Ayant à écrire un article sur les tableaux qui ornent
les intérieurs de nos églises de campagne, je me trouvais bien embêté car de
la peinture sacrée je n'avais que des connaissances minimales.
J'appréciais cet art mais j'avais quelques
difficultés à comprendre toutes les nuances de la représentation naïve de
scènes religieuses.
Encore aujourd'hui, je n'ai pas honte à le dire : la
naïveté n'est pas mon fort.
Je m'adressai au Professeur Marshall, au Bar *** sur
la rue Saint-Denis, en face du Théâtre qui porte le même nom, un midi, il n'y
a pas très longtemps.
- Dites-moi, Professeur, vous vous intéressez à la
peinture religieuse ?
- Énormément.
- Depuis longtemps ?
- Depuis que mon père, Alphétus, s'était mis dans la
tête de me faire visiter des églises en sa compagnie.
- Je ne savais pas.
- Vous n'avez pas lu ses magistrales études sur la
forme des bancs dans les confessionnaux ?
- Non. Je n'ai pas eu ce plaisir.
- Je vous en prêterai des copies. Un exemplaire aussi
du «Comment élever des homards dans les bénitiers d'églises abandonnées.»
C'est génial.
- Je vous en remercie d'avance mais la raison pour
laquelle j'aborde cet épineux problème, c'est que je dois écrire un papier sur
le sujet.
- Sur les bénitiers ?
- Pas tout à fait. Je dois surtout me pencher sur les
peintures qui se trouvent à l'intérieur de nos églises de campagne.
- Voilà qui est intéressant.
- Peut-être mais j'ai pas mal de difficultés à me
figurer ce que ces anciens artistes ont voulu exprimer avec leurs anges, leurs
saints personnages, leur ciel et leur enfer.
- Je vous comprends. Surtout qu'ils ont pris
d'énormes libertés.
- Comme quoi ?
- Les portes du paradis, par exemple. C'est évident
que le paradis n'a pas de porte.
- Vous croyez ?
- Si je le crois ! Herméningilde, laissez-moi vous
expliquer la vérité à propos de ces portes.
- Je vous en prie.
- Tout d'abord, il faut comprendre que contrairement
à la croyance populaire, l'entrée du Paradis n'est pas en forme d'arche comme
cela est peint dans d'innombrables églises.
- Ah non ?
- Je tiens cela de récentes fouilles organisées par
la Vatfair Archeological Foundation qui ont mis à jour de très anciennes
références à une cage d'ascenseur au pied duquel Saint-Pierre se tiendrait
depuis dix-neuf siècles et demi.
- Une cage d'ascenseur !
- Oui, Herméningilde, une vraie cage. Non pas que les
artistes anciens n'aient point connu la chose mais il eut été difficile, pour
eux, d'expliquer le concept de l'ascenseur aux chrétiens des siècles
précédents.
- Vous m'en apprenez une bonne !
- Mais pensez-y comme il le faut : il n'y a aucune
raison de penser que le Paradis ne soit pas équipé des commodités les plus
modernes, y compris l'air climatisé et la télévision en couleurs. Alors
pourquoi pas des ascenseurs ?