Mathématiques gouvernementales
(3m
- 1n) + ( 4δ
- 2ε ) = - 6Ʌ
Lire : 3 millions de revenus moins 1 million de dépenses que l'on rajoute à 4 millions de revenus desquels on a soustrait 2 millions de
dépenses donne (=) un déficit de six millions.
(Les lettres grecques sont là pour donner plus de sérieux à
l'équation)
Explication :
S'il y a une chose infaillible -
plus infaillible encore que les énoncées du pape - c'est que, quels que soit les revenus, quelle que soit la méthode de calcul, quel que soit le parti au pouvoir, les budgets gouvernementaux
seront toujours déficitaires. C'est une résultante d'un système comptable connu sous le nom de «consolidation».
La
consolidation se définit comme ceci :
Vous prenez les revenus destinés à un domaine en particulier (les péages routiers, par
exemple), vous soustrayez les dépenses et le résultat net se traduit généralement par un surplus. - Dans certains domaines, l'évidence est encore plus flagrante ; celui du tabac ou de l'alcool
ne coûte presque rien et il y aura donc, dans ces domaines, un surplus.
C'est lorsqu'on combine tous ces surplus qu'on en arrive à
un déficit.
Assurance-emploi : surplus. - Régime des rentes : surplus. - Assurance auto : surplus. - Permis, taxes spéciales, taxes
sur les taxes : surplus (enfin, j'espère). - Curieusement, cependant, là où on nous dit qu'il y a des déficits, il est impossible d'obtenir des renseignements précis. Du côté de la Régie de
l'assurance maladie, par exemple, nous payons bien des prestations spécifiques, non ? Par rapport aux dépenses qui lui sont imputées y compris ses coûts administratifs (1,600 employés à son
siège social de Québec et à son bureau de Montréal), combien reste-t-il, au juste, quand on a tout payé ? - Impossible de le savoir parce que cette Régie relève du ministère de la Santé et des
Services sociaux où là, bon an, mal an, il faut s'attendre à un éneaurme déficit - La voirie, autre exemple : elle en a, elle aussi, des revenus ne serait-ce que du côté des
permis et des contraventions mais les permis font partie des revenus du ministère des Transports tandis que les contraventions relèvent de la Sûreté. Y'aura donc deux déficits. - Quant aux
revenus découlant des opérations d'Hydro-Québec, ne me dites surtout pas que cette chose qui nous appartient ne fait pas de revenus ! Sauf qu'on nous dit pas où, vers quel ministère ils
sont dirigés.
Jeune, j'ai travaillé dans une librairie et je me souviens très bien de commandes faramineuses qui nous parvenaient
à la mi-décembre - d'organismes gouvernementaux - : c'était ou dépenser l'argent qui restait en caisse ou risquer de se faire réduire son budget l'année suivante.
Résultat d'une politique de consolidation ?
J'en parle aujourd'hui - de ce phénomène comptable
unique en son genre - parce que j'ai vaguement entendu parler de la possibilité que les autoroutes et les ponts redeviennent payants pour financer le
réseau routier (aujourd'hui déficitaire parce que ses revenus passés ont été consolidées). Je n'ai rien contre, ni rien pour, me disant que je prenne position dans un sens ou dans l'autre, nos élus feront à leur tête mais en supposant qu'on remette en marche les
postes de péage (qu'on a aboli à la suite de je-ne-quelle promesse électorale), où ira cet argent ? Je vais vous le dire tout de suite : tôt ou tard, il sera versé au fonds consolidé. Pourquoi ?
Parce que, invariablement, il y aura des surplus, surplus qui servira à financer d'autres surplus accumulés dans d'autres domaines. D'où : déficit à prévoir.
Pas compliqué pourtant : vous me demandez de l'argent pour les autoroutes,
dites-moi ce que vous avez fait avec et fichez-moi la paix avec votre fonds consolidé. Créez une taxe de consolidation, si ça vous chante, mais fichez-moi la paix avec vos équations à
la gomme. - Je sais pour ma part une chose : si je prends de l'argent dans mon fond de retraite pour aller prendre un verre
avec mes amis, je suis sûr que je vais en entendre parler.
Fonds consolidé ? - Expression inventée par des politiciens trop heureux de
comparer sa profondeur abyssale à leur ignorance. - Dire que je
contribue à ce fonds depuis toujours...
Simon
Tout Simon