, Jean-Loup Dabadie, Rhonda Fleming, Renée Claude, Michel Piccoli, Valéry Giscard d'Estaing, Pierre Cardin, Carl Reiner, Max Gros-Louis, Diego Maradona, Alain Rey, James Randi, Michael Lonsdale, Marc-André Bédard, Sean Connery, Guy Bedos, Annie Cordy, Mary Higgins Clark, Kirk Douglas, Graeme Allright, Max von Sydow, Robert Hossein, Claude Bowling et... plusieurs amis et collègues, tous décédés en 2020.

 

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 Le mot de la fin


Pas un mot, mais un conte :

(Un conte abrégé compte tenu de l'espace qui nous est alloué.)

Il y a plusieurs années de cela, sur la route d'intérêt nationale qui mène de Napierville à Saint-Romuald-d'Etchemin, près du lac Memphrémagog, dans petit village qui s'appelait Saint-Rédempteur de Twilight, vivaient un couple et leurs quatre enfants.

Ces enfants s'appelaient Uldéric, Oralie, Aimé et Yvonne, du noms de leurs oncles et tantes, tous décédés en bas-âge et n'ayant pas, de ce fait, profité des bontés que la Providence s'apprêtait à leur offrir, mais qu'une autorité supérieure lui fit comprendre que cela ne cadrait pas avec son plan plus élaboré.

Cultivateur, apiculteur, bûcheron, acériculteur et propriétaire d'une porcherie et d'une bonne douzaine de vaches laitières (plus quelques moutons et onze canards), le père, Joseph, ne négligeait pas pour autant sa famille à qui il consacrait tous ses temps libres. Quant à la mère, Marie, elle passait dans le village situé à précisément deux milles (*) de leur ferme, pour la plus parfait ménagère de la région sachant cuisiner comme pas une, filant sa propre laine, cousant elle-même les vêtements de toute sa famille et éduquant ses enfants dans la sainte religion qu'on lui avait enseigné quand elle était jeune.

(*) le mille équivalait, à cette époque, 1,06034 kilomètre (note de l'éditeur)

À cette famille, Cécile, la plus jeune soeur de Joseph, venait souvent prêter main forte.

 Surtout lors de grand événements où, comme cette année-là, enceinte de huit mois et à l'approche des Fêtes, Marie devait à la fois s'occuper du souper de Noël, des présents pour les enfants et du réveillon du Jour de l'An qui, pour Joseph et ses onze frères, les fameux jigueurs dont nous reparlerons une autre fois, était sacré.

Durant tout le temps de l'avant et jusqu'à la veille du 25 décembre, rien ne fut épargné, de la fabrication des décorations du sapin traditionnel jusqu'à la planification de la nourriture qui allait être assis à côté de qui, qui allaient être servis en premier, etc.

Ces préparatifs durèrent presque cinq semaines et, le soir du 24, le sapin coupé la veille et décoré, les enfants couchés, les présents déposées au pied de l'arbre, Joseph sortit pour s'assurer que tout était correct dans son étable lorsqu'un événement extraordinaire se produisit :

Un aigle entra dans la maison et alla se jucher tout en haut du sapin recouvrant de ses ailes l'ange qui s'y trouvait,

- Bout de bon Dieu. Kocéça ? grommela Joseph 

Marie et Cécile, attirées par le bruit, accoururent.

- Un signe de malheur, dit Cécile

- Mais non, mais non, dit Marie. Regarde comme il est beau. On dirait un oiseau du Paradis. C'est un signe de Dieu pour nous souhaiter du bonheur.

*

Joseph décida sur le champ que les choses n'en resterait pas là, mais devant l'insistance de sa femme qui ne voulut pas que son mari tue la pauvre petite créature (car l'aigle n'était pas encore un aigle adulte), il décida d'attendre au lendemain. Il dit aux deux femmes d'aller se coucher en leur précisant que, pour sa part, il resterait près du foyer toute la nuit pour s'assurer que rien ne se passerait, bien assis dans le fauteuil qu'il approcha près du feu, bien en vue du sapin et de ce visiteur inattendu.

La nuit fut longue, mais dans son demi-sommeil, Joseph fut assez alerte pour constater que l'aigle avait fait comme lui : peu fermé l'oeil tout en s'assoupissant de temps à autres.

 *

Au lever du jour, il alla réveiller sa femme pour lui dire de préparer à déjeuner, puis sa soeur.

- Occupe-toi des enfants, lui dit-il. C'est Noël.

Quelques minutes plus tard, des petits pas pressés se firent entendre dans l'escalier et toute la famille se retrouva devant le sapin, les plus jeunes surpris de voir une bête au-dessus de leur sapin, oubliant presque les présents qui les attendaient au pied de l'arbre.

- C'est quoi, ça ? demanda la plus vieille, Oralie.

- Un oiseau que le bon Dieu nous a envoyé, dit la mère.

- C'est pas un oiseau, dit Uldéric, le plus vieux. Un aigle ! Un oiseau rapace. (Une chose qu'il avait vue dans ses livres d'école.)

À ce mot, le plus jeune, aimé, se mit à pleurer.

- Ne pleure pas, dit la mère en le prenant dans ses bras. Il est là pour nous apporter du bonheur.

- Du bonheur, mon c... ! Rétorqua Uldéric. C't'un faucon qu'on voulait avoir.

 

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