Évolution d'un scandale
Oyez, bonnes gens, la triste histoire du politicien qui...
(Vous la connaissez tous mais parfois il est bon de se la rappeler.)
«D'odieuses calomnies de la part d'une opposition qui ne sait plus quoi dire» répondit-il lorsque questionné en chambre sur une
anomalie découverte dans son ministère, une anomalie qui pourrait porter à croire qu'il aurait (au choix) : détourné des fonds publics, reçus des pots-de-vin, entretenu une liaison
avec une personne avec laquelle il n'aurait pas dû, créé des emplois pour des membres de sa famille ou confié un important contrat à un de ses amis.
«Une tempête dans un verre d'eau. Des accusation sans fondement. Qu'on nous présente les preuves» précisa-t-il lors d'une conférence de
presse deux semaines plus tard.
«Je n'ai rien à me
reprocher et j'ai bien l'intention de voir le fond de cette affaire» ajouta-t-il lorsque certaines preuves, justement, firent surface au bout d'un mois.
Les preuves s'accumulant, son discours subit quelques transformations : «Une exagération honteuse de certains faits mais, pour ne pas
mettre mes collègues et mon parti dans l'embarras, je suis prêt à offrir
ma démission.»
Démission donnée, à une conférence de presse, il ajouta «Une enquête publique à laquelle j'offre mon entière collaboration me lavera de tout soupçon.»
L'enquête terminée, des accusations ayant été portées, il fit une brève déclaration : «Je m'en
remets à la justice en qui j'ai une confiance totale car, oui, il se
peut, oui, que j'ai fait quelque chose que je n'aurai pas dû mais quand
tout sera connu, vous verrez que ce n'était pas intentionnellement».
En cours de procès, il fit un bref commentaire :«Quoiqu'il
arrive, je suis prêt à accepter ma responsabilité»
Après le procès : «Je n'ai aucun
commentaire à formuler. Attendons le verdict.»
Après le verdict mais en attendant la
condamnation : «Je me suis trompé. Je l'avoue et c'est en toute humilité
que je me présenterai devant le juge demain matin.»
Après la condamnation : «Que mon exemple serve de leçon : on ne peut pas servir
deux maîtres à la fois» et l'inévitable «La seule chose qui m'ennuie,
c'est ma famille qui portera l'odieux de mes actes.»
La peine ayant été purgée :
«J'ai payé ma dette envers la
société. Il faut maintenant passer à autre chose.»
Et de ministre, il devint simple député ou maire de son village : «J'ai été, je suis, et et je serai toujours au service de la population»
dit-il en entreprenant une nouvelle carrière.
Pas de quoi faire une pièce de théâtre.
Simon
Tout Simon