J'l'ai connu... oh, y'a pas mal longtemps
Assez longtemps pour pouvoir en parler
J'me traînais encore le fessier su'l'plancher
Quand déjà y' faisait danser les gens
J'le voyais comme un roi d'mon entourage
J'savais pas trop où était sa maison
J'me disais... sa demeure c'est son violon
Y'a rien qu'avec lui qu'il fait bon ménage
Y'était beau et jouait comme un prince
Sa musique ç'a été l'bon vent d'ma jeunesse
Mon air de campagne, ma joie, ma richesse
Y'était grand et sa main était mince
Dans ses dix doigts c'était plein d'magie
Dans ses quat'cordes, y'avait tous les secrets
Le monde giguait au coeur de son archet
À l'écouter j'aurais passer ma vie
Une sorte de diable, un semeur de santé
Les villageois, certains soirs d'ennuyance
Venaient chez lui pour quêter qu'ques bonnes danses
Histoire de perdre et la tête et les pieds
Un vrai sorcier descendu des montagnes
Qu'aurait appris ses reels dans l'fond des bois
L'oreille collée contre le chant d'un pic-bois
Ou contre un cri d'bête que l'vent accompagne
Y'a marqué en claquant du talon
Tous les planchers d'un pays que j'aime ben
Les enfants ont tourné avec entrain
Les vieux se sont souv'nu des rigodons
Vingt-cinq belles filles, yeux clairs, jupons troussés
Vint-cinq garçons ferrés comme des poulains
Deux cent personnes swingant jusqu'au matin
Et vive les amoureux et vive la mariée !
Et ç'a duré comme ça de longues années
Le reel du diable et Le reel du pendu
La chicagnarde, La vireuse par-dessus
Une musique qui pouvait plus s'arrêter...
Si la source donne l'eau, eh ben lui, y'donnait c'te chose
C'te simple chose qu'on pourrait appeler rêve
Et qui faisait du bien en d'dans comm'une sève
Comme une boisson qui calme et qui r'pose