Suite à une longue enquête menée
auprès des spectateurs qui ont assisté à sa toute première, le Bijou est
fier de présenter, pour la première fois depuis plus de quarante ans, ce chef
d'oeuvre d'Alain Resnais dans l'ordre initialement prévu par ses auteurs.
Nul n'ignore aujourd'hui la
triste histoire de ce film dont les bobines ont été accidentellement mélangées
tout de suite après sa première présentation et la triste conséquence qui s'en
est suivie : plus jamais a-t-on pu retrouver l'ordre dans lequel il devait être
projeté. Mais voici qu'après des années de recherches, le titulaire de la
Faculté de Littérature de l'Université de Napierville, le professeur Olaf de Huygens-Tremblay, a su retrouver cet
ordre et c'est à partir d'une version restaurée des bobines originelles que ce
film sera présenté dès ce soir, en grande première mondiale, dans la version
telle que conçue et définie par son réalisateur, Alain Resnais, et son
scénariste, Alain Robbe-Grillet.
L'on connaît le thème de l'Année
dernière à Marienbad, inspiré du roman («L'invention de Morel») d'Adolfo
Bioy Casares, cet écrivain argentin de génie :
Un homme et une femme se
rencontrent dans un hôtel où il y a des murs, des couloirs, des portes, et de
l'autre côté d'autres murs, d'autres couloirs et d'autres portes où des faits
sont cités de même que des dates, des conversations et où l'on décrit des
scènes qui ne peuvent pas avoir été avoir inventées mais qui sont niées mais
pas nécessairement dans le même ordre avec, en arrière-plan, un joueur de Nim
et une pièce de théâtre. (Nous abrégeons...)
Rien de plus banal mais
en même temps rien de plus profond quand on connaît les thèmes favoris de
Resnais : l'angoisse de l'oubli, l'immobilité du temps, l'abandon du réalisme
traditionnel pour un réalisme plus profond (celui de la pensée), etc. - Sauf
que, présenté comme il l'a été au cours des quatre dernières décennies, dans un
ordre plus ou moins aléatoire (*),
la signification réelle de ce film n'a jamais pu être mise en lumière
adéquatement, les spectateurs devant faire face à des déplacements temporels
pour le moins déroutants. Or, ayant assisté à une pré-projection de la version
restaurée par les bons soins du Professeur Huygens-Tremblay, voilà que tout
rentre dans l'ordre et qu'on assiste à un film classique, plus vraisemblable et
plus près de la véritable histoire d'amour qui y est racontée.
Ainsi, dans cette
nouvelle version, lorsqu'on s'aperçoit que le joueur de Nim triche, tout bascule
et les statues du parc reprennent leur place.
Bref : un film sur une
théorie unifiée de la mémoire.
Avec : Delphine Seyrig, Giorgio
Albertazzi, Sacha Pitoëff et Françoise Bertin.
(*) Malgré les
travaux du Professeur Lomey de l'Université du Sud Dakota.
94 minutes -
en DYALISCOPE®