Université de Napierville

Joseph Pujol... le pétomane


Attention :

Nos habitués lecteurs seront peut-être quelque peu surpris de voir, intégrés dans nos pages, des détails sur une vedette du Music-Hall que le Grand Marshall lui-même n'a pas hésité en 1892 à aller visiter dans sa loge au Moulin Rouge, même si la vedette en question n'était pas un chanteur, ni un danseur, ni même un acrobate. - Deux raisons à cela : la première est que cette page servira de tremplin pour introduire un homme de science visionnaire, Konstantine Edouardovitch Tsiolkovski, et la deuxième est que, désirant ne reculer devant aucune vérité, il a été jugé bon de renseigner notre aimable clientèle sur un phénomène du spectacle qui a su inspirer au fondateur de l'UdeNap plusieurs communiqués à ce Konstantine Edouardovitch Tsiolkovski.

 

(Voir à Chronologie du Grand Marshall, année 1892.) 

 

Que les âmes délicates et les jeunes filles à l'écoute veuillent bien nous excuser si certains passages dans le texte qui suit pourraient choquer leurs oreilles peu accoutumées.


 

«Vous n'aimez pas les pétomanes, vous... Oh ! Je ne peux pas les sentir»

- Sacha Guitry - l'Illusioniste (1924)

 

Yvette Guilbert raconte :

 

C'est au Moulin Rouge que j'ai entendu les plus longs spasmes du rire, les crises les plus hystériques de l'hilarité. Zidler reçu un jour la visite d'un monsieur à visage maigre, triste et pâle, qui lui confia, qu'étant un "phénomène", il voulait vivre de sa particularité.

    - Et en quoi consiste-t-elle, votre particularité, Monsieur ?

    - Monsieur, expliqua l'autre en toute gravité, figurez-vous que j'ai l'anus aspirateur...

Zidler, froidement blagueur, fit :

    - Bon, ça !

L'autre continua, d'un ton de professeur :

    - Oui, Monsieur, mon anus est d'une telle élasticité que je l'ouvre et le ferme à volonté

    - Et alors qu'est--ce qui arrive ?

    - Il arrive, Monsieur, que par cette ponction providentielle (sic)... j'absorbe la quantité de liquide qu'on veut bien me confier...

    - Comment ? Vous buvez par le derrière ? dit Zigler effaré et aguiché. - Qu'est-ce que je puis vous offrir ?

    - Une grande cuvette d'eau, Monsieur, si vous le voulez bien...

    - Minérale, Monsieur ?

    - Non merci, naturelle, Monsieur.

Quand la cuvette fut apportée, l'homme, enlevant son pantalon, fit voir que son caleçon avait un trou à l'endroit nécessaire. S'asseyant alors sur la cuvette remplie jusqu'au bord, il la vida en un rien de temps et la remplit de même. - Zidler constata alors qu'une petite odeur de souffre se répandait dans la chambre :

    - Tiens, vous fabriquez de l'eau d'Enghien !

L'homme sourit à peine :

    - Ce n'est pas tout, Monsieur... Une fois ainsi rincé, si j'ose dire, je puis - et c'est là toute ma force, expulser à l'infini des gaz inodorants... car le principe de l'intoxication...

    - Quoi ?... Quoi ?... interrompit Zidler, parlez plus simplement... vous voulez dire que vous pétez ?...

    - Heu... si vous voulez, concéda l'autre, mais mon procédé, Monsieur, consiste en la variété sonore des bruits produits.

    - Alors quoi ? Vous chantez aussi du derrière ?

    - Heu... oui, Monsieur.

    - Eh bien, allez-y, je vous écoute !

    - Voici le ténor... un ! voici le baryton... deux ! voici la basse... trois ! la chanteuse légère... quatre ! celle à vocalises... cinq !

Zidler, affolé, lui cria :

    - Et la belle-mère ?

    - La voilà, dit le "Pétomane".

Et, sur ce, Zidler l'engagea. Sur les affiches, on lisait :

 

Tous les soirs, de 8 heures à 9 heures

 

LE PÉTOMANE

 

Le seul qui ne paie pas des droits d'auteur

 

(Yvette Gilbert : La chanson de ma vie, 1927)


Joseph Pujol, ce pétomane, naquit à Marseille en 1857. - À l'âge de 15 ans, se baignant dans la Méditerranée, il s'aperçut, un jour, qu'il était - pour utiliser son expression - un phénomène. - Il n'en fit pas un cas mais cinq ans plus tard, faisant son service militaire à Valence, il s'aperçut également que sa particularité pouvait faire déclencher le rire instantanément chez ses camarades qui, naturellement,  lui demandèrent de répéter ses prestations dans les cafés et estaminets des environs. - Cela dura un an mais à la fin, las de ne pas être comme tout le monde, il retourna à la vie civile sans trop revenir sur ces prestations.

 

Il devint boulanger puis se maria en 1883 tout en s'adonnant, dans ses temps libres, au chant car, dit-on, il avait une très belle voix.

 

Vers 1887, poussé par ses nouveaux camarades - car il faisait alors partie d'un groupe d'artistes amateurs - il développa un petit numéro au cours duquel son autre talent fut mis en évidence.

 

Le succès fut immédiat. - De la petite salle où il se produisait, boulevard Chave à Marseille, il fit quelques tournées dans les environs et, comme il devint vite en demande, il abandonna son métier de boulanger pour se consacrer dorénavant à sa vie d'artiste.

 

En 1892, il est au Moulin Rouge, comme le raconte Yvette Guilbert.

 

De partout on accourt.

 

En 1894, il décide de voler de ses propres ailes et, abandonnant le Moulin Rouge (ce qui lui valut un procès), il ouvrit son propre théâtre, le Pompadour. - Deux ans plus tard, il intenta à son tour un procès contre une fausse femme-pétomane qui se produit, comme il le dit lui-même, dans cet établissement dont les ailes servaient de ventilateurs à SON numéro mais cela est une autre histoire.

 

À partir de 1895, il dut se produire partout :  en Belgique, en Espagne, en Afrique du Nord.

 

En 1900, il était au sommet de sa popularité, popularité qui dura jusqu'en 1914 où, des bruits de canon, à l'est commençaient à lui faire concurrence.

 

Il décida alors de se retirer, vivant jusqu'en 1945 où il mourut paisiblement à 88 ans entouré de ses enfants, petits-enfants et arrières-petits-enfants.

 

Bibliographie :

 

Jean Nohain - François Caradec

 

Le pétomane, sa vie - son oeuvre

 

À Paris, chez Jean-Jacques Pauvert - 1967

 


 

Voir également à : Claude Louis Delair dit Mac Norton

 Chansons de la Belle Époque


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