Il en est, de la généalogie de
certaines familles, comme il en est des feuilles des arbres : s'il fallait
en énumérer tous les membres, c'est à une forêt qu'il faudrait se référer.
Dans son admirable «Papiers
de famille» (Éditions France-Empire, 1977), le Duc de Castries
(de l'Académie Française) fait remarquer, en ne soulignant ni les excès, ni
les abus de la Révolution Française, que cette même Révolution n'a laissé
que 600 dossiers sur la maison des Castries et ses possessions diverses,
qu'une parcelle, précise-t-il, d'un chartrier détruit lors du
pillage de l'hôtel de Castries, 72 rue de Varenne, en novembre 1790, et
celui du château de Castries en 1792.
Qu'eût rapporté ce de Castries,
s'il eut eu à parler de la famille des Marshall !
Des chartriers, n'en parlons plus
; des papiers, des souvenirs, des textes de loi, des décrets royaux,
des saisies avant et après jugement, de tout cela, rien n'est resté après la
Révolution, encore moins après Bonaparte et, encore moins encore ailleurs
car, en Angleterre, entre autres, c'est avec une évidente malveillance que
les partisans de Cromwell semblent avoir voulu détruire tout ce qui
concernait les Marshall de l'époque. - Divers incendies, l'Inquisition, des
fuites précipitées et la Révolution Russe ont fait le reste.
Mais alors ?
Ce n'était pas compter sur la
débrouillardise des Marshall car, plus de cent ans avant la Révolution,
sentant sans doute que les choses allaient se gâter, c'est avec des malles
et des malles pleines de documents sur les familles Marshall que Sosthène
Marshall (1653-1689), le dix-huitième descendant directede Philippe
Auguste Marshall de Brie, petit fils d'Éléazar Marshall, arriva au
Canada, à la fin de 1670.
Ce cher Sosthène ! Un don de Dieu
pour les généalogistes et en l'honneur de qui, j'ai, Sosthène du Cresson, eu
l'honneur d'être nommé.
Assisté au fil des ans par
Josaphat Lavallée et ce, jusqu'à sa mort prématurée, j'ai donc pu, à partir
de ces documents, reconstituer une bonne partie de l'histoire de cette
illustre famille et si, aujourd'hui, son nom rayonne dans le monde entier,
je me plais souvent à dire que j'y ai quelque peu contribué.
Quand commence une famille ?
demande le Duc de Castries dès le chapitre premier de ses Papiers
(opus cité).
That, comme disait W.S.,
is the question.
On ne saurait remonter à Adam. -
Même le regretté Saint-Matthieu, dans son évangile, n'a pas voulu remonter,
pour Notre Seigneur, au-delà d'Abraham - encore qu'on ne soit pas trop sûr,
de nos jours, en ce qui concerne ce Zadok de la 23e génération (Saint-Matthieu,
1). - Sans doute se fiait-il à Moïse qui lui faisait remonter Noé jusqu'au
père de tous les pères (Genèse, 5) mais à partir de Noé, il semblerait que
les choses n'aient pas été aussi claires. Cela peut être attribuable au fait
que si bons constructeurs de bateaux et navigateurs qu'ils furent, il n'est
pas certain que Noé ou ses fils aient été de bons chroniqueurs ou, à tout le
moins, enclins à conserver des souvenirs après leur fol aventure.
Et, entre Noé et les croisades,
où sont les registres sûrs ?
Et nomades, grands voyageurs,
grands découvreurs, comment retracer les Marshall de toutes
les époques ?
Chose certaine : ils apparaissent
en France vers le XIXe siècle.
Sont-ils nobles ?
Question sans importance car on
ne saurait exiger en ce qui les concerne, comme le suggérait le généalogiste
D'Hozier (1592-1660) à propos des principales familles de France, que preuve
soit faite de six générations de «noblesse antérieure» :
Les Marshall sont nobles de coeur
mais plus enclins à aider l'humanité qu'à se targuer d'appartenir à une
famille dont les privilèges dépendent d'une masse paysanne ou citadine mais
toujours laborieuse et prolétaire.
Aussi n'avons-nous point remonter
plus loin qu'Éléazar dit Éléazar le Croisé.