Liberté 75...
Oui, je sais : mon père disait la même chose de ma génération. Et je suppose que son père disait la même chose de la sienne : «Ce n'est pas avec
cette jeunesse que nous sortirons du bois...».
Il y a quelque temps de cela, au sud du Washington Square, à New York, j'ai vu une centaine d'étudiants sortir du New York Law School tous
vêtus d'un complet bleu trois-pièces ou d'un tailleur gris (foncé) et j'ai trouvé tout à fait surprenant qu'une institution d'enseignement comme celle-là existât encore de nos jours (sans
préjudice à l'UdeNap). Pas qu'elle soit unique au monde mais quand j'ai appris récemment que des diplômes post-universitaires étaient maintenant décernés à ceux qui possèdaient déjà des licences
ou des doctorats pour avoir, avec succès, suivi un programme d'immersion en milieu de travail, je me suis dit qu'il était peut-être temps qu'on enseigne autre chose que la créativité dans nos
écoles, collèges, lycées ou universités. Des choses comme :
La nécessité de se conformer à des horaires
La façon de s'adresser à ses supérieurs
Quels vêtements porter au travail
Le voussoiement
L'art d'écouter
...
Vous comprenez ce que je veux dire.
Je ne veux pas en disant cela laisser sous-entendre que la génération qui me suit est d'une ignorance incommensurable [en ce qui concerne ces choses-là] mais à son non-empressement à
vouloir accepter certaines réalités ne me dit rien qui vaille. Celle, par exemple, où gagner sa vie, passé un certain âge, pourrait être le début d'une certaine liberté.
Vous allez me dire que le marché du travail, en ce moment, est difficile, que les rapports employeurs-employés sont à leur plus bas niveau, que les
gouvernements sont plus intéressés à des projets d'envergure qu'à aider la société à se développer et vous aurez parfaitement raison sauf que...
Paraît que des jobs - pas des jobbines mais des jobs - ou si vous préférez, des postes, il y en aurait des milliers mais que les candidats
pour combler ces postes se font de plus en plus rares. - Et comment pourrait-il en être autrement ?
Quel intérêt, en effet, aurait un jeune dans la vingtaine, aujourd'hui, habitué à porter des t-shirts vingt-quatre heurs par jour, à boire avec ses
copains au beau milieu de la semaine et à voir des jeunes de son âge au volant de Ferrari, à se lancer dans le domaine de la finance, de l'assurance, du commerce et même dans ces domaines
sacro-saints que sont ceux de la télévision, du cinéma, de l'architecture, de l'urbanisme quand ce n'est qu'après un long apprentissage qu'on lui permettra une certaine latitude (pour ne
pas dire : créativité) ?
Dix ans d'esclavage, c'est long - surtout quand l'espérance de vie ne s'est accrue que de 27% depuis la génération précédente.
Mais ne plaignons pas la jeunesse : plaignons ceux qui, à mon âge, commence à percevoir que la retraite ne sera pas pour demain parce que les remplaçants
se font de plus en plus rares, voire rarissimes.
***
Oui, je sais : mon père disait la même chose de ma génération. Et je suppose que son père disait la même chose de la sienne sauf que ce n'est plus avec la jeunesse que nous
sortirons de notre bois, Faudra inventer.
Simon
Tout Simon