Des dialoguistes, le cinéma
français, nous a habitué aux plus grands dont les seuls noms sont, encore
aujourd'hui, synonymes de cet esprit si cher à Guitry. - On n'a qu'à
songer à Jeanson, Prévert, Audiard
et, plus récemment, Brisville et même
Lauzier.
Dans ce film, qui est passé
presque inaperçu au Festival des Films du Monde de
Saint-Laurent-de-la-Plage (Var), Michel Granier, connu jusque là
pour ses percutants documentaires sur les baleines et les otaries, nous a
livré une comédie où ses talents de scénariste et de dialoguiste ont
littéralement fait crever l'abcès de ces minables grands succès
des dernières années où des comédiens, la plupart usés, n'ont fait que
répéter leurs petits numéros à partir de réparties plus ou moins osées autour
d'un repas de famille ou dans une de ces situations où le plus bête finit par
être le vainqueur. Nous n'en nommerons aucun de peur de choquer les milliers
de spectateurs qui ont été ravis d'assister au «Dîner de cons» de
Francis Véber, à «La vérité si je mens» de Thomas Gilou ou encore au «Visiteurs»
de Jean-Marie Poiré - et de grâce, qu'on nous épargne de citer «Les
ripoux 3» de Claude Zidi - tous des films vite vus, vite oubliés.
«Les
mémoires d'un amnésique» fait partie de cette catégorie de films dans
lesquels sont classés «Le
roman d'un tricheur» de Guitry ou, plus près de nous, «L'homme de Rio»
de de Broca : on y retrouve une intrigue sans importance mais surtout un personnage tout-ce-qu'il-y-a-de-plus-sérieux
et en même temps un élément qu'on continue d'ignorer : le plaisir qu'aura le
spectateur de savoir qu'il est plus intelligent que ce personnage.
Campé
par le considérable (on ne le dira jamais assez) comédien qu'est Luc Lesson,
le personnage de cette comédie où s'entremêlent scandales politiques, une
commissions d'enquête, un appartement luxueux fourni à un ministre, des
commandites, Johnny Lafleur crève l'écran par son côté bon papa
et sa faculté de tout oublier, jusqu'à son nom, lorsqu'il est à la barre des
témoins.
En
arrière plan, tout aussi loufoque, une meute de journalistes, comme on en aura
vues dans Fellini, qui ne cessent de dire et redire les mêmes choses dont un,
en particulier, qui, encore plus sérieux que Lafleur, peut, au cours
d'une intervention, remplacer un mot par divers synonymes qui finissent par ne
plus rien dire dans des phrases qui n'en finissent plus. - On rêverait de voir
Darry Cowl dans ce rôle tenu par un vrai journaliste de Radio-Canada.
90
minutes - en couleurs - production Canado-Espagnole