Tandis que
sir Williams s'insinuait dans l'esprit et la confiance de la
vieille baronne de Kermadec et de madame de Beaupréau, le comte
Armand de Kergaz mettait tout en oeuvre pour retrouver Jeanne et
Cerise, aidé en cela par Léon Rolland et Bastien.
Mais
depuis trois jours que duraient les recherches, et que cette
police secrète, dont disposait le comte, fouillait Paris en tous
sens, on n'avait obtenu encore aucun résultat.
Le matin
du quatrième jour, Armand, qui avait passé la nuit à courir
lui-même aux environs de la rue Meslay se trouvait assis dans
son cabinet de travail, la tête dans ses mains, dans la
douloureuse attitude d'un homme qui croit à jamais perdue pour
lui la femme aimée.
Une larme
roulait lentement sur sa joue.
- Mon Dieu ! murmurait-il, c'est à devenir fou... je
l'aimais tant !
Léon
Rolland entra.
Le malheur
de l'ouvrier, qui avait perdu Cerise, était exactement le
malheur d'Armand. On leur avait pris leur fiancée à tous deux...
et cette communauté d'infortune les avait réunis.
Léon était
d'ailleurs un homme intelligent, actif, courageux, et le comte,
devinant tout cela, n'avait point hésité à en faire son
auxiliaire et son ami.
Léon était
non moins triste, non moins abattu que M. de Kergaz, car Cerise
était aussi introuvable que Jeanne. L'ouvrier tenait à la main
une lettre qu'il tendit à Armand
- Tenez, monsieur le comte, dit-il, je crois décidément
que le malheur est tombé sur tous ceux que je connaissais.
-
Qu'est-ce ? demanda M. de Kergaz avec vivacité ; que
vas-tu m'apprendre encore ?
- J'avais un ami, dit Léon ; quand je dis un ami, je
vais loin peut-être, car c'était un homme comme il faut ;
mais enfin je l'aimais comme un frère, et lui il m'aimait un
peu.
- Eh
bien, que lui est-il arrivé?
-
Lisez, monsieur le comte.
Armand
déplia la lettre et lut :
« Mon cher Léon,
« Vous êtes la seule personne à qui je puisse m'adresser
désormais, et demander aide et consolation.
« La dernière fois que je vous ai serré la main, c'était il y
a huit jours ; vous avez vu un homme heureux et prêt à
devenir l'époux de la femme qu'il aimait.
« Cet homme portait alors la tête haute ; il était fier, il
était honnête, et tout le monde l'estimait tel.
« Aujourd'hui, mon cher Léon, l'homme qui vous écrit a été
congédié, chassé par sa fiancée ; il est accusé de vol, il
est en prison en attendant qu'il aille au bagne.
« Venez nie voir une seule, une dernière fois, car je crois
que je mourrai de douleur avant mon jugement.
« À
vous,
« Fernand Rocher. »
...
- Qu'est-ce que Fernand Rocher ? demanda Armand.
-
C'était un employé au ministère.
- Il
était votre ami ?
- A
peu près. Il connaissait aussi Cerise.
-
Est-il en prison ?
-
Depuis trois ou quatre jours.
- Mais
quel crime a-t-il commis ?
- Oh !
pour cela, monsieur le comte, s'écria Léon Rolland, je suis
bien sûr qu'il n'en a commis aucun. C'est un honnête homme,
allez ! je répondrais de lui sur ma tête.
- Où
demeurait-il ?
- Rue
des Fossés-du-Temple. De ses croisées on voyait la fenêtre
de Cerise.
-
Connaissait-il Jeanne ?
- Il
avait dû la voir souvent avec Cerise.
Le comte
de Kergaz garda un moment un sombre silence.
- Tout
cela est bien extraordinaire, bien étrange, murmura-t-il. Voilà quatre personnes qui disparaissent
presque en même temps, et ces quatre personnes se
connaissaient entre elles, et nous touchaient nous-mêmes de
près ou de loin.
-
C'est vrai, dit Léon, dont l'attention fut attirée
par ce raisonnement
-
Il est évident, murmura Armand, que la même personne
doit avoir contribué à tous ces événements. Mais pourquoi ?
dans quel but ? et quelle est-elle ? Où est Fernand Rocher ? acheva-t-il.
- A la
Conciergerie, je crois.
- Il
faut le voir, dit Armand.
Et il
demanda ses chevaux, monta en voiture avec Léon Rolland, et se
fit conduire à la Préfecture de police.
La haute
situation du comte, sa réputation de bienfaisance et sa grande
fortune étaient des titres plus que suffisants pour lui faire
avoir accès partout et lui ouvrir toutes les portes.
Armand
obtint donc sans peine l'autorisation de pénétrer dans la prison
de Fernand, lequel, du reste, n'était plus au secret, car
l'instruction de son affaire était terminée.
Le
malheureux jeune homme avait passé par toutes les phases de la
prostration, du désespoir et de la folie.
Le comte
et son compagnon le trouvèrent assis sur son lit, la tête
appuyée dans ses mains, le regard fiévreux, l'oeil fixe et dans
un état voisin de l'idiotisme.
Léon fut
obligé de le secouer et de prononcer son propre nom pour
l'arracher à sa sombre rêverie.
- Monsieur, lui dit Armand, vous ne me connaissez
point, il est vrai, cependant je vous porte un intérêt très
grand, et dont je ne puis encore vous révéler la cause ;
mais il est impossible que vous ne soyez point innocent du
crime dont on vous accuse, et, dans ce cas, toutes mes
relations, tous mes efforts seront employés à faire
reconnaître votre innocence. Mais il faut que vous me disiez
de quoi et comment on vous accuse, et comme encore vous êtes
ici ?
-
Monsieur, répondit Fernand, on m'accuse d'avoir volé
trente mille francs
- En
quel lieu ?
- Au
ministère, dans une caisse dont les clefs m'ont été confiées
une heure.
Fernand
raconta alors à Armand les circonstances qui avaient précédé sa
sortie du ministère, cette lettre fatale d'Hermine que Colar lui
avait apportée, puis son évanouissement dans la rue, son réveil
chez Baccarat qu'il ne connaissait point, et enfin son
arrestation.
M. de
Kergaz écoutait attentivement le récit du prisonnier. Quand il
eut fini, il regarda Léon.
-Tout
cela, dit-il, est plus étrange, plus terriblement
embrouillé qu'un mélodrame du boulevard ; mais il est
évident pour moi, maintenant, que tous ces malheurs réunis,
l'accusation de vol qui pèse sur ce jeune homme, la
disparition de Jeanne et de Cerise sont l'oeuvre de la même
main. Il faudrait voir Baccarat.
-
Hélas! dit Léon Rolland, où la trouver?... Elle aussi
a disparu.
-
Mais, murmura Fernand, ce qu'il y a de plus
incompréhensible, c'est ce portefeuille auquel je n'ai
jamais touché et qu'on retrouve dans ma poche, le lendemain.
-
Monsieur, continua M. de Kergaz, je vous jure qu'avec
le temps nous arriverons à la vérité, car j'ai besoin autant
que vous de démasquer cette odieuse et terrible intrigue, de
sonder cet abominable mystère ; seulement il faut que je
vous questionne et que vous m'appreniez bien des choses. -
Mademoiselle de Beaupréau, votre fiancée, est-elle belle ?
-
Je ne sais pas, murmura naïvement le prisonnier, mais
je l'aime...
-
Est-elle riche?
-
Non ; et même lorsque M. de Beaupréau a consenti à
m'accorder sa main, c'était à la condition qu'elle se
marierait sans dot, bien que la fortune vient de sa mère, et
que M. de Beaupréau ne fût point le père d'Hermine.
-
Comment ! dit M. de Kergaz, brusquement assailli par un
souvenir, madame de Beaupréau a donc épousé son mari en
secondes noces ?
-
Je ne sais trop, balbutia Fernand en rougissant, je crois
qu'elle avait... commis une faute...
Armand se
souvenait de la note qui lui avait été transmise sur la jeune
femme du nom de Thérèse, qui vivait autrefois à Marlotte avec sa
tante et une petite fille, laquelle femme se nommait Thérèse, et
avait, disait-on à Marlotte, épousé, en retournant à Paris, un
employé de ministère.
- Mon Dieu ! pensa-t-il, si c'était elle !
Et il
reprit tout haut, interrogeant toujours Fernand
-
Savez-vous le prénom de madame de Beaupréau ?
-
Je crois qu'elle se nomme Thérèse.
A ce nom,
Armand jeta un cri.
- Thérèse ! dit-il, elle se nomme Thérèse ?
-
Oui, monsieur ; la connaîtriez-vous ?
Mais
Armand ne répondit pas.
- Tout cela, pensait-il, est étrange et semble se
rapporter tout à fait aux renseignements qui m'ont été
transmis. Mademoiselle Hermine de Beaupréau serait-elle donc
la fille du baron Kermor de Kermarouet ? Il faut que je voie
Madame de Beaupréau. Peut-être aurons-nous ainsi la clef de
tous ces mystères.
Et M. de
Kergaz ne voulut point parler à Fernand de cet immense héritage
qui peut-être appartenait à Hermine ; il se contenta de lui
promettre qu'il reviendrait le voir le lendemain, et il partit,
laissant quelques mots d'espoir au prisonnier.
Armand
rentra chez lui avec Léon Rolland, et s'y munit de ce médaillon
que le baron Kermor de Kermarouet lui avait donné, à son lit de
mort, comme un signe de reconnaissance.
Cependant,
avant de courir rue Saint-Louis, où, lui avait dit Fernand,
demeurait M. de Beaupréau, Armand se prit à réfléchir.
- Dans ce dédale de mystères, pensa-t-il, le moindre
faux pas, la moindre démarche hasardée pourrait nous
perdre... Depuis trois jours ma police est en défaut et
n'arrive à aucun résultat ; donc, nous avons affaire à forte
partie et il faut jouer aussi serré qu'elle.
Et le
comte de Kergaz, qui s'apprêtait à ressortir et voulait aller
droit à Madame de Beaupréau, son médaillon à la main, obéissant
à une seconde inspiration, replaça ce médaillon dans un tiroir.
- Non, dit-il, cette démarche serait dangereuse.
Alors cet
homme, qui avait pour le bien cette intelligence que sir
Williams appliquait au mal, exposa à Léon Rolland la situation
où ils se trouvaient avec une lucidité qui tenait de la
divination.
- Il est évident, dit-il, que si Fernand Rocher est
innocent du crime dont on l'accuse, - et c'est ma
conviction, - cette accusation ne peut être le résultat
fortuit des circonstances ; il est évidemment la victime
d'une odieuse machination, d'une intrigue infernale dans les
replis de laquelle il a été habilement enveloppé.
- Or, si
les faits sont tels qu'il les expose, un seul homme aurait
volé ce portefeuille, et cet homme serait M. de Beaupréau.
Mais quel intérêt aurait-il eu à cela? Fernand allait
devenir son gendre, il épousait sa fille sans réclamer la
dot ; jusque-là, il s'était montré son protecteur... d'où
proviendrait ce revirement subit ?
-
C'est à n'y rien comprendre, murmura Léon Rolland.
- Ou
bien alors, poursuivit Armand, cette accusation, ce
portefeuille retrouvé chez Baccarat sont l'oeuvre d'un
rival, d'un homme qui aimait et qui voulait épouser
Hermine... Mais, en ce cas, il y avait mille autres moyens
de le perdre aux yeux de la jeune fille... Et puis, par quel
conflit de circonstances ce jeune homme qui s'évanouit dans
la rue se retrouve-t-il chez Baccarat, qui est précisément
la soeur de Cerise ? Or, Cerise disparaît presque en même
temps, Baccarat et Jeanne disparaissent...Évidemment,
si tout cela est l'oeuvre d'un seul homme, cet homme doit
avoir plus qu'un intérêt amoureux à se conduire ainsi
C'est incontestable, dit l'ouvrier.
-
Or, reprit Armand, l'intérêt est peut-être immense.
Si madame de Beaupréau est la femme que je cherche, sa fille
est riche, sans le savoir, de douze millions. Ces douze
millions, qui sont entre mes mains, une seule personne en
sait la destination et la source, c'est moi. Le baron Kermor
de Kermarouet m'a confié son testament, un testament
olographe, dont nul, si ce n'est moi, n'a eu connaissance.
Est-il vraisemblable que celui ou ceux qui ont voulu perdre
Fernand et l'empêcher d'épouser Hermine sachent tout cela ?
Comment l'auraient-ils appris ? Comment sauraient-ils que
précisément cette femme que je cherche est mademoiselle de
Beaupréau ?
-
Mystère ! fit Rolland.
-
Mais, poursuivit Armand de Kergaz, admettons tout
cela admettons que mademoiselle de Beaupréau est la fille du
baron Kermor, que l'ennemi occulte de Fernand le sait et
convoite les douze millions, comment expliquerons-nous ce
triple enlèvement de Cerise, de Jeanne et de Baccarat ?
-
Oh ! murmura Léon, c'est Baccarat qui doit avoir fait
le coup.
- Dans
quel but ?
- Elle
aimait Fernand.
- Si
elle l'aimait, elle ne pouvait vouloir le perdre.
-
C'est juste, soupira l'ouvrier.
- Il y
a donc, continua M. de Kergaz, un fil de cette
intrigue qui est insaisissable pour nous, et il est certain
que Baccarat n'a été qu'un instrument, le bras qui exécute,
mais non la tête qui pense. Où est cette tête ? Baccarat
seule nous le pourrait dire, et il faut la retrouver à tout
prix.
-
Monsieur le comte, dit Léon qui avait suivi avec une
scrupuleuse attention le raisonnement de M. de Kergaz et en
saisissait parfaitement toutes les faces, il me vient une
idée.
-
Voyons, je t'écoute, dit Armand.
- Si vous admettez que mademoiselle de Beaupréau n'est autre
que l'héritière des douze millions ; que celui ou ceux qui
ont perdu M. Fernand n'ignorent point cette circonstance, et
que, même, elle a été le mobile de leur conduite, il faut
bien admettre aussi qu'ils savent parfaitement entre les
mains de qui se trouvent les douze millions.
-
Ceci est très juste, dit Armand.
- Or,
s'ils le savent, peut-être ont-ils un intérêt direct à ce
que mademoiselle de Beaupréau l'ignore, provisoirement du
moins.
- Ceci
est probable, en effet.
-
Ainsi, mademoiselle de Beaupréau, riche de six cent mille
livres de rente, peut très bien ne vouloir qu'un époux de
son choix ; et si elle apprend sa nouvelle situation...
- Tout cela est vrai, logique, raisonnable, dit Armand ; mais pourquoi Cerise et Jeanne auraient-elles disparu ?...
- Ah ! dame ! répondit l'ouvrier, c'est bien facile à
comprendre : Cerise et Jeanne connaissent Fernand comme
Fernand connaît M. de Beaupréau ; c'est une chaîne dont il
faut briser les anneaux..
Armand
tressaillit.
-
Et, acheva Léon Rolland, vous connaissiez Jeanne et
Cerise.
M. de
Kergaz jeta un cri : il avait deviné enfin.
-
Oui, dit-il, là est la vérité. Mais la vérité est
plus sombre encore que le doute, car, elle ne nous apprend
rien, et nous laisse plongés dans les ténèbres.
- Cerise, qu'ont-ils fait de Cerise ? murmura Léon
Rolland avec un soupir.
- Jeanne... pensait Armand dont le coeur était brisé, ma
Jeanne adorée...
Et un nom
vint aux lèvres de M. de Kergaz, un nom exécré et fatal :
-
Andréa !
Et il
sonna violemment.
- Appelez Bastien, dit-il.
Le vieux
Bastien parut.
-
Ecoute, dit Armand. Es-tu plus que jamais convaincu
que sir Williams et Andréa sont deux êtres différents
- Oh !
pour cela, oui, dit Bastien.
- Moi je jurerais le contraire.
- Ecoutez, monsieur le comte, dit le vieux soldat, la
meilleure preuve que je vous en puisse donner, c'est
qu'Andréa m'eût tué comme un chien, sans sourciller, comme
son père tua votre père
Armand
haussa les épaules.
-
Ce n'est pas une preuve, dit-il. Andréa aurait
intérêt à n'être point reconnu.
- Raison de plus pour me tuer.
- N'importe ! dit le comte, il faut le revoir encore,
l'examiner attentivement.
- Je l'ai dévisagé, monsieur le comte. Ma conviction est
inébranlable.
- J'ai le pressentiment du contraire, moi. Il n'y a
qu'Andréa qui soit capable d'avoir ourdi cette vaste et
ténébreuse intrigue.
Et le
comte ajouta :
-
Sir Williams t'a envoyé sa carte, le soir même de la
rencontre, n'est-ce pas ?
- Oui, c'est l'usage.
- Donc, tu lui dois une visite ?
Bastien
hocha affirmativement la tête.
-
Eh bien ! il faut la lui faire.
- Quand ?
- Sur-le-champ. Demande mon tilbury. Il est midi ; c'est une
heure convenable pour aller chez un garçon.
- Soit. Que lui dirai-je ?
- Rien que de banal ; mais tu l'examineras encore, tu
épieras ses moindres gestes, tu l'écouteras parler avec une
scrupuleuse attention. S'il se départit une seconde de son
accent anglais, c'est Andréa.
Bastien
partit.
-
Maintenant, pensa M. de Kergaz, admettons qu'Andréa et sir
Williams ne font qu'un : cela prouve-t-il que le persécuteur
de Fernand, le ravisseur de Cerise et de Jeanne... Oh ! non, s'interrompit-il tout haut ; si, c'est bien Andréa :
je sens aux pulsations de mon coeur que c'est lui, lui seul
!
Bastien
revint.
-
Sir Williams, dit-il, était absent.
- Tu y retourneras.
- Il a quitté Paris.
Armand
frémit.
-
Mon Dieu ! pensa-t-il, aurait-il emmené Jeanne? Et il ajouta avec vivacité
- Où est-il allé? Quand est-il parti? Que t'a-t-on dit?
- Il est parti avant-hier. Son valet de chambre l'a conduit
à la diligence du Havre ; il va, dit-on, en Irlande,
où il a des terres.
- Sait-on s'il reviendra ?
- Dans quinze jours.
- Étrange ! étrange ! murmura M. de Kergaz. Léon
Rolland revint à son tour
- Madame de Beaupréau est partie ! dit-il.
- Partie ! s'écria Armand.
- Avec sa fille.
- Mais quand ? Pour quel pays ?
- La veille de l'arrestation de Fernand Rocher. Elles
allaient en Bretagne.
M. de
Kergaz se frappa le front.
-
Tout cela s'enchaîne et coïncide, murmura-t-il ; c'est la main d'Andréa, je le jurerais.
Mais, en
ce moment, un valet de chambre entr'ouvrit la porte du cabinet
d'Armand.
-
Une dame, dit-il, demande à voir M. le comte.
M. de
Kergaz tressaillit.
-
Son nom ? demanda-t-il vivement.
- Monsieur ne la connaît pas.
- Faites entrer, alors.
Une femme
enveloppée dans un grand châle parut sur le seuil, et Léon
Rolland jeta un cri de joie.
-
Baccarat ! dit-il, c'est Baccarat !
C'était la
vierge folle, en effet, non plus la femme élégante au sourire
calme et moqueur, mais Baccarat pâle et frémissante, les
vêtements en désordre, et qui voulait sauver Fernand !
D'où
venait-elle ?