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(Page dédiée aux amateurs de poèmes «qui renseignent et édifient»)
De Francis Desroches :
(Poème tiré de «Cendres chaudes» - Garneau, 1963)
Partie
Elle est partie en souriant,
Ma cousine,
Partie au couvent ! ...
Répondant à la voix divine
Il s'est immolé bravemeent,
Le coeur chaste de ma cousine...
Je ne verrai plus dans le soir
Onduler ses tresses dorées
Quand, mignonne, elle allait s'asseoir,
Avec ses soeurs de blanc parées,
Dans le parc où, près d'un tronc noir,
Ondulaient ses tresses dorées...
Plus ne verrai sur le piano
Parfois courir sa main agile
Rythmant une valse, un scherzo...
Plus n'entendrai sa voix gracile
Fredonner l'air d'un chant nouveau
Qu'accompagnait un doigt agile...
Rien d'elle ne saurai, sinon
Qu'on a coupé, ses blondes tresses,
Qu'on a changé son joli nom...
Mais dans mes païennes tendresses,
- À Dieu j'en demande pardon ! -
Je regrette les blondes tresses
- Blondes comme un soleil levant -
De ma cousine
Partie au couvent ! ...
. . .
De Maurice Vaucaire :
(Ce poème a été mis en musique par Paul
Delmet)
Les petits pavés
Las de t'attendre dans la rue
J'ai lancé deux petits pavés
Sur tes carreaux que j'ai crevés
Et tu ne m'es pas apparue
Tu te moques de tout je crois
Tu te moques de tout je crois
Demain je t'en lancerai trois.
Par devant ta porte cochère
Pour faire tomber tes amis
Trois et quatre pavés j'ai mis
Oh ! J'exècre tes amis ma chère
Demain je recommencerai
Demain je recommencerai
Et tes amants je les tuerai.
Si tu ne changes pas d'allure
J'écraserai tes yeux, ton front
Entre deux pavés qui feront
A ton crâne quelques fêlures
Je t'aime, t'aime bien pourtant
Je t'aime, t'aime bien pourtant
Mais tu m'en a fais tant et tant
Les gendarmes en cavalcade
Me poursuivront après ce coup
Pour m'attacher la corde au cou
Je me bâtis ma barricade
Et sur les pavés je mettrai
Et sur les pavés je mettrai
Mon coeur durci par le regret
Oh ! tant de pavés par le monde
De grands et de petits pavés
Ont tant de chagrin encavé
En ma pauvre âme vagabonde
Je meurs je meurs de tout cela
Je meurs je meurs de tout cela
Et ma chanson s'arrête là.
. . .
De Maurice Donnay :
Le serpent et le cor de chasse
Un jour, un grand serpent, trouvant un cor de chasse,
Pénétra dans le pavillon
Et comme il n'avait pas beaucoup de place,
Dans l'instrument le reptile se tasse.
Mais, terrible punition !
Quand il voulut revoir le grand air et l'espace,
Et la vierge forêt au magique décore,
Il eut beau tenter maint effort,
Il ne pouvait sortir du cor,
Le pauvre boa constrictor ;
Et pâle, il attendit la mort.
Moralité :
Dieu ! comme le boa est triste au fond du cor !
. . .
Dédé (pseudonyme)
Acrostiche
De par le monde, il est une entreprise
Où chaque seconde, on répète une devise
Meilleure qualité égale meilleure mise en marché.
Ici on coud, là on calcule
Nul besoin de vous dire que personne ne recule
Irrévocablement devant les difficultés
Où les embûches qui peuvent s'ajouter
Néanmoins on reste gai.
Coudre, compter ou couper
Orgueilleux, vaniteux, entêtés,
Reste ceux qui n'ont que des qualités
Seul ou ensemble nous formons une société
Et grandes ou petites, minces ou potelées
Tous nous travaillons pour Dominion Corset Ltée.
(Reflets, vol. 16, no. 1, 27 mai 1969, p. 1)
. . .
Boris Vian (1920-1959)
Ah ! Si j'avais un franc cinquante (chanson sur la musique de Whispering de Schonberger)
Ah ! Si j'avais un franc cinquante
J'aurais bientôt deux francs cinquante
Ah ! Si j'avais deux francs cinquante
J'aurais bientôt trois francs cinquante
Ah ! Si j'avais trois francs cinquante
J'aurais bientôt quatre francs cinquante
Ah ! Si j'avais quatre francs cinquante
Ç m'ferait bientôt cent sous.
. . .
Leconte de Lisle (1818-1894)
L'enfance d'Héraklès [1]
(inspiré de l'Idylle XXIV de
Théocrite.)
(Poèmes antiques)
Les Dieux dormaient, rêvant l'odeur des sacrifices ;
Mais, veillant seule, Héra [2]
,
féconde en artifices,
Suscita deux dragons écaillés, deux serpents
Horribles, aux replis azurés et rampants [3]
,
Qui devaient étouffer, messagers de sa haine,
Dans son berceau guerrier l'Enfant de la Thébaine [4]
.
[1]
On écrit aussi Héraclès. - Personnification
de la Force et identifié à Rome avec Hercule, Héraclès était le fils d'Alcmène séduite par Zeus. - Pour expier le meurtre de son épouse Mégara et de ses enfants (une longue histoire), il
dut exécuter douze travaux (les travaux d'Hercule) qui lui firent imposés par le roi de Tirynthe, Eurysthée. Ainsi : 1o Héraclès étouffa le lion de Némée ; 2o il tua
l'Hydre de Lerne ; 3o il prit vivant le sanglier d'Érymanthe ; 4o il atteignit à la course la biche de Cérynie aux pieds d'airain ; 5o il tua à coups de flèches les oiseaux du
lac Stymphale ; 6o il dompta le taureau de l'île de Crète, envoyé par Poséidon contre Minos ; 7o il tua Diomède, roi de Thrace, qui nourrissait ses chevaux de chair humaine ;
8o il vainquit les Amazones ; 9o il nettoya les écuries d'Augias ; 10o il combattit et tua Géryon, auquel il enleva ses troupeaux ; 11o il cueillit les pommes d'or du jardin des
Hespérides ; 12o enfin, il enchaîna Cerbère. - Dévoré par les souffrances provoquées par la tunique empoisonnée de Nessos, un centaure qui avait tenté de
séduire sa femme (une autre longue histoire), Héraclès se jeta dans les flammes d'un bûcher .
[2] Nom grec de Junon, la déesse de la
féminité et du mariage [3] On aura compris que ce sont les serpents qui
sont rampants et non les replis [4] Alcmène, l'épouse du chef thébain
Amphitryon
(Notes d'Olaf
de Huygens-Tremblay)
. . .
L. Ratibonne
La médecine
(Poème publié pour la première fois dans le numéro de juin 1895 du Journal de l'Instruction Publique (vol. XIV, no. 2, page 53), l'organe des
instituteurs catholiques de la Province de Québec.)
Odette, un jour, était malade ;
Il fallait, pour guérir, disait le médecin,
Prendre une ou deux cueillers d'huile de ricin.
Odette ne voulait que de la limonade.
Sa mère (elle adorait sa mère cependant)
Avait beau la prier, tout était inutile :
«Voyons, ma chère enfant, ne sois pas indocile ;
Je vais te la donner moi-même, en y goûtant.
- Je ne veux pas !
- Après, on mange une pastille,
- Tu m'en donneras deux ?
- Et bien ! oui, bois !
Ouais !
Je n'en veux pas, c'est trop mauvais !
- Je t'en supplie, allons du courage, ma fille !
Bois ! et je m'en irai t'acheter de ce pas...
- Quoi donc ? - Une poupée !
- Oui, mais je la veux belle,
Avec un trousseau fait pour elle !
- Eh bien ! tu l'auras bois !
-Ouais ! je ne veux pas !
- Oh ! malheureuse, c'est vouloir que je meure,
Puisque tu ne veux pas guérir !»
Et se tordant les mains, la pauvre mère pleure.
Odette se décide et prend le ricin,
Et sur la place
L'avale d'un seul trait, sans faire une grimace.
Sa mère tendrement la presse sur son sein.
«C'st bien ! - Je t'aimerai, tu m'es deux fois plus chère ;
Tu le vois, mon amour, ce n'est pas si mauvais ?
- Oh si, c'est bien mauvais, maman, mais tu pleurais !
Une larme qu'on voit dans les yeux de sa mère,
Toute amertume est moins amère.»
Voir également à Théodore de Banville,
Montesquiou, Déroulède,
etc.
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