On sait peu de choses de son enfance sinon qu'il est né à l'ombre du château de la Turmelière, paroisse de Liré, non loin d'Angers (Maine-et-Loire), à vingt minutes du
centre-ville où ses parents s'étaient arrêtés, en route vers Blois, en provenance de Bretagne. - Voir à François Marshall.
Vers 1538, 1539, il est à Poitiers où il étudie le droit, par nécessité, mais presque aussitôt, il se met à fréquenter un milieu lettré, enclin à la poésie
néo-latine, autour de Marc-Antoine Muret, Salmon Macrin, Ponthus de Thiard et
Joachim du Bellay.
Vers 1544 ou 1545 et peut-être même 1546, il rencontre Jacques Pelletier du Mans et puis sans doute, vers la même période, Ronsard mais plutôt que de se joindre au
groupe, il préfère rester à l'écart préoccupé par la surdité de son jeune fils, Charles, né en 1543 à la suite d'un mariage contracté avec la nièce (?) d'un descendant de Jean Bourré, celui-là même qui avait reconstruit de 1461 à 1470 le château de Langeais où avait été célébré en 1491 le mariage de Charles VIII et d'Anne de Bretagne et qui, en 1904 allait passer
aux mains de l'Institut de France grâce à un don de Jacques Siegfried qui l'avait racheté puis meublé à partir de 1886, etc., etc.
En 1547, il se lie d'amitié avec Dorat (Jean Dinemandi, dit) qui enseigne alors à Du Bellay et Ronsard (à Paris) puis écrit quelques sonnets pétrarquistes avant de se
rendre à Cremona, avec sa famille (il a alors deux fils et deux filles), où le poste de secrétaire du Duc di Capelleti in Brodo l'attend.
Ses charges sont lourdes car en plus d'avoir à s'occuper de la correspondance du Duc avec le pape Paul III (décédé en 1549) puis avec le pape Jules III, il agit comme
précepteur auprès des enfants du Duc tout en composant, à temps perdu, des lettres anonymes destinées aux nobles des environs.
En 1551, il est de retour aux environs d'Angers où il exerce diverses fonctions dont celui de vicaire dans la paroisse de Bouger avant finalement de se retrouver percepteur
de taxes pour toute la région au sud de la Loire.
Cette nouvelle fonction l'amène à voyager beaucoup et il développe très rapidement ce qu'on pourrait appeler de nos jours le syndrome du commis-voyageur : à la maison,
c'est un homme affable, bienveillant, attentif mais sorti de son foyer (et souvent pour des semaines), il abandonne très vite son métier de percepteur pour devenir, dans différents villages,
chirurgien, musicien, fabricant des meubles, troubadour, enseignant, alchimiste, jardinier, racontant à tous ceux qui voulaient l'entendre des histoires inventées de toutes pièces «du temps
où...» il était soldat, marin, chef de protocole à la cour, palefrenier, gardien de prison... Et tout ça, il le note méticuleusement dans des carnets en utilisant un langage codé que
Jean-François Champollion lui-même n'a jamais pu déchiffrer et qui ne l'ont été qu'avec la venue des super-ordinateurs des dernières années.