Ville de la Vallée du Richelieu au sud de
Mont-Saint-Hilaire (Province de Québec).
C'est dans cette ville, en 1959 et grâce aux
indications fournies par Alidor
Donato alors employé des Postes, que fut
arrêté le faussaire hollandais Pieter van Hassendelft de Koënig (né à
Bergen Op Zoom en 1909) et qui était à l'époque à la tête d'un immense réseau
de désoblitérateurs de timbres dont les activités
s'étendaient, dans la Province de Québec, de la frontière américaine au
Saguenay et de la frontière ontarienne à Lapocatière ( particulièrement
dans la région d'Entrelacs au nord de Montréal.)
Fils d'un modeste employé du Gouvernement,
Pieter van Hassendelft de Koënig fit, grâce à diverses
bourses, de brillantes études en art plastique avant de se lancer dans la
gravure aux débuts des années trente. Devant la montée du nazisme en Allemagne,
il préféra émigrer vers les États-Unis (en 1934) où, à New York puis
Chicago, il devint vite une personnalité connue pour son train de vie princier
sans qu'on sache exactement d'où pouvait provenir sa fortune. Ayant séduit la
fille d'un politicien très en vue, il dut quitter Chicago précipitamment
laissant derrière lui, en 1938, un atelier de fabrication de faux billets de
banque dont on a dit, à l'époque, qu'ils étaient presque parfaitement
ressemblants aux vrais. (On en découvrait encore après la Guerre dans les états
d'Illinois, de Michigan et d'Ohio).
Passé au Canada où, on le sut plus tard, il s'enrôla
dans l'armée de terre, on perdit sa trace en 1944 lorsqu'il fut considéré comme
déserteur après avoir été successivement caporal, colonel puis commandant de
division ayant imité les signatures de ses supérieurs, falsifiant des registres
et s'étant inventé au fur et à mesure des qualités militaires exceptionnelles.
Sous différents déguisements et pseudonymes, il fut, à
partir de la fin des années quarante tour à tour chef de gare, psychiatre,
directeur de musées, journaliste, spécialiste en produits pharmaceutiques,
revendeur d'automobiles jusqu'aux environs de 1952 où il mit sur pied cette
immense organisation (qui fut sa perte) de désoblitération de timbres qui
consistait à récupérer, soi-disant pour lever des fonds destinés à acheter des
chiens aux aveugles, de vieilles enveloppes desquelles il récupérait les
timbres pour en faire le marché noir.
Son entreprise, qu'il dirigeait d'un modeste garage à
Otterburn Park, prit, à partir de 1956, un tel essor que c'est à des centaines
de milliers de dollars de perte sèche que le Ministère des Postes eut à faire
face dans la seule année de 1958 (le montant exact n'a jamais été dévoilé).
De nombreuses enquêtes furent instituées, dont la
célèbre enquête Jo-Bidon menée conjointement par la R.C.M.P. (*) et la P.P.
(**), mais si on a pu arrêter quelques personnes ayant reçu des lettres
et colis affranchis avec des timbres désoblitérés, aucune charge n'a pu être
retenue contre elles.
Faisant abstraction de la ou des techniques
utilisée(s) par Pieter van Hassendelft de Koënig
(et son équipe) pour rendre à des timbres déjà utilisés leur aspect virginal,
on est forcé d'admettre aujourd'hui que l'organisation à la base de son empire
était géniale :
Lui ou les membres de son organisation ne vendaient
jamais directement leur produit et c'est en cela - comme le faisait remarquer
récemment le Caporal «Ferny» Lalonde de la Police de la C.U.M. (***) qui fut, à
l'époque, membre de l'enquête précitée - : ils le faisaient vendre et
pas par n'importe qui : par de véritables employés des Postes.
Le système fonctionnait comme ceci :
Van Hassendelft de Koënig
ou l'un de ses complices se présentaient dans les bureaux de postes ou dans les
comptoirs postaux et se faisaient passer pour des inspecteurs du Ministère. -
Profitant de l'inattention des préposés aux timbres ils substituaient leurs
timbres désoblitérés aux timbres officiels et c'étaient ces timbres qu'ils
revendaient par la suite au moyen d'un deuxième réseau constitué de garagistes,
pharmaciens, épiciers et petits commerçants dans des bourgades moins desservis
par la Poste que les grands centres. - On raconte à ce sujet l'histoire d'un
notaire de *** qui, pendant des années, ayant acheté de son clerc les timbres
dont il avait de besoin aurait, sans s'en rendre compte, fait perdre près de 1
000 $ (en argent de cette époque-là) au Ministère des Postes.
Les choses en seraient restées là si l'ambition de Van
Hassendelft de Koënig ne l'aurait pas perdu.
Parallèlement à ce commerce illicite - et sans doute
pour se détendre - il eut un jour l'idée de fabriquer de fausses cartes
routières.
S'étant arrêté à son garage, un jour, vers la fin de
1959, Alidor Donato eut besoin d'une telle carte et le soir, cherchant une
route pour se rendre plus rapidement de Napierville à Saint-Bernard-de-Lacolle,
il s'aperçut que la route qu'il prenait habituellement n'y figurait point.
Ayant vu plus tôt dans la matinée Van
Hassendelft de Koënig vendre deux timbres de quatre cents à une Ottoburnoise il fit deux-et-deux et en avisa immédiatement son supérieur
hiérarchique. - Le reste est du domaine public : l'arrestation du chef de la
bande eut lieu le surlendemain et son réseau démantelé.
Van Hassendelft de Koënig
fut condamné à six ans de prison, n'en fit que quatre et s'évada lors de son
transfert aux autorités américaines à la veille de l'assassinat de Kennedy.
Les rumeurs voudraient qu'il auraiot été un temps chef de
cabinet dans le gouvernement Bush mais il aurait eu alors quatre-vingts ans passées ce qui rend cette rumeur quelque peu suspecte.
- Recherches et texte : Roger V. Landry