Un «Grand MacNee
Old Victorian» avec ça ?
Il y a des snobs de scotch tout comme il y a des snobs de vin. J'ai même connu une dame qui était snob de nourriture : si ça ne coûtait pas les yeux de la
tête, ça ne pouvait pas être bon ; et hop, la Madame se tapait (surtout que ce n'est pas elle qui payait) du caviar, des sushis de l'archipel d'Okinawa et du poisson frais importés directement, tous les jours, par avion, de
la côte ouest de l'île de Mikithonos.
D'un autre côté, je n'ai pas connu
jusqu'à tout récemment des snobs de bière. La bière, ça se buvait dans
des tavernes où ça sentait pas bon et entre hommes. Pas questions de
commander dans ces endroits là une James W. O'Toole Pure Malte d'Irlande
ou une Schweinerei de Bavière : on se serait fait regarder de travers.
Mais depuis...
Z'ont pas encore inventé - je
parle des snobs de scotch - des expressions comme «arôme de cire
d'abeille» ou d'«ambroisie de fines fleurs» ou, mon
expression favorite d'entre toutes, celle de l'«arrière-goût de
pierre à fusil» mais vont-z-y arriver un de ces jours ; déjà, dans
divers bars branchés, j'ai entendu des choses comme «fumée», «chêne
brûlé» et «légère
âcreté... en
bouche». - Pas de mes
affaires mais de la «fumée», du «chêne brûlé» et de l'«âcreté»,
qu'est-ce que j'en ai à f... de me mettre ça dans la bouche ? - Autant
mâcher du goudron ou boire de l'asphalte.
Et vous avez vu les prix ? - Dans
un bar «à
scotch», près de chez
moi, ils en ont un à un prix défiant toute concurrence : quelque chose comme 110 $ (environ
65 euros)... l'once ! (28 g.). - Paraît que ça été conservé dans un baril
de chêne de cent ans pendant trente ans. J'imagine qu'à ce prix-là, la
reine d'Angleterre a dû également passer devant.
Ce que je ne comprends pas, c'est
que tout connaisseur en scotch vous dira qu'après six ans, un scotch ne
vieillit plus : il ne fait que devenir de plus en plus amer ou prend
invariablement le goût du bois dans lequel il est conservé. Bref : si
votre scotch a plus de dix ans, vous buvez du bois.
D'où sans doute, l'expression
«gueule de bois».
Les trois meilleur
scotches [*]
? C'est Pérec qui les a trouvé. Pas notre Pérec à nous, l'autre. Ce sont
dans l'ordre :
- Le
Very Very Old Special Grandfather McPlouck Very Very Dark Label
- Le
God Save the Queen Really Special Highest Labelled Oldest Stuff
of the Very Little Scottish Island in the Middle of the Sea
et
- Le Her
Majesty's Mystery Score When Lit 001 Centenarian.
Faut dire que, depuis quelque
temps, nous sont arrivées des vodkas françaises au double du prix d'une
vodka russe. Nous manque plus que de la tequila japonaise...
Attendez : je ne vous ai pas
parlé des eaux qu'on nous vend en bouteille. Dans un pays comme le
Canada qui a de l'eau à ne plus savoir quoi en faire, nous nous sommes
mis non seulement à embouteiller notre propre eau mais à en importer.
C'est, comme qui dirait, faire des carrés ou devenir importateur de
sable dans le Sahara.
Par ici les stupidités, par là les
gros sous.
Simon
[*]
Remarquez la finesse : un
scotch des scotches. On dit également whisky.
[**]
À condition cependant qu'il soit vraiment oldest, c'est-à-dire 23 years
old, et vieilli dans un tonneau de merisier béni par l'évêque
d'Inverness.
Tout Simon
