Les billets de Madame George Gauvin

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No. 051 à 060

(Du7 août 2017 à aqujourd'hui)

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054-2017-11-06

De vraies folles

C'est M***, ma chum de tennis, qui a commencé. Nous étions, elle, nos deux adversaires et moi, assises au café, sur la mezzanine de notre club (au-dessus des quatre courts) quand j'ai demandé qui était le beau blond musclé qui jouait sur le numéro un. Elle m'a répondu : «Perds pas ton temps : il a déjà un chum.» 

Les autres ont continué : 

- «Et celui en vert, sur le numéro trois, a de petites mains.» 

- «Tu le connais, toi aussi ? Une demi-heure de taponnage suivi de deux minutes.» 

- «J'ai connu pire : deux minutes de taponnage et une heure.» 

- «Et celui avec des lunettes, au fond ?» 

- «Monsieur parle, parle, jase, jase.» 

- «J' connais : beau parleur, p'tit faiseux.» 

- «Y'a pire : sport, p'tite vite, sport, p'tite vite et nouvelles à onze heures.» 

- «Moi, mon pire, ça a été un professeur à l'U***. Savait tout mais connaissait rien. Même pas capable de planter un clou ou d'ouvrir une bouteille de vin.» 

- «Moi, j'suis déjà sorti avec un connaisseur en vins. M' a fait honte dans tous les restaurants.» 

- «Au moins, il buvait. Y'a rien de pire qu'un gars qui fume pas, boit pas, sort pas. Et végétarien.»

- «Végétarien et fréquentateur de gyms.»

- «Oh parlez-moi pas des gyms. Je suis déjà sorti avec un gars qui était abonné à deux et qui y allait  juste pour voir des filles en collant.» 

- «Du genre de ceux qui flirtent avec n'importe quoi, y compris les poignées de porte.»

- «T'as dû sortir avec mon ex !»

- «Non : ceux-là on les reconnaît assez vite. Ce sont les mêmes qui n'arrêtent pas de se regarder.»

- «T'as ben raison : un homme qu'on n'est pas capable de séduire de temps en temps, c'est bien ennuyant.»

Ça a continué comme ça un bon bon bout de temps, mais l'heure est arrivée et il a fallu retourner à nos chums.

Le mien m'a raconté quelque chose de semblable. M'a parlé d'un cahier que lui et ses chums avaient laissé dans un bar et dans lequel chacun écrivait au jour le jour ce que tout homme en couple avait entendu au moins une fois dans sa vie :

- «T'es pas pour sortir habillé comme ça.»

- «On sait ben : c'est ma mère.»

- «C'est son dernier : on s'en va.»

- «Qu'est-ce que t'as fait ? Y'est six heures.»

- «Tu trouves pas que je suis grosse dans cette jupe-là ? »

- «On va être les derniers arrivés.»

- «Vas-tu finir par la jeter, cette vieille chemise-là !»

... et ainsi de suite.

Mon chum ? Il n'arrête pas de parler de son ex qu'il appelle «Madame Tara». - «Madame Tara»  parce qu'elle n'arrêtait jamais de dire : «Tara dû tourner à droite.» - «Tara dû faire des réservations.» - «Tara pu t'renseigner.»...

Jara dû faire une religieuse.

Georges

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053-2017-10-02

Tivision, Internet et téléphonie

Budget, budget, budget...

De petis problèmes de plomberie féminine m'ont tenu réveillée il y a quelques jours et lassée de lire des nouvelles sur les stars du moment, j'ai ouvert la télé et fait comme mon chum : je n'ai pas essayé de savoir ce qu'il y avait à la télé, mais de savoir ce qu'il y avait d'autre. - Tout ce que j'ai vu, ce sont des pubs essayant de me vendre des batteries de cuisine, des bijoux, des aspirateurs, des équipements pour retrouver «ma ligne», des livres de recettes, des magazines de mode et... des pneus d'hiver, - Des pneus d'hiver ! Alors qu'il faisait, avec le taux d'humidité, plus de 35 degrés.

J'ai vu également quelques preachers et je-ne-sais-plus-combien d'émissions qu'on disait d'«information» où l'on ne parlait que de Trump, de Trump et de Trump.

C'est à ce moment-là que j'ai commencé à me demander qu'est-ce qu'on faisait à payer près de cent cinquante dollars par mois pour un appareil qu'on n'ouvrait presque jamais, un service d'Internet à haute vitesse pour lire des textos et envoyer des messages pour lesquels nous nous servions presque exclusivement de nos téléphones plus une ligne téléphonique dont nous avons peine à nous souvenir du numéro.

Le lendemain, ne m'étant pas rendue au travail, j'ai passé l'avant-midi à réviser les contrats que nous avions signés, nos fatures pour tous ces services et, au bas mot, je me suis aperçue qu'on pouvait facilement économiser de 80 à 90 dollars par mois en réduisant notre consommation de ces produits indispensables à uniquement nos téléphones portables.

J'en ai parlé à mon chum, preuves en main, le soir même qui m'a dit qu'avec mes cosmétiques... Je lui ai mentionné que ses équipeents sportifs... Il est revenu à la charge avec le prix de mes vêtements... J'ai rétorqué avec les coûts de ses soirées dans les bars de sport...

Résultat : 

La tivision est toujours là. L'internet haute vitesse est toujours là. Et notre ligne téléphonique - dont nous avons peine à nous souvenir du numéro (j'insiste) - est toujours là.

L'infidélité serait-elle une cause plus importante de divorce que l'argent ?

Georges

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052-2017-09-05

En beau maudit la semaine dernière.
Contre mon chum.
Et là je ne sais plus quoi lui dire.

Tout ça à cause de la mort de la mère de ma grande amie. - Il la connaissait, pourtant. - Sauf qu'il a refusé de se rendre à ses funérailles. - Oh, l'engueulade qu'on a eu ! - Puis le lendemain ou le surlendemain, je ne m'en souviens plus, je me suis enfermée dans la salle de bain pour pleurer comme une folle.

Il avait sept, peut-être huit ans, quand une amie de sa mère appris que son frère était décédé et qu'elle devait, de Québec, se rendre à l'hôpital St-Luc, à Montréal, pour l'«identifier». Train, gare, tramway - c'était l'été - lui, sa mère et son amie se pointent rue St-Denis, angle De Montigny où ils furent dirigés au sous-sol de l'immeuble dans une salle où il y avait une douzaine de portes avec de drôle de poignés le long d'un mur. Et voilà que le préposé en ouvre une, fait glisser un tiroir ou se trouve une forme recouvert d'un drap. Il en soulève un bout et dévoile le visage de celui qu'il avait si souvent vu à la maison. «Nous avons voulu lui donner une sorte de sourire...» furent les dernières paroles qu'il entendit.

Plus tard, il avait quinze ou seize ans, il était à l'étage de l'établissement où il travaillait les week-ends, En train de luncher lorsqu'il entendit le bruit d'une personne qui courrait dans l'escalier. Puis le bruit d'une chute. Il se leva pour aller voir ce qui se passait et vit un des employés de la boucherie appuyé sur un mur se tenant le bas du ventre où jaillissait du sang comme d'une fontaine. C'était un jeune à peine plus âgé que lui qui, en coupant une pièce de viande, s'était accidentellement perforé l'estomac. Il le regarda et en l'espace de quelque secondes, il constata que ce pauvre apprenti-boucher venait de rendre l'âme. Des gens arrivèrent en trombe. Puis l'ambulance, la police, l'enquête.... Finalement, on lui dit de rentrer chez lui car il n'avait pas l'air bien.

Des années plus tard, lorsque son père mourut, il refusa de s'approcher de son tombeau, mais se rendit quand même au salon funéraire où, au fumoir (ça existait à l'époque), il entendit les gens parler de la partie de hockey de la veille, de politique... certains riaient, même.

N'est jamais allé à des funérailles depuis ce moment-là.

Puis à des réunions «en l'honneur de»... 

Il finit par ne plus aller voir des mourants, ni des malades dans des hôpitaux.

Et puis ce fut le tour des églises.

Depuis qu'il m'a raconté tout ça, je ne sais plus quoi lui dire.

Et encore, vous auriez dû voir l'air qu'il avait quand il m'en a parlé

Georges

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051-2017-08-07

Pavlov ? Qui a dit Pavlov ?

Savez-vous qui j'envie ces temps-ci ? Les gens à la retraite. Comme Simon.

J'étais chez lui, il y a deux semaines. - Oh commencez pas ! - J'étais là en compagnie de Madame Malhasti, Paul, Copernique, Jeff et même Monsieur Pérec qui continue à nous demander de l'appeler Hermy. - C'était à l'occasion de rien. - «Venez prendre un verre» qu'il nous avait dit deux, trois semaines auparavant et comme il habite pas loin du quartier des spectacles, dans un des centres de Montréal, pas loin du métro, pas loin du terminus des bus qui déservent la banlieue, nous nous sommes dit pourquoi pas.

Jamais vu autant de livres, de disques, de bibelots et d'horloges (sic) dans un seul appartement, mais ce qui m'a frappée, ce fut l'ordre dans lequel ces choses étaient classées,  entassées... sauf que, comme il nous l'a expliqué, c'était un ordre apparent car ses livres, par exemple, sont classés par grandeur et non auteurs, par éditeur plutôt que par titre. «C'est la raison, qu'il nous a dit, pour laquelle je ne m'y retrouve jamais !» - Mais ce n'est pas ça que j'ai retenu.

Ce que j'ai retenu, c'est qu'il n'a pas d'horaire, pas d'agenda ; il mange quand il a faim, il dort quand il est fatigué et peut passer des heures à ne rien faire. - Rien faire ! Facile à dire. Ne rien faire, pour lui, consiste à écouter de la musique, lire, regarder des documentaires sur YouTube pendant des heures.

Mon rêve !

Je ne sais pas s'il a été comme ça toute sa vie, mais il est tout le contraire de ce que je suis. Continuellement stressée, toujours en retard, invariablement impatiente, avec une liste de choses à faire longue comme le bras.

Paraît que ça ne s'apprend pas, que ça ne se prépare pas, qu'on est comme ça ou qu'on ne l'est pas et qu'on arrive, à la retraite comme on est parti au début de sa carrière.

Correction : je n'envie pas les gens à la retraite. J'envie les gens qui sont, comme il le dit lui-même : «Pas intelligent et désorganisé.» - Bien sûr.

C'est l'histoire de Pavlov, assis dans un bar, et qui entend tout à coup le ding de la caisse enregistreuse. "Oops, dit-il. J'ai oublié de nourir les chiens !» (1)

Georges

(1) Merci, Éric, un ami de Simon qui était là ce soir-là et qui nous a raconté cette blague.

 

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