Essence, quand tu nous tiens
Je ne le crie pas sur tous les toits mais je suis de ceux qui trouvent que l'augmentation du prix de l'essence aura des effets bénéfiques
sur la société.
D'une part, on voyagera beaucoup moins et cela permettra de dégager l'encombrement sur les routes, de diminuer la pollution et de rendre la population
at large plus responsable et probablement plus intelligente dans ses choix à l'épicerie, au décrochez-moi-ça et dans les centres commerciaux. Tant pis si le Roi du Meuble, le Napoléon des
appareils électriques, l'Empereur de la lampe torchère n'y trouveront pas leur compte.
Ce qui me plaît le plus là-dedans, c'est la prise de conscience que des millions de banlieusards, au Canada comme aux États-Unis, seront obligés de faire
devant l'absurdité de leurs petites maisons aux minuscules terrains paysagés situées à vingt minutes (*)
des centres-villes nord-américaines.
Entre cinq et dix mille dollars (3.000 à 6.000 Euros) - et plus - que ça leur coûtera dorénavant - et en essence seulement - pour se rendre, avec leur 4x4, de leur banlieue sans trottoir
(où le plus proche café est à une demi-heure de marche), à leur travail, à la Place des Arts ou aux Festivals de leur choix.
Mais j'en connais de ces banlieusards (forcément : ils sont partout) et je commence déjà à entendre leurs réponses : semaines de quatre jours, travail à
la maison, courriels, bureaux qui se déplaceront des centres-villes vers les banlieues. - Et pourquoi pas ? - Quand on est incapable d'admettre qu'on est le grand responsable de cette
augmentation des prix, on peut se dire n'importe quoi.
Juste une chose : avez-vous pensé que si vous déplacez les centres-villes vers vos beaux quartiers que vos beaux quartiers deviendront des centres-villes
? - Quoi ? Vous n'êtes jamais allé sur le boulevard Taschereau ? Vous n'habitez pas Laval ?
Simon
(*) Vingt minutes en dehors des heures de
pointe. Ceux qui envahissent les ponts et les autoroutes, le matin, sont des égarés ou des touristes car : aucun banlieusard digne de ce nom ne voyage à l'heure de pointe.

P.-S. : Beaucoup de courrier la semaine dernière. À propos de ma dernière chronique. - Certains m'ont reproché d'avoir quelque peu exagéré certains
faits (ah oui ?), que nous n'étions pas si cons, que la ville de Montréal avait ses beaux côtés... - Mais je n'ai jamais dit le contraire, surtout pas que nous étions des cons : j'ai dit que
nous étions bien tolérants. - La remarque qui m'a le plus frappé cependant, c'est de celle d'un employé du Port de Montréal qui m'a dit que, s'il y avait tant de mendiants dans nos rues, c'est
qu'il y avait beaucoup de pauvreté. - Je me suis demandé s'il avait trouvé ça tout seul : un lien entre la misère et la pauvreté, un lien entre le refus de vivre en société et de s'y promener
en néo-nazis en insultant les bourgeois aux coins des rues.
Oui, la pauvreté existe mais quelqu'un pourrait m'expliquer comment un tramway dans le Vieux Montréal, un stade qui ne sert à rien, différents projets de
construction gigantesque au centre-ville (et cinquante-six Festivals) régleront cet épineux problème...
Et puis, je ne me souviens pas que dans les années quarante et cinquante la ville ait été plus riche. Je me souviens cependant qu'elle était humaine,
propre et qu'on la trouvait belle. - Peut-être que dans ce temps-là, non plus, on ne jetait pas ses déchets n'importe où.
Tout Simon