Le blogue (*) de Simon Popp

 

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 Le lundi 19 septembre 2005

Excellente soirée, le samedi 3 septembre dernier, au Petit Journal, un café-restaurant-bar de la Rive Gauche, à Paris (boulevard Saint-Michel). En compagnie des Southern Stompers, un groupe de musiciens plus ou moins variables (si l'on se fie à l'affiche) sous la direction de son batteur. - Leur répertoire ? Celui de la Nouvelle-Orléans avec, en prime, ce soir-là, des pièces «en hommage à King Oliver». - L'ensemble classique : un premier et un second trompette, une clarinette, un trombone, un piano, un tuba, un banjo (aussi guitare) et une batterie. - Pas de grandes cymbales intempestives mais l'utilisation presque systématique de blocs pour marquer le rythme. - On se serait cru à Chicago, en 1923.

Évidemment, le son est différent de celui auquel les enregistrements du King nous ont habitués et c'est là la source d'un reproche qu'on pourrait faire à nos amis du sud (des USA) qui rejètent presque systématiquement toutes ressemblances qu'il pourrait y avoir avec ce qu'ils considèrent aujourd'hui comme du jazz (jazz fusion, jazz hip, jazz rock, etc.) et cette musique du début des années vingt qui est en passe de devenir classique au même titre que les rags de Scott Joplin ou de ces contemporains (James Scott, entre autres, qui est presque son égal). - Alors qu'on tient à oublier cette «vieille sonorité», on se contente de jouer du «nouveau» (lire : «imiter les plus récents») en feignant d'ignorer cette vitalité déconcertante qui continue de surgir, quatre-vingts ans après, de ces arrangements écrits ou plutôt improvisés sur le tas par des musiciens aujourd'hui légendaires.

Je me demandais, au cours de cette soirée, le mal qu'il y avait à imiter Armstrong sur un cornet, à jouer du Kid Ory ou même du Johnny Dodds. Peut-être le même mal qu'on aurait à jouer du Chopin si Chopin avait gravé des disques ou Bach ou Beethoven. - Entendez-moi bien : cette musique de la Nouvelle-Orléans n'est pas bête du tout : ses contrepoints valent bien ceux de Monsieur Bach, ses accords dissonants ceux de Monsieur Chopin et ses ensembles atteignent des niveaux émotionnels qui égalent ceux des quatuor à cordes de Beethoven et il n'est pas honteux de jouer cette musique comme on la jouait en 1920. - J'irai même plus loin : quand la snoberie de ceux qui ont entendu live le quintet de Miles Davis ou le quatuor de John Coltrane aura disparue, peut-être aurons-nous droit, enfin, à de jeunes musiciens qui, utilisant les partitions de ces maîtres, nous ferons le plaisir de nous les rejouer dans une atmosphère qui dépassera tout ce qu'on pourra entendre sur disque. - Pieux souhait.

En attendant, si la musique de King Oliver, accompagné de son élève (qui dépasse souvent le maître), Louis Armstrong, vous intéresse, allez donc entendre les Southern Stompers à leur prochaine visite : vous aurez droit à la même émotion que celle que vous avez en écoutant les disques des premiers tout en vous régalant d'une audition réelle de cette sonorité qui n'a depuis jamais été égalée (selon les critiques de l'époque). Et en plus : parmi les escapades (solis) des intervenants, de véritables bijoux d'improvisation. À la clarinette (*) et au second cornet (surtout) mais vous serez agréablement surpris du sérieux de ce jeune trombone aux parfaits glissandos.

Si j'ai déjà entendu live Louis Armstrong ? Oui. Est-ce que le jeune trompette de cet ensemble est à sa hauteur ? Réponse : qui peut-être à la hauteur d'Armstrong ce génial improvisateur du moment ? - La question est mal posée : ce qui importe c'est de savoir que le jeune trompette des Southren Stompers peut le citer parfaitement et, entre vous et moi, je préfère une citation d'Armstrong à toutes ces incohérences qu'on nous sert, hélas, à 90% dans ces supposés concerts de jazz où les musiciens essaient de dépasser Ornette Coleman.

Une idée : pourquoi pas un double quartet à la façon de Coleman, par des musiciens en chair et en os ? - Je suis, qu'on se le dise, preneur.

Simon Popp

P.-S. Ce blogue a été écrit avant que le désastre occasionné par l'ouragan Katrina soit connu. Qu'on veuille bien m'en excuser

(*) Un peu Sidney Bechet ce clarinette mais j'étais à Paris... - À Paris certes, mais il ne faut pas oublier que bien avant sa «Petite fleur», ce Sidney (qui a, par ailleurs, souvent joué aux côtés d'Armstrong) était un clarinettiste de tout premier ordre.


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