Cependant, et tandis que Baccarat suivait à distance Fernand Rocher se rendant rue Saint-Louis chez M. de Beaupréau, Cerise trottait
lestement tout le long de la rue du Temple et gagnait lai rue de Rambuteau, où se trouvait le magasin de fleurs pour lequel elle travaillait.
Elle était si gentille dans sa mise, ses mouvements et sa démarche, que les passants les plus affairés s'arrêtaient involontairement sur les trottoirs
pour la regarder, et que plus d'un jeune homme, sur le seuil d'un magasin, murmurait avec envie
- Oh ! la jolie fille ! Celui qu'elle aime est bien heureux !
Mais Cerise ne prenait pas plus garde aux coups d'oeil amoureux qu'aux propos plus ou moins galants qui l'accueillaient sur sa route, et
elle poursuivait son chemin en songeant à son cher Léon, dont elle serait bientôt la femme.
Elle atteignit ainsi son magasin,
où elle fut accueillie par le sourire bienveillant du patron, content de son ouvrière.
Madame Legrand, la maîtresse du magasin,
s'écria en la voyant entrer
- Ah ! voici Cerise, ma meilleure ouvrière ! C'est bien, ma petite, c'est très bien d'arriver à l'heure. Me rendez-vous tout
aujourd'hui ?
- Voilà, dit Cerise en étalant avec soin sur le comptoir tout son ouvrage ; je n'ai plus rien à la maison,
madame.
- C'est que, fit madame Legrand, qui était une bonne et grosse femme très réjouie, c'est de la belle et bonne
ouvrage, encore ! Au moins, voilà une ouvrière honnête et qu'il fait plaisir de mettre à ses pièces. Vous ne travaillez point comme cela, vous autres, mesdemoiselles les
paresseuses.
Et, moitié souriante, moitié sévère, la fleuriste s'adressait aux cinq ou six jeunes filles travaillant la journée dans le magasin. Puis
elle se tourna vers un jeune commis préposé à la caisse de la maison, et qui, la plume à l'oreille, regardait Cerise avec la naïve admiration d'un amoureux.
- Allons, monsieur Eugène, dit-elle, au lieu de regarder ma Cerise avec vos yeux de sucre candi, comme si c'était une jeune fille à
enjôler, faites-lui donc son compte.
Le commis rougit et baissa les yeux.
- Combien te doit-on, mignonne ? demanda la fleuriste.
- Mais, madame,
répondit Cerise, cela doit faire dix-sept francs quarante-cinq centimes, je crois ; voyez plutôt, en comptant les groupes de fleurs.
- C'est bien cela, dit madame Legrand ; tu sais ton compte, ma belle, et je te soupçonne d'avoir dans un coin de ta chambre une belle tirelire pour
tes économies.
- Dame ! fit Cerise en riant, c'est bien possible.
- Et qu'en feras-tu de tes économies, mademoiselle ?
- Ah ! dit Cerise d'un air sérieux que démentait à demi son minois
mutin, il faut de l'argent pour s'établir.
- Comment ! tu veux t'établir !... Tu me quitterais !
- Non, dit Cerise, ce n'est pas ainsi que je l'entends.
- Bon ! tu veux te
marier, peut-être?
- Dame ! fit naïvement Cerise.
Le jeune commis qui débitait sur son livre le compte de la petite ouvrière laissa, à cet aveu, tomber un pâté sur sa page blanche, et sa
plume lui échappa des doigts.
- Eh bien ! dit madame Legrand, voilà qui est bien parlé et avoir de bons sentiments, ma petite. Il vaut mieux épouser un brave
garçon, et continuer à porter des bonnets, qu'avoir des plumes à son chapeau comme font beaucoup de jeunes filles qui se laissent entortiller par un tas de petits serins qui ont
des gants jaunes et un morceau de vitre dans l'oeil en manière d'agrément.
- Est-elle bête, la patronne ! murmura tout bas
une grande fille maigre, grêlée et rousse, qui travaillait le nez sur son ouvrage ; si j'étais jolie comme Cerise, je ne m'échinerais pas, moi, à gagner trente sous par jour, et je
roulerais voiture pendant six mois.
Cerise s'était approchée du comptoir, derrière lequel le jeune commis enlevait sa tache d'encre avec un grattoir.
- Ah ! mademoiselle, murmura-t-il tout bas en comptant l'argent de la jeune fille, si vous voulez un mari... je sais bien... moi...
enfin...
- Et as-tu déjà un prétendu, petite? demanda madame Legrand, interrompant ainsi la déclaration embarrassée du
pauvre caissier.
- Dame ! oui... répondit Cerise.
Cette fois, de rouge qu'il était, le caissier devint pâle, et sa main trembla en étalant, selon l'habitude, les huit pièces de deux
francs et l'appoint des dix-sept francs quarante-cinq centimes.
- Et peut-on vous demander, petite sournoise, continua la maîtresse fleuriste, quel est ce prétendu?
- C'est un brave ouvrier, dit Cerise, et pas feignant, allez !
- L'aimes-tu ?
- Oh ! c'te bêtise, exclama la jeune fille en riant, plus souvent que j'épouserais un homme qui ne me conviendrait pas...
Et Cerise mit son argent dans sa poche, et prit l'ouvrage à faire et les commandes de sa patronne ; puis elle salua les demoiselles de
l'atelier, souhaita le bonsoir à madame Legrand, et sortit.
Les commis d'étalage des magasins, qui l'avaient vue passer allant
rue Rambuteau, auraient pu remarquer que Cerise trottait encore plus vite en revenant et remontant la rue du Temple dans la direction du boulevard.
On eût dit qu'elle avait hâte de rentrer chez elle.
Il n'en était rien cependant, car au lieu de
poursuivre sa route vers le faubourg, elle prit la rue Chapon, où M. Gros, le patron de Léon Rolland, avait son atelier.
- J'aurai bien peu de chance, murmura Cerise, si je n'aperçois pas Léon.
Et, arrivée devant la boutique de l'ébéniste, elle ralentit le pas et feignit de lorgner un meuble à l'étalage.
Précisément le futur contremaître était sur la porte, et, voyant Cerise, il sortit.
Léon Rolland était un grand jeune homme de vingt-six à vingt-huit ans, à la barbe blonde, au teint rose et frais, à la stature herculéenne, et qui
devait être d'une force peu commune. Sans être précisément beau, Léon avait une de ces physionomies avenantes qui respirent la bonne humeur et la franchise, et son grand oeil bleu
était plein de douceur et de bonté. Il vint à la jeune fille un sourire aux lèvres, un regard d'amour dans les yeux, et lui dit, en prenant sa petite main dans sa robuste main
d'ouvrier
- Bonjour, mademoiselle Cerise ; vous êtes bien bonne de passer par ici...
-
J'ai pensé que je vous verrais... répondit naïvement la jeune fille en rougissant un peu.
- Et vous avez bien deviné,
Cerise. Mais, dans tous les cas, je vous aurais toujours vue aujourd'hui, car je serais allé chez vous ce soir, après la paye.
- Est-ce que vous aviez à me parler, Léon ?
- Oui, et par rapport au sérieux, dit-il, la voix légèrement émue.
- Ah ! mon Dieu ! dit Cerise inquiète. Et de quoi
tourne-t-il donc ?
- Oh ! rien de fâcheux, allez, au contraire ! D'abord, il faut vous dire que ma mère et moi nous irons
flâner à la barrière demain, histoire de dîner, et vous seriez bien gentille de venir avec nous.
- Dame ! fit Cerise avec
diplomatie, si votre mère veut...
- Bon ! elle sait bien que vous serez ma femme.
Cerise baissa les yeux à demi, et regarda la pointe de son petit pied d'un air pensif.
- Est-ce que c'est votre invitation à dîner que vous regardez comme une chose aussi sérieuse? demanda-t-elle d'un air futé.
- Non, répondit Léon, c'est autre chose. Vous savez que le patron m'a promis la place de contremaître pour dans deux mois.
- Oui, soupira Cerise, qui pensait que deux mois étaient deux siècles.
- Eh
bien, fit joyeusement l'ouvrier, le patron s'est ravisé.
- Comment ! vous ne serez pas contremaître?
- Au contraire, je le suis déjà
- Bah ! exclama Cerise stupéfaite.
- Voici la chose, Cerise. Antoine, notre contremaître d'auparavant, qui devait s'établir à la fin du mois prochain, vient de faire un
héritage et il est parti au pays. Alors je l'ai remplacé.
- Eh bien ? fit Cerise qui croyait comprendre.
- Alors le pays d'Antoine étant le mien, je l'ai prié de vendre mon lopin de terre et de m'apporter mes papiers.
- Et vous n'irez pas, vous ?
- Non, dit Léon ; et comme Antoine sera ici
dans huit jours... Il s'arrêta et regarda la jeune fille.
- Eh bien ? fit-elle avec une hypocrite naïveté, tandis que son
petit coeur s'était pris à battre.
- Si vous vouliez... il me semble... dit Léon qui commençait à se troubler aussi,
nous
pourrions nous marier dans quinze jours.
Cerise devint pourpre et baissa les yeux.
- C'est bien près... murmura-t-elle.
- C'est bien loin encore... répondit
Léon, qui pressa la jolie main de l'ouvrière dans les siennes.
- Nous verrons... dit-elle en se dégageant. Adieu, monsieur
Léon... à demain.
- Cerise, demanda Léon, ne voudriez-vous pas aller jusqu'à la rue Bourbon-Villeneuve ?
- Chez votre mère ?
- Oui. Vous lui parlerez de notre idée pour demain à la bonne femme.
- Bien, j'y vais, dit Cerise. Adieu, Léon.
Les deux fiancés échangèrent un long regard et un dernier serrement de main, puis Cerise s'esquiva le coeur palpitant et plein de joie, à
la pensée que son bonheur était avancé de six semaines.
La jeune ouvrière gagna la rue Saint-Martin, et elle allait atteindre
le boulevard, lorsqu'elle s'entendit appeler par son nom :
- Bonjour, mademoiselle Cerise, disait une voix à côté d'elle.
Cerise se retourna et vit un homme arrêté sur le trottoir, et la
saluant en ôtant sa casquette.
C'était un jeune homme d'une trentaine d'années, malingre et chétif, au visage couturé de petite vérole, mais au regard intelligent et
gai et à la lèvre souriante et bonne.
C'était un peintre en bâtiment, à qui ses mésaventures nombreuses avaient valu le
sobriquet de Guignon, bien qu'il s'appelât Louis Verdier.
Le voyant si petit et si délicat, son père, un robuste Auvergnat,
marchand de ferraille et de bric-à-brac, avait haussé les épaules er} murmurant
- Ça ne fera jamais un maître ouvrier. Vaut mieux se résigner à en faire un artiste.
Et le digne brocanteur avait mis son fils en apprentissage chez un peintre-vitrier. Guignon devenu ouvrier, avait vu tous les malheurs,
toutes les mésaventures du monde fondre sur lui.
Il était assez joli garçon ; la petite vérole le coutura à vingt ans.
Sa mère mourut, laissant du bien ; son honnête père le
vola, sous prétexte que les artistes n'ont besoin de rien.
Enfin, la destinée de Guignon était d'être perpétuellement
amoureux sans jamais arriver à son but.
S'il rencontrait une jeune fille, il commençait par lui plaire, la demandait en mariage, obtenait sa main et, au dernier moment, on ne sait pourquoi, le hasard, un événement sans
importance, un rien remettait tout en question et le mariage se trouvait rompu.
Un jour, Guignon était allé jusqu'à la mairie,
donnant la train à sa future ; il avait même déjà ouvert la bouche pour prononcer le terrible oui, lorsqu'il fut pris d'un malaise subit et obligé de sortir sur-le-champ. Pendant les
dix minutes que dura son absence, la future fit des réflexions et s'en alla. En revenant, Guignon trouva le maire prêt à le marier, mais la femme avait disparu.
Du reste, Guignon prenait philosophiquement son parti de cette persécution constante du sort ; il riait et chantait toujours, était serviable et bon, et on ne lui connaissait pas
d'ennemis.
Il était lié depuis dix ans au moins avec Léon Rolland, le fiancé de Cerise, et c'est pour cela qu'il avait salué la
jeune fille en l'appelant par son nom.
Cerise reconnut Guignon, et alla à lui.
- Ah ! bonjour, monsieur Louis, dit-elle. Vous allez bien?
-
Oh ! dit
l'ouvrier, vous pouvez bien m'appeler Guignon, mademoiselle, je ne m'en fâche pas, allez ! Et puis, c'est bien mon nom, quand on y songe. Et où donc allez-vous comme ça ?
- Je vais rue Bourbon-Villeneuve, chez la mère de Léon, répondit Cerise.
-
Tiens ! dit Guignon, je l'ai vu tantôt, Léon. Il paraît que ça va comme vous voulez, rapport au mariage, n'est-ce pas ?
-
Oui, répondit Cerise, qui baissa modestement les yeux. Et elle se hâta d'ajouter
- Si vous étiez bien gentil, monsieur Guignon, vous viendriez avec nous demain à Belleville ?
- Ça va, mam'selle, d'autant
que Léon m'en a parlé. C'est un bon zigue, Léon, et vous aurez là un fier mari tout de même. Pourtant...
Guignon s'arrêta indécis, et comme s'il avait à formuler une accusation contre l'ébéniste.
- Eh bien ? demanda Cerise.
- Il y a un nouveau camarade depuis quelque
temps, dit Guignon, et ce camarade ne me va guère.
- Comment l'appelez-vous ?
- C'est un serrurier qu'on appelle Rossignol, un nom bien trouvé pour un serrurier ; une drôle de binette, allez ! et Léon a bien tort de le
fréquenter ; mais, enfin, c'est son affaire, ça lui plaît.
- Tiens, dit Cerise, je ne l'ai jamais vu, ce Rossignol, moi.
- Oh ! c'est qu'ils se fréquentent depuis deux ou trois jours seulement. Enfin, si vous faisiez bien... vous empêcheriez Léon... J'ai
une drôle d'idée...
Et Guignon salua encore une fois Cerise, et s'en alla à sa besogne, tandis que la jeune fille arrivait sur le boulevard et le remontait
dans la direction de la porte Saint-Denis, pour gagner de là la rue Bourbon-Villeneuve.
En ce moment-là, précisément, un homme
d'environ cinquante ans, petit, gras, les jambes courtes et grêles, le front chauve, le visage d'un rouge livide et les yeux abrités derrière des conserves bleues, descendait le
boulevard et se dirigeait vers le Château d'Eau.
Cet homme était vêtu d'un habit bleu à boutons d'or, orné du ruban de
chevalier de la Légion d'honneur, et d'un paletot d'alpaga blanc ouvert et laissant voir l'habit.
Ce personnage, dont le
physique était grotesque et dont la mise, cependant, accusait un homme distingué, n'était autre que M. Gaston-Isidore de Beaupréau chef de bureau au ministère des Affâires étrangères.
M. de Beaupréau revenait à pied de l'hôtel du boulevard des Capucines et rentrait chez lui, où il avait donné rendez-vous à Fernand
Rocher, pour le faire travailler à son grand ouvrage sur le droit des gens.
Par le plus grand des hasards, le chef de bureau et la jeune fleuriste se trouvèrent nez à nez, et à peine M. de Beaupréau. qui lorgnait toutes les femmes en vieil amateur, eut-il
envisagé la belle Cerise, qu'il se produisit chez lui une révolution étrange, et que tout son sang afflua à son coeur, tandis que ses yeux avaient un éblouissement derrière leurs
conserves bleues.
Il s'arrêta net d'abord et la regarda ; puis, comme elle passait sans faire attention à lui, il rebroussa
chemin, et, obéissant à une irrésistible attraction, il se mit à la suivre.
Certes, l'aventure n'était pas nouvelle pour le
chef de bureau. Il avait suivi cent fois une grisette dans la rue, et l'avait abordée avec cette audace particulière aux hommes mûrs ; mais cette fois, soit que la démarche modeste et
pleine de décence de la jeune fille lui imposât, soit qu'il fût dominé par un sentiment de timidité étrange chez un homme comme lui, il se contenta de marcher auprès d'elle, à
distance, la dévorant des yeux. Ce ne fut qu'à l'entrée de la rue Saint-Denis que Cerise s'aperçut qu'elle était suivie ; alors elle doubla le pas...
Le chef de bureau l'imita.
Cerise prit la rue Bourbon-Villeneuve, M. de Beaupréau la suivit.
Elle entra chez la mère de Léon, qui demeurait au fond d'une maison formant le coin avec la place du Caire, et elle y passa une heure et
demie à causer avec la vieille femme.
Quand elle sortit, elle aperçut M. de Beaupréau immobile sur le trottoir, et dans
l'attitude d'un homme qui attend.
Alors elle se hâta de descendre la rue pour échapper à cette poursuite ; mais le chef de
bureau, qui s'était enhardi, la rejoignit et voulut lui parler.
- Mademoiselle... dit-il.
Cerise se retourna brusquement.
- Monsieur, répondit-elle, vous vous trompez, et je n'ai pas l'habitude de parler aux hommes qui m'abordent dans la rue. Passez votre
chemin.
Et, profitant du moment de stupeur que son ton sec et digne avait produit sur M. de Beaupréau, Cerise continua son chemin plus vite
encore.
Mais le chef de bureau se remit en marche et continua à la suivre à distance, décidé à ne point la perdre de vue, et
poussé par cet irrésistible entraînement qui l'avait déjà conduit rue Bourbon-Villeneuve.
Cerise rentra chez elle, et, au seuil
de sa porte, se retourna pour voir si elle était enfin débarrassée de la poursuite de M. de Beaupréau.
Elle ne le vit point,
et, rassurée, elle monta à son sixième étage en chantant. Cependant le chef de bureau ne l'avait point perdue du regard ; ne sachant si Cerise demeurait faubourg du Temple, ou si elle
était en course dans cette maison, il attendit longtemps à la porte ; puis, ne la voyant pas reparaître, il prit le parti d'entrer, et. imitant Baccarat, mit cent sous dans les mains
du portier, qu'il questionna.
- Ah ! monsieur, lui dit franchement celui-ci, vous perdez bien votre temps, allez ; mademoiselle Cerise est une fille honnête.
- Je suis riche, hasarda M. de Beaupréau.
- Quand vous le seriez
plus que le roi, vous n'en seriez pas plus avancé. D'ailleurs, elle a un promis, la petite, et vous vous feriez casser les reins... Ah ! acheva le portier, si c'était sa soeur... je ne dis
pas.
- Qu'est-ce que sa soeur ?
- Une fille qui a mal tourné, et
qui a voiture.
- Comment la nommez-vous?
- La Baccarat.
Une pensée infernale vint alors à M. de Beaupréau.
- Et où demeure-t-elle, cette soeur ? demanda-t-il.
- Rue Moncey, répondit le
portier, que Cerise avait souvent envoyé chez Baccarat.
- C'est bien, dit le chef de bureau,
Et il s'en alla tout pensif.
M. de Beaupréau venait d'être atteint par la
première douleur de ce mal sans remède qu'on nomme une passion de vieillard.
Il aimait déjà Cerise avec la sauvage brutalité
d'un tigre, et il rumina dans sa tête les plans de séduction les plus machiavéliques, en se dirigeant vers la rue Saint-Louis, où nous l'avons vu arriver rouge, hors de lui et dans un
état d'agitation extrême.