Le blogue (*) de Simon Popp
Le lundi 7 novembre 2005J'aurai beau vivre jusqu'à cent ans, cent cinquante ans, deux cents ans même, je sais que je serai toujours étonné devant la bêtise des designers, des concepteurs, des organisateurs d'interfaces, ces gens pour qui on a (ou qui ont sans doute eux-mêmes) détourné le mot «convivial» dans le domaine des interfaces. J'ai connu des expressions plus triviales, je l'avoue, drôles même (à condition de ne pas être d'une minorité visible) mais qu'on dise «conviviaux» les écrans qui apparaissent sur nos écrans quand, d'une lointaine ville, on veut se brancher sur l'Internet, il y a un chose dans le sens de laquelle je n'abonde pas nécessairement.
«Conviviales», oui, certaines de ces «machines». Les guichets bancaires, entre autres. Parce que, généralement, ils fonctionnent tous de la même façon. Et encore : il s'agit de se rappeler de ceux du tout début quand chaque établissement se voulait différent par rapport à ses concurrents. Je me souviens, à ce propos, au Canada, d'un certain «Oscar» qui devait rassurer, j'imagine, les utilisateurs d'une certaine banque et qui était aussi intéressant que le petit monstre qui se promène dans Windows lorsqu'on effectue des recherches. Mais conviviaux les écrans d'accueil wi-fi dans la plupart des cafés, des aéroports, des hôtels ? Pfft ! - Ce matin, tenez, il m'a fallu trois cartes de crédit et une douzaine d'écran pour envoyer ce texte. Et là, je ne suis pas certain si on ne m'a pas chargé la communication trois fois.
Un peu comme les pommes de douche : il en existe autant de modèles qu'il existe de dessinateurs de pommes de douche (et ils sont une centaine, sinon des milliers dans le monde, à rendre la vie de tous et chacun misérable). Parce que, à six heures du matin, ce n'est pas précisément l'heure que l'on choisit pour régler des énigmes.
Je ne blâme pas ceux qui planifient ces choses : après tout, il faut vivre, on peut croire qu'on a une meilleure idée, on peut se croire (et parfois l'être) inventeur et génial. - Je blâme ceux qui les achètent et qui les refilent à leurs clients. Tous ceux qui, par exemple, ont adapté les répondeurs automatiques dans les entreprises. Vous les connaissez, ces répondeurs : «Appuyez sur 1, 3, 6 ou 7... selon l'option choisie...». Avec leurs répertoires : «Composez les quatre, cinq, six premières lettres de la personne....» (Vous essayerez de faire ça, en passant, d'un téléphone européen.) - Pendant un temps donné, on a pu, pour contrer ces machines, faire le «zéro» et atteindre une «vraie personne» au bout du fil mais voilà : j'ai fait, il n'y a pas longtemps et je suis tombé sur : «Bonjour, ici la téléphoniste, je suis absente de mon bureau en ce moment...»
Déshumanisation ? - Non pas vraiment : si ces choses-là étaient sans humanité - je veux dire : si elles avaient été réellement inventées et puis mis en service par un non-humain -, sans doute seraient-elles moins frustrantes parce que, dans le fond, le problème demeure le même : chaque planificateur, chaque designer, chaque inventateur de ces sordides interfaces, est convaincu, j'en suis certain, que le reste de l'humanité lui ressemble.
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