À des années-lumières...
Une chose qui me surprend beaucoup (deux,
en fait), c'est la quantité de gens qui croient encore aux cartomanciennes, voyantes et autres prédiseuses d'avenir et qui lisent leur horoscope
chaque matin sans jamais se poser une question sur la grandeur de l'univers qu'ils habitent. - Ces gens-là ont généralement l'impression de défoncer le mur du son en circulant à 140 kilomètres à l'heure sur une autoroute ou en
prenant le légendaire vingt minutes pour se rendre de leur pavillon de banlieue à leur travail en plein centre d'une grande ville.
Cent quarante kilomètres à l'heure ! Est-ce qu'ils se rendent compte qu'à cette vitesse-là, il leur faudrait plus de
neuf mois pour se rendre sur
la lune, quarante-six ans pour se rendre jusqu'à la planète Mars ? (Et encore : seulement lorsque la planète Mars
se trouverait dans les parages.)
Est-ce qu'ils savent que pour se
rendre à la plus proche étoile, il leur faudrait plus de trente deux
mille siècles ?
Et tout ça, ce n'est rien : pour atteindre le coeur de la galaxie dans laquelle ils vivent (entre
300 et 400 millions d'étoiles), il leur faudrait penser en termes
de cinq millions de siècles. - Et combien y'a-t-il de galaxies ? - Au dernier décompte, on parle d'environ
quatre-vingt milliards, toutes distantes, les unes des autres, d'environ,
toujours à la même vitesse, d'à peu près mille milliards de siècles...
Un milliard ? C'est le nombre de billets d'un
dollar américain pour couvrir la distance de New York à Chicago, le nombre de dés à jouer dans une pièce mesurant
environ 6 mètres par 6 mètres pieds par 6 mètres. - Vous aimeriez les
compter, ces dés ? À un par seconde : 32 ans. - Un milliard ?
C'est le nombre de minutes qui se sont écoulés depuis la
crucifixion du Christ (moins quelques années). Quant au nombre d'heures, autant ne pas en parler
: l'homo sapiens n'étaient pas encore sorti de l'Afrique et il lui
faudrait un autre 90 siècles pour arriver en Mésopotamie...
Bon, d'accord, 140 kilomètres à
l'heure, ce n'est pas la mer à boire : y'a des avions supersoniques, qui
font dans les dix et même onze mille
kilomètres à l'heure
[1]. - Ce genre de vitesse vous raccourcit le trajet terre-lune de beaucoup :
un petit peu plus qu'une journée mais pour se rendre se rendre à l'étoile
la plus près, on parle quand même de près de 400.000 ans. (Oui,
oui : vous avez bien lu : quatre cent mille ans - 393,5 siècles
pour être plus précis.)
Mais y'a plus vite : les sondes
Voyageur, par exemples : près de 60.000 kilomètres à l'heure. - Une fois
et demi le tour de la terre en une heure. Si ça, ce n'est pas de la
vitesse, je me demande bien ce qui peut en être. - Napierville-Paris en
moins de six minutes. La lune en six heures. Presque de la
télétransportation.
Ces sondes ont quitté la terre il
y a plus de trente ans et vous savez quoi ? - Elles approchent
tranquillement le seuil de notre système solaire. Dans moins de 76
siècles, elles frôleront la célèbre étoile Proxima Centauri : trente
neuf virgule sept trillions de kilomètres. Un détail. Quatre virgule
deux années pour que l'image qu'elles nous enverront à ce moment-là se
rendent jusqu'à nous.
Et avec cela, il faudrait croire
aux tireuses de thé, aux gens qui lisent dans les mains ou même dans les
oreilles...
[2]
Le ciel avec ses constellations si chères aux horoscopeux, est-ce qu'il y en a dans
le lot qui savent que l'image qu'on en voit, le soir, a, en moyenne huit cent ans ? - Que bien des choses se sont produites depuis que la lumière de certaines étoiles qu'ils regardent, entre
deux prévisions, nous a été envoyée. Quand aux distantes galaxies, la
terre n'existait même pas quand l'image que nous avons d'elles
s'est formée. - Et c'est avec des images comme celles-là qu'on prédit
l'avenir ?
Le mien (je parle de mon horoscope de ce matin) disait que je serais grognon aujourd'hui.
Cela prouve une
chose : qu'il y a quand même des vérités dans ces horoscopes.
Simon
[1]
11.520 kilomètres à l'heure pour le X43a de
la NASA.
[2]
Arthur, où t'as mis le corps ? de
Boris Vian (paroles)