Mick et les vieillards
Vous direz ce que vous voudrez mais Mick Jagger...
Je
regardais, l'autre jour, des albums de photos de noces des années
cinquante et soixante. Y'avait là, of course, les mariés (qui,
aujourd'hui ont soixante, soixante-dix ans), leurs mon'oncles et ma'tantes
alors âgées de cinquante ans (ou à peu près) - dans leurs
plus beaux accoutrements - , le père, la mère, le beau-père, la
belle-mère... - C'était dans le temps où le mariage signifiait, même en
dehors des milieux dits «d'une importance sociale», quelque chose
sauf que, les mon'oncles et les ma'tantes, les pères et les mères, les
beaux-pères et les belles-mères, pour la plupart aujourd'hui décédés,
étaient d'un vieux...
Je
regardai également, il n'y a pas très longtemps, une photo de mon père,
de mon père à mon âge c'est-à-dire de mon père à l'âge que je pense que
j'ai, aujourd'hui, et je me disais : «Mon Dieu, c'qu'il était
vieux !»
C'est sûr qu'on ne se voit jamais tel qu'on est... sauf que, mis à part
les paraplégiques, les boiteux, aveugles et autres qu'on rencontre dans
le métro et dans ces endroits «accessibles aux fauteuils roulants»,
il me semble que la vieillesse, depuis la photo de mon père, a
pris un certain recul...
Maquillage, exercice, meilleure alimentation... qui sait ?-
Les reality shows sans doute.
J'ai, heureusement, encore aujourd'hui, des amis de 75, 80 et même 85
ans ; ce sont des vieillards, certes, et des vieillards, comme dit
Georgius «qui ne sont plus jeunes» (parce que les vieillards
ne le sont jamais) mais ce sont des amis qui, à bien y penser, n'ont
jamais été, il me semble, vieux ; vieux dans le sens qu'ils ne sont pas
restés jeunes mais qu'ils n'ont jamais eu la prétention de l'être ou de
vouloir le rester.
Anyway, quand je regarde ou que j'écoute Mick Jagger et les
Rolling Stones, à soixante ans (et plus), je ne pense vraiment pas à ma
jeunesse (parce qu'elle date d'avant eux), et je me dis une chose
:
Le
problème, en vieillissant, c'est qu'on reste jeune.
Oh, je ne dis pas ça pour excusez ma mère qui dansait le Charleston, sur
une table, à cinquante ans (ce qu'elle pouvait être ridicule ;
heureusement que, morte, aujourd'hui, elle ne le fait plus), je dis tout
simplement que ce qui nous rendait heureux à trente ans, vingt ans et
même dix, continue à nous rendre heures à cinquante, soixante et, si je
me fie à mon père, je crois que c'est le genre de chose qu'on traîne
avec soi toute sa vie.
Et
Mick Jagger dans tout ça ? - Ben, s'il repasse dans mon coin,
lorsqu'ils auront soixante-dix ans, je pense que j'irai le voir avec,
quand même, de nouveaux yeux ;
Je ne
regarderai pas ce qui se passe dans la salle !
Parce que, la dernière fois, c'était pathétique ; je suis parti avant la
fin.-
Y'avait là un bonhomme de cinquante-cinq ans qui avait l'air d'un vieux
drogué de quatre-vingt-cinq (pas 1985 mais 85 ans) et qui dansait dans les allées...
