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Book Reviews - Note de lecture

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Anthologies...

C'est dans la préface à son anthologie poétique qu'André Gide, si je me souviens bien, se rappelle que, lors d'un diner dans un des collèges de Cambridge, en Angleterre, un éminent écrivain lui avait demandé : "Dites-moi, Monsieur Gide, pourquoi il y a si peu de poésie lyrique en français ?" (Je cite de mémoire, vous me pardonnerez...) (1)

Cette question, je me la pose depuis au moins trente ans et, à quelques exceptions-près, je ne lui ai jamais trouvé de réponse sinon qu'il existe, effectivement, très peu de poètes lyriques... français. Pour tout vous dire, j'ai souvent trouvé que la poésie française était d'abord et avant tout didactique, narrative, discourielle, même si elle a eu et a toujours des versificateurs de génie par rapport aux rimeurs anglais, et, pour le peu que j'en ai lus, allemands ou italiens.

Ayant été, très jeune, éduqué en majeure partie en anglais et en conséquence vulnérable, je n'ai connu Villon, Lamartine, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine que des années après Shakespeare, Keats, Yates ou même Lewis Carroll. C'est peut-être ce qui explique mes préjugés.

(En passant, pour ceux qui tiennent à ce que leurs enfants soient bilingues, assurez-vous qu'ils connaissent les éléments essentiels de leur culture de base car, se faire demander à douze ou treize ans - ce qui m'est arrivé - d'écrire un bref essai sur "Perrette et son pot au lait" que je connaissais pas du tout, c'est un peu démoralisant surtout que mes camarades ignoraient, de leurs côtés, tout d"Alice's Adventures in Wonderland" que je citais tout le temps.)

Aussi, quand on me demande quelles sont les anthologies que je suggérerais à quelqu'un qui voudrait s'initier à la littérature poétique, je suis toujours embêté, car je ne sais pas quoi répondre. Je peux vous donner trois titres qui font partie de ma bibiothèque :

   En français :

L'anthologie d'André Gide citée ci-dessus... ne serait-ce que pour y avoir inclus pas moins de six poèmes de la si peu connue, même à son époque, Marceline Desbordes-Valmore.

Le livre d'or de la poésie de Pierre Seghers... un incontournable.

   En Anglais :

The Best Poems of the English Language [selected and commented by] Harold Bloom... qui, curieusement, dit, de ma poétesse favorite, Edna St-Vincent-Millay, que sa poésie est plus narrative que lyrique !

Back to square one, comme dirait Copernique.

Le plus grand poète de tous les temps ? Ils sont deux : Shakespeare et Victor Hugo. Trois, si vous ajoutez Verlaine. Quatre et même cinq car on ne saurait passer sous silence Baudelaire et Shelly. - Quoique je suis fort partial en ce qui concerne Lamartine et j'ajouterais que les envolées de Racine sont inégalables.

Quoi ? Pas Rimbaud ? Hélas non. - Je pense, comme Étiemble ("Le mythe de Rimbaud"), qu'il "était quelqu'un d'extrémement doué, mais doué dans le sens du... pastiche. Il savait ce qui était bon et ce qui était mauvais en littérature et répercutait des sons qu'il entendait autour de lui en les transmettait sous une forme nouvelle. [...] Son oeuvre est une parade foraine..." - Oui, je sais, ce n'est pas gentil, mais je me suis laissé prendre, moi aussi... à vingt ans avant de passer tout de go à... Victor Hugo.

Paul Dubé

(1) Paul fait référence, ici, à l'"Anthologie de la poésie française" d'André Gige, publié chez Gallimard ("LaPléiade") en 1949. Le texte exact (abrégé) de sa citation est le suivant :

"En 1917, me trouvant à Cambridge, je fus aimablement convié à un de ces lunchs cérémonieux que donnent, régulièrement je crois, les membres de l'Université. [...] J'avais comme voisin de table A. E. Housman [...] lorsque se tournant vers moi brusquement, me dit enfin, dans un français impeccabe et presque sans aucun accent:
     - Comment expliquez-vous, Monsieur Gide, qu'i n'y ait pas de poésie française ?
"Et comme, interloqué, j'hésitais à le comprendre, il précisa :
     - L'Angleterre a sa poésie, l'Allemagne a sa poésie, l'Italie a sa poésie. La france n'a pas de poésie...
"Il vit assurément que je doutais si je devais prendre ces derniers mots pour une boutade impertinente, et continua de sorte que je ne pusse croire, de sa part, à de l'ignorance :
     - Oh, je sais bien que vous avez eu Villon, Baudelaire...
"J'entrevis ausssitôt ce à quoi il tendait, et pour m'en assurer :
     - Vous pourriez ajouter Verlaine, dis-je.
     - Assurément, reprit-il ; quelques autres encore ; je les connais. Mais, entre Villon et Baudelaire, quelle longue et constante méprise a fait considérer comme poèmes des discours rimés où l'on trouve de l'esprit, de l'éloquence, de la virulence, du pathos, mais jamais de la poésie..."

(Note de l'éditeur)

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