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Numéro hors-série

             


Marcel Proust

À la recherche du Temps perdu

Notes et commentaires

Copernique Marshall et Paul Dubé

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Appendice II-C

Léon Pierre-Quint - Marcel Proust, sa vie, son oeuvre - Édition du Sagittaire

Préface de 1936

J'ai commencé jadis cette étude pour exprimer ma reconnaissance à l'auteur, pour mettre au point, en quelque sorte, mes rapports personnels entre ses livres et moi. C'est dire qu'à l'origine, ce n'est pas en critique littéraire que j'ai abordé son oeuvre, mais qu'au contraire, c'est mon étude sur cette ceuvre qui m'a amené à la critique.

Puis, lorsque j'ai pu disposer d'un certain éloignement dans le temps, j'ai voulu juger l'ensemble de ce vaste roman-confession. C'est alors que les réimpressions successives de ce présent ouvrage m'ont permis de le compléter par une nouvelle étude : Le Comique et le Mystère chez Proust. J'y ai analysé la psychologie de l'auteur comme d'autres ont analysé celle d'un Stendhal ou d'un Balzac, estimant que Proust avait désormais sa place, dans la littérature française, à côté des plus grands romanciers.

A présent, dix années se sont écoulées. Je suis frappé par l'attitude du public, même cultivé, qui semble se désintéresser d'un écrivain pour lequel il s'est passionné. Certes, après tout engouement une réaction devient fatale. Mais je me suis demandé si le recul actuel de l'ceuvre de Proust ne correspond pas à un recul général, dans notre société, de l'art lui-même, dont l'importance paraît diminuer chaque jour, surtout depuis la « crise ». Recul passager sans doute. C'est pour m'efforcer d'élucider cette question que j'ai relu A la Recherche du Temps Perdu, et que j'ai été amené à confronter d'anciens souvenirs aux impressions de ma relecture. La présente réédition de cet ouvrage se trouve ainsi augmentée encore de deux chapitres : Une nouvelle lecture dix ans plustard ; - Proust et la jeunesse d'aujourd'hui.

Enfin j'ai ajouté des Remarques sur les derniers mois de la vie de Proust, parues jadis en revue, et que Paul Souday m'avait, à ce moment-là, conseillé de joindre au présent volume (*).

(*) Les premières éditions comportaient, en appendice, un texte qui n'y figure plus : une bibliographie sommaire, qui, développée et complétée par d'autres documents, a fait l'objet d'un ouvrage séparé : Comment travaillait Marcel Proust (Editions des Cahiers Libres). D'autre part les passages des lettres de Proust, qui sont placés à la fin du présent volume, sont extraits d'une correspondance, qui a paru, complète, en un ouvrage séparé, accompagnée de commentaires et sous le titre de : Lettres de Proust à Léon Blum, Bernard Grasset et Louis Brun (Éditions du Sagittaire).

Tel quel, celui-ci présente quelques répétitions et même peut-être d'apparentes contradictions. Mais j'ai décidé de ne retoucher à aucune de ses parties. S'il manque d'unité, il prouve au moins qu'une ceuvre comme celle de Proust n'a cessé de rester vivante dans la durée, puisque chaque nouveau contact avec elle m'a permis de l'envisager sous un angle de vue différent, d'y trouver des réponses à des problèmes d'actualité, de la rattacher aux circonstances du moment. Et sans doute les générations de l'avenir y découvriront encore des aspects inédits, correspondant à leurs propres préoccupations...

Au demeurant, je ne veux pas exagérer la diversité des jugements exposés dans ce livre. Sans doute, ils reposent sur une conception de la vie qui a évolué, et qui, notamment, attribue aujourd'hui autant de valeur et d'intérêt à la société qu'à l'individu. Certaines perspectives se trouvent, de ce fait, déplacées. Cependant, et je le prévoyais dans ma première Introduction, mon point de vue fondamental sur l'oeuvre de Proust envisagée en elle-même, ne s'est guère modifié. C'est pourquoi je considère désormais cet ouvrage comme achevé.

L. P.-Q.

Retour à Proust - Série numéro 2