Le temps des héros
Je n'ai jamais souhaité la mort de personne mais, à l'âge où je suis rendu, je fais comme mon père, faisait vers la fin de sa vie : je lis dans
les journaux les noms de récents décédés avec, parfois, une
certaine satisfaction.
Outre le fait que les morts, comme disait je-ne-sais-plus-qui, meurent en ordre alphabétique, ce que je trouve le plus curieux dans les colonnes qui nous
font part de ces décès, c'est le
nombre effarant de proches et d'amis qui vont pleurer, ici un fils, là un père et, plus loin, la plus merveilleuse des mères. - Jamais un trou-de-cul dans le lot : pas de voleurs, de violeurs,
de batteurs de femmes, aucun ivrogne, tous de bons travailleurs et d'honnêtes personnes.
Force est de constater que la mort transforme tout individu en un charmant personnage qui a toujours été prêt à aider les autres, a mené une vie
exemplaire et contribué à l'avancement de l'humanité.
Pourtant, des trous-de-cul, j'en ai rencontrés ; au point où j'en arrive à me demander si une fois l'ange noir passé, tous nos péchés seront oubliés.
Vous allez me dire qu'on a jamais louangé Hitler, Staline ou, plus récemment, Saddam Hussein et vous aurez parfaitement raison. - Pour le moment. - Tôt ou
tard, vous verrez, on leur trouvera des qualités. L'ordre en Iraq par exemple, la fin de la crise des années vingt en Allemagne ou l'expansion de la mère Russie.
Et puis y'a Dwight D. Eisenhower.
Vous vous souvenez de lui ? Le
héros de la deuxième grande guerre, l'homme qui a mis fin au conflit en
Corée, celui qui a défendu le monde contre le communisme, celui-là même
qui fut à l'origine du programme spatial américain et qui a contribué à mettre de l'ordre dans le système de sécurité social aux États-Unis ?
Ben... allez donc faire un tour aux États-Unis au cours des prochaines semaines et dites-moi ce que vous penserez de ce président de mes deux
qui, avec son système d'autoroutes, a littéralement, à lui tout seul, mis au rancart un système ferroviaire qui était un modèle du genre, créé d'immenses banlieues, désertifié des
milliers de centres-villes, contribué à quintupler la consommation d'essence au point où l'on se demande où s'en va notre planète et, du même coup,
a détruit le tissu social américain en place
au moment de son arrivée.
J'en arrive justement des États-Unis où, à toutes fins utiles, j'ai passé les deux dernières semaines à zigzaguer dans tous les sens sur des dizaines
d'autoroutes qui, entre d'immenses étendues la plupart du temps vides, contournent des banlieues, transpercent de part en part des villes et qui aboutissent invariablement sur de longs
corridors où s'alignent revendeurs d'autos, hôtels, motels et large shopping malls entrecoupés de distributeurs de junk food, de revendeurs de meubles, de pneus, de
matériaux de construction réunis en plus petits malls. Sur ces corridors, des pickups (une sorte de camion tout usage qui ne transporte jamais rien et dont les cabines sont
décorées comme des salons dont certaines avec rideaux) et desquels émergent, quand ça leur arrive d'en sortir, les plus obèses personnes qu'on puisse trouver sur terre.
Ne cherchez pas des trottoirs : il n'y en a pas. L'Amérique, sauf pour ses grandes villes et seulement le jour, est une immense banlieue où, pour se
procurer une pinte de lait, il faut faire douze kilomètres. Chemin faisant, vous rencontrerez six stations d'essence où vous pourrez vous procurer de la bière, des boissons gazeuses et tous
les produits comestibles qui peuvent être consommés devant une télé, y compris des snack biscuits, des beef jerkies, des mini pizzas (toutes saveurs confondues) et une quantité
effarante de dips, de chips et autres cochonneries qui, à leur seule vue, font sursauter.
Du fromage bleu en aérosol, par exemple.
Quand je pense que même Bush aura sa statue...
Simon
Tout Simon