En programme double
avec le Theresienstadt
de Kurt Gerron, ce film qui a propulsé Marlene Dietrich au
rang des vedettes internationales met en vedette Emil Jannings
(dans le rôle du Professeur Unrat) et Kurt Gerron dans
un rôle de soutien où, force nous est de constater de nos jours
que ce dernier crevait beaucoup plus l'écran que les deux autres.
Quoique
encore jeune, selon les standards actuels (il n'a que 46 ans
lorsque ce film est tourné) Emil Jannings a déjà ses plus
beaux rôles derrière lui : celui du mari trompé dans
Variétés de Ewald André Dupont (1925) et celui du portier
dans Der Letzte Mann de F.W. Murnau (1924). - Il a
même reçu l'Oscar du meilleur comédien pour son rôle
d'August Schilling dans The way to All Flesh de
Victor Flemming (1927), un film don il n'existe plus de copie. -
On parle encore de lui en rapport avec diverses prestations dans
divers films déjà sur le point d'être oubliés où il interprète
Mefisto, Othello, Pierre le Grand, Louis XV, Henri VIII, Néron,
etc. - Son accent germanique, à la venue du film sonore, le force
à abandonner une carrière internationale et c'est dans ce
Blaue Angel qu'il refait surface. - C'est alors une
grande vedette mais le maniérisme du cinéma muet le rattrape. -
On aura beau faire, beau dire, Emil Jannings n'est pas
excellent dans ce film, un des derniers qu'il tournera avant de
se faire l'apôtre du système Nazi.
Marlene Dietrich, très
mal photographiée (le poster qu'on tirera d'elle dans son costume
de scène est affreux), n'y excelle pas non plus. On a peine à
croire qu'elle a, à ce moment là, dix-huit films derrière elle,
dix-huit films dont aucun ne mérite l'attention. Mais la même
année, elle tourne dans Morocco de Sternberg
et la voilà grande vedette. -
Grande vedette, oui, mais combien de temps faudra-t-il attendre
avant qu'elle ne soit la Christine Helm Vole dans Witness for
Prosecution de Billy Wilder (1957) ou la Tanya dans
Touch of Evil d'Orson Welles ? - Il y a la voix : grande
diseuse que cette Marlene Dietrich.
Et puis, finalement, il y a
cette histoire sordide, choquante, sans doute, à ce moment-là, de
ce professeur qui perd la tête pour une femme pas plus
intéressante qu'une 'autre. - On n'en a vu bien d'autres depuis
et le traitement, ici, par Sternberg n'est pas exceptionnel. -
Bien sûr, avec les moyens de l'époque, on faisait ce qu'on
pouvait mais ces portes minces comme des feuilles de papier qui
s'ouvrent et qui se referment laissant tout à coup entrer la
musique du spectacle qui se déroule en arrière-plan ou la faisant
disparaître complètement finissent par agacer.
Non pour tout ce qui précède
mais pour voir Kurt Gerron dans le rôle du magicien, pour
voir la prestation de cet immense comédien (et réalisateur) dont
la plupart des films sont aujourd'hui oubliés, il faut revoir ce Blaue Engel. - Il n'y chante
malheureusement pas mais pour cela, il y a les disques... - On
sait sa triste fin (à
Auschwitz, deux jours avant qu'on ne ferme à tout jamais les
fours crématoires et le film qu'il a été obligé de
tourner pour les nazis au camp de Theresienstadt. -
Évitons de penser à tout cela lorsqu'il apparaît à l'écran et ne
faisons que constater son immense talent.