Le blogue (*) de Simon Popp
Semaine du 11 juillet 2005
«Vous vous plaignez tout le temps, m'écrivait dernièrement une lectrice de Laval (Québec). Vous êtes ce qu'on appelle chez nous un vieux bougonneux qui voudrait revenir au Moyen-Âge et pour qui tout ce qui est moderne dérange vos habitudes.»
Première réaction : c'est qu'elle a raison, la Madame, sauf que s'il fallait écrire que sur les choses qui nous plaisent, on serait à cours de sujets très vite mais j'ai cherché celles par rapport auxquelles je ne bougonne pas et que je suis toujours content de retrouver.
En premier lieux, y'a ma voiture - mes voitures, devrais-je dire. De ce côté-là, je n'ai vraiment jamais eu à me plaindre. J'ai eu des produits GM, des Ford, des Volvo, des produits Chrysler... - Les Volvo ont été des folies : je pensais les garder éternellement mais elles n'ont pas plus duré que les autres et puis je me suis toujours dit que, tant qu'à encourager un fabricant d'autos par rapport à un autre, autant encourager ceux de mon coin : une Ford, fabriquée à Détroit, valait bien une Toyota fabriquée Dieu-sait-où quoique je serai toujours d'accord avec ceux qui ont dit que ça a pris des Japonais pour réveiller ces cons de fabricants américains (c'est qu'elle a toujours raison, la Madame : je bougonnais même en ce temps-là.) - Pensez-y : on achète ça pour «pas grand chose» (Louis Seize se serait fait couper un bras pour un Ford modèle T), on met de l'essence plus ou moins régulièrement, ça nous mène où on veut, par de grandes chaleurs, par de grands froids sans grands pépins. - Et oui : j'ai eu ma part de «citrons» mais sur le lot, ce n'était rien par rapport à ce que j'ai subi comme humiliations en transport en commun. - Pour les voitures, un beau gros X, sans arrière-pensée.
(Idem aux réfrigérateurs qu'on branche dans un mur et qui durent vingt ans, tout comme les cuisinières, les grille-pain, les ouvre-boîte et des dizaines d'articles, dans la maison, qui fonctionnent sans jamais demander quoi que ce soit : à quand remonte, par exemple, la dernière réparation à votre téléviseur, votre ampli et puis, tant qu'à y être, à votre ordinateur «de base» ?)
En deuxième lieu, je pense que le plus bel exemple de rapports entre humains demeurent celui qui puissent exister entre un garçon de table et un client. - Des prémisses à observer, naturellement : le garçon étant là pour nous servir, il faut tout de même être assez intelligent pour lui dire clairement ce que l'on désire. Et c'est de là que vient mon habitude d'aller déjeuner et dîner aux mêmes endroits ; après quelques visites, je n'ai plus un mot à dire : «on sait» et ce savoir est une des choses les plus délicieuses au monde. - Des nouvelles, des salutations, oui, on peut s'en échanger mais qui va au restaurant pour entendre se faire raconter de long en large les amours, les ennuis, les problèmes de son maître d'hô ? - Un grand garçon ? - Une perle rare.
(Ce que j'ai noté à ce propos, c'est que dans les TRÈS grands restaurants, les garçons, les chefs de table, les directeurs - jusqu'aux derniers ramasseurs de couverts - ont fini, grâce à une étude approfondie de leurs métiers respectifs, à deviner les besoins de leurs clients. - Une chose que les grands (et non TRÈS grands) restaurants n'ont pas encore apprise, alors ils s'amusent avec les décors, les menus, la musique... pauvres grands restaurants...)
Troisième chose qui m'épate et qui m'émerveille : la technologie qui nous permet d'écouter chez soi à peu près tout ce qui s'est composé depuis qu'on a commencé à noter la musique. - Songez que même Mozart n'a pas eu le loisir d'entendre jouer toutes ses oeuvres.
Et puis en quatrième, cinquième, sixième, centième lieux :
J'ai les villes de New York, Paris, Londres, Chicago, San Francisco, les cafés espresso, les cafés glacés, le jus d'orange, les jeans si usés qu'on les amène avec soi en voyage de peur que notre conjointe les jette, les chemisiers neufs, la musique de Nouvelle-Orléans, Terminator I, II et III, les nappes en lin, certaines marques de Vodka, le parc du Luxembourg, le parc du Mont-Royal, le Central Park...
J'aime bien voir aussi des jeunes filles en costume qui s'en vont à l'école.
Et puis j'ai de bons souvenirs de Six-Jours.
Vous voyez, Madame de Laval (Québec)...
Le blogue de Simon - page précédente
(*) Blogue n. m. - Site Web ayant la forme d'un journal personnel, daté, au contenu antéchronologique et régulièrement mis à jour, où l'internaute auteur peut communiquer ses idées et ses impressions sur une multitude de sujets, en y publiant, à sa guise, des textes, informatifs ou intimistes, généralement courts, parfois enrichis d'hyperliens, qui appellent les commentaires du lecteur. (Office Québécois de la Langue Française)
Voir, si vous êtes venu par là, Ailleurs
Sinon voir au : Bar du Dragon Basané (j'y suis régulièrement)
Ou encore à : l'UdeNap