Deux jours après l'entrevue du capitaine Williams, l'ancien chef de pick-pockets et de Colar, qui avait servi à Londres sous ses
ordres, tandis que ce dernier lui montrait par le judas de la maison Coquelet les divers membres de la future association, une voiture de maître s'arrêtait au Marais devant un vieil
hôtel de la rue Culture-Sainte-Catherine. Nous l'avons dit, une pluie fine faisait reluire les pavés : les rues étaient désertes.
L'hôtel devant lequel s'arrêta la voiture était une antique construction dont les restaurations les plus récentes remontaient au règne de Henri IV, cette
époque brillante du Marais. Bâti entre cour et jardin, il avait sur la rue une grande porte à deux battants de chêne lourdement ferrés, et dont le cintre était orné d'un écusson
écartelé et supporté par deux sphinx.
La taille usée de cet écusson ne permettait plus d'en distinguer parfaitement les
couleurs ; mais, au-dessous, le temps avait respecté une inscription annonçant que cet hôtel avait été bâti sous le règne du roi Charles VIII, restauré en 1530 et en 1608, et qu'il
était la demeure de la noble maison de Kergaz-Kergarez, race bretonne venue à la cour de France à la suite de la duchesse Anne de Bretagne, devenue reine.
La voiture qui s'arrêta devant cet hôtel entra peu après dans la cour, les deux battants de la porte s'étant ouverts au coup de cloche d'un valet de
pied, et un homme d'environ trente-cinq ans en descendit.
En même temps, une lumière brilla en haut du perron, et un vieillard
descendit à la rencontre du jeune homme.
C'était bien un vieillard, de première vue, si l'on en jugeait par ses cheveux, ses
moustaches et ses favoris blancs ; mais à sa démarche ferme et droite, à son regard plein d'énergie, on devinait
en lui toute la force, toute l'ardeur virile de l'âge à peine mûr. Peut-être avait-il soixante-cinq ans ; mais, à coup sûr, il était plus robuste qu'un homme de cinquante.
Il alla d'un pas rapide à la rencontre du jeune homme, et lui dit vivement :
- Je commençais à être inquiet, maître ; vous ne rentrez jamais aussi tard.
- Mon pauvre Bastien, répondit Armand de Kergaz, car c'était lui, quand on veut remplir la mission que je me suis imposée, le temps est une monnaie courante qu'il faut
pouvoir dépenser sans hésitation et sans remords.
Et le jeune homme s'appuya sur les bras de Bastien et entra avec lui dans l'hôtel. Armand habitait la rue Culture-Sainte-Catherine depuis
qu'il avait été mis en possession de son immense fortune. La solitude, l'éloignement de ce quartier lui plaisaient et lui permettaient en même temps d'être à portée des classes
laborieuses et pauvres, parmi lesquelles il répandait ses bienfaits et ses aumônes mystérieuses.
Bastien le conduisit à son
cabinet de travail.
- Maître, lui dit-il, vous allez vous coucher, je présume ?...
- Pas encore, mon bon Bastien, j'ai quelques lettres à écrire, répondit Armand en s'asseyant devant son bureau, mon oeuvre avant tout.
- Maître, maître, murmura le vieillard avec un accent tout paternel, vous vous tuerez à ce jeu-là...
- Dieu est bon, répondit Armand, et je le sers. Il me conservera fort et robuste longtemps.
En ce moment on frappa doucement à la porte.
- Entrez, dit le jeune homme, surpris d'une visite à cette heure indue.
Un inconnu, qu'on pouvait prendre à sa mise pour un commissaire du coin de rue, se montra sur le seuil, introduit par un valet de
chambre.
- Monsieur le comte de Kergaz ? demanda-t-il.
- C'est moi, répondit Armand.
Le commissaire salua d'un air gauche, et tendit à Armand une lettre dont celui-ci brisa aussitôt le cachet. L'écriture lui en était
inconnue ; il courut à la signature et lut un nom
KERMOR
Pas plus
que l'écriture, ce nom n'éveilla le moindre souvenir chez Armand.
- Lisons ! se dit-il.
Et il lut
« Monsieur le comte,
« Vous êtes un grand et généreux coeur. Vous consacrez une fortune immense à faire le bien, et c'est un homme dont la conscience est bourrelée de remords, et qui sent approcher l'heure
suprême qui s'adresse à vous. Les médecins me donnent six heures à vivre ; accourez, j'ai une noble et sainte mission à vous confier. Vous seul pouvez la remplir. »
Armand regarda le commissionnaire avec attention, et lui dit .
- Comment vous nommez-vous ?
- Colar, répondit-il. Je demeure dans l'hôtel de M. Kermor et le suisse m'a chargé de vous apporter cette lettre.
Et Colar prit un air niais qui lui seyait à ravir et dissimulait parfaitement le lieutenant du capitaine Williams.
- Où
demeure la personne qui vous envoie ?
- Rue Saint-Louis-en-l'Ile, répondit Colar.
- Les chevaux, ordonna Armand.
Vingt minutes après, la voiture du comte de Kergaz franchissait la porte cochère d'un vieil hôtel dont la construction remontait aux
premières années du règne de Louis XIV, et qui avait dû être bâti par un fermier des gabelles. Cet hôtel avait l'aspect lugubre et morne des demeures abandonnées ; l'herbe poussait
verte et drue entre les pavés de la cour, et comme l'aube commençait à blanchir la cime des toits, Armand put remarquer les croisées hermétiquement closes du premier et du second
étage, derrière lesquelles n'apparaissait aucune lumière.
Un vieux valet sans livrée, et dont le costume était aussi délabré que l'extérieur de l'hôtel, avait ouvert la porte cochère et dit à
Armand
- Monsieur le comte veut-il avoir la bonté de me suivre?
- Allez ! dit Armand.
Le valet, armé d'un flambeau, fit gravir au visiteur, les huit marches vermoulues d'un perron à deux rampes, et l'introduisit dans un
vaste vestibule d'apparence aussi sombre que les dehors de l'hôtel ; puis il lui fit traverser plusieurs salles aux meubles d'un autre âge, disposés en enfilade, selon la mode
d'autrefois, et il souleva enfin une portière qui donna passage à un jet de clarté.
Armand se trouva alors dans une chambre à coucher style rococo. Un lit à colonnettes dorées, avec un baldaquin d'où s'échappaient les
plis d'une étoffe de soie à grands ramages et passée de nuance était au milieu, le chevet adossé au mur, et, dans ce lit, M. de Kergaz aperçut un petit vieillard sec, maigre, au front
jauni, dépourvu de cheveux, et dont les yeux brillaient d'un feu étrange.
Il salua Armand de la main et lui montra un siège au chevet de son lit.
Puis il fit un signe au valet introducteur, qui se retira discrètement et ferma la porte derrière lui.
Armand regardait le vieillard avec un étonnement profond, et se demandait si réellement cet homme, dont l'oeil étincelait, était si près de la mort.
- Monsieur, dit le vieillard, qui devina les réflexions de son visiteur, j'ai l'apparence d'un homme qui est loin encore de sa fin prochaine. Il n'en est rien, cependant ; mon médecin,
qui est un habile homme, m'a annoncé qu'un vaisseau se romprait dans ma poitrine à huit heures du matin environ, et qu'à neuf j'aurai cessé de vivre.
- Monsieur, dit Armand, la médecine se trompe...
- Oh ! dit le vieillard,
mon médecin est un homme infaillible.
Mais ce n'est point de cela qu'il s'agit, monsieur.
Armand continuait à regarder le vieillard.
- Monsieur, poursuivit-il, je suis le baron Kermor de Kermarouet, et je vais mourir le dernier de ma race, aux yeux du monde du moins ;
car, moi, j'ai le pressentiment secret qu'un être de mon sang, homme ou femme, existe en ce monde. Je ne laisse derrière moi ni parents, ni amis, et nul ne me pleurera, car il y a
vingt ans que je n'ai pas franchi le seuil de mon hôtel. A mon heure dernière, monsieur, je me suis ému en songeant que personne, si ce n'est ce vieux valet que vous avez vu et qui est
mon unique compagnon depuis quinze années, que personne, dis-je, ne me fermerait les yeux, et que ma fortune s'en irait à l'Etat, faute d'héritiers. Or, monsieur, reprit le vieillard
après s'être arrêté un moment pour reprendre haleine, car sa voix était souvent entrecoupée par une toux sèche et sifflante, j'ai une fortune immense, presque incalculable, et
l'origine de cette fortune est aussi bizarre que le châtiment, que Dieu m'a infligé pour la faute de ma vie, est terrible.
Armand écoutait avec un étonnement croissant.
- Écoutez, poursuivit M. de Kermarouet, j'ai l'apparence d'un vieillard septuagénaire, et j'ai à peine cinquante-trois ans.
En 1824, j'étais un petit sous-lieutenant de hussard, comme un gentilhomme breton que j'étais et n'ayant d'autre avenir que mon épée.
La guerre d'Espagne commençait ; mon régiment, qui était le deuxième hussard, était cantonné à Barcelone.
Moi je venais de passer à Paris un congé de six mois, et je m'étais mis en route pour rejoindre mon corps, en compagnie de deux autres officiers, comme moi au terme de leur congé.
Nous voyagions à cheval, à petites journées, couchant tantôt dans une ville, tantôt dans une bourgade ou un village, quelquefois dans
une auberge isolée sur le bord de la route.
A trente-deux kilomètres de Toulouse, et presque au pied des Pyrénées, la nuit nous surprit à la porte d'une méchante hôtellerie, au
milieu d'un site sauvage et presque désolé.
Aux environs, nulle autre habitation ; devant nous, les gorges des montagnes ; derrière nous, une plaine inculte. Il ne fallait pas
songer à aller plus loin ce jour-là.
Nous nous résignâmes à passer la nuit dans l'hôtellerie, qui n'avait d'autre enseigne qu'une branche de houx, et pour tous habitants
que deux vieillards, le vieillard et la femme.
Mais, chose peu ordinaire pour elle, l'auberge devait avoir ce soir-là nombreuse clientèle. Deux femmes, accompagnées d'un muletier
espagnol, étaient arrivées une heure avant nous, et s'étaient décidées à passer la nuit dans l'auberge.
De ces deux femmes, l'une était vieille et ridée, l'autre était une belle jeune fille de vingt ans. Elles revenaient d'un petit vallon
des Pyrénées, sur la frontière espagnole, où les médecins avaient envoyé la vieille dame prendre les eaux ; du moins, ce fut ce que nous apprit leur conversation, car nous fûmes admis
à partager leur souper.
Notre uniforme leur avait inspiré tout d'abord cette confiance qu'ont les femmes dans la loyauté du soldat, et ce fut sans la moindre
défiance qu'elles gagnèrent les deux chambres habitables dans l'auberge, tandis que nous nous accommodions d'une botte de paille pour oreiller dans l'écurie.
Nous étions jeunes, monsieur, nous avions bu, nous nous considérions déjà comme en pays conquis, et la beauté de la jeune fille avait
produit un étrange effet sur nos imaginations de vingt ans.
L'un de nous, Belge d'origine, et peu scrupuleux en matière d'honneur, osa nous proposer une chose infâme, et que, de sang-froid, nous
eussions repoussée avec indignation ; nous étions ivres, nous l'accueillîmes en riant ; la pauvre fille, le croiriez-vous ? fut tirée au sort, et elle m'échut.
Il se passa alors une infâme et terrible scène, monsieur, dans cette maison presque abandonnée ; le silence du muletier et des
aubergistes fut acheté, et, tandis que mes deux complices demeuraient sourds aux cris de la vieille femme, je pénétrai par la fenêtre dans la chambre de la jeune fille.
Le mourant s'interrompit, et Armand vit couler deux larmes brûlantes sur ses joues pâlies.
- Au point du jour, reprit-il, nous avions déjà fait vingt-cinq kilomètres et laissé loin derrière nous l'auberge et la pauvre enfant
déshonorée, dont je n'emportais d'autre souvenir que son prénom, Thérèse, et ce médaillon qu'elle avait au cou, et dont le cordon s'était brisé dans la lutte désespérée qu'elle soutint
contre moi.
Comment ce médaillon se retrouva-t-il dans la poche de mon habit ? Je n'ai jamais pu me l'expliquer.
Nous entrâmes à Barcelone la veille d'une bataille ; le lendemain, nous allâmes au feu, et mes deux complices furent tués. Je crus voir
alors dans cette double mort, la main de Dieu qui s'appesantissait sur nous, et le remords de mon odieuse action pénétra dans mon coeur.
J'eus même ce pressentiment étrange que la mort ne m'avait épargné que parce que la Providence me réservait un châtiment plus terrible
encore.
Cependant, plusieurs affaires, plusieurs engagements eurent lieu, et je revins toujours sain et sauf ; les jours s'écoulèrent,
puis les mois ; le souvenir de mon crime commençait à s'effacer, lorsque m'arriva cette fortune immense et inattendue que je possède et que je ne sais à qui léguer.
J'étais à Madrid, et j'avais été logé chez un vieux juif qui faisait le commerce des cuirs de Cordoue.
Ce juif, d'origine française, avait quitté Rennes en 1789.
Lorsque je vins habiter sa maison, où m'amenait un billet de garnison, il était malade et au plus mal. Deux jours plus tard il était à
l'agonie, et, dans le milieu de la nuit, je fus éveillé en sursaut par son unique servante qui appelait au secours, car il avait un accès de délire effrayant.
Je descendis chez lui à demi vêtu et lui prodiguai mes soins ; à ma vue, il parut se remettre un peu et reprendre quelque force ; sa
présence d'esprit lui revint, et, me remerciant, il me demanda mon nom.
- Kermor de Kermarouet, lui répondis-je.
- Kermarouet ! s'écria-t-il d'une voix étrange, vous vous nommez Kermarouet ?
- Oui.
- Une plume ! une plume ! me demanda-t-il en joignant ses mains d'un air suppliant et m'indiquant un vieux secrétaire, où, en effet,
je trouvai une plume, du papier et de l'encre, que je mis devant lui, sans trop savoir ce qu'il voulait faire.
D'une main tremblante le vieillard écrivit ces deux lignes :
« J'institue M. Kermor de Kermarouet mon « légataire universel ».
Et il signa.
Dix minutes après, il était mort.
Je retrouvai dans les papiers du juif l'explication de sa conduite. Mon grand-père, le baron de Kermarouet, partant pour l'émigration,
lui avait confié, à titre de dépôt, une somme de deux cent mille livres. La Terreur avait contraint le juif, qui passait à Rennes pour avoir des intelligences avec les royalistes, à
s'expatrier.
Il était venu en Espagne, avait fait du commerce, et avec l'argent de mon grand-père il avait fait une fortune immense. Mon aïeul lui
avait confié deux cent mille francs, il me rendait douze millions.
Vous comprenez quelle révolution étrange cette fortune amenait dans ma vie ; et quelle n'eût point été mon ivresse, car j'avais alors
trente ans, si un remords n'eût pesé sur moi de tout le poids de la fatalité !
Quitter l'Espagne et accourir à Paris, décidé à bouleverser le monde pour y retrouver Thérèse, et lui rendre, en l'épousant, l'honneur
que je lui avais volé, ce fut mon premier soin ; mais là m'attendait le châtiment...
A peine arrivé, à peine installé dans ce vieil hôtel où nous sommes, et que je venais de
racheter, car il avait appartenu à ma
famille, je fus pris d'un mal étrange et terrible, qui me coucha dans ce lit où vous me voyez, et que je n'ai pas quitté depuis vingt ans.
Dieu me punissait enfin.
Pendant plusieurs années, en proie à cet horrible mal qu'on nomme le ramollissement de la moelle épinière, je n'ai eu d'autre but,
d'autre désir ardent que ma guérison ; j'ai appelé à mon aide les lumières de la science, les princes de l'art, tout a été inutile.
Aujourd'hui, enfin, à l'heure suprême, mes yeux se sont tournés vers le passé, et je me suis demandé si cette pauvre enfant que j'ai
déshonorée ne serait point de ce monde encore... si, par hasard, je ne serais pas père. Comprenez-vous, maintenant?
- Oui, murmura Armand.
- Eh bien ! acheva le moribond, j'ai appris que vous-même, monsieur, vous •consacriez une grande fortune et votre noble intelligence à
accomplir dans Paris la plus sainte, la plus élevée des missions : faire le bien, empêcher le mal. Vous avez vos agents, vous punissez et récompensez ; vous découvrez les
infortunes les plus cachées, et les turpitudes les plus mystérieuses. J'ai pensé que vous pourriez peut-être retrouver celle à qui je lègue cette fortune que je vais abandonner.
- Mais, monsieur, observa Armand, si honorable pour moi que soit votre confiance, puis-je savoir si jamais...
- Vous vous efforcerez,
monsieur...
- Et si cette femme est morte ; si, en dépit de vos pressentiments. elle n'a point d'enfant?
- Eh bien, en ce cas, vous serez mon légataire universel.
- Monsieur...
- On n'est jamais trop riche, monsieur, dit le baron de Kermarouet, pour accomplir l'oeuvre que vous vous êtes imposée ; vous consacrerez ma fortune à soulager les misères, à punir
les forfaits qui s'abritent dans cet océan de bien et de mal qu'on nomme Paris.
Et comme Armand faisait un dernier geste d'étonnement et de refus, le baron étendit la main vers la pendule de la cheminée
- Tenez, dit-il, l'heure marche et le temps ne nous appartient pas. Je serai mort dans trois heures. Regardez ce coffret
qui est là, sur ce guéridon ; la clef en est suspendue à mon cou. Vous prendrez cette clef quand j'aurai rendu le dernier soupir, et vous trouverez dans le coffre deux testaments
portant deux dates différentes. Le premier vous institue mon légataire universel ; le second est en faveur de Thérèse ou de son enfant, si elle a un enfant. Vous trouverez joint à
ce dernier testament le médaillon qu'elle portait pendant la nuit fatale. Ce médaillon renferme des cheveux et un portrait de femme, sans doute le portrait de sa mère. C'est le
seul indice que j'aie à vous
laisser. »
La voix du mourant s'éteignait par degrés, l'heure approchait.
- J'ai demandé un prêtre pour six heures, murmura-t-il.
En ce moment, la cloche de la porte cochère se fit entendre c'était le prêtre qui arrivait.
Armand se tint à l'écart pendant que le baron Kermor de Kermarouet se confessait et que l'homme de Dieu le réconciliait avec le ciel ; puis il s'agenouilla au pied du lit, et récita
avec le prêtre les prières des agonisants.
Deux heures après, la prédiction du médecin s'était accomplie, M. de Kermarouet était mort.
Un commissaire de police fut appelé sur-le-champ et posa partout les scellés ; puis Armand se retira, emportant les deux testaments, et
il ne resta au chevet du mort que le commissaire qui avait porté à M. de Kergaz la lettre de M. de Kermarouet.
Quand il fut seul, Colar se prit à rire.
- Pauvre vieux ! dit-il en regardant le cadavre, tu es mort bien tranquillement et ne te défiant de personne ; je suis entré chez toi
comme un pauvre diable et tu m'as logé, sans présumer
que je ne demandais à habiter une mansarde dans ton hôtel que pour savoir le parti qu'on peut tirer d'un homme riche et sans héritiers.
Pauvre vieux ! va ! répéta le bandit avec un accent étrange.
Et maintenant, voilà ce bon M. de Kergaz, un homme de bien, s'il vous plaît, qui va se mettre en mouvement pour trouver des héritiers.
Sois donc tranquille, le capitaine Williams est un fameux homme, et nous trouverons Thérèse avant lui.
À nous les millions !
Et Colar se reprit à rire devant ce cadavre, chaud encore.
Quant à M. de Kermarouet, il était bien mort, et il ne se dressa point sur son séant pour chasser cet impie qui ricanait au pied de son
lit de mort...
Et Armand de Kergaz était parti