Petit-fils d'Ovide Marshall
(1672-1763), le premier des Marshall nés au «Canada», fils d'Arthur Marshall
(1703-1760), troisième
fils d'Alexandre (1734-1812) et frère d'Uldéric
(1763-1861) et d'Ezra (1764-1837), Ishmael
Marshall, né à Napierville en 1766, eut une
destinée peu commune :
Séminariste, il abandonna ses études
en 1786 pour devenir assistant-registraire de navires, revendeur de tissus
décoratifs, appareilleur puis professeur en navigation fluviale, à
Saint-Hilaire, Montréal, Québec puis Boston.
En 1792, on le retrouve dans
la petite ville de Manhatto (Massachusetts) où il enseigne un semblant de ce
qui allait devenir plus tard l'océanographie. - Peu satisfait de son sort, il
décide de s'embarquer à bord d'un navire pour explorer et voir de ses
propres yeux les océans du monde.
(«Le vent marin coulait dans ses
veines» écrirait plus tard Alphétus, son arrière-arrière-petit-neveu.)
S'étant rendu à New Bedford dans le
but de s'embarquer sur un bateau en partance vers Southampton, il y fait la
rencontre, dans un cabaret de l'endroit, le «Crossed Harpoons and Two
Anchors», d'un être étrange, Kérouac ou Kueekeg (?) sorti tout droit d'un
récit afghan. - L'histoire n'a pas retenu son nom quoiqu'on sache de sources
certaines qu'il chaussait des 26 fillettes. - Ayant raté son départ, il se lie
d'amitié avec ce Kueekeg. - Les deux s'engagent à bord d'un baleinier du nom de
Kepod, sous la directive d'un capitaine excentrique, ayant pour cap les Mers du
Sud.
Des Mers du Sud, le navire fait non
facilement le tour du Cap de Bonne Espérance et se retrouve dans la mer
indienne puis dans le Pacifique où, peu à peu, Ishmael finit par comprendre que
son capitaine est à la recherche d'une baleine dont il n'a toujours vu qu'un
seul côté : Moebius Dick.
L'affaire tourne mal, pour diverses
raisons : venues à bord d'un capitaine yankee et d'un capitaine anglais qui
exhortent le capitaine du Kepod à ne pas poursuivre sa quête, présence à
bord d'un serviteur persan aux prophéties peu chaleureuses, maladie soudaine et
mystérieuse de Kueekeg (qui demande qu'on lui fabrique un cercueil pour ses
mains [chose qui sera reprise dans l'Atalante de Jean Vigo]), incendie à
bord, etc., etc. - Bref, une fois la baleine unidimensionnelle en vue, tout
l'équipage est détruit sauf Ishmael qui, recueilli en mer par un voilier
hollandais, se retrouve à Amsterdam au début de 1797 où, tant bien que mal, il
survit en devenant revendeur d'anguilles cru («vraek») et professeur de
langues amérindiennes dont, au demeurant, il ne connaît pas un seul mot.
(Le récit de l'aventure de la
baleine à une dimension allait inspirer un jeune auteur américain, H.
Melville (1819-1891), qui, après avoir donné des conférences pendant des
années, allait terminer sa carrière en occupant un poste important au
Bureau des Douanes de New York.)
D'Amsterdam, à partir de 1798 et à
bord de différents navires, Ishmael finit par donner libre cours à son rêve
romantique de parcourir le monde : il est en Chine en 1799, puis en Afrique du
Sud en 1801-1803, en Océanie de 1805 à 1808. - Là, il est fait prisonnier par
des cannibales de l'île de Nuku Hiva mais il est libéré au bout de quatre mois
par l'équipage d'un baleinier australien, le «Faith of Madonna». -
Interprète, d'Australie, il visite le Pérou, les îles d'Hawaï, les Indes puis
une partie du New Jersey où, ayant rendu de menus services à Diedrich
Knickerbocker (auteur d'une Histoire de New York), il fait la rencontre
de Washington Irving à qui il allait inspirer de nombreux récits fantastiques
publiés en 1819 sous le nom d'Esquisses.
En 1815, il est à bord du vaisseau
qui amène les Poë en Écosse où il fait une immense impression sur le jeune
Edgar Allan alors âgé de six ans (il en a alors quarante-neuf et estime que sa
vie ne fait que commencer).
En 1821, il s'installe plus ou moins
en permanence dans la ville de Irvine, puis, peu de temps après, à Liverpool et
finalement à Londres où il se consacre au commerce des épices et de l'huile de
phoque jusqu'à la fin de 1827 tout en se rendant régulièrement sur le continent
où il entretien des liens étroits avec ses «cousins» (comme ils les
appellent), les onze frères Marshall, fils de Robert Marshall de Toulon (voir à
Chronologie, à partir de
1814). - Il a alors 61 ans et décide qu'il a assez voyagé.
De 1829 à 1848, il consacre sa vie à
une petite librairie qu'il a ouverte, rue Duke of York, là où se trouve
aujourd'hui un des nombreux établissements Wheeler's à Londres - au sud de
Jerymin Street - et qui se spécialise dans les cartes marines, les recettes de
cuisine et les récits de voyage. Finalement, nostalgique, il décide de rentrer
au pays en 1850 où il mourra neuf ans plus tard dans la maison de son
petit-neveu, Maurice-Théophile Marshall, père de Tony, celui qui allait devenir
le Grand Marshall et sur lequel il aura eu une influence plus que certaine.
On lui connaît sept fils, tous
prénommés Paul, sauf les trois derniers, Alexandre (voir à
Alexandre le
Grand), et une fille, Rachel, connue au début du dix-neuvième siècle
sous le nom de «La Bamiran», grande interprète de Rossini et qui fut l'ami de
Châteaubriand-le-Boucher (celui à la pièce de boeuf, non l'autre.)
On lui doit également un
Pamphlet contre l'utilisation de la musique hawaïenne ailleurs qu'en Océanie
et que les amateurs pourront consulter en la
Bibliothèque de l'UdeNap.