Les ambitions littéraires de son père,
Victor-Marie
Marchal (1803-1886), de même que sa longue
maladie ont eu pour effet de ruiner la déjà bien entamée fortune des Marshall
de la première branche cadette. Déjà, à partir des années quarante (1840),
bien avant l'exil de Victor-Marie et de sa famille en Angleterre, il était
évident que la lignée des Marchal s'en allait vers sa perte. Or, c'était ne
pas connaître la destinée du premier fils de cet homme qui a voulu être
écrivain, le dénommé Georges-Marie-André Marchal, né à Étretat en 1843,
éduqué en Angleterre (Clapham Primary School, Hackney Marsh Secondary School
et Wormwood Scrubs College) qui, en 1864, débarque en France à bord du Dulwich
& Sydenham HMS muni d'un diplôme d'écouteur ou auditor.
Les lecteurs de nos populaires chroniques
(Gazette de Saint-Romuald-d'Etchemin et d'Esch-sur-Sûre) savent depuis plusieurs
années l'origine de ce mot, écouteur ou auditeur qui remonte au
Moyen-Âge au moment où, affligés par de trop nombreux travaux, les rois, ducs,
comtes, vicomtes et barons de l'époque n'avaient pas toujours le temps de lire
tous les rapports qui leur parvenaient des administrateurs de leurs royaumes,
duchés, comtés, vicomtés et baronnies. Ils ne pouvaient pas non plus se rendre
sur place tout vérifier et, pour ce faire, ils eurent l'idée de confier cette
lourde tâche à des auditeurs (auditors) qui, munis de sceaux,
laissez-passer, comptes de dépenses, etc., se rendaient, eux, dans tous les
coins et recoins des possessions de leur maître voir, entendre et surtout
écouter les rapports des administrateurs locaux. - D'auditeurs, en France,
le mot est devenu vérificateur alors qu'il est resté auditor
chez nos cousins insulaires (même si on parle toujours de l'audition de
témoins, de cours d'audience et d'auditorium).
Dans le sens qui précède, notre jeune ami,
fraîchement débarqué à Calais, aurait pu s'appeler vérificateur
mais c'est justement là où on se serait trompé car Georges-Marie-André Marchal
n'était pas un vérificateur mais bien un auditor dans le sens
étymologique du terme, ayant appris au cours de ses études le dur métier d'écouteur
qui consiste à ne jamais interrompre quelqu'un qui parle et à écouter
avec attention ses paroles.
Dans un siècle comme le nôtre, ce métier a perdu sa
raison d'être mais au XIXe, avec la quantité de parlementaires, de
journalistes, d'écrivains et autres parleurs qu'a produits une société
qui a pu, en moins de soixante-quinze ans, passer du Consulat à l'Empire, de
l'Empire à la Restauration, de la Restauration à la Monarchie (de juillet), de
cette monarchie à la Deuxième République, de cette république au Second Empire
et de cet empire à la Troisième République, les hommes sachant écouter ont été
plutôt rares.
Écouteur, Georges-Marie-André Marchal eut pu faire
fortune qu'en se tenant aux côtés des riches et puissants mais il eut, en
1871, une idée géniale : il fonda une entreprise d'écoute dont les employés
avaient pour tâche de se tenir le dimanche à la porte des églises et le reste
de la semaine dans les cafés, restaurants et autres établissements servant des
boissons fermentées (et même distillées) pour ainsi en apprendre "pas mal"
(écrit-il dans ses mémoires) sur certains membres bien en vue de la société.
Ces informations, il les revendait aux journaux de l'époque moyennant de,
souvent, fort jolis cachets qui eurent tôt fait de renflouer les caisses de sa
famille.
La restauration des Bourbons en Espagne (1874),
l'insurrection de la Bosnie contre la domination ottomane (1875), l'annexion
du Transvaal par l'Angleterre (1877), le surnom de "Tonkinois" donné à J.
Ferry (1883), la loi Wladeck-Rousseau (1884), la reddition de Geronimo (1886),
l'instauration du suffrage universel en Nouvelle-Zélande (1889)... voilà ce
qui le rendit non seulement riche mais célèbre.
La fin de sa vie fut entachée par divers scandales où
il fut question d'indiscrétions, de chantages et même d'extorsions, ce qui le
conduisit au suicide en 1895 mais à partir de 1886, déjà, il avait abandonné
la direction de ses affaires à des individus dont le sens moral n'avait pas
toujours à la hauteur de ses espérances.
Des tentatives pour restaurer son image furent
tentées en 1897 mais la France était, à ce moment-là, occupée par une autre
affaire, celle de Dreyfus. Quant à son petit-fil unique, Henri...
Georges-Marie-André Marchal a été marié trois fois et
à trois soeurs, filles d'un pasteur huguenot africain, le célèbre Flèche de
Toutbois dont la chapelle austère s'élève toujours allée Ben Afnam dans la
petite ville de Tamanrasset ou Tamanghasset (Hoggar).
La première, Elléfète, lui donna une fille, Marie
qui finit sa vie danseuse au Moulin-Rouge.
La deuxième, Onlacru, mourut en couches.
La troisième, Aimée, longtemps admirée pour sa
beauté et ses talents de chanteuse lui donna un fils,
Henri
Marchal-de-Toutbois, né en 1875 et qui
devint l'archéologue que l'on connaît.