Sanctimonious
bastards
En
anglais, on dit qu'ils sont «sanctimonious» ou que ce sont de «sanctimonious
bastards». Larousse traduit «sanctimonious» par «moralisteur» et,
appliqué à des «bastards», on serait porter à croire que ce sont des
«salauds moralisateurs». Or, il n'en est rien car le mot «sanctimonious» veut également dire
«pompeux» comme dans «pompous windbags» ou encore «holier
than thou» qui ne veut pas dire «plus saint que toi» mais
bien «meilleur [que
toi]» et «meilleur [que toi] parce que je sais utiliser la vieille
forme du «tu» anglais». - Bref : on pourrait dire, d'eux que
ce sont des gens qui se prennent pour d'autres, marchent à deux pieds
du sol tout en étant convaincus qu'il se dégage de leur personne une
importance qui est non seulement méritée mais si évidente qu'on devrait
les saluer au passage. - Tout un programme mais le
plus grave c'est qu'il y en a et tout comme
les homosexuels qui ne se reproduisent pas mais dont le nombre ne cesse
d'augmenter, c'est qu'ils sont aussi nombreux qu'ils étaient quand
j'étais jeune.
C'est au coeur du quartier des affaires que, pour la première fois j'en ai vus, il y a des années
de ça. - À l'époque, ce quartier était situé dans ce qui est
convenu aujourd'hui d'appeler «le Vieux Montréal», rues Saint-Jacques,
Notre-Dame, entre la rue Craig et le fleuve. Ils sont déménagés, depuis
ce temps-là, rue de Maisonneuve, boulevard René-Levesque quoiqu'il en
reste encore aux alentours de la Place Victoria. - Les seconds venaient
de Toronto où, sans doute à cause de leur protestant upbringing, ils
étaient plus nombreux. - Aujourd'hui, je dirais qu'ils sont partout. À
Paris (et comment !), à Londres ou même à Dallas où j'étais la semaine
dernière. - Moins «convenablement» vêtus que leurs prédécesseurs qui, eux,
portaient des complets trois pièces gris ou bleus avec une petite ligne
blanche, ils ont l'air de vouloir s'adapter aux contingences de la mode
mais il suffit de les écouter quelque peu ou les regarder marcher pour
les déceler, à deux cents mètres où qu'ils soient.
Dans les avions - parce que ces gens-là sont toujours pressés et leur
présence est urgemment requise ailleurs -, ils ont invariablement un
rapport important à lire ou un chiffrier à examiner. La plupart ont des
ordinateurs où seuls des logiciels de courriel, Excel et un agenda ont
le droit d'être présents. Leur journal, c'est celui des Affaires, le
Monde Diplomatique ou le Wall Street Journal et s'ils lisent un livre,
c'est généralement le Best Seller courant ou la biographie d'un homme
célèbre. (Non mais vous en connaissez, vous, des gens qui ont lu la
biographie de Bill Clinton ?)
Au
Canada Français, on dit qu'ils sont «constipés» mais pas de le sens de
«mal à l'aise» ou «embarrassé» (dixit encore une fois le Larousse) :
dans celui de «constipant». Sans doute à cause de la façon qu'ils se
déplacent. - Qu'importe : comme il est certain que vous en avez déjà
rencontrés, je n'ai plus besoin de les décrire plus amplement.
Faut pas leur jeter des pierres : c'est à cause d'eux que le monde, tel
qu'un hypocrite pourrait le concevoir, existe. Et ils expliquent, par
leur seule existence, les incivilisés, les contestataires, les étudiants
avec des pancartes dans les rues, les oubliés.
Quand j'étais jeune, on m'enseignant (pas eux !) que c'était à cause des
religieux, des politiciens, des juifs (aujourd'hui, on dit à cause des
musulmans). Que voulez-vous ? Faut bien blâmer quelqu'un !
À
mon âge, quand je regarde ces «pompous windbags», ces «sanctimonious
bastards», ces «holier
than thou», je me dis qu'ils font pitié. Croire,
comme ils le font, que leur existence va changer quelque chose. - Je ne
suis pas le Christ et je ne vous dirai pas d'aimer tout le monde mais je
ne suis pas Satan non plus : je ne vous dirai pas qui haïr. Entre les
skinheads qui me regardent de haut et ces hommes d'affaires au complet
gris, mon coeur balance.
