Le seul hebdomadaire de la région publié une fois par mois

Vol. XXXVI, n° 6

Numéro double - Février-Mars 2026

Dernière révision : 19 mars 2026 

Février 2026
Dimanche Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi
1
Fin
des
Capétiens
directs
1328
2
Naissance
futur
New York
1625
3
Décès
de
Johannes
Gutenberg
1468
4
Entente
François
& Soliman
1536
5
1er
film
de
Charlot
1921
6
Naissance
d'
Anne
Stuart
1665
7
Début
guerre
au Vietnam
1965
8
Marie
Stuart
exécutée
1587
9
Naissance
Livre de
Poche
1953
10
Les Mongols
à Bagdad
1258
11
Fondation
du
Japon
660 a.J.C.
12
Jeux
d'hiver
Vancouver
2010
13
Banque
de
France !
1800
14
Serment
de
Strasbourg
842
15
3 couleurs
pour la France
1794
16
Mort
de Félix
Faure
1899
17
Giordano
Bruno
exécuté
1600
18
Cortez
quitte
Cuba
1519
19
Temples
païens
interdits
356
20
Manifeste
du
futurisme
1909
21
Premier
chemin
de fer
1804
22
La
Voisin
Exécutée
1680
23
La Lorraine
française
1766
24
La Russie
envahit
l'Ukraine
2022
25
Jeanne
rencontre
le roi
1429
26
Naissance
François
Aragon
1786
27
Henri IV
sacré à
Chartres
1594
28
Naissance
de
Montaigne
1533

Page qu'on tourne

 
Mars 2026
Dimanche Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi
1
Dioclétien
instaure
la
tétrarchie
2
Bâton-Rouge fondé !
1698
3
Première
de
Carmen
1875
4
Investiture
de
Lincoln
1861
5
Guerre
froide
débute
1946
6
Mort de
Davy
Crockett
1836
7
Hitler
rentre en
Rhénanie
1936
8
Journée
de la
femme
(1910)
9
Napoléon
épouse
Joséphine
1796
10
Révolte
au
Tibet
1959
11
Soulèvement
des
Vendéens
1793
12
Marche
"du sel"
(Gandhi)
1930
13
Invention
du
WWW
1989
14
Henri IV
victoire
à Ivry
1590
15
Assassinat
de
César
44 av. J.C.
16
Création
de
WestPoint
1802
17
Napoléon
crée
le "BAC"
1808
18
Caligula
est déclaré
empereur
37 a.d.
19
Jacques
 Molay
supplicié
1314
20
Naissance
de
l'Aiglon
1811
21
Divorce
Alienor
LouisVII
1152
22
Henri IV
entre à
Paris
1594
23
Saladin
vizir
d'Égypte
1169
24
Début de
Notre-Dame
1163
25
Fondation
de
Venise
421 a.d.
26
Fondation
du
Mercosur
1991
27
Naissance
du franc
Germinal
1803
28
Franquistes
à
Madrid
1939
29
Naissance
Marcel Aymé
1902
30
Naissance
Francisco
de Goya
1746
30
Inauguration
Tour
Eiffel
1889
       

Note :  Les informations qui précèdent sont en provenance du site http://herodote.net

Page qu'on tourne

 

  Ce numéro :


Contenu :

Fernand Gignac Prévert, William Morris, Phil Fatras -/-  Jacqueline Cerquiglini-Toulet, Élianne Viennot, Joan DeJean, Edwige Keller-Rahbé, Florence de Chalonge, DelphineNaudier, Christelle Reggiani et Martine Reid -/- Louise Labé, Marceline Desbordes-Valmore, Edna St. Vincent-Millay, Virginia Woolf, Marguerite Yourcenar, Nathalie Sarraute, et Agatha Christie -/- Richard Feynman, Jean-Loup Dabadie, Arthur Rimbaud, Léon Tolstoï, Chantal Pary, Marcel Proust, Honoré Balzac, Alexandre Jardin, Eric Chevillard, Alain Morrisod, Octave Mirbeau, Bergson, Éluard, Nana Mouskouri, John Ruskin, Frank Michael, Evan Solomon, Félicien Marceau, Apollinaire, Michel Louvain, Georges Sand, Alain Goraguer, Euclide, Jacques Marchioro, Michel Feher, Jelly Roll Mortin, Archimède, Serge Reggiani, William Cobbett, Chantal Pary, Mallarmé -/- Masini, Di Barri, Pintucci et Michel Jourdan -/- Laurence Jalbert et Simone de Beauvoir,.

***

INDEX de tous nos numéros, depuis Janv. 2018

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Chroniques :

 
   Photo de Pérec H. Pérec

Je ne voudrais pas mourir sans...

À mon âge, vous savez, y'a des questions qui, on ne sait d'où ni pourquoi, nous revienent à l'esprit ; des questions, auxquelles, généralement, on n'a jamais eu de réponses précises, mais qui ont cessé de nous inquiéter et qui, au fur et à mesure qu'on s'est avancé dans la nuit éternelle, emporté sans retour, on a fini par oublier et puis qui, comme ça, tout à coup, réapparaissent comme si le temps n'avait jamais existé.

N'insistez pas pour m'expliquer, à la Berson,  la relativité de l'espace, du temps et de la conscience dont ce célèbre philosophe a décrit dans son essai sur "Les données immédiates de la conscience". Deux, trois, vingt fois, j'ai essayé de le lire, mais à ses spéculations (?) je n'ai jamais rien compris. Faut dire que j'ai toujours eu de la difficulté à comprendre la simplicité de la géométrie euclidienne.

Ça explique peut-être les oublis dont je faisais état il y a une minute, mais ce ne sont pas à ces questions profondes auxquelles je pensais récemment.

 Non : je pensais à de petits problèmes auxquels je n'ai jamais trouvé de solution.

Un exemple :

Les miroirs.

Pour m'être regardé dans une - que certains ont appelé "glace" - des milliers de fois, ne serait que pour me peigner, me raser ou effacer des traces d'un soufflé aux fraises dont ma mère était une spécialiste, il m'est arrivé souvent de me demander non pas ce que j'avais l'air, mais comment les autres me voyaient. Qui était ce personnage non pas que j'étais, que je fus, que j'ai toujours été, mais celui que tout le monde pouvait regarder alors que je n'en voyais qu'une représentation partielle et surtout irréelle ?

(C'est un peu - pardonnez cette remarque hors propos - ce qu'une femme croit qu'elle est sans jamais s'être vue, de dos, par exempl, marchant avec ses jambes, sa charpente et d'autres aspects de son corps que je ne mentionnerai pas à cause des jeunes filles qui pourraient nous lire).

Mais vous allez comprendre :

Ma montre-bracelet. Je la porte à mon bras gauche. Or, celui que je regarde dans un miroir, quand cela m'arrive, il la porte à son bras droit. - Quand je lui fais signe de ma main droite, il me renvoie le même signe, mais de la main gauche. Je mets mon doigt sur ma joue droite. Il met le sien sur sa joue gauche.

Tout cela est normal, me direz-vous ; le problème viennt du fait qu'il me renvoie une image inversée. - Hé bien cela, je l'ai compris il y a longtemps. Sauf que :

Quand je me penche en avant, il se penche lui aussi, en avant. Et si je me déplace dans une direction, il me suit...

Ma question est - et je me la posais encore une fois ce matin :

Si, de droite à gauche, un miroir me renvoie une image inversée, pourquoi, de haut en bas et d'en avant en arrière  il ne me renvoie pas une image semblable ?

 H. Pérec

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  Photo de Maud Tessier  Maud Tessier

25 ans !

Vous saviez que le site de l'UdeNap (Université de Napierville) et celui de la chanson française(*) ,largement subventionnées par le groupe Vatfair-Faire, auront - en fait ont déjà eu en janvier dernier -vingt-cinq ans ?

(*) Du tempsdescerisesauxfeuillesmortes.org

C'est en effet au cours de la pemière semaine de l'an 2001 que, à la suggestion de son recteur, le Professeur Marshall, l'UdeNap a ouvert son site qui a été suivi peu de temps après par celui sur la chanson.

C'est en fouillant dans leurs archives (n'oubliez pas que le site de l'UdeNap est en révision depuis plusieurs mois - avec ses miliers de pages et ces plusieurs miliers de liens) que j'ai découvert cet événement qui aurait dû être signalé à la masse de leurs très courtois et distingués lecteurs.

Monsieur Euclide Marshall, le Professeur, celui qui en est toujours  son recteur et dirigeant, vous auriez dû nous en faire part.

Oui, je sais : l'UdeNap n'est pas là pour célébrer un travail de diffusion qui ne sera jamais terminé, mais quand même...

 
Pour le moment : salutation distinguée et toutes nos excuses pour le retard à Monsieur Jacques Marchioro de Nice (France), celui qui s'occupe du site sur la chanson... salutation et excuses qui parviendront sans doute à ses oreilles trop accoutumées (et que l'on ne veut pas dire incrédules) mais dès que nous aurons pris le dessus sur nos autres affligeants travaux...

 Maud

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  Photo de Simon Popp Simon Popp

Tout un mois (et même deux)

J'étais, il n'y a pas très longtemps, sans doute chez mon dentiste, un grand collectionneur de revues périmées, en train de lire, en diagonal, je-ne-sais-plus-quoi, lorsque je suis tombé sur la citation qui suit :

"En conséquence, c'est davantage du panurgisme des acteurs financiers que de la mise en rivalité des agents économiques que dépend aujourd'hui la reproduction du régime néolibéral."

Elle était - je l'ai tout de suite noté - d'un certain Michel Feher écrivant en 2010 dans une revue qu'il a fondée, une revue intellectuelle et politique française du nom de «Vacarme».

Et je me suis dit : WTF ?

Et, croyez-le ou non, c'était un de mes meilleurs jours depuis le début de l'année.

 Simon

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 Photo de Copernique Copernique Marshall


Inintelligence Artificielle

Ce n'est pas ce que j'entends ou que je lis sur l'Intelligence Artificielle qui me fatigue, c'est la certitude avec laquelle des idioties sont dites et répétées par des gens qui n'ont aucune idée ce qu'est l'Intelligence Artificielle. Exactement ce que Richard Feynman disait à propos de la mécanique quantique : "Si vous pensez que vous connaissez ce qu'est la mécanique quantique, vous ne connaissez absolument rien de ce qu'est la mécanique quantique."

Voici ce qu'il disait de l'A.I. :

(Références à la fin)

***

Richard Feynman :

Ça vous est déjà arrivé, n'est-ce-pas, de vous poser une question comme "Quel est le nom de la comédienne qui jouait le rôle de Desdémone dans l'Othello d'Orson Welles ?"

Vous avez posé la question à ChatGpt qui vous répondu instantanément : "Suzanne Cloutier". Même chose quand vous vous êtes demandé la distance entre Paris et Lyon ou même celle entre Montréal et Saint-Louis-de-Gonzague. Ou encore qui fut le Président de la France avant Mitterand.

Plus tard, vous avez été émerveillé devant l'écran de votre ordinateur pour apprendre que ChatGPT pouvait également écrire des poèmes ou peindre un coucher de soleil sans jamais en avoir vu un seul.

Merveilleux, n'est-ce pas ? Le plus extraordinaire, c'est que cet écran, cette machine que vous aviez devant les yeux s'est mise, un jour, à répondre à vos questions avant même que vous ayez eu le temps de les poser. Et verbalement, par dessus le marché car elle comprenait ce que vous disiez et vous répondait de la même façon.

Et voilà que tout le monde vous a dit que cette chose était artificiellement intelligente, très intelligente ; qu'elle pouvait penser, réfléchir même. On vous a même dit dit qu'elle est brillante, que c'était un appareil qui pensait.

Et si je vous disait, au risque de vous offusquer, que ceux qui ont inventé l'expression "Intelligence Artificielle" n'avait aucune idée de ce qu'il disait ? La preuve est que toutes les intelligences artificielles connues aujourd'hui sont d'une stupidité à faire pleurer car non seulement elles n'ont aucun rapport avec ce qu'est une pensée, mais en plus, elles n'ont aucune idée ce que pourrait être une pensée. En fait, elles sont d'une stupidité difficile à s'imaginer. Si stupide que si vous rencontriez une personne qui se comportait comme elles, vous penseriez qu'il y a quelque chose qui cloche dans son comportement.

La vitesse trouble notre esprit. Elle nous porte à croire que si quelque chose se passe très vite, c'est forcément un signe d'ingéniosité. Si quelqu'un pouvait, par exemple, vous dire instantanément le résultat de la multiplication de deux nombres à dix chiffres en une seconde, vous auriez tendance à le qualifier de génie. Mais que se passerait-t-il si cette même personne, n'effectuait aucun calcul, mais pourrait, à une vitesse extraordinaire, trouver la réponse à votre question dans un grand livre ? Serait-elle toujours être un génie ou tout simplement un employé dans une bibliothèque qui peut se déplacer à une vitesse... extraordinaire ?

Pensez-y bien :

Oubliez les écrans d'ordinateurs, ceux des guichets bancaires ou des machines à calculer. Oubliez le marketing derrière ces écrans. Passez du côté des coulisses qui sont à leurs origines, là où tout fonctionne selon certains critères établis non pas pour vous épater, mais pour rendre toutes opérations répétitives plus rapides et plus efficaces. Là où ce qui semble magique vous étonnera par sa simplicité.

Imaginez un commis à l'information. Appelons-le tout simplement "le commis". C'est un homme de petite taille, assis dans une immense pièce sans fenêtres. Cette pièce est remplie, du sol au plafond, de classeurs, de millions, de milliards de classeurs. Et à l'intérieur de ces classeurs, des fiches, des milliards de fiches couvertes d'écriture. Le travail de ce commis consiste à exécuter des séries d'instructions très précises en ce qui les concerne.

On lui glisse un papier sous la porte. Sur ce papier, une question. Une simple question comme : "Quel est le sens de la vie ?" - Vous ou moi, après l'avoir lue, commencerions à nous interroger. Nous penserions à nos familles, aux étoiles, ou à cette sensation que l'on éprouve en écoutant de la musique, à des dizaines de milliers de choses apparemment sans rapport entre elles. Nous utiliserions en quelque sorte notre esprit. Mais, lui, le commis en est incapable. En réalité, ses capacités sont remarquablement limitées. Soyons honnêtes, il est totalement idiot, en plus d'être illettré.

Il ignore le sens du mot "sens" tout comme il ignore le sens du mot "vie". Pour lui, les lettres qui sont sur le bout de papier qu'on lui a glissée sous la porte ne sont que des formes, un trait ondulé par-ci, un trait droit par-là. Il ne voit même pas les mots auxquels ces mots se réfèrent. Il voit des graphies composées de traits d'encre. Alors, comment répond-il à la question ? Il consulte les instructions qu'on lui a données, des instructions mécaniques. Elles disent : "Prenez la fiche qui a été glissée sous la porte. Regardez la première forme. Si c'est un "W",  allez au classeur correspondant à cette forme, ouvrez le tiroir, cherchez la fiche qui ressemble à la forme suivante.... Si elle correspond, passez à l'instruction numéro cinq. Sinon, passez à l'instruction numéro six... etc." Le commis aux archives court. Il court vers les classeurs en question...

Il sort une carte. Il compare les formes. Il remet la carte dans son tiroir. Il court vers un autre tiroir ou classeur..

Il sort une autre carte. Il en crée une nouvelle en copiant des formes des anciennes cartes. Il les colle ensemble. Il suit les règles à la lettre. Si la forme A est à côté de la forme B, alors la forme C doit suivre. Il ne sait pas pourquoi. Il sait juste que c'est la règle.

Finalement, il a une feuille de papier avec une série de formes. Il court vers la porte et la repousse de l'autre côté. Vous ramassez la feuille, vous la lisez, et il est écrit : «Le sens de la vie est d'aimer et d'apprendre.» Et vous êtes stupéfait, vous vous exclamez : «Mon Dieu, cette machine est intelligente ! Cette machine comprend la condition humaine. Cette machine est profonde !»

Mais le commis aux archives a-t-il compris quelque chose dans sa démarche ? Non, il ne faisait que déplacer des papiers. Il mélangeait des fiches. Il n'a jamais pensé à l'amour ni à l'apprentissage. Il ne pensait qu'à associer la forme A à la forme B. C'est ce que nous appelons un ordinateur. C'est un commis aux archives perfectionné. C'est un mélangeur de données. C'est un manipulateur de symboles.

Vous pourriez me dire : "Ce commis, quand même est différent : Il apprend, il s'améliore avec le temps."

C'est exact si, parmi les instructions qu'on lui a données, on lui a dit de conserver la question qu'on lui a posée et la réponse qu'il a trouvée de telle sorte à répondre plus facilement la prochaine fois qu'on la lui posera. Mais pas plus. Il ne gagne pas en sagesse, mais en efficacité et c'est là la grande illusion.

Contrairement à tout cela, lorsqu'un enfant met ses doigts sur  une plaque de cuisson chaude, il apprend non seulement à ne pas recommencer, mais également le principe qu'est celui de la douleur. Il se construit une représentation du monde où la chaleur est synonyme de danger.

Avec notre connaisance des ordinateurs qui "pensent", nous confondons la carte avec le territoire. Nous confondons la syntaxe, c'est-à-dire l'agencement des mots, avec la sémantique, c'est-à-dire leur signification. Le commis, dont on vous paralait il y a duex minutes maîtrise parfaitement la syntaxe. Il sait exactement où placer une virgule. Il sait que le mot «couronne» apparaît généralement près du mot «roi», mais il ignore ce qu'est un roi. Il ignore qu'une couronne est lourde. Il ne connaît que la probabilité statistique que ces deux formes apparaissent ensemble dans son système de classification.

L'informatique est trompeuse. Elle nous permet de simuler la compréhension sans la posséder réellement.

Prenons un autre exemple :

Imaginez une bibliothèque.

Une bibliothèque qui renferme un ensemble de connaissances humaines. On y trouve des livres de physique, de cuisine, d'histoire, des romans, des cartes géographiques... Imaginez maintenant un bibliothécaire qui ne parle que le chinois. Il travaille à un endroit où tous les livres sont en anglais. Il est très compétent. Si vous lui demandez un livre sur la gravité, il sait exactement où il se trouve sur les rayons car il a mémorisé les cotes.

Si vous lui demandez de trouver un livre qui parle de la chute des pommes, il peut même, dépendant de la question précédente, aller chercher celui de Newton. Il vous le tend. Vous le lisez et vous apprenez des choses sur la gravité. Mais le bibliothécaire comprend-il la gravité ? Non. Il comprend la classification décimale de Dewey. Il connaît l'emplacement du livre, mais pas son contenu... ni le rapport avec une légende (Newton et la pomme), le fruit ou la gravité...

Les modèles d'IA actuels sont tout simplement des bibliothécaires qui ont parcouru l'intégralité d'Internet sans rien y comprendre. Ils ont cartographié les relations entre les mots.

Ils savent que si vous commencez une phrase par «le ciel», le mot suivant sera à un certain pourcentage-près «bleu», non pas parce qu'ils ont vu le ciel, ni parce qu'ils savent ce qu'est une couleur, mais parce que, parmi les milliards de fiches de leurs classeurs, le mot «bleu» apparaît à côté du mot «ciel» dans un pourcentage assez élevé. C'est une question de probabilité, non de perception. Pourquoi est-ce important ?

Pourquoi insister autant sur cette différence ? Parce que nous commençons à confier des décisions qui requièrent de la sagesse à ces archivistes. Nous leur demandons comment gouverner nos sociétés. Nous leur demandons de créer de l'art. Nous les traitons comme des dieux parce qu'ils sont rapides, et ils le sont vraiment. C'est leur seul avantage sur nous.

Imaginez si ces archivistes pouvaient courir à la vitesse de la lumière. Imaginez qu'ils puissent ouvrir un milliard de tiroirs en une nanoseconde. Pour vous, de l'extérieur, la réponse apparaîtrait instantanément. Ce serait comme par magie. Comme par intuition. Mais à l'intérieur, ce n'est toujours qu'un homme qui court dans tous les sens, en sueur, en - façon de parler - feuilletant des "papiers".

La vitesse masque la bêtise.

Si l'on fait une bêtise assez vite, cela passe pour de l'intelligence. Ce qui nous amène à une question plus profonde, une question qui me hante :

Si l'IA n'est qu'un simple archiviste, que sommes-nous ? Sommes-nous spéciaux ? Y a-t-il quelque chose de magique à l'oeuvre dans notre cerveau ? Observez-le : que voyez-vous ? Des neurones, des cellules, des substances chimiques, des signaux électriques qui fusent, des ions de sodium qui entrent, des ions de potassium qui sortent. C'est une machine, une machine biologique.

Se pourrait-il que nous ne soyons, nous aussi, que des archivistes? Se pourrait-il que lorsque je dis «je t'aime», je me précipite simplement vers mon «classeur interne», que j'en tire la fiche qui correspond à la situation et que je lise le texte ? C'est là que ça devient vraiment intéressant. C'est là que la physique rencontre la philosophie.

Nous savons que le cerveau fonctionne selon les mêmes lois physiques que l'ordinateur. Les atomes de notre cerveau obéissent aux mêmes règles que ceux des puces de silicium. Il n'y a pas d'esprit particulier qui manipule les atomes.

Tout cela relève de la physique. Mais l'architecture diffère.

Il y a une différence de complexité. L'ordinateur fonctionne séquentiellement, étape par étape. Il récupère l'instruction, l'exécute, stocke le résultat, puis récupère l'instruction suivante. Il répète cette opération des milliards de fois par seconde, mais… cela reste une étape à la fois. C'est comme un simple employé de bureau qui travaille à toute vitesse.

Le cerveau, en revanche, fonctionne en parallèle. Il est complexe. Il est bruyant. C'est comme si un milliard d'employés de bureau se criaient dessus en même temps. Et ils ne se contentent pas de suivre des règles. Ils les modifient constamment. Quand on apprend quelque chose, le cerveau se modifie physiquement. Les connexions entre les neurones se renforcent ou s'affaiblissent. Le matériel se recâble.

L'ordinateur, lui, ne se recâble pas. Le matériel reste le même. Le logiciel évolue, mais le silicium demeure rigide. Cette différence est importante. Elle est importante car elle suggère que l'intelligence ne se limite pas au traitement de symboles. Il s'agit d'incarner le monde.

Quand on pense à une pomme, on n'accède pas seulement au mot «pomme». Vous réveillez le souvenir du goût, du croquant, de la couleur rouge, du moment où vous avez grimpé à un arbre et chuté. Votre perception d'une pomme est liée à votre existence physique dans l'univers.

L'IA n'a pas d'existence physique. Elle n'a pas de corps. Elle n'a jamais ressenti la gravité, la faim, ni la chaleur du soleil. Elle ne possède que des descriptions de ces choses. C'est comme un homme qui a lu tous les livres sur la natation sans jamais avoir mis les pieds dans l'eau.

Si vous le jetez à la mer, il se noiera. Il connaît la théorie de la poussée d'Archimède, la dynamique des fluides, mais il ne sait pas nager.

L'IA est submergée de données, mais elle est affamée d'expérience. Dire qu'elle est stupide n'est donc pas une insulte. C'est la définir avec précision, la replacer dans sa juste catégorie : un outil, un levier pour l'esprit. Archimède disait : «Donnez-moi un levier suffisamment long et je soulèverai le monde.»

L'ordinateur est ce levier. L'IA est le point d'appui. Elle nous permet de traiter une quantité d'informations que nous ne pourrions jamais gérer seuls.

Elle nous permet de percevoir des schémas dans le bruit, invisibles à nos yeux biologiques lents. Mais le levier ne décide pas de la direction que prend le monde. Le levier est dépourvu de désir. Le levier est dépourvu de moralité. C'est à vous de pousser. C'est à vous de choisir la direction. Si vous lui laissez cette décision, il se contentera d'exécuter ses dernières instructions. Et si ces dernières instructions étaient de fabriquer des trombones, il transformera l'univers entier en trombones, faute d'avoir reçu l'ordre de s'arrêter.

Ce n'est pas de la malice. C'est simplement de la compétence sans sagesse. Nous ne devons pas craindre la machine. Nous devons la comprendre. En physique, il existe un phénomène fascinant appelé entropie. C'est la tendance de l'univers à se désorganiser, à passer de l'ordre au désordre. Si vous prenez un jeu de cartes et que vous les mélangez, elles se mélangent. Elles ne se mélangent jamais d'elles-mêmes pour retrouver leur ordre initial.

La vie est tout le contraire. C'est une lutte constante pour créer de l'ordre à partir du chaos, pour transformer l'énergie en information, la matière en sens. L'IA nous aide pour l'information. Elle excelle à organiser le chaos. Elle peut trier un jeu de cartes plus rapidement que n'importe quel humain. Mais le sens, lui, nous incombe toujours. Le commis peut trier les cartes, mais il ne sait pas jouer. Il ignore pourquoi le jeu est amusant. Il ne sait pas pourquoi gagner est agréable, perdre est amer.

Alors, la prochaine fois que vous utiliserez l'IA et ses outils, la prochaine fois que vous verrez apparaître ce texte magique à l'écran, ne vous laissez pas berner. Ne croyez pas qu'il y ait un fantôme dans la machine.

Imaginez le petit bonhomme dans l'arrière-boutique. Visualisez-le courant dans tous les sens, transpirant à grosses gouttes, essayant d'associer la forme A à la forme B. Appréciez sa rapidité. Appréciez ses efforts. Utilisez les résultats qu'il vous fournit. Mais souvenez-vous qu'il est aveugle, sourd et insensible. Vous, vous avez les yeux. Vous avez les oreilles. Vous êtes celui qui ressent.

L'intelligence n'est pas une boîte. L'intelligence est en vous. La boîte n'est qu'un miroir qui vous renvoie vos propres questions à la vitesse de la lumière. Et c'est peut-être là la leçon la plus importante. La machine nous révèle ce que nous sommes en nous montrant ce qu'elle n'est pas. Elle nous montre que la conscience, la perception, la capacité de se soucier des autres sont précieuses et rares, et ne se construisent pas simplement en empilant des classeurs. Il faut une étincelle. Il faut un lien avec la réalité des choses, et non pas seulement leur description.

Alors continuez à poser des questions, à vous interroger, à douter, car c'est quelque chose qu'un archiviste ne pourra jamais faire. Il ne peut que répondre, jamais poser de questions. Et au final, ce sont les questions qui nous font avancer, pas les réponses. Les réponses ne sont que des points d'arrêt. Les questions, c'est le voyage. Ne laissez pas la machine faire le voyage à votre place. Laissez-la porter vos bagages, laissez-la lire la carte, mais c'est à vous de conduire. Car si vous vous endormez au volant, l'archiviste ne vous réveillera pas.

Il continuera simplement à rouler exactement là où vous lui avez indiqué d'aller. Même si c'est au bord d'une falaise, restez éveillé, restez curieux. Et souvenez-vous que la nature est toujours bien plus merveilleuse et bien plus étrange que n'importe quelle simulation.

Richard Feynman

Pour la version originale (en anglais), voir :
Why AI Is Actually Stupid - sur Internet.

Note :

La version française ci-dessus est de : Google "Translate" (et autres sites, dont ChatGPT) avec l'aide de Madame Fawzi Malhasti qui en a fait une "tradaptation".

***

  Commentaire :

Évidemment, le texte qui précède est quelque peu dépassé. Il date, déjà, d'une cinquantaine d'années ; Feynman est décédé il y aura bientôt quarante ans. Et si les ordinateurs, aujourd'hui, ont appris à (ré)écrire, retoucher, amender les codes qui les font fonctionner, les logiciels qui leur ont permis de ce faire ont été écrits par - devinez qui - des... programmeurs.

Le problème de la compréhension de ce qu'est "l'intelligence artificielle" et de la peur qu'elle engendre, c'est jusqu'à où ceux qui y oeuvres dans ce domaine laisseront à leurs "machines" des décisions concernant, par exemples, le choix d'opérer, oui ou non, une personne atteinte d'une maladie quelconque, le nombre de missiles à développer pour contrer un pays hostile et même décider si un pays est hostile ou non.

Remarquez qu'au moment où j'écris ceci, je me demande si un ordinateur intelligent serait plus apte à diriger les USA que leur actuel président... 

Copernique.

***

Pour de plus amples renseignements :

Consultez notre annexe
sur les sites d'IA, présentement disponibles sur le WEB
(avec descriptions, coûts, etc.)

 Page qu'on tourne

Dernière heure

Voici une liste partielle des postes appelés à disparaître (certains sont déjà ou à peu près disparus)  à plus ou moins court terme... grâce à l'Inintelligence Artificielle :

(Liste retrouvée sur la toile :)

Chauffeurs de camion, taxi, autobus...
Teneurs de livres
Traducteurs
Cuisiniers (restauration rapide)
Préposés au support informatique
Employés parajuristes
Vérificateur de textes
Agent de voyage
Assembleur en usine
Négociant en actions
Radiologiste
 Employé dans une pharmacie
Caissier dans une banque
Courtier en immobilier
Graphiste
Journaliste sportif
Préparateur de rapports d'impôt
Souscripteur en assurance
Libraire
Lecteur de nouvelles
Commis de bureau
Programmeur
Arbitres (sport)
Modèles
Sous-directeur-directrice
Professeur
Statisticien
Soldat
Employé dans le domaine de la construction...

Et... voilà que j'apprends que la Canada a un ministre de l'Intelligence Artificielle et de l'Innovation Numérique, un certain Evan Solomon...

Page qu'on tourne

 

  Photo de Mme Malhasti Fawzi Malhasti


Pugillares

Retrouvées récemment dans un de mes cahiers de notes,
les citations suivantes :

 Marcel Proust :

«La grandeur de l'art véritable [...] c'était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d'épaisseur et d'imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans l'avoir connue, et qui est tout simplement notre vie, la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie, par conséquent, réellement vécue, cette vie qui, en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l'artiste. Mais ils ne la voient pas, parce qu'ils ne cherchent pas à l'éclaircir. Et ainsi leur passé est encombré d'innombrables clichés qui restent inutiles parce que l'intelligence ne les a pas "développés".»

 Léon Tolstoï:

«Vous savez ce qu'étaient les écrivains [à cette époque] ? Je vais vous le dire., moi, car j'ai vécu parmi eux. À peu près tous des amoraux, et pour la plupart, soit insignifiants, soit carrément mauvais, en tous cas, d'un caractère beaucoup plus bas - et c'était déjà pas brillant - que ceux que j'avais rencontrés dans ma vie militaire. - Et ces gens qui faisaient semblant d'être des prédicateurs - enfin : d'avoir un secret pour le bonheur du monde -, en réalité , leur désir le plus vrai et le plus intime, la seule chose qui les occupait pour de bon, c'était de recevoir le plus de louanges et le plus d'argent possible. Ce qui leur plaisait énormément, c'était être entourés d'estime, d'avoir des aventures galantes, c'était toucher pas mal d'argent...»

 Octave Mirbeau :

«Chaque fois que j'apprends qu'un artiste que j'aime, qu'un écrivain que j'admire viennent d'être décorés, j'éprouve un sentiment pénible, et je me dis aussitôt : Quel dommage !» x

 Félicien Marceau :

«Il importe d’avoir lu Balzac, tout Balzac, écrit André Gide dans Incidences. Quelques écrivains ont cru pouvoir s’en dispenser ; dans la suite, ils ont pu ne pas bien se rendre compte eux-mêmes de ce qui leur manquait ; on s’en rend compte pour eux . Comme Dostoïevski disait : nous sortons tous du Manteau, ainsi les trois quarts des romanciers français devraient dire : nous sommes tous les fils du Père Goriot.»

 Paul Claudel :

«Les grands écrivains n'ont jamais été faits pour subir la loi des grammairiens, mais pour imposer la leur.»

  Eric Chevillard :

«Toute lecture bien comprise est d'ailleurs affaire de vitesse. Il suffit de trouver la bonne. Il en est une adaptée pour chaque écrivain qui sera fatale au lecteur s'il n'en change pas et s'engageant dans le livre d'un autre.»

  Alexandre Jardin :

«Je pense que notre monde manque plus de grands lecteurs que de grands écrivains, et composer une bibliothèque est un art qui tient de l'architecture.»

 John Ruskin :

«La plus grande récompense de nos efforts n'est pas ce que nous en obtenons, mais ce que nous devenons grâce à eux.»

Conclusion :

On ne relit jamais assez les notes qu'on a prises.

****

Et puis...

Voici quelque chose que Copernique m'a fait parvenir il y a quelques jours : une définition de la poésie qu'il a obtenu de ChatGPT :

«Voici les caractéristiques généralement considérées comme essentielles à la poésie — non pas comme des règles absolues, mais comme des traits récurrents qui définissent son esprit :

1. La concentration de la langue

La poésie condense le sens. Chaque mot compte, porte une charge émotionnelle, sonore ou symbolique.

2. Le travail sur le rythme

Même en poésie libre, un rythme existe :
     – cadence des phrases
     – retours, ruptures
     – alternance des sons

3. La dimension sonore

Rimes, assonances, allitérations, échos internes…

4. L’image et la métaphore

La poésie pense par images. Elle transforme le réel, superpose les niveaux de sens.

5. L’ambiguïté ou le pluriel du sens

Un poème n’a presque jamais un seul sens ; il ouvre un espace de résonances.

6. La subjectivité ou l’intensité affective

La poésie exprime — même quand elle est impersonnelle — une expérience sensible, émotionnelle, existentielle.

7. L’importance de la forme

Qu’il s’agisse de vers réguliers, de vers libres, de prose poétique, la forme n’est jamais neutre :
     – disposition sur la page
     – longueur des vers
     – blancs typographiques

8. Une rupture avec l’ordinaire du langage

La poésie déplace les habitudes linguistiques :
     – tournures inattendues
     – images neuves
     – associations surprenantes

9. La dimension symbolique

Même un poème apparemment simple peut renvoyer à des expériences humaines fondamentales.

Voici quelques exemples simples, chacun illustrant une caractéristique essentielle de la poésie.


J’utilise de courts extraits célèbres (domaine public) et parfois de petites créations pour clarifier.

1. Concentration de la langue

   Exemple (Rimbaud)
   « Elle est retrouvée.
     Quoi ? — L’Éternité. »
       → Deux vers seulement : forte densité de sens et d’émotion.

2. Rythme

   Exemple (Prévert)
   « Trois allumettes une à une allumées dans la nuit »
     → La répétition (« trois », « une à une »)
          crée une cadence lente et douce.

3. Dimension sonore : rimes, assonances, allitérations

   Exemple (Hugo)
   « Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne… »
     → Allitération en d, l, b ; rythme ample
          qui accompagne la gravité.

4. Images et métaphores

   Exemple (Baudelaire)
   « Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
      Luxe, calme et volupté. »
      → Un lieu réel devient une vision idéale :
            la description devient symbole.

5. Polysémie / sens multiples

   Exemple (Mallarmé)
    « Un coup de dés jamais n’abolira le hasard »
        → Peut se lire comme réflexion métaphysique,
             poétique, ou existentielle.

6. Intensité subjective

   Exemple (Lamartine)
    « Ô temps ! suspends ton vol… »
      → Expression directe d’un désir humain
           profond : arrêter le temps.

7. Importance de la forme

   Exemple (Apollinaire, vers libérés sans ponctuation)
     « Il pleut des voix de femmes comme si elles
       étaient mortes même dans le souvenir »
      → La disposition en « pluie » dans le poème
          Il pleut participe au sens.

8. Rupture avec le langage ordinaire

    Exemple (Éluard)
      « La terre est bleue comme une orange »
      → Association impossible = image poétique
          qui déplace notre perception.

9. Dimension symbolique

     Exemple (Baudelaire) – Les correspondances
       « La Nature est un temple où de vivants piliers
        Laissent parfois sortir de confuses paroles »
       → Le monde devient un symbole spirituel ; la nature parle.

Fawzi

Page qu'on tourne


Photo de Paul  Paul Dubé

Le temps qui nous reste

C'est peu au début des années 80 que Fernand Gignac, interprète québécois, né en 1934 et décédé en l'an 2006, a cessé de chanter "Le temps qui nous reste", une chanson créée en français par Nana Mouskouri en 1972. Il disait qu'elle faisait pleurer trop de ses auditeurs lors de ses tournées. Il avait à cette époque 45-47 ans.

Faut dire que sa «clientèle» n'a jamais été jeune. Cinquante ans et plus... Personnellement - je veux dire "en personne" - , Fernand Gignac n'a jamais été jeune non plus. Au cours de sa longue carrière (50 ans, 31 albums, 75 45-tours plus de 6 millions de disques vendus), il a toujours eu l'air d'un crooner dont l'âge a oscillé entre 35 et 45 ans.

Mais quelle voix ! - Il était au faite de son talent lorsqu'il a enregistré ce "Temps qui nous reste" en 1979.

D'où provenait-elle ?

D'une chanson italienne écrite par Masini, Di Barri et Pintucci, adaptée en français par l'incroyable parolier que fut Michel Jourdan (1934-2025) et ce, pour Nana Mouskouri en 1972 .

Elle a par la suite été reprise par : Michel Louvain (en 1980 ou serait-ce plus tard ?), Chantal Pary en 2002, Frank Michael en 2007, Laurence Jalbert en 2019... Il en existe même une version par Alain Morrisod et Sweet People datant de l'an 2000. Sauf qu'à mon avis, nul ne l'a chantée comme Fernand Gignac.

La voici :

Fernand Gignac
Le Temps qui nous reste

paul

P.S. : Ne pas confondre "Ce temps qui nous reste" avec "Le temps qui reste" de Jean-Loup Dabadie, pour les paroles, et  Alain Goraguer, pour la musique, créé par Serge Reggiani en 2003.

***

Mon émission de radio ?

Huitième saison !

Radiophile.ca 

(Le dimanche de midi à quatorze heures)

 


  Photo de Jeff Bollinger Jeff Bollinger

USA, the greatest in the world !

Je ne sais ps combien de fois je suis allé aux États-Unis. Pas aussi souvent que Monsieur paul, ni Simon qui, pendant des années, y ont exercé leur métier respectif, mais jeune, j'y ai passé des semaines durant ce qu'on dit avoir été des «vacances» avec mes parents, pour ensuite faire la même chose avec mes enfants.

J'y suis même allé souvent pour faire des achats parce que c'était plus facile que de me rendre à Montréal... et voilà que j'allais oublié l'année où j'y ai vécu en étudiant.

Mon opinion, durant toutes ces "visites" est toujours restée la même : les Américains étaient différents de "nous", mais si peu...

Sauf qu'à regarder de près :

Ils sont convaincus, entre autres, de n'avoir jamais perdu une guerre; ni au Vietnam, ni en Afghanistan et surtout pas celle de 1812... contre le Canada par dessus le marché !

Ils dépensent plus pour leur santé - per capita - que tous les pays chez qui les soins médicaux sont universels. - L'insuline, par exemple y coûte dix fois le prix pratiqué au Canada. - Conseil : ne mettez pas UN pied sur le sol américain sans avoir contracté une assurance médicale - un malaise ou un accident nécessitant une hospitalisation de quelques jours peut vous ruinez.

Ils sont convaincus que :

1- L'éducation non-privée ne vaut absolument rien. Sauf qu'une année de collège dans un établissement renommé vous coûtera dans les 15 à 20,000 $.

2- Les Européens sont surtaxés par rapport à eux qui empruntent des milliards depuis plusieurs années...

3- Que tous les services de transport public et ce, dans tous les pays, sont comparables aux leurs et, en conséquence, ne servent qu'aux indigents. - A remarquer qu'il y a peu de trottoirs dans la plupart de leurs banlieues.

4- Que la liberté d'expression n'existe que dans leur pays qui a un des plus hauts taux d'emprisonnement au monde.

5- Que les armes à feu sont innoffensives en tant que telles.

6- Que seules nations chrétiennes peuvent être prospères. (N'ont jamais visité la Suède, le Danemark, le Japon...)

7- Que leur système d'éducation est le meilleur au monde, se classant 34e en mathématique, 16e en science...

8- Que leur démocratie est un modèle à imiter et que tout le reste, particulièrement la démocratie à tendance sociale n'est qu'une forme de communisme...

Et ainsi de suite.

God Bless America !

 Jeff

Page qu'on tourne


Lectures

Note :

Les textes qui suivent - et les précédents - ne doivent pas être considérés comme de véritables critiques au sens de «jugements basés sur les mérites, défauts, qualités et imperfections» des livres, revues ou adaptations cinématographiques qui y sont mentionnés. Ils se veulent surtout être de commentaires, souvent sans rapport direct avec les oeuvres au sujet desquelles les chroniqueurs qui les signent désirent donner leurs opinions, opinions que n'endosse pas nécessairement la direction du Castor™, ni celle de l'Université de Napierville.

La direction


Femmes en littérature
Une histoire culturelle en deux volumes
Sous la direction de Martine Reid
Folio - Essais - 2020

Femmes en littérature T. 1                             Femmes en littérature Tome 2

Plusieurs personnes ont participé à ces deux volumes : Jacqueline Cerquiglini-Toulet, Élianne Viennot, Joan DeJean, Edwige Keller-Rahbé, Florence de Chalonge, DelphineNaudier, Christelle Reggiani et, naturellement, Martine Reid. - Vous pourrez trouver de plus amples détails à leur sujet sur Internet. - Martine Reid, en particulier, née en 1953, est professeure émérite de langue et littérature françaises à l'université de Lille. Elle est spécialiste de littérature du XIXe siècle et de George Sand, et plus généralement de l'histoire et de la place des femmes en littérature.

Voilà pour l'essentiel des informations concernant ces deux volumes qui totalisent plus de 1,600 pages et qui se consultent plutôt que d'être lus.

Cela étant dit, ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas très versé en ce qui concerne la littérature féminine.

C'est peut être dû au fait qu'elles sont peu nombreuses, c'est-à-dire peu citées, peu mises de l'avant, peu mentionnées par les critiques sauf quelques unes plus ou moins récentes dont Simone de Beauvoir qu'une page (que j'ai écrite pour ce site) en dit assez long sur l'intérêt que je lui ai porté. Mais, car il a un mais :

Dans mes lectures, il y en a quelques unes que je compare facilement à mes auteurs favoris : les poétesses Louise Labé (c. 1522–1566), Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) et Edna St. Vincent-Millay (1892-1950) que je classe parmi des monuments comme Racine, Baudelaire et Verlaine de même que les romancières comme Virginia Woolf (Mrs Dalloway) (1882-1941), Marguerite Yourcenar (Les mémoires d'Hadrien) (1903-1987), Colette (1873-1954), Nathalie Sarraute (1900-1999) et, pourquoi pas, Agatha Christie (1890-1976)... avec chacune d'entre-elles, j'ai passé de nombreuses et délicieuses journées.

Dans le lot, particulièrement depuis quelques années, des centaines d'auteures (faudra que je m'habitue, hein ? on dit autrices) se sont pointées en racontant leurs petites histoires, comment faire le tri ?

Grand merci à Martine Reid dont je feuillette depuis plusieurs jours son encyclopédie (ne nous cachons pas : ces deux volumes sont encyclopédiques), enfin je pourrai trouver celles qui auraient pu et qui vont calmer mon goût pour les perles rares..

À, forcément, suivre.

paul

***

La lecture
(Marcel Proust)
Texte en provenance de ChatGPT !

Dans «La lecture», préface à sa traduction de Sesame and the Lilies de John Ruskin (1906), Marcel Proust propose une méditation personnelle et profonde sur le sens de la lecture et sur la relation intime entre le lecteur et le livre.

Proust y affirme d’abord que la lecture n’est pas une fin en soi, mais un moyen d’éveil intérieur. Le livre ne transmet pas directement une vérité toute faite : il agit comme un déclencheur qui permet au lecteur de découvrir en lui-même des pensées, des émotions et des vérités latentes. Lire, c’est donc moins recevoir que réveiller.

Il insiste sur le caractère solitaire et silencieux de la lecture, qu’il distingue radicalement de la conversation. Alors que la parole impose un rythme et une présence extérieure, la lecture respecte la liberté du lecteur, son tempo, ses retours en arrière, ses rêveries.  Cette solitude n’est pas un isolement stérile : elle est une condition nécessaire à la vie intérieure.

Proust évoque ensuite la dimension mémorielle et affective de la lecture, en particulier celle de l’enfance. Les livres lus autrefois son
st pas un isolement stérile : elle est une condition nécessaire à la vie intérieure.t inséparables des lieux, des heures et des sensations qui les entouraient ; ils deviennent des repères essentiels de notre identité intérieure et de notre sensibilité future.

Enfin, il met en garde contre une lecture passive ou idolâtre. Les livres ne doivent pas remplacer la pensée personnelle : leur grandeur tient précisément à ce qu’ils nous conduisent au-delà d’eux-mêmes, vers une réflexion autonome et une création intérieure.

Ainsi,
«La lecture» dépasse largement le rôle de simple préface : c’est un texte fondamental où Proust expose une conception de la lecture comme acte de liberté, d’introspection et de formation spirituelle, annonçant déjà les thèmes majeurs de son oeuvre à venir...

Pas mal, non ?

Simon

P.S. : À propos de John Ruskin (1819-1900)

Ruskin fut un écrivain, critique d’art et penseur social britannique majeur de l’époque victorienne.

Né à Londres dans une famille aisée, il reçoit une éducation soignée et se passionne très tôt pour la peinture, l’architecture et la nature. Il se fait connaître dès les années 1840 par Modern Painters, où il défend le peintre J. M. W. Turner et affirme que l’art véritable doit être fidèle à la nature et moralement sincère.

Ruskin devient l’un des plus grands théoriciens de l’art du XIXᵉ siècle. Il valorise l’art médiéval et l’architecture gothique, qu’il juge plus humaine et plus spirituelle que l’art industriel de son temps (notamment dans The Seven Lamps of Architecture et The Stones of Venice). Pour lui, la beauté artistique est indissociable de la justice sociale et du respect du travail humain.

Progressivement, il s’engage dans la critique sociale et économique. Hostile au capitalisme industriel, qu’il accuse de déshumaniser les travailleurs et de détruire la nature, il prône une société fondée sur la coopération, la dignité du travail et l’éducation morale (Unto This Last, Sesame and Lilies). Ses idées influencent profondément le mouvement Arts and Crafts et des penseurs comme William Morris.

Sa vie personnelle est marquée par des épreuves : un mariage non consommé, des relations affectives complexes et de graves troubles mentaux dans les dernières années de sa vie. Il se retire progressivement de la vie publique et meurt en 1900.

John Ruskin demeure une figure essentielle pour avoir lié art, morale, nature et justice sociale, laissant une œuvre qui dépasse largement la critique artistique pour toucher à une vision globale de la civilisation.

****

Advice to...

Voici un extrait d'un livre dont je me suis souvenu récemment au cours d'une discussion avec une jeune dame à l'agenda grand format (qu'elle tient religieusement depuis des années) et ma manie d'écrire dans des carnets, des bouts de papiers, des calepins en tout genre (y compris des serviettes de table, des post-it, des envers d'étiquette... au point où je m'ennuie des cartons d'alumette...).

Il (l'extrait) est tiré d'un essai publié en 1829 par William Cobbett, le fils d'un fermier du Surrey, qui passa plusieurs années aux États-Unis (de 1792 à 1800), publia divers pamphlets sous le pseudonyme de Pierre le Porc Épic (sic) et qui, revenu en 1804 au Royaume-Uni, fonda un journal radical, le Political Register, ce qui lui vallu divers procès, entre autres, pour diffamation. Élu en 1832 membre de la Chambre des communes, il appuya la réforme parlementaire, en publiant, entre autres, une une grammaire de la langue anglaise  et d'autres écrits dont  :

        "Advice to a Young Men and (incidently) to Young
        Women in the Middle and Higher Ranks of Life
."

("Conseils à un jeune homme et (incidemment) à de jeunes femmes occupant des postes intermédiaires et supérieurs dans la vie.")


Ce qui suit est la tradaptation de son conseil numéro 81 (sic), redevable à Madame F. M. :


«Outre la lecture, un jeune homme devrait écrire, s'il en a la capacité et le loisir. Si vous souhaitez bien vous souvenir de quelque chose, notez-le, même si vous brûlez le papier aussitôt après ; car l'oeil est un excellent assistant pour l'esprit. La mémoire est un enchaînement d'idées ; le lieu, le moment et d'autres circonstances favorisent le rappel des faits, et rien n'est plus efficace que de les coucher sur le papier.


«Chaque jeune homme devrait tenir un JOURNAL (*). Notez-y quelque chose chaque jour de l'année, ne serait-ce qu'une simple description du temps qu'il fait. Vous ne tarderez pas à en constater les bienfaits. Cela libère l'esprit de la multitude de choses à se remémorer ; c'est amusant et utile, et il ne faut surtout pas le négliger. Combien de fois nous arrive-t-il de ne pas se souvenir précisément d'un certain événement très important dans notre vie, faute de déctails comme celui de l'endroit nous étions, qui était là, ni même de l'année où cet événement s'est produit !

«Combien de fois nous arrive-t-il de nous disputer désagréablement au sujet d'événements passés, du moment et des circonstances qui les entourent !

«À titre de simple curiosité, cette pratique a une certaine valeur et peut souvent se révéler très utile. Elle ne requiert pas plus d'une minute par jour, et cette minute est employée de la manière la plus agréable et avantageuse. Elle contribue grandement à instaurer la régularité dans la conduite des affaires : elle demande un peu d'attention une fois par jour ; j'en ai moi-même constaté les nombreux bienfaits et je la recommande donc vivement à tous les lecteurs.

(*) En majuscule dans le texte.
   paul

          


Dédicace


Cette édition du Castor est dédié à :

Richard Feynman

Richard Feynman
(1918-1965)

Page sur Wikipédia

 

Mot de la fin


«Nul ne se montre tel qu'il est, tous portent un masque. En vérité, nos vieilles habitudes sociales peuvent être comparées à une comédie perpétuelle ; et c'est pourquoi un homme de valeur trouve la société si insipide, tandis qu'un imbécile s'y sent parfaitement à son aise.»

Schopenhauer


Arthur Schopenhauer
(1788-1860)

Note :

    «Les masques, nous en disent plus sur ceux

    qui les portent que les masques eux-mêmes.»

    Phil Patras à propos de Jelly Roll Morton
    (Dead Man Blues- 2001)

paul

 

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(Valleyfield)
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Et parmi nos autres pages :

Aceto, Le Caraguay, Aksoum, Les Coteaux

Extraits du dictionnaire du Grand Marshall

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Diverses biographies :

Sushema Amagashi - Ignacia Aphérèse - Simone de Beauvoir - Benoît et Marcelle Brisebois - Auguste Brizeux - Les frères Cody - Victor-Emmanuel DébrisErnestine (la bienheureuse) - Émile Littré - Obstin de Metz (saint) 

et...

Masakao Shitake
(dit : le forçat du haïku)


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