Olivier et
Patrick Poivre d'Arvor
Et je ne lis pas
de livres récents non plus (voir ma chronique de la
semaine dernière) : la
quantité de romans, de récits et de livres qui se publient d'heures en
heures me laisse sceptique. Trois cents soixante romans par année, juste
au Québec ; plus la production française, américaine, anglaise,
italienne, allemande, japonaise... de quoi, en réunissant tout ce qui se
publie en une semaine, lire pendant toute une vie et une longue, une
très longue vie.
J'attends que tout
cela se tasse ; que les souvenirs d'un vieil acteur disparaissent des
tablettes, qu'on pilonne sans relâche chez les éditeurs ; qu'un auteur
meurt, disparaisse de la mémoire collective pour être retrouvé, des
années plus tard, dans une bibliothèque, avec toutes les pages de ses
livres non encore coupées.
Dans mon courrier
ce matin - Dieu seul sait pourquoi - le dernier roman des frères Poivre
d'Arvor. - Juste leur nom me soulève le coeur. D'Ormesson, jusqu'à tout
récemment, je tolérais mais lui, au moins, n'a jamais eu à déposé une
requête pour faire changer son nom. - Qu'ai-je à f... de lire ses deux
auteurs qui n'ont même pas le courage de publier anonymement, seule et
unique façon d'être vraiment reconnu... - J'en ferai cadeau, sans
l'ouvrir, je parle du livre, à une amie qui s'intéresse, encore, à
Robert Desnos qui, lui, au moins, a le mérite d'être décédé il y a plus
de cinquante ans et dont certaines choses sont encore lisibles.
Cicéron a traversé
vingt siècles, Homère vingt-huit. Plus près de nous, Voltaire, deux
siècles et demi ; Molière et Racine, trois. Les misérables ont
presque cent cinquante ans et Proust s'en va allègrement vers son
centenaire... - Que dire, également, de Shakespeare avec les quatre
cents ans de son Hamlet ? - Voilà qui devrait en dire long sur la
qualité de leurs oeuvres.
Et l'on voudrait
que je lise un livre des Poivre d'Arvor ? - Mettons que je serais très
curieux de savoir ce qui va en rester dans moins de vingt ans, dix.
Avant
quarante-cinq, nenni. Une, deux exceptions : Perec et Queneau et
seulement parce qu'ils sont drôles. Quelques autres également (Caradec est un de ceux-là) parce
qu'ils sont d'une époque où, quand on écrivait, ce n'était pas pour
répandre son âme mais dire pour dire quelque chose, renseigner, parler
d'une période révolue.
En attendant,
laissons les éditeurs remplir leurs poches et se croire répandeurs
de bonnes nouvelles.
(Ce qui me fait
penser que je n'ai jamais lu Le parfum de cet écrivain allemand
ou tchèque au nom dont je n'ai jamais réussi à me souvenir. C'était bien
? - Paraît qu'on en a fait un film...)
Simon