Le blogue (*) de Simon Popp
Semaine du 1er août 2005
Small Talk : placotage, bavardage ; un des premiers langages de programmation orienté objet.
«Comment allez-vous ? - Fait beau (chaud, froid, etc.) n'est-ce pas ? - Avez-vous pris vos vacances ? - Vous venez ici souvent ? - Il y a longtemps que vous connaissez X ? - ...» - Voilà des exemples de small talk : des paroles qu'on échange avec des gens qu'on connaît à peine et avec qui on est obligé d'être poli parce qu'ils se trouvent dans le même wagon, le même avion, le même terminus que soi. - Parfois, cela se passe dans une soirée, au théâtre ou dans un restaurant où quelqu'un qu'on connaît plus ou moins vient de nous présenter son conjoint, sa conjointe, son fils, son père ou son associé et qu'il a eu l'amabilité de nous laisser avec lui ou elle.
Je connais des spécialistes en small talk qui, vous ayant rencontré une fois, se souviennent du nom de tous vos enfants et de votre handicap au golf. Leurs manières, ils les ont appris dans une quelconque école inspirée par Dale Carnegie (celui du «Comment se faire des amis et influencer les gens»). - Leurs vêtements sont classiques mais à la hauteur de l'image qu'ils veulent dégager ; leurs poignées de main sont vigoureuses mais elles doivent absolument laisser l'impression qu'ils sont contents de vous rencontrer. - En fait, je connais des spécialistes en small talk si spécialistes qu'ils peuvent se présenter à vous mille fois sans jamais modifier quoi que ce soit dans leur comportement.
Ils possèdent une auto à la mode, vont dans les endroits à la mode, commandent des vins à la mode, fréquentent même les gyms à la mode. - Ils ont joggé dans les années soixante, fait de la voile dans les années soixante-dix, au squash dans les années quatre-vingt, au tennis dans les années quatre-vingt-dix puis se sont «remis» au golf depuis quelque temps. - Cela est égal : ils auraient pu tout aussi bien faire de l'équitation, jouer au water polo ou à la belotte, si la belotte avait été à la mode.
J'en ai vu écouter des raseurs avec une attention monastique, hochant de la tête de temps à autres, ou se promener dans les galeries d'art avec l'air du connaisseur mais du connaisseur «flairant la bonne affaire» car les affaires, souvent, ne sont que la seule chose qu'ils ont en commun. Cela ou la grande volonté d'être accepté ou de plaire à tout le monde.
De ces spécialistes, je n'en ai jamais vu s'intéresser à la littérature, à l'histoire ou à l'informatique ; enfin, une activité qui demande beaucoup de travail en solitaire.
Je m'arrête parce que je sais très bien que vous m'avez compris ; quel que soit votre facilité dans le small talk, vous avez déjà, et souvent, rencontré des gens chez qui c'était encore plus facile.
Ma question est : comment peut-on vivre toute une vie en n'en vivant aucune ?
Le blogue de Simon - page précédente
(*) Blogue n. m. - Site Web ayant la forme d'un journal personnel, daté, au contenu antéchronologique et régulièrement mis à jour, où l'internaute auteur peut communiquer ses idées et ses impressions sur une multitude de sujets, en y publiant, à sa guise, des textes, informatifs ou intimistes, généralement courts, parfois enrichis d'hyperliens, qui appellent les commentaires du lecteur. (Office Québécois de la Langue Française)
Voir, si vous êtes venu par là, Ailleurs
Sinon voir au : Bar du Dragon Basané (j'y suis régulièrement)
Ou encore à : l'UdeNap