"Le monde commençait avec Éléazar. Avant tout était obscur..."
Jean d'Ormesson - Au plaisir de Dieu - Gallimard 1974
Pour des chroniqueurs comme nous sommes, des chroniqueurs qui se sont donnés comme mot d'ordre de ne rapporter que des faits authentiques, il est difficile de tracer un
portait véridique de ce vénérable ancêtre de la grande famille des Marshall. - Selon l'historien belge d'origine flamande, Vandermint,
il aurait été une véritable fripouille qui se serait joint aux Croisades que pour assouvir ses passions sanguinaires. - Thibault
le mentionne à peine dans ses Chroniques. - Quant à Bernon, son admiration sans borne pour ce personnage haut en
couleurs rend suspectes les informations qu'il nous a communiquées à son propos. - Ne reste que Baudry de Bourgueil pour
nous donner des informations crédibles.
Ce Baudry rapporte qu'il serait né aux environs de 1073 à Arras (plus précisément à Montenescourt) mais qu'il en a retrouvé la trace, dès 1085, à Rouen selon
certaines sources et à Angoulème la même année, selon d'autres.
(On trouvera en annexe une photo de sa maison natale.)
Il est, toujours, selon Baudry, à Clermont, lors du Concile de 1095, assistant vraisemblablement aux sermons que prêchent alors Urbain
II et où il s'enrôle immédiatement dans le corps expéditionnaire de l'endroit, corps qui allait devenir un des piliers de l'armée de la première croisade que
d'aucuns appellent la deuxième, celle (désastreuse) de Pierre l'Ermite et de Gautier Sans Avoir, l'ayant précédée.
Appelons, pour les fins de notre discours, cette deuxième, la première, et cette première, l'avant-première (un peu comme on le fait au théâtre) et, comme cela est
devenu coutume de le faire depuis quelques neuf cents ans, appelons la première, la "Croisade des Seigneurs".
Cette croisade conduisit Éléazar à Antioche, Édesse puis à Jérusalem (1099) où il toucha,
selon la légende, à la lance qui aurait transpercer le flanc de Notre Seigneur, lors de sa crucifixion en l'an 30 ou 33. - Voir à Noël
et à Pâques pour la question des dates pertinentes.
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Ci-contre : Éléazar devant Jérusalem portant la sainte lance. |
On sait qu'elle (non la lance mais la croisade) aboutit à la création des États latins d'Orient, c'est-à-dire à la principauté d'Antioche, aux comtés d'Édesse et de
Tripoli et au royaume de Jérusalem (voir à Baudoin II) et l'on sait
également que ce royaume fut confié à Godefroi de Bouillon à qui on donna pour cette occasion le titre d'«avoué
du Saint-Sépulcre».
Godefroi mourut l'année suivante mais non sans avoir nommé, parmi ses ouailles, le très haut et très grand assistant-seigneur de Jérusalem, Éléazar d'Arras, maréchal
du Saint-Lieu pour services rendus et foi exemplaire.
Et c'est ainsi que naquit la famille des Maréchal-du-Saint-Lieu en la personne de cet Éléazar qui revint en France vers 1113, six ans avant la création de l'Ordre
des Templiers, sous le règne de Louis VI, le Gros, paré de gloire et apparemment très
riche, et qui s'installa avec son épouse, Bertrade de Contfort (née vers 1092, morte en 1177) aux environs de Tours.
Son premier fils, Philippe, né vers 1114, marié à Fleury des Anges en 1134, participa à la deuxième croisade et mourut sans enfant devant Damas en 1149.
De ses quatre filles, Élisabeth, Fleury, Isabelle et Cécile, deux moururent en bas-âge et deux se marièrent assez tôt mais on ne sait rien de leur descendance.
Son second fils, Tancrède - Tancrède Maréchal-du-Saint-Lieu -, damoiseau puis chevalier de Nîmes et vicomte de Nîmes-Village, né aux environs de l'an 1115, est
celui qui donna son nom à une famille nombreuse et même très nombreuse.
Notes :
Wlaminck Vandermint, historien et violoniste, né à Oudernaarde en 1823, mort à Bruxelles en 1871. - Se basant sur des romans, fabliaux, contes et
chansons de geste écrits à diverses époques, il a rédigé une "Histoire authentique de la France au Moyen-Âge" dont certains passages sont aujourd'hui contestés ; tous ceux,
par exemples, où il est question d'hommes volants, de monstres à plusieurs têtes et de pièces de monnaie en aluminium.
Urbain II - Odon ou Eudes de Lagery, né à Châtillon-sur-Marne vers 1042, mort à Rome 1099 - pape de 1088 à 1099. - Il lança la première
croisade au concile de Clermont (1095). - Cliquez ici pour lire son sermon (et
voir, du même coup, une image de l'événement).
Le but des croisades était de porter secours aux chrétiens d'Orient, de reprendre le Saint-Sépulcre aux musulmans, puis de défendre les États latins du Levant fondés
par les croisés en Syrie et en Palestine
Baudry de Bourgueil - Moine originaire de Meug-sur-Loire (près d’Orléans) qui fut abbé au monastère de Bourgeil en Touraine (d’où son nom)
et qui écrivit une histoire de la première croisade dans le premier tiers du XIIe siècle.
Thibault de Flandres - Aventurier né aux environs d’Azincourt vers 1055, décédé à Tripoli en 1110. - Il a écrit diverses chroniques sous le
nom de "Lettres d’un vassal à son suzerain" décrivant l’organisation sociale de la première croisade.
Bernon - Religieux bénédictin du Xe siècle, Bernon occupa, à partir de 1014 le poste d’abbé de Reichenau, près du lac de Constance.
Déplorant un certain relâchement dans la discipline monastique, il prôna la stricte application des règles et publia des ouvrages sur la liturgie, l’histoire monastique et quelques souvenirs.
Il attribue à notre Éléazar des ancêtres plutôt mythiques dont Pharamond, Chlodion et Mérovée qui auraient vécu vers le Ve siècle (et qui auraient été des descendants de Marshaluk l’Ancien
et de Marshallus le Conquérant).
Godefroi de Bouillon - Baisy vers 1061 - Jérusalem 1100 - Duc de Basse-Lorraine. Un des chefs de la première croisade, il fonda le royaume de
Jérusalem (1099) et le gouverna avec le titre d'«avoué du Saint-Sépulcre», nom qui fut donné par la suite à la paroisse de Napierville. - Voir à Baudoin
II.
Édesse - Ville et cité caravanière de Mésopotamie, qui fut du IIe s. au Xe s. un important centre intellectuel de langue syriaque. (aujourd'hui
Urfa.) - Elle fut la capitale d'un État latin du Levant, le comté d'Édesse (1098 - 1144), fondé par Baudouin Ier de Boulogne.
Louis VI le Gros - Vers 1080 - Paris 1137 - Roi de France (1108 - 1137), de la dynastie capétienne. -Fils de Philippe Ier et de Berthe de Hollande.
Aidé par Suger (voir-ci-dessous), il rétablit l'ordre dans le domaine royal, combattit Henri Ier, roi d'Angleterre et
duc de Normandie, et repoussa l'empereur germanique Henri V, qui menaçait d'envahir la France.
Suger Saint-Denis ou Argenteuil vers 1081 - Saint-Denis 1151 Abbé et homme d'État français. - Habile diplomate, il fut à la
fois abbé de Saint-Denis (1122) et conseiller des rois Louis VI et Louis VII, ce dernier lui confiant même la régence du royaume (1147 - 1149) pendant la deuxième croisade. Il rénova son
abbaye. Il a écrit des Lettres et une Histoire de Louis le Gros. On lui attribue en outre une Histoire de Louis VII.