Quelle mauvaise comédienne, quelle mauvaise
déclameuse, quelle mauvaise interprète !
Les vieux, ceux qui ont aujourd'hui plus de soixante-quinze berges (et même
cent et cent vingt cinq), pourront toujours nous dire qu'elle avait une
voix, une présence en scène, une de ces présences qu'on n'oublie pas,
ils auront oublié.
Ces bouts de rôle qu'elle a joués au cinéma ne font que prouver qu'elle ne
savait qu'une chose : se lancer contre des meubles et encore : avec une
seule jambe, fallait qu'elle se restreigne. - Quant à la voix, même avec le
plus imaginatif des reculs, on a peine à s'imaginer qu'une scandeuse de
vers, comme elle, ait pu séduire quelqu'un, quelque chose au point où ait
voulu l'enregistrer...
Sans doute était-elle meilleure au lit mais là encore, les témoignages
varient. - C'est qu'en plus, en 1900, elle était déjà vieille...
À ces êtres barbus qu'on entrevoit aujourd'hui lors de ces rétrospectives de
bandes d'actualités chez Gaumont, bandes tournées par de malheureux
héritiers des frères Lumière, elle a dû plaire mais il ne faut pas oublier
que ces mêmes barbus applaudissaient le
pétomane.
Mais comment, aujourd'hui, combattre l'engouement qu'on puisse avoir à
l'heure actuelle pour une Rita Hayworth ou une Betty Grable ? (Je suis
charitable : je ne mentionne pas dans la même foulée Martine Carol).
Dans cinquante ans, lorsque l'autre, la Sarah, ne sera plus qu'une série de
clichés des Nadar, lorsque cette Rita Hayworth ne sera plus qu'une vilaine
ex-star qui aura fini par jouer au foot avec ses nichons, peut-être nous
pardonnerons-nous d'avoir, nous aussi, été de notre temps.
Ce qui m'inquiète (mais pas trop tout de même car je sais que la race
humaine est d'une grande connerie), c'est de qui, de quoi, serons-nous les
admirateurs en l'an deux mil ?