De souliers, de
navires, de cire à cacheter...
J'ai cherché
longtemps une traduction adéquate de l'expression anglaise «small talk».
Le Larousse m'a proposé «papotage», «bavardage» ;
le
Robert, «caquetage», avec, en prime, une citation de Stendhal
: «Quel ennuyeux et insignifiant caquetage que la conversation
quand elle n'est pas dirigée». Au Canada, j'ai retrouvé «placotage» [*]
mais aucune de ces traductions m'a plu. - La plupart, à mon avis,
laisse sous-entendre (sauf la citation de Stendhal) qu'il s'agit là
d'une activité au cours de laquelle on tient des propos indiscrets
voir même médisants. - J'ai même lu «ragots» comme si le «small
talk» était une chose qui tenait de la presque calomnie.
C'est en
fréquentant - et assidûment, je tiens à le dire - les cafés,
en France, les pubs en Angleterre et les bars en Amérique que j'ai
compris qu'entre le «small talk» à l'anglaise et le «bavardage»
(ou le «caquetage») à la française il y avait une
différence irréconciliable du fait que les anglophones et les
francophones non seulement ne parlent pas la même langue mais quand
ils utilisent la leur, c'est pour dire des choses complètement
différentes.
L'Anglais,
quand on y pense bien comme il faut, peut vous entretenir pendant
des heures sans jamais vous dire quoi que ce soit. Un peu à la
manière des politiciens de tous les pays avec cette exception qui
consiste à ne pas avoir de sujets précis. Son «How are you ?»
(traduit en Américain par un «Hi !» des plus significatifs)
n'appellent aucune réponse. On peut répondre, c'est sûr, mais par
une réponse qui, autant que possible, ne signifiera rien : «Fine, thanks, and
you ?», soit par une réponse qui se termine par la même question. - Bien emmerdant
celui qui oserait répondre autre chose.
Les Français,
quand à eux, mis à part leur éternelle poignée de mains
[**],
ne sauraient se contenter de répondre simplement à une question
semblable ou, s'ils réussissent à ce faire, vous entraîneront vite
sur leur préoccupation de la journée : les élections, le foot ou ce
qui a été publié en première page du quotidien local. - Que vous
soyez amis de longues dates ou qu'on vienne de vous présenter à l'un
d'entre eux, vous saurez très vite de quelle couleur est son fanion
Tout ça pour
dire que le «small talk», qu'il soit «papotage», «bavardage»,
«caquetage» ou «ragots» m'a toujours ennuyé et si j'ai
peu d'amis dans les cafés, pubs ou bars, c'est que je deviens vite
impoli quand je tombe dans une marmite de ce genre. - Je suis comme
l'entomologiste marié à une étymologiste qui, eux, non plus, n'avaient
pas d'amis.
[*]
Il existe
un hebdomadaire près de Québec qui porte le joli nom de : «Le
Placoteux de Lislet».
[**]
Sachez qu'en Angleterre, notamment, quand on a serré la main
d'une personne, c'est pour la vie.
