Des banlieusards
Je me suis toujours demandé et je me demande de plus en plus si les gens qui habitent la banlieue, cette chose qui n'est ni-campagne, ni-ville, étaient, à
l'origine, des gens normaux ou s'ils sont nés banlieusards. - Ils vivent dans un milieu étrange, pas plus dépollué que mes deux, sur de minuscules terrains, dans des maisons qui exigent un
entretien continuel et d'où il faut se déplacer sur des kilomètres pour aller à l'épicerie, au théâtre ou tout simplement
se rendre à son travail.
À la rigueur, je n'aurais rien à redire - à chacun son plaisir - sauf que je commence à en avoir jusque là de les entendre me dire qu'ils vivent dans un
vrai paradis alors qu'avec le nombre limité de mes mètres carrés du centre-ville, la piscine de mon immeuble, ses deux cours intérieurs, son gym et les trois grands parcs à sa proximité, je
vis essentiellement dans une cage [*].
Je n'essaie pas de les convaincre de vivre en ville, moi, alors c'est quoi cette idée de vouloir à tout prix me convaincre d'habiter en
banlieue ? - Devient-on missionnaire quand on traverse un pont pour s'acheter une pavillon ? - Peut-être.
Chose certaine : ces gens-là ne sont pas comme tout le monde. - Leurs loisirs, ils les passent à tondre du gazon, à planter des fleurs ou encore - ce qui
est encore plus étonnant - à construire, défaire, reconstruire, défaire encore une fois et reconstruire des armoires de cuisine, des salles de bain, des sous-sols...
Je lisais au cours du weekend qu'ils s'inquiétaient sérieusement de la possibilité que les grandes villes, comme Londres ou comme a tenté de le faire
récemment New York, leur imposent une sorte de taxe ou un impôt pour tout simplement «venir en ville», là où se trouvent les opéras, les musées, les grandes bibliothèques, les vrais
théâtres. - Me semble qu'ils auraient dû y penser avant, non ?
Et là je parle des banlieues mais qu'est-ce que vous pensez des régions où plus rien ne se passe, où les ressources naturelles sont épuisées, où le
chômage augmentent d'années en années ? - J'sais pas pour vous mais si je me retrouverais dans un milieu sans avenir, il me semble que je me déplacerais.
Preuve que je ne comprends rien.
Reste une solution : fermons nos portes et déclarons les banlieues et les régions inexistantes.
Vous avez une idée ce qu'on sauverait en impôts ?
Simon
[*] Vous savez, dans une cage,
quand on n'a pas à y entreposer une tondeuse à gazon, trois bicyclettes, de quoi arroser sa pelouse, une souffleuse, c'est pas si terrible...
Tout Simon