Le blogue (*) de Simon Popp
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Le samedi 2 juillet 2005
Je lisais, ce matin (cela vous donnera une idée de mes lectures sabbatiques [*] !), ceci :
«La plaine, dont les plis s'élèvent et s'abaissent tour à tour des deux côtés de la route et que j'avais vue jadis riante au grand soleil, était maintenant couverte d'un voile épais de neige sur laquelle se tordaient les pieds noirs des vignes. Mon guide poussait mollement son vieux cheval, et nous allions, enveloppés d'un silence infini que déchirait par intervalles le cri plaintif d'un oiseau. [...] Alors je vis le soleil, rouge et sans rayons, descendre comme une hostie sanglante à l'horizon et, me rappelant le divin sacrifice du Calvaire, je sentis l'espérance entrer dans mon âme...»
Écrit il y a cinquante ans, au Québec, dans une de ses «compositions françaises» imposées chaque semaine dans une classe du primaire dirigée par des bonnes soeurs ? - Pas du tout : j'ai trouvé ça dans un texte d'un Prix Nobel, dans un roman d'un écrivain qui, pendant au moins trente ans fut considéré comme «le meilleur écrivain que la France ait pu produire avant la Première Grande Guerre», que Proust utilisa comme un de ses modèles et que je vous nomme tout de suite : Jacques Anatole François Thibault, né en 1844, mort en 1924, mieux connu sous le nom d'Anatole France [**].
En supprimant la référence au Calvaire et tout ce qui était superflu, j'ai retenu :
«La plaine était couverte de neige. Mon guide poussait son cheval, et nous allions, en silence. [...] Et quand je vis le soleil, je me mis à espérer.»
Voilà qui peut, peut-être excuser la de Beauvoir («Mémoire d'une jeune fille rangée»).
[*] du samedi...
[**] «Jamais talent pareil ne fut mis au service de la platitude.» (Jean Cocteau)Le vendredi 1er juillet 2005
J'aime - mes amis le savent - manger aux comptoirs des bars (qui ne ressemblent en rien aux zincs des cafés parisiens). Lorsque je me trouve en compagnie d'un raseur, je peux, ainsi, sous prétexte d'un rendez-vous, me lever et m'en aller, ce qui explique ma présence au bar et non en salle. - Parmi les raseurs : ceux qui lisent les journaux, les réalisateurs de films (courts, longs, moyens métrages et ceux qui réalisent les spots publicitaires, les documentaires et les séries télévisées), les hommes d'affaires, les commis-voyageurs et tous ceux qui sentent la religion, la race ou le patriotisme. - À eux, malgré que ce ne soit pas toujours drôle, je préfère la compagnie des piliers de bars qui n'ont de leurs longues journées, rien d'autre à faire : ils ont habituellement une série de mots qui ne sont pas mal du tout. Sauf qu'il faut changer de bars souvent.
Je suis retourné à un de ces bars que j'ai fréquenté il y quelques années et je suis resté étonné de constater que rien RIEN, n'avait changé : que les mêmes piliers y disaient encore les mêmes mots, aux mêmes clients.
Autre chose : on y voit rarement des écrivains ou des peintres mais j'y ai déjà vu des architectes.Le jeudi 30 juin 2005
Y'a-t-il une loi, même naturelle, qui veut qu'un expert dans un domaine doit être absolument un expert dans d'autres domaines (sinon dans tous les domaines) ? - Je pense à l'avocat qui étudie des devis de construction, à l'ingénieur en mécanique qui donne son avis sur la cause d'un incendie, au prêtre qui conseille les parents de jeunes enfants, au politicien qui décide de l'emplacement d'un futur hôpital... Je connais je-ne-sais-combien de conducteurs de voitures que, si on les laissait faire, dessinerait des routes, des tunnels, des ponts... - Et l'on a tous, dans sa famille, celui qui a réussi et qui, en conséquence, connaît tout : du fonctionnement d'un ouvre-boîte à celui d'une centrale nucléaire. - Quant au dessinateur de mode qui se mêle de décors, de mises en scène et d'architecture... - Vous allez me dire que, pour les véritables décideurs, il existe des conseillers mais les écoutent-ils vraiment ? - Et puis, dans le fond, pourquoi les écouteraient-ils ? S'ils sont tous aussi efficaces et renseignés que ceux qui savent tout...
J'aime bien cette réflexion de Pierre Dac : «Celui qui ne sait rien en sait tout autant que celui qui n'en connaît pas plus que lui.»Le mercredi 29 juin 2005
Quand je trouverai un gendre incapable, sans moyen et complètement désoeuvré, je vais lui laisser ma plus jeune fille en mariage. Quelle belle revanche ce sera. - Je sais : j'ai déjà laissé ma première amie à celui qui me l'a volée.
Le mardi 28 juin 2005
On aura beau faire, on aura beau dire mais quiconque n'a pas eu, dans la même maison, deux adultes, trois adolescents et que quatre Volvo (ou SAAB) - sans compter le chien et, dans le pavillon d'à côté, un voisin qui, lui, a une pelouse plus belle que la sienne - ne saura jamais ce que ce que peut-être l'enfer sur terre. - «Faut pas se plaindre, me disait-il, si justement l'autre jour (le voisin à la pelouse qui fait scier tout le monde) : il y en a de plus malheureux que nous.» - Hélas !
Le lundi 27 juin 2005
D'après mes calculs, on en a encore pour sept ou huit cents ans. - Le christianisme est encore très important dans certains pays de l'Amérique du Sud, en Afrique et même dans des pays dits «civilisés» comme les États-Unis, l'Espagne, l'Italie ou même la France où l'on fait encore baptisé, première-communionanisé et confirmé ses enfants (et qui oserait mourir sans avoir reçu l'«extrême onction». - Onction ! Non mais vous vous rendez compte...). - Faut tout de même lui laisser le temps de mourir. - Y'a le judaïsme : même avenir. - Du judaïsme, restera peut-être les gestes que les ingénieurs répètent dans la trilogie d'Adzimov. - Les bouddhistes peuvent rester, j'imagine : pas trop belliqueux de ce côté-là. Sauf qu'il y a les islamistes qui, à l'instar des chrétiens du Moyen-Âge et de la Renaissance, semblent vouloir convertir tout le monde. Pratiquent-ils l'équivalent de ce qu'on a aboli officiellement au début du XVIIIe, l'Inquisition ? Semblerait que oui. - En vérité, en vérité je vous le dis : nous ne sommes pas au bout de notre peine. - Ne nous reste plus qu'à souhaiter la venue d'extra-terrestres ou un grand, mais un grand déluge. - Sauvons, mais sauvons les meubles : Rabelais et une jeune fille charmante dont, hier, justement, j'ai fait la connaissance...
(*) Blogue n. m. - Site Web ayant la forme d'un journal personnel, daté, au contenu antéchronologique et régulièrement mis à jour, où l'internaute auteur peut communiquer ses idées et ses impressions sur une multitude de sujets, en y publiant, à sa guise, des textes, informatifs ou intimistes, généralement courts, parfois enrichis d'hyperliens, qui appellent les commentaires du lecteur. (Office Québécois de la Langue Française)
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