N'importe où mais... ailleurs
Vous êtes-vous déjà demandé ce que font dans la vie, mais vraiment, ces
milliers de passagers que l'on rencontre dans tous les aéroports du
monde entier, quels que soient le jour, l'heure ou la saison ? Ou encore
comment il se fait qu'à tous les deux jours, si ce n'est à tous les
jours, trois cents personnes doivent absolument se rendre de Paris à
Katmandou, trois cents autres de Los Angeles à Dubrovnik et quatre
cent cinquante de Sao Paulo à Mexico City ?
Je
peux comprends les vacances : Paris-Côte-d'Azur, Chicago-Hawaï ou, quand
on habite Montréal, en certaines saisons, Montréal-n'importe-où (parce
qu'on sait que ce sera mieux). Je peux comprendre également les réunions
familiales à Noël, Pâques ou au début de l'année kasakh de même que les deuils, les
mariages, les naissances et puis (mais alors là, très bien) les voyages
d'affaires (encore qu'il y en a qu'on pourrait éviter facilement) mais ces
familles qui se déplacent avec des montagnes de malles dignes d'une
expédition [*]
et qui s'en vont dans toutes les directions ?
Vous en avez vus, comme moi, de ces voyageurs bizarres qui ne parlent
aucune langue connue, qui portent des vêtements de troisième ou
quatrième ordre, ont des amulettes, trois enfants, un chien... Viennent
d'où, vont où ? Et surtout : comment peuvent-ils se payer ces
déplacements qui coûtent les yeux de la tête, entre Achkhabad et
Asunción ?
Et
puis il y a ces passagers (?) qui dorment depuis trois jours dans
les salles d'attente avec leurs sacs à dos, skis ou planches à voile ;
ces autres entourées de toute leurs familles venues leur souhaiter bon
voyage ; ces troisièmes, d'un quatrième âge, en fauteuils roulants qui
s'en vont rejoindre leurs arrières arrières petits enfants en
Afraghanistan ou en Floride (et qui transforment certains aéroports en
anté-chambres de la mort. - Celui de Fort Lauderdale, par exemple.)
J'en ai vu avec des bouteilles d'eau, d'autres avec des animaux en
peluche, certains avec des sacs à main de la grandeur d'un stade de foot
et encore d'autres avec, comme seul bagage, un Walkman ; un Walkman pour
se rendre de Dallas à Moscou ?
Les seuls que j'identifie facilement sont les hommes d'affaire - on les
reconnaît à leur seul air blasé - mais cette mère avec trois enfants et des billets
de première ? - Et cette dame, qui doit bien avoir aujourd'hui 120 ans,
que je vois depuis des années et qui, pendant tout le voyage, ne cesse de
marcher dans les allées, d'où vient-elle ? ou va-t-elle ?
Étudiant en sociologie, voilà, pour vous, un beau sujet de mémoire ou de thèse :
«L'humanité en
attente»... parce que, quel que soit l'aéroport, il ne semble n'y avoir,
proportionnellement à la population qui s'y trouve, que très peu de
départs ni d'arrivées mais de nombreuses files d'attente.
Et
cela m'amène à trois remarques :
La
première est que voyager, en seconde ou en première, n'est qu'une suite
sans fin de courses et d'attente (quoiqu,en première, il ny a
généralement pas d'enfants).
La
deuxième est que ce sont des rêveurs et des poètes qui rédigent
les horaires des départs et des arrivées.
La
troisième est qu'il faut être assis derrière un bureau pour inventer des
règlements qui interdisent à bord des avions des coupe-ongles mais pas
les fourchette ni les couteaux à l'heure des repas (sans parler
de la hache qui se trouve dans la cabine de pilotage).
«La
vie est un voyage» disait Anaxagore. C'est qu'il n'a pas connu les
aéroports.
Simon Popp

P.-S. : Une explication rapport au nombre de voyageurs : s'en vont ou
reviennent de différents festivals.
[*]
Je parie que Sir Henry M. Stanley, à la recherche de Livingstone, avait
moins de bagages que certains de ces passagers.