Le blogue (*) de Simon Popp
Le lundi 14 novembre 2005Je ne le cacherai pas : il m'arrive souvent de rire du malheur des autres.
Particulièrement du malheur des gens de mon âge qui, pendant ses années, pour «se tenir en forme» ont fait du jogging, du gym ou, selon les modes, ont joué au tennis, au squash ou au golf. Je les vois aujourd'hui, entre deux visites chez leurs médecins (car certains en ont plusieurs), boiter quelque peu, vivre avec des douleurs d'articulation ou, pour avoir couché dans des sacs de couchage à la belle étoile, se plaindre de douleurs aux dos ou dans les hanches.
Je les ai vus souvent, entendus surtout, quand j'étais plus jeune, me traiter d'«inactif» (alors que je marchais deux, trois kilomètres par jour) ou d'intello. Parce que je ne savais pas profiter des vraies choses de la vie.
Certains jouaient au hockey - un des sports les plus violents que je connaisse - sur patins de surcroît -, d'autres faisaient du ski - alpin ou de randonnée, peu importe : circuler avec des planches sous les pieds m'a toujours semblé être d'une utilité douteuse - tandis que d'autres, encore, se permettaient des descentes de canoë dans des eaux où même les poissons n'osaient pas s'aventurer.
Ce sont les mêmes qui, pendant des années, se sont construits des capitaux pour «leurs vieux jours» où ils se prélasseraient sur une plage dans les mers des Caraïbes et qui, ne réalisant pas qu'ils en sont là, continuent à accumuler de l'argent pour, sans doute «de plus vieux jours».
Je n'en suis, hélas, pas là. Quand je regarde l'argent que j'ai mis de côté, il m'apparaît bien clair que je n'aurai pas trois gardes-malade derrière moi pour pousser ma chaise roulante mais la semaine dernière, encore, j'étais à Paris où je me suis permis, comme c'est mon habitude, de marcher pendant des heures (dans cette ville tout indiquée pour la marche [*]), d'aller manger ce qui me plaisait, là où ça me plaisait, songeant que, si j'avais joué (terriblement d'ailleurs) au squash quand j'étais plus jeune, je n'aurais sans doute plus de genoux.
Maintenant, aujourd'hui, de retour chez moi, ne me reste plus qu'à aller travailler.
«À quand la retraite ? À quand la retraite ?» me demande-t-on souvent : quand je serai rendu à l'âge où, visiblement (car il s'en apercevra), je ne serai plus en mesure de bondir pour saluer un client.
Et puis tiens, ce soir, me semble qu'un bon roastbeef avec une bouteille de Saint-Émilion serait de mise...
[*] Je sais que je dirai une énormité en énonçant cela mais qu'importe : à Paris, à New York, dans n'importe quelle grande ville, il me semble que les seuls obèses que je rencontre proviennent des banlieues. Peut-être que la marche a quelque chose à voir là-dedans. Je ne le sais pas mais je ne crois pas au hasard.
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