Volume XXIX, n° 3

Le seul hebdomadaire de la région publié une fois par mois
  Deuxième édition 
(Lédition corrigée, destinée au marché américain, paraît le jeudi.)

Le lundi 6 novembre 2017



(Les jumelles fantômatiques du film Shining de Stanley Kubric d'après le roman de Stephen King -1980)

Novembre

Mois des morts.

L'Homme rapaillé, le Journal de l'abbé Mugnier, écrire et publier, -  Les femmes savantes et mentir. - Stream of consciousness, Euripide, Swiffers® et éducationnement. - XIXth Century candles, horses, ice boxes, books and readers plus all you can read in a lifetime. - Sur l'anglaise langue, en anglais ofcoursément - Quelques folles au tennis. - Une inquiétante Anne Sylvestre et un tendre Beethoven. - John Le Carré, Keith Olberman, André Gide et Bertrand Russell. Sans oublier le courrier, la dédicace et le mot de la fin. - Oh ! What intellectuals we have become...

Bonne lecture !

À noter quand même :

Les numéros hors-série du Castor (sur Schubert et Proust) sont présentement en révision (corrections, ajouts, etc.) quoique toujours disponibles. - La troisième série sur Proust devrait paraître d'ici le milieu du mois (*) . - Quant aux podcasts de l'Anthologie de la chanson française diffusée les lundis de neuf heures à midi sur Radiophile.ca, ils sont dorénavant disponibles à l'adresse qui suit : www.udenap.com.

(*) Ajout au 23 novembre 2017 : 

Nos pages sur Proust ont été complètement remaniées. Un dernier volet leur a été ajouté : Proust en traduction. - Voir ICI.

BLANC

 



Note : Les chroniques précédentes de nos correspondants peuvent être consultées en cliquant sur ce lien

 
      Simon Popp

Publier...

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt et un intéret non feint, comme il le dit souvent lui-même, la chronique de Monsieur Pérec du mois dernier, cclle dans laquelle il a décrit ses lectures et d'où est venu son attirance vers certains auteurs, plus particulièrement ceux qui étaient à la mode à son «époque» même si cette époque n'est pas très éloignée de la mienne. J'ai`notamment apprécié sa remarque à peine voilée qu'on a beau vivre longtemps, l'on reste toujours accroché à certains styles qui découlent : un, de la langue (ou des langues) que l'on a apprise(s) quand on était jeune et deux, d'une manière qu'on nous a enseigné à lire ou. également, à écouter de la musique. 

C'est le genre de réflexions qui me sont venues quand je suis rentré chez mon libraire favori il y a une semaine d'où je suis sorti avec une brique de 900 pages sur Gaston Miron (1) et le journal d'un obscur abbé habitué des salons du début du siècle dernier (2) tout en me demandant quand j'allais avoir le temps de lire tout ça quand d'autres livres m'attendaient à la maison dont un livre d'essais de Christopher Hitchens (3).

(1) Gaston Miron, La vie d'un homme de Pierre Nepveu - Édition Boréal - 2011

(2) Journal de l'abbé Mugnier - 1879-1939 - Mercure de France - 1985

(3) Arguably - Christopher Hitchens - Hachette Book Group (Twelve) - 2012.

                             

Chose certaine, je ne lirai pas, sauf pour le dernier, ces trois livres ligne par ligne. Je vais plutôt en prendre connaissance et sauterai par dessus les passages qui ne manqueront pas de... ne pas m'intéresser. Pour cela, je ferai, comme je l'ai fait pour le Journal des Goncourt : je vais me fier à leurs index ; et, dans le cas du Miron, aux titres des chapitres parmi lesquels je vais assurément sauter par dessus son enfance dans les pays d'en haut et probablement ne lire que les épisodes qui ont précédé et suivi son Homme rapaillé.

(Je suis proustien dans mes lectures et, conséquemment contre-sainte-beuvien (!) : je ne vois pas ce que l'enfance de Gaston Miron pourrait m'aider à comprendre sa poésie, mais cela pourra faire l'objet d'une longue discussion.)

Cependant, tandis que j'étais chez mon libraire, une question m'est venue ; «Qu'est-ce qui pousse tant de gens à tenir absolument à se faire publier ?» (Surtout quand ils tiennent bêtement à mettre dans les mains de tous et chacun les histoires de leur ennuyante petite vie dans d'ininterressantes biographies, la plupart du temps mal écrites.) -  Remarquez que je n'ai pas dit «écrire», mais «se faire publier» ; comme si ce qui découle d'un acte qui consiste à mettre en ordre ses idées,  en les mettant par écrit, seul, chez soi, généralement la nuit (alors que les autres dorment après avoir couru des marathons, fait du jardinage ou regarder tout ce qui bougeait à la télé), devait, un jour ou l'autre, être relié en volumes pour être vendu, étalé dans une quelconque vitrine et finalement être pilonné faute d'acheteurs ou de lecteurs.

Combien de gens lisent votre Castor™ ? est une question qu'on nous pose souvent. Et qui sont-ils, ceux qui nous suivent depuis, dans certains cas, des années  ? - Nous n'en avons aucune idée sauf nos amis proches qui nous disent régulièrement qu'ils ne lisent pas tout. - Mille, deux mille ? - Dix, vingt ? Qui sait ? Nous n'en avons peut-être même qu'un ou deux sauf qu'entre-nous - je veux dire entre les chroniqueurs de cet hebdomadaire qui n'est heureusement publié qu'une fois par mois - ce genre de renseignements n'a aucune importance. - Le fait de s'astreindre, régulièrement à l'affligeant travail d'écrivasser nos petites histoires est une source de plénitude (j'allais écrire une source de joie) à laquelle la publication en librairie ne saurait être comparée.

Aussi, quand je vois dans les librairies des étagères, d'autres étagères et encore d'autres étagères débordant de livres dont l'espérance de vie  risque d'être éphémère...

Oui, j'en conviens, on n'écrit pas dans le vide. - On veut au moins que nos expressions, mots et phrases soient sémantiquement, syntaxement, lexiqualement et grammaticalement corrects, c'est-à-dire  compréhensibles ; qu'ils expriment exactement ce que l'on pense et rien d'autres sauf que, considéré ainsi, l'acte d'écrire n'est pas un acte naturel. Il découle du manque de facilité à vivre sa vie au fur et à mesure qu'elle se déroule. c'est-à-dire que, parfois il nous est arrivé de ne pas saisir exactement ce qui se passait au moment où ça se passait, qu'il aurait fallu plus de temps pour dire ce qu'on avait à dire... qu'on était sur le choc d'une mauvaise nouvelle... qu'on ne nous a pas laissé le temps de réagir... et ainsi de suite.

Certains, parmi les plus convaincus que la vraie vie est celle que l'on examine, vous diront le contraire. Mon avis est que la méditation et ce qu'on appelait, quand j'étais jeune, la prière sont des activités entièrement désignées pour ce faire et qu'en conséquence l'écriture ne saurait leur être substituée.

Chacun son plaisir... mais publier ?

Oui. Peut-être. Si l'on tient absolument à être lu. Mais à compte d'auteur uniquement. Si ce que l'on a écrit a un quelconque intérêt, ça se saura assez vite, ce qui. d'ailleurs, a fait le malheur de bien des auteurs. - Car passer par un éditeur... - Et puis d'où vient ce nom d'éditeurs pour qualifier des gens qui font leur argent en faisant imprimer et distribuer le travail des autres ? - Commerçant du livre ou grossiste en papier imprimé sont des titres qui leur iraient mieux. - Gardons celui d'éditeur à ceux qui mettent en ordre les écrits des écrivains sans talent. - Faulkner hurlait, et avec raison, quand on déplaçait ou supprimait la moindre virgule dans ses contes ou romans. "Imprimez, distribuez et fichez-moi la paix" disait-il. -(Existe, de lui, un télégramme très connu dans lequel, après avoir reçu une épreuve qui comportait des modifications de son texte, il s'exprima ainsi : «Goddamn, leave it alone !»)

Disons que, proportionellement, il y a eu, au cours des âges, plus d'écrivains morts de faim que d'éditeurs. - Et, en plus, une maison d'édition, ça se lègue, de père en fils, tandis que l'art d'écrire...

Simon

P.-S. : J'allais oublier. On m'a demandé si j'avais  un lecteur électronique ? Bien sûr. Deux mêmes. Car j'aime bien lire deux livres àen parallèle et passer électroniquement avec un seul lecteur m'embête. Surtout quand je lis deux versions différentes du même livre ou d'un livre dans une langue, traduit dans une autre ; Pline le jeune en latin et en français par exemple.

*** 

Si je mens ?

Stupide question.

Celle qu'on devrait me poser est : "Quand ai-je commence à mentir"... parce que je n'ai pas cessé depuis que j'ai vraiment menti pour la première fois.

J'insiste : vraiment. Aucun rapport avec «qui a lancé la pierre qui a brisé le carreau d'une des fenêtres de la maison du voisin ?» - Celle-là était facile : «ça devait être mon frère.» - J'avais cinq ou six ans. - Non, la question qu'on devrait me poser, c'est, comme je viens de la formuler : "Quand j'ai vraiment commencer à mentir."

Je vais vous le dire tout de suite : "En Belles-lettres". (Voir la chronique de Monsieur Pérec de cette semaine pour savoir ce que c'est.)

J'avais, à ce moment-là un professeur de littérature snob comme huit ; plus snob que Madame Verdurin dans Swann ; plus snob que "lui et tu meurs" comme le veut l'expressions courante. - Il se croyait, je vous le jure, l'envoyé de Dieu sur terre pour enseigner ce qu'était la littérature à de pauvres ignares de seize à dix-huit ans qui n'avaient lu, avant son arrivée, que des Biggles et des Tintin.

Pendant tout un semestre (de septembre à décembre) - attendez que je fasse le calcul : 3,5 mois à 4,33 semaines par mois multipliés par 2 heures par jour, cinq jours par semaine = ± 150 heures  -, pendant, donc, 150 heures, il nous a enseigné les subtilités des "Femmes savantes" de Molière et rien d'autres.

D'un acte à l'autre, scène par scène, vers par vers, personnage par personnage, réplique par réplique. - De quoi vomir d'ennui.

L'ennui, le véritable ennui, c'est que, à six ou sept copains, nous avons très vite compris que ce bonhomme-là n'avait aucun sens de l'humour.

Alors, ce fut le début de ma carrière de menteur :

Quand vint l'heure de l'examen, je lui ai répété ce qu'il nous avait dit.

Et je n'ai pas cessé depuis (de mentir).

Simon

P.-S. : "Toujours pas de blonde, Simon ?" qu'on m'a demandé l'autre jour. "Non, ai-je répondu. Il y a longtemps que j'ai retiré mon cheval de la cavalerie."

 

      Herméningilde Pérec


En voulant relire Euripide

Note : Le premier paragraphe de cette chronique est, comme on me l'a récemment suggéré - histoire de clarifier mes trop souventes fois utilisés passages du coq à l'âne -, ma première tentative du maniement d'un style narratif relativement nouveau (?) qu'on m'a dit être le stream of consciousness. Que le lecteur qui m'y trouvera gauche ou maladroit sache qu'il pourra à sa lecture, sans penser à m'offusquer, passer quand il le voudra au paragraphe suivant.

Ayant récemment visionné Medea de Pier Paolo Passolini  avec Maria Callas dans le rôle titre (ce qui prouve que je ne perds pas toujours mon temps à regarder les trumperies à la télévision), j'ai voulu relire la version originelle d'Euripide et suis tombé sur le Medea de Sénèque. Vous savez où ? Dans ma propre bibliothèque. - Derrière un rayon contenant tous les albums d'Achille Talon ; en compagnie d'une grammaire latine de Petitmangin, un vieux Gaffiot et un exemplaire des Lettres latines de Morrisset et Thénévot. - Un endroit tout désigné pour Jeanne-Marie, ma précieusement femme de ménage, qui y utilisera de sa coutumière façon un batonnet au bout duquel se trouvera un Swiffer™... - Cela, pas le Swiffer™, mais plus précisément le Gaffiot, m'a fait me demander si l'on enseignait toujours le latin ou le grec ancien dans les établissments scolaires  ; plus exactement ce que l'on enseignait au juste au primaire, secondaire et tertiaire ou collégial (CEGEP) depuis que l'on a, à la fin des années soixante,  réformé le système d'enseignement dans notre Belle Province (suite au rapport Parent). - Et de là, je suis passé à ce qu'on enseignait dans mon temps.

Pour tout dire, l'étudiant que j'étais avait très peu de choix. C'était sept ans au primaire, quatre ans au secondaire ou, pour ceux qui désiraient faire des études universitaires, huit ans, suite au primaire, d'un cours dit "classique" dont les classes se nommaient : Éléments latin, Syntaxe, Méthode, Versification, Belles-lettres, Rhétorique, Philo[sophie] I et Philo[sophie] II. - À la fin de cette deuxième option, on vous décernait un diplôme appelé Baccalauréat ès Art (B.A.). - Dans l'autre cas, on vous remettait un certificat d'études dites secondaires, l'équivalent du fameux High School Diploma si essentiel pour devenir commis dans une compagnie d'assurance, fonctionnaire ou policier. -  Existait une troisième voie : c'était celle de remplacer les deux dernières années du classique par une série de cours dit Philo-Pédagie I et II ; cela donnait droit à un Baccalauréat en Pédagogie (B.Ped.) qui limitait cependant ses futures études à presque exclusivement la pédagogie où, après l'obtention d'une maîtrise, on pouvait penser à se spécialiser. En histoire, par exemple, afin d'enseigner à d'autres comment enseigner l'histoire.

Le classique n'avait qu'une seule variante : on pouvait le faire en latin ou en latin-et-grec. Mes parents ayant  choisi pour ma modeste personne cette dernière option,  j'ai donc fait mes études tertiaires dans ces deux langues.... mortes. Un hic : avec les années, je serais bien embêté aujourd'hui de lire quoi que ce soit en grec ; c'est à peine si je reconnais encore son alphabet et quelques mots ou expressions qui me sont restés ; dont l'inoubliable Gnothi seauton (Γνῶθι σεαυτόν) attribué à tort à Socrate. - Et c'est ainsi que je suis passé au Médée de Corneille que j'ai retrouvé en format pdf sur Internet :

/http://www.theatre-classique.fr/pages/pdf/CORNEILLEP_MEDEE.pdf

J'y reviendrai car, pour le moment, tout comme Jeff il n'y a pas très longtemps, je voudrais rester sur le sujet de ce que l'on enseigne vraiment dans les établissement scolaires d'aujourd'hui. Il (Jeff) se le demandait lui-même ayant constaté que les manuels utilisés par sa plus jeune (Matisse) n'avaient aucun rapport avec ceux qu'avaient utilisés ses deux frères, nés deux ans et quatre ans plus tôt. Quant à sa plus vieille (Alysée) qui termine cette année son secondaire, il m'a avoué que, même avec son diplôme d'études collégiales (DEC), il aurait certaines difficultés à l'aider dans la rédaction des travaux qu'on lui impose, précisant qu'elle était nulle en géométrie.

Ce qui m'amène à penser que :

Il serait surprenant qu'on enseigne encore aujourd'hui les mathématiques. Enfin : depuis la venue des calculettes. - Ni à lire puisqu'il y a des docus sur tout à la télé et la plupart des grands romans ou pièces de théâtre ont été filmés. - Ni à écrire, sauf avec des abréviations comme A+. LOL, DSL, MSG, OQP... - La géographie, non plus : y'a des Garmin pour vous dire par où aller. - L'histoire ? À quoi bon : elle change de jour en jour. - Une langue seconde ? Qu'on le sache : quelle que soit la langue apprise à la maison, lorsque l'on se met à l'étudier cette langue devient, pour les adolescents d'aujourd'hui, une langue seconde.

Restent comment se servir d'un téléphone intelligent et la danse. Ce qui fait de moi un vieillard et comme les vieillards ne sont jamais jeunes...

Herméningilde Pérec

 

       Copernique Marshall

On Readers

I can't understand why people stick to books, magazines and newspapers when what they read is most likely available on electronic readers which weigh less than a small paperback. They remind me (I think Simon mentioned something along these lines some time ago) of early 2Oth century folks who stuck to candles and horses, and subsequently to ice boxes. - Curiously, most of the people who insist on reading printed newspaper or paperbacks believe in recycling, ecology and global warming but pay little or no attention to the trees and energy it takes to print whatever they want to  read. - One thing is sure : when their favorite newspaper will disapears - and most will - just like La Presse did not too long ago, they'll have no choice : either buy a tablet or a reader or be as misinformed as they were before ; but by then they might consider reading Le Monde, The London or New York Times or the Washington Post, even The Guardian while they're at it. Most for pennies a month. - And, by the way, exist better paper than newspaper to wrap fish n' chips.

And please don't mention the psychological factors or the habits that persist and impossible to get rid of, or the smell, or the touch, or the sight of beautiful bookcases filled with leather bound books and assorted bibelots. Go to your local library or a museum for that and think, just think of the cost involved in printing, distributing and recycling your paper junk. Or, are you the type that would close down the Internet and build more librairies ?

For 80 $, one can buy one of the best readers on the market : the Kindle E-reader. Wanna go into the all-time best ? Try the Kindle Paperwhite. It'll set you back 140 $ which is the average price of a single La Pléiade volume.  - And once you own a Kindle, you'll be able to buy hundreds of books for or less than 2 $ (two dollars !) on Amazon. - What books ? - How about the complete works of :Proust, Joyce, Oscar Wilde, Molière or Shakespeare at 3 $ per author - not per book, per author (that was no typo) - all of which which you'll be able to carry about everywhere including - free of charge with most readers - an English-French-English dictionary or a free English or French dictionary or both or all three. - Best sellers are now being sold for half or a bit more than half the price or their paper edition : instantly, no delivery charge, no trip to the bookstore or whatever they're called nowadays as they've become stores where you'll find more gift items, toys and games they actual books.. - And besides that, you'll find thousands of free books on the WEB (check out the Gutenberg site). - How nany can you store in a reader ? Several ? A couple of dozens ?  Hundreds ? - Thousands, actually : an entire personal library which, in many case, is what some people won't read  unless they live to be 150 years old.

Copernique

 

       Jeff Bollinger


Sur la langue toujours

Un commentaire sur un documentaire que l'on peut regarder sur You Tube.

Attention : on n'y parle pas de la française langue, mais de l'anglaise...

En Anglais, ofcoursément.

Between You and I the English Language is Going to the Dogs

(Filmed at the Royal Geographical Society on 5th March 2014.)

The English language is going to the dogs. "Between you and I" is just one of the howlers those of us with linguistic sensibilities have to endure. The distinctions between words such as 'infer' and 'imply', and 'uninterested' and 'disinterested' are disappearing. Americanisms such as 'gotten', 'different than' and 'can I get..?' abound. Every office resounds with horrible new jargon such as 'going forward', 'deliverables', 'touch base' and 'heads up'. Infinitives are split, participles dangle. Language is based on established practice and rules. When the rules are continually (and that isn't continuously) broken, the language suffers and those who care suffer too.

That's the line taken by the so-called sticklers in this debate, but they are mistaken according to laissez faire linguists. English wasn't set in stone by 19th-century grammarians -- the kind who decreed it's wrong to split an infinitive in English just because you can't in Latin. Language changes but that doesn't mean it's in decline. Traditionalists may argue that digital technology has a pernicious effect on language, but in fact children who text a lot have higher rates of literacy. And it's hard to deny that Facebook, Twitter and email have enriched the expressiveness of our language: ten years ago who could have written "OMG he's RPd my selfie!!"

Ce documentaire est à cette adresse :

https://www.youtube.com/watch?v=MMcSOCuszkw

Jeff

P.-S. : Court cette semaine ? Oui. Y'a des élections et quelqu'un doit garder les enfants.

 

De vraies folles

C'est M***, ma chum de tennis, qui a commencé. Nous étions, elle, nos deux adversaires et moi, assises au café, sur la mezzanine de notre club (au-dessus des quatre courts) quand j'ai demandé qui était le beau blond musclé qui jouait sur le numéro un. Elle m'a répondu : «Perds pas ton temps : il a déjà un chum.» 

Les autres ont continué : 

- «Et celui en vert, sur le numéro trois, a de petites mains.» 

- «Tu le connais, toi aussi ? Une demi-heure de taponnage suivi de deux minutes.» 

- «J'ai connu pire : deux minutes de taponnage et une heure.» 

- «Et celui avec des lunettes, au fond ?» 

- «Monsieur parle, parle, jase, jase.» 

- «J' connais : beau parleur, p'tit faiseux.» 

- «Y'a pire : sport, p'tite vite, sport, p'tite vite et nouvelles à onze heures.» 

- «Moi, mon pire, ça a été un professeur à l'U***. Savait tout mais connaissait rien. Même pas capable de planter un clou ou d'ouvrir une bouteille de vin.» 

- «Moi, j'suis déjà sorti avec un connaisseur en vins. M' a fait honte dans tous les restaurants.» 

- «Au moins, il buvait. Y'a rien de pire qu'un gars qui fume pas, boit pas, sort pas. Et végétarien.»

- «Végétarien et fréquentateur de gyms.»

- «Oh parlez-moi pas des gyms. Je suis déjà sorti avec un gars qui était abonné à deux et qui y allait  juste pour voir des filles en collant.» 

- «Du genre de ceux qui flirtent avec n'importe quoi, y compris les poignées de porte.»

- «T'as dû sortir avec mon ex !»

- «Non : ceux-là on les reconnaît assez vite. Ce sont les mêmes qui n'arrêtent pas de se regarder.»

- «T'as ben raison : un homme qu'on n'est pas capable de séduire de temps en temps, c'est bien ennuyant.»

Ça a continué comme ça un bon bon bout de temps, mais l'heure est arrivée et il a fallu retourner à nos chums.

Le mien m'a raconté quelque chose de semblable. M'a parlé d'un cahier que lui et ses chums avaient laissé dans un bar et dans lequel chacun écrivait au jour le jour ce que tout homme en couple avait entendu au moins une fois dans sa vie :

- «T'es pas pour sortir habillé comme ça.»

- «On sait ben : c'est ma mère.»

- «C'est son dernier : on s'en va.»

- «Qu'est-ce que t'as fait ? Y'est six heures.»

- «Tu trouves pas que je suis grosse dans cette jupe-là ? »

- «On va être les derniers arrivés.»

- «Vas-tu finir par la jeter, cette vieille chemise-là !»

... et ainsi de suite.

Mon chum ? Il n'arrête pas de parler de son ex qu'il appelle «Madame Tara». - «Madame Tara»  parce qu'elle n'arrêtait jamais de dire : «Tara dû tourner à droite.» - «Tara dû faire des réservations.» - «Tara pu t'renseigner.»...

Jara dû faire une religieuse.

Georges

 

        Fawzi Malhasti


Page choisie

Que je sois née d'hier ou d'avant le déluge
J'ai souvent l'impression de tout recommencer
Quand j'ai pris ma revanche ou bien trouvé refuge
Dans mes chansons toujours j'ai voulu exister
Que vous sachiez de moi ce que j'en veux bien dire
Que vous soyez fidèle ou bien simple passant
Et que nous en soyons juste au premier sourire
Sachez ce qui pour moi est le plus important
Oui le plus important

Écrire pour ne pas mourir
Écrire sagesse ou délire
Écrire pour tenter de dire
Dire tout ce qui m'a blessée
Dire tout ce qui m'a sauvée
Écrire et me débarrasser
Écrire pour ne pas sombrer
Écrire au lieu de tournoyer
Écrire et ne jamais pleurer
Rien que des larmes de stylo
Qui viennent se changer en mots
Pour me tenir le coeur au chaud

Que je vive cent ans ou bien quelques décades
Je ne supporte pas de voir le temps passer
On arpente sa vie au pas de promenade
Et puis on s'aperçoit qu'il faudra se presser
Que vous soyez tranquille ou bien plein d'inquiétude
Ce que je vais vous dire vous le comprendrez
En mettant bout à bout toutes nos solitudes
On pourrait se sentir un peu moins effrayés
Un peu moins effrayé

Écrire pour ne pas mourir
Écrire tendresse ou plaisir
Écrire pour tenter de dire
Dire tout ce que j'ai compris
Dire l'amour et le mépris
Écrire me sauver de l'oubli
Écrire pour tout raconter
Écrire au lieu de regretter
Écrire et ne rien oublier
Et même inventer quelques rêves
De ceux qui empêchent qu'on crève
Quand l'écriture un jour s'achève

Qu'on m'écoute en passant d'une oreille distraite,
Ou qu'on ait l'impression de trop me ressembler
Je voudrais que ces mots qui me sont une fête
On n'se dépêche pas d'aller les oublier
Que vous soyez critique ou plein de bienveillance
Je ne recherche pas toujours ce qui vous plaît
Quand je soigne mes mots c'est à moi que je pense
Je veux me regarder sans honte et sans regrets
Sans honte et sans regrets

Écrire pour ne pas mourir
Écrire grimace et sourire
Écrire et ne pas me dédire
Écrire ce que je n'ai su faire
Dire pour ne pas me défaire
Écrire pour habiller ma colère
Écrire pour être égoïste
Écrire ce qui me résiste
Écrire et ne pas vivre triste
Et me dissoudre dans les mots
Qu'ils soient ma joie et mon repos
Écrire et pas me foutre à l'eau

Et me dissoudre dans les mots
Qu'ils soient ma joie et mon repos
Écrire et pas me foutre à l'eau

Anne Sylvestre

Fawzi

 

         De notre disc jockey - Paul Dubé


Tendre Beethoven

La radio, les concerts et la télévision nous ont trop habitués à nous imaginer Beethoven qu'en fougeux compositeur avec le da-da-da-dam de sa cinquième ou son explosive neuvième. C'était pourtant un grand tendre. Suffit d'écouter quelques unes de ses sonates dont la suivante (Opus 27, numéro 2, deuxième mouvement) :

Cliquez sur la note : Second

C'était joué par Wladimir Horowitz en 1972, il y a... quarante-cinq ans.

À ce propos, Monsieur Perec (Hermy) avait raison le mois dernier quand il disait que, quoiqu'on fasse, nous finissons tous par apartenir à une génération, une période dans le temps qui ne s'étire pas au-delà d'une trentaine - je dirais même une vingtaine - d'années. Je m'en aperçois quand je jette un coup d'oeil sur ma discothèque dont les enregistrements (je me suis débarrassé de mes 45t, 33t et 78t, de mes cassettes et de mes rubans, les ayant tous transformés en fichiers mp3) datent de 30, 40 et même 50 ans et qui - ma discothèque - comprend peu de nouveautés : une vingtaine au gros max.. - Car... combien de versions peut-on vraiment posséder des variations Goldberg, des symphonies de Mahler ou des quatuors de Debussy et Ravel ? - Hé oui, même Martha Argerich n'a plus vingt ans. Et le Pet Sounds des Beach Boys a eu cinquante ans l'an dernier.

Notes : 

1) pour nos suggestions et enregistrements précédents, cliquez ICI.

2) pour nos émissions de radio, cliquez ICI.

paul

Book Review - Lectures


John Le Carré - A Legacy of Spies
Penguin - Random House, September 2017

Speaking not too long ago to an old friend of mine I was surprised to hear myself say that I went from books to books always trying to find those that pleased me. I said surprised because I always thought that in the back of my head I had a kind of reading plan that directed me towards good books based on an hypothetical sixth sense of which I was unaware. And to say outloud that I only read the books that I like didn't make sense either considering the heavy stuff to which I subject myself regularly.

The truth is I don't read books. I read words, sentences even punctuations never trying to figure out, for example, what a landscape, house or room might look like in the real world or how a character walks, sounds like or sits down based on his description. In other words, I'm more interested in how things, situations or plots are described than on the things, situations or plots in themselves. Except for Le Carré.

Le Carré, for me, is a master of both style and content. Perhaps it has something to do with the fact that his world is totally different than every other writers'. He deals with spies, secret service, espionage, foreign agents, lies, misrepresentations, betrayal and deceit which is something that "regular" authors don't usually deal with. So, there I was a week ago, sitting down after supper, thinking I would spend the next three or four nights reading - I had received it that morning - Le Carré's latest book, A Legacy of Spies, which deals mainly with something I read, for the first time, several years ago : The Spy Who Came in from the Cold ; as well as characters such as Peter Guillam, Toby Esterhase, Bill Hayden, Roy Bland and, of course, Control, George Smiley and Alec Leamas with which, over the years, I've become very familiar.

And what happened, as it does occasionaly, I finished it in one session which lasted until two o'clock in the morning.

The story is simple : Alec Leamas' son (Leamas, if you remember, is the main character in The Spy Who Came in from the Cold) who recently found out how his father had died threatens to expose the British secret service in parliamant and courts along with the daughter of Leamas's girl companion who died at his side. - And it's a one way ticket to the old cold war with Peter Guillam, now an old man with hearing problems, being called back to London to explain why a whole lot of documents have disapeared, how they did and what really happened at the time and the role he had played in an operation called "Windfall" which lead to Leamas' death.

Sure enough, the master of double-and-triple contradictory plots (of which The Spy Who Came in from the Cold is a perfect example), at 86, outdid himself, again, adding other layers of real truths over and above those that explained fifty four years ago why Leamas was killed during a mission in East Germany.

Problem is : if you haven't read The Spy Who Came in from the Cold (1963) and the Smiley versus Karla trilogy which is made up of Tinker Tailor Soldier Spy (1974), The Honourable Schoolboy (1977) and Smiley's People (1979), you might find A Legacy of Spies a bit confusing. Even I, who have read all four at least twice but some years ago had to check up characters' names a couple of time on the Internet to make sure I was understanding certain facts outlined or referred to in Legacy. However, the book can be read without going into such details. I do suggest, however, if you got the time to go back to Smiley's, if you don't want to be fooled by the master thinker of it all.

Was I fooled ? Of course, I was.

One of Le Carré's best books... with a caveat :

I wouldn't have written anything beyond the 13th or penultimate chapter, that is from the sentence beginning with "From Paris I took a train to...", but the last chapter is ok.

Telling you why would be a spoiler.

To read more about this and other novels written by Le Carré, check out a few short introductions to his best stuff in an article entitled Espionage 101 - How ro Read John Le Carré written by Keith Price and published in the Signature Internet Magazine at the following address :

http://www.signature-reads.com/2017/09/espionage-101-read-john-le-carre/

Copernique

P.-S. : Why did I mentioned at the beginning of the above that, in reading, I never try to figure out "...what a landscape, house or room looks like or how characters walk, sound like or simply sit down" [based on his or their description] ? Because Le Carré. Damnit, he's the only writer that forces me to do precisely that to the point that George Smiley is not a character for me : he is a living human who, if he happened to walk into my favorite bar, I would recognize immediately which is something I can't say about le baron de Charlus, Bloom or even Jean Valjean.

***

Trump is F*cking Crazy (This is not joke) - Keith Olbermann
Blue Rider Press ( Penguin - Random House), 2017

Ayant été surpris, récemment, en train de lire ce dernier livre de ce très contesté commentateur américain (surtout par les Républicains), un ami m'a demandé : "Mais depuis quand tu t'intéresses à la politique, toi ?". Je n'ai pas su lui répondre sur le coup, mais j'ai eu le temps d'y penser depuis : j'en suis venu à la conclusion que je continuais à ne pas m'y intéresser parce que j'ai toujour été convaincu qu'elle ne serait jamais un sujet de réflexions intéressant.

Le trajet d'un homme politique m'a toujours fait penser à quelqu'un qui, de Montréal songeait à se rendre à Québec et dont le trajet (la vie) allait être décrite en énonçant les villes et villages qu'il avait traversés, les gens avec qui il s'était entretenu. les endroits où il s'était arrêté et l'inévitable embûche (une crevaison ou quelque choe de semblable) à laquelle il allait dû faire face au cours de sa carrière ; carrière qui n'avait pas servi à grand chose sinon se rendre de Montréal à Québec.

Ces gens-là, comme disait Brel....

Y'a quelques exceptions : Alexandre le Grand, César, Charlemagne, Louis XIV, Washington, Napoléon, Lincoln et, plus près de nous, Hitler, Mao et Staline. Mais ce furent des hommes de certaines époques qui méritent d'être étudiées quoique, parlant d'époque, je finis toujours par penser à notre Révolution Tranquille... qu'on attribue encore aujour à un certain Jean Lesage et à son équipe "du tonnerre" !

Foutaise ! Foutaise ! que je me suis toujours dit : lui et son équipe et la plupart de tous ceux que j'ai mentionnés au paragraphe précédent n'étaient pas plus exceptionnels que des êtres normaux, tout comme ceux, entre autres, qui sont passés par la littérature, les sciences ou l'économie. Ils n'ont fait qu'apposer leur sceau d'originalité sur un courant de pensées.

Prenez ce Lesage... - Vous pensez vraiment que ce bonhomme-là, qui a traité ses électeurs de "gens ignorants", a vraiment transformé la très catholique Province de Québec en une Province séculaire en l'espace de quatre ou cinq ans ? - J'étais là. - Nous étions, bien avant son arrivée, tous devenus conscients du joug imposé par les curés du temps (dont les plus jeunes membres déjà sentaient la venue imminente d'un Jean XXIII). Il a suffit que quelqu'un dise : "Vous n'êtes plus obligé, vraiment, d'aller à la messe tous les dimanches" pour que la civilisation que nous connaissions changeat.

"À bas la monarchie !", "À bas la tyrannie !", "À bas la bourgeoisie !"... ne sont pas des cris qui apparaissent tout à coup dans un désert d'idées.

Et c'est ainsi qu'on en vient à Trump et Olbermann. - Olbermann d'abord :

Qui est-il ? Un commentateur à la télé américaine qui a débuté sa carrière dans le domaine du sport, particulièrement du baseball ; puis, petit à petit, compte tenu de son approche non-conventionnelle (critique de l'infuence des finances et de la politique sur les ligues dites "majeures", sur entre autres, les salaires démentiels payés aux joueurs et les profits encaissés par leurs propriétaires), on lui a confié une émission où il a pu s'eprimer sur l'Amérique en général et ses tendances politico-anti-ou-pro-socialistes. Finalement, en 2016, grâce à sa présence au sein du magazine Gentlemen's Quaterly, il a été appelé à commenter la course à la présidence des USA de 2016 dans une émission intitulée "The Closer with Keith Olbermann" qui, depuis l'élection de Trump, s'est transformé en "The Resistance". - Vous en trouverez de nombreux épisodes sur YouTube ; dont les plus courantes, épisodes qu'il a réunies dans ce livre :

Vitriolique ? Oui et non. Essentiellement, il ne fait que rapporter les multiples contradictions dans les discours, les faits et gestes du 45e président des États-Unis en démontrant, de semaine en semaine, à quel point ce dernier président devrait être remplacé le plus tôt possible. D'où le titre de son livre : "Trump is F*cking Crazy" qui contient le texte de quelque 110 opinions qu'il a émises au cours des deux séries d'émissions mentionnées ci dessus et dans lesquelles - oui - il est évident qu'il a essayé de démontrer la stupidité de ce Trump qu'il traite "d'irresponsable, d'irréaliste, de naïf, de pétulant, de puérile, de vindicatif, de préjugé, sectaire, raciste, islamophobe, antisémite, misogyne, fasciste, autoritaire, insensible, erratique, dérangé, irrationnel et d'inhumain".

(Irresponsible, unrealistic, naive, petulant, childish, vindictive, prejudiced, bigoted, racist, Ilsamophobic, anti Semitic, migonygistic, fascistic, authoritarian, insenistive, erratic, disturbed, irrational, and inhuman.) - P. 18

Sauf que, ce qui se dégage de ce livre n'est pas une charge anti-Trump en tant que telle, mais une série de réflexions qui portent à croire que ce n'est pas à un homme qu'il faut s'en prendre, ni à la constitution américaine (qui, au demeurant, l'empêche depuis son arrivé au pouvoir d'agir comme il le voudrait), mais à l'ensemble de la machinerie électorale où il est évident que les fortunes accumulées par moins de un pourcent de la population ont réussi à contrôler la majorité des décisions prises par les gouvernements à tous les niveaux, y compris jusqu'à la raison de ceux qui prennent ces décisions.

D'une certaine manière, Olbermann avance que Trump a été élu par un rejet total de la politique de plus en plus pratiquée, depuis plusieurs décennies, par un petit groupe qui a la main haute non pas sur la présidence en tant que telle, mais sur le Congrès, le Sénat et la gouvernance des États.

Ce qui est inquiétant dans cette semi-conclusion est que, quand bien même on réussirait à se débarrasser de Trump, la maladie dont est atteint la politique américaine ne disparaîtra pas du jour au lendemain.

Un livre à lire entre les lignes.

Simon

P.-S. : De quoi ne pas être trop optimiste :

On apprend dans ce livre qu'en août 2016, 37% de la population américaine était en faveur non seulement d'une muraille à ériger entre leur pays et le Mexique, mais également en faveur d'une muraille semblable sur la côté est de leur pays. De la Floride à l'état du Maine... ! - Pour empêcher les Musulmans d'entrer au pays...  - "À la nage, en chaloupe, dans un Ford pick-up transformé en radeau à partir de Cuba ?" demande Olbermann...

Un livre à lire en parallèle avec :

De l'assassinat considéré comme un des beaux-arts (On Murder Considered as one of the Fine Arts) de Thomas de Quincey et De l'escroquerie considérée comme l'une des sciences exactes (Raising the Wind; or, Diddling Considered as One of the Exact Sciences) d'Edgar Allan Poe.

***

The André Gide Reader
Edited with and Introduction, sectional Preludes and Notes by David Littlejohn
Alfred A. Knopf (Bantam Books) - New York, 1971

Looking for something else (naturally), I happened, at our local library, to stumble upon this surprizing essay which - honest to God - I never thought somebody would write, let alone read. The fact that it was nearly 50 years old nearly knocked my socks off. I mean Gide is so French... unlike Proust or Balzac who are - what shall I say - universal ? - An old prejudice of mine. - I was even more astonished to find out, looking into its inside cover that most of Gide's books had been translated in English. - And then, there was the number of people who had borrowed this book before computers took over the task of managing book lending in a library : twenty-four !

First of all, who reads Gide nowadays ? I haven't heard his name mentioned by anybody, except perhaps by Paul or Simon, ... in years ! - And while my circle of friends and collegues is limited, I donty know anybody of English origin who has be it only heard of André Gide. - I know Paul has read most of his books and Simon is familiar with his Journal and a couple of other things - but, be honest, who do you know who's read Les faux-monnayeurs (The Counterfeiters) or La symphonie pastorale (The Pastoral Symphony), His Voyage au Congo (Travels in the Congo) ?

Well, obviously, the author of this book : David Littlejohn, who is - was - an associate professor of journalism at Berkeley's in Calfornia. He did read Gide, a whole lot of it, and translated as well a good portion of his works, enough anyway, to quote him extensively in 975 pages for which he wrote seven introductions to various segments of Gide's writings classified chronologically in what could be labelled as phases in Gide's life : youth (1869-1893), first maturity (1893-1902), second maturity (1903-1913), his experimental years (1914-1919), his reflection years (1920-1929), his memory years (1932-1938) and his old age (1938-1951).

(The names of these divisions are mine, not his, and are meant to give a general idea of how this book is organised.)

Much of he quotes are from Gide's Journal which, in itself would have ensured his (Gide's) durability (in French) and, to tell you the truth, I skipped over most of them being more interested in the why's Littlejohn choose them and moreover what he wrote about them.

"It is my hope in this book - which combines certain of the qualities of a biography, of an autobiography, and of a "Selected Works" - to come as close as one can in a thousand pages to presenting the notoriously fluid, diverse, and "unseizable" man who is its subject ; presenting him as fully and as honestly as possible.

For this a biography would not serve, even if all the materials needed for a biography were yet available, as they are not. One of the inherent defects of literary biographies is that they are rarely able to convey to the unconvinced reader what it was that made their subjects worth writing about in the first place - which is to say, the quality and importance of their works. Detaching the "life" of a writer from his "works," one is rarely able to do justice to either.(1) The works, one presumes, were what made the life matter (to us), and by taking them out of the story one runs the risk of reducing the life of an artist-which can be a noble thing to read of-to a mere collection of anecdotes about a celebrity.

Nor would Gide's own "autobiography" (2) quite serve my purpose, extensive and outspoken as it is. The most autobiographical of all major modern authors, Gide filled notebook after notebook with journals,, reminiscences, and self-analyses, and selections from these make up more than half of this book. I think that his Journal is the most important thing Gide ever wrote, and that it would be presumptuous for me to attempt to tell his story (most of his story) better than he has told it himself. But no one is able to tell the whole truth about himself. Gide's own autobiographical efforts were often dedicated to arranging the image he wanted posterity to receive. I have tried, in seven introductory essays, to correct the imbalances and fill in the gaps."

(1) Mr. Littlejohn was definitely in disagreement with Proust's Contre Sainte-Beuve wherein he (Proust) says that a writer's public life has nothing to do with what he thinks, alone, writing.

(2) Si le grain de ne meurt (If It Die)

  One last thing - A juste en passant remark :

One thing I've always admired in Gide was his mastery of the French language and I was curious to find out how the beginning of Si le grain ne meurt (Je naquis le...) would be translated. - Well it was an act of pure optimism on my part : the passé défini form - défini is the key word here - has no equivalent in English, so it turned out to be, as I should have expected, "I was born on..." - Pity.

Copernique

P.-S. : David Littlejohn passed away in 2015, age 78 after having thaught 39 years at Berkeley (J-School). See :

https://journalism.berkeley.edu/j-school-mourns-passing-david-littlejohn/

L'extrait du mois


Bertrand Russell - An Outline of Intellectual Rubbish

First published by Haldeman-Julius in 1943.

Suivi du même extrait tiré de :

Bertrand Russell - De la fumesterie intellectuelle

Traduit de l'anglais par Myriam Dennehy - Editions de L'Herme, 2013

   1 - An Outline of Intellectual Rubbish

The Ages of Faith, which are praised by our neoscholastics, were the time when the clergy had things all their own way. Daily life was full of miracles wrought by saints and wizardry perpetrated by devils and necromancers. Many thousands of witches were burnt at the stake. Men’s sins were punished by pestilence and famine, by earthquake, flood, and fire. And yet, strange to say, they were even more sinful than they are now-a-days. Very little was known scientifically about the world. A few learned men remembered Greek proofs that the earth is round, but most people made fun of the notion that there are antipodes. To suppose that there are human beings at the antipodes was heresy. It was generally held (though modern Catholics take a milder view) that the immense majority of mankind are damned. Dangers were held to lurk at every turn. Devils would settle on the food that monks were about to eat, and would take possession of the bodies of incautious feeders who omitted to make the sign of the Cross before each mouthful. Old-fashioned people still say “bless you” when one sneezes, but they have forgotten the reason for the custom. The reason was that people were thought to sneeze out their souls, and before their souls could get back lurking demons were apt to enter the unsouled body; but if any one said “God bless you,” the demons were frightened off.

Throughout the last 400 years, during which the growth of science had gradually shown men how to acquire knowledge of the ways of nature and mastery over natural forces, the clergy have fought a losing battle against science, in astronomy and geology, in anatomy and physiology, in biology and psychology and sociology. Ousted from one position, they have taken up another. After being worsted in astronomy, they did their best to prevent the rise of geology; they fought against Darwin in biology, and at the present time they fight against scientific theories of psychology and education. At each stage, they try to make the public forget their earlier obscurantism, in order that their present obscurantism may not be recognized for what it is. Let us note a few instances of irrationality among the clergy since the rise of science, and then inquire whether the rest of mankind are any better.

[...]

Although we are taught the Copernican astronomy in our textbooks, it has not yet penetrated to our religion or our morals, and has not even succeeded in destroying belief in astrology. People still think that the Divine Plan has special reference to human beings, and that a special Providence not only looks after the good, but also punishes the wicked. I am sometimes shocked by the blasphemies of those who think themselves pious—for instance, the nuns who never take a bath without wearing a bathrobe all the time. When asked why, since no man can see them, they reply: “Oh, but you forget the good God.” Apparently they conceive of the Deity as a Peeping Tom, whose omnipotence enables Him to see through bathroom walls, but who is foiled by bathrobes. This view strikes me as curious.

The whole conception of “Sin” is one which I find very puzzling, doubtless owing to my sinful nature. If “Sin” consisted in causing needless suffering, I could understand; but on the contrary, sin often consists in avoiding needless suffering. Some years ago, in the English House of Lords, a bill was introduced to legalize euthanasia in cases of painful and incurable disease. The patient’s consent was to be necessary, as well as several medical certificates. To me, in my simplicity, it would seem natural to require the patient’s consent, but the late Archbishop of Canterbury, the English official expert on Sin, explained the erroneousness of such a view. The patient’s consent turns euthanasia into suicide, and suicide is sin. Their Lordships listened to the voice of authority, and rejected the bill. Consequently, to please the Archbishop—and his God, if he reports truly—victims of cancer still have to endure months of wholly useless agony, unless their doctors or nurses are sufficiently humane to risk a charge of murder. I find difficulty in the conception of a God who gets pleasure from contemplating such tortures; and if there were a God capable of such wanton cruelty, I should certainly not think Him worthy of worship. But that only proves how sunk I am in moral depravity.

***

 

 

   2 De la fumesterie intellectuelle

L'Âge de la Foi, célébré par nos philosophes néoscolastiques, était un temps où le clergé s'en donnait à coeur joie. La vie quotidienne était truffée de miracles accomplis par des saints et de mauvais sorts jetés par des démons et des nécromanciens. Les sorcières étaient brûlées par milliers sur le bûcher. Le péché trouvait son châtiment dans la peste et la famine, les tremblements de terre, les inondations et les incendies. Et pourtant, les hommes ne péchaient pas moins qu'aujourd'hui. La connaissance scientifique du monde était encore très lacunaire. Quelques érudits se souvenaient que les Grecs avaient établi la rotondité de la Terre, mais la plupart des gens se moquaient de l'idée qu'il pût y avoir des antipodes, et supposer qu'ils fussent habités était une hérésie. On s'imaginait que l'immense majorité de l'humanité était damnée (depuis, les catholiques modernes sont revenus sur cette opinion) et menacée à chaque instant par les forces du mal. Des diablotins embusqués dans la nourriture que les moines s'apprêtaient à manger risquaient de prendre possession de leur corps s'ils omettaient de se signer avant chaque bouchée. Les personnes âgées ponctuent encore les éternuements d'un "Dieu vous bénisse", bien qu'elles aient oublié l'origine de cette coutume : on croyait qu'éternuer expulsait l'âme hors du corps, et que dire "Dieu vous bénisse" permettait de chasser les démons qui, à la faveur de telles expulsions de l'âme, risquaient de prendre possession du corps.

Les progrès scientifiques accomplis depuis quatre siècles ont permis à l'homme de connaître et de maîtriser la nature ; le clergé a fini par s'incliner devant l'astronomie, la géologie, l'anatomie et la physiologie, la biologie, la psychologie et la sociologie. L'Église, déboutée de ses positions, en a aussitôt investi d'autres. Évincée en astronomie, elle a cherché à enrayer les avancées de la géologie ; elle a combattu le darwinisme en biologie et s'oppose maintenant aux théories psychologiques et pédagogiques. À chaque étape, le clergé s'efforce de faire oublier son obscurantisme antérieur, afin que son obscurantisme actuel ne soit pas reconnu pour ce qu'il est. Passons en revue quelques exemples de l'irrationalité du clergé face à l'essor de la science, et voyons si le reste de l'humanité vaut mieux que cela.

[...]

L'astronomie copernicienne, pourtant enseignée dans les manuels, ne s'est pas encore répercutée dans notre religion ni notre éthique ; elle a à peine ébranlé notre croyance en l'astrologie. Nous persistons à croire que le dessein divin fait tout spécialement référence à l'homme, que la Providence récompense les gentils et qu'elle punit les méchants. Je suis parfois outré d'entendre proférer des blasphèmes au nom de la piété. Les religieuses prennent ainsi leur bain tout habillées et, si on leur demande la raison d'une telle pudeur quand aucun homme ne risque de surprendre leur nudité, elles répondent : « Ah, mais vous oubliez le bon Dieu ! » À les entendre, leur dieu est un voyeur dont le regard traverse les murs de salle de bains, mais qu'un morceau de tissu suffit à arrêter. Quelle drôle de conception !

La notion même de "péché" me laisse perplexe, mais sans doute cela tient-il à ma nature pécheresse. Si le péché consistait à infliger des souffrances inutiles, je comprendrais ; au lieu de cela, il consiste le plus souvent à les épargner. Il y a quelques années, la Chambre des Lords examinait un projet de légalisation de l'euthanasie dans le cas de maladies incurables et douloureuses. Outre plusieurs certificats médicaux, le consentement du patient était requis. Il me semblait tout naturel que l'on demandât le consentement du patient, mais l'archevêque de Canterbury, expert officiel en matière de péché, réprouva cette procédure. Dès lors que le patient y consent, en effet, l'euthanasie est un suicide et, par conséquent, un péché. Les Lords se rendirent à la voix de l'autorité et déboutèrent ce projet de loi. Pour complaire à l'archevêque et au Dieu dont il se réclamait, les cancéreux sont ainsi condamnés à une agonie aussi longue qu'inutile, à moins que leurs médecins ou leurs infirmières n'aient la décence d'encourir une accusation pour meurtre. Il m'est difficile de souscrire à la conception d'un Dieu qui prenne plaisir à contempler de telles tortures, et je ne suis assurément pas disposé à adorer un Dieu qui soit capable de cette cruauté aveugle. Mais, encore une fois, cela ne fait que montrer l'étendue de ma dépravation.

***

Note :

Ce ne sont là que de courts extraits. Les deux volumes (français et anglais) n'ont quand même qu'une centaine de pages chacun et toutes ces pages sont tout aussi percutantes. Fortement recommandés.

Nous recommandons également, de Bertrand Russell, ses Essais sceptiques, parus chez Les Belles Lettres en 2011 - Préface de Mathias leboeuf - Traduction d'André Bernard.

 

Le courrier


M. Jules-Marie-André Poirier-Saint-Germain de la Durantaye-Poitras - Plateau Mont-Royal (autrefois d'Outremont, Qc)

La «rencontre fortuite d'un parapluie et d'une machine à coudre sur une table à disséquer». (Lautréamont)

M. Luc Roy - Outremont, Qc (autrefois du Plateau Mont-Royal)

Ayant vendu plusieurs ROLODEX et des agendas à la pègre montréalaise, le Monsieur dont vous parler vient d'être arrêté et sera accusé de faire partie du crime très organisé.

Mme Nancy Temple - Paris 14e, France

Madame, des archéologues turcs (nous espérons quand même que vous avez confiance en la compétence des archéologues turcs) ont découvert il y a longtemps l'arche de Noé. - En 1975, en 1993 et en 2006. En fait, ils en ont découvert deux en 2006, une très bonne année pour la découvertes d'arches.

Colonel Jennifer O'Donnell - Milwauke, Wisconsin

Vous avez parfaitement raison : il est difficile de se rendre compte qu'on a terminé quand on ne fait rien.

 

Cette édition du Castor est dédiée à :




Calude Mauriac
(1914-1996) 

c

 

« Maintenant, la question se pose. Elle se dresse devant moi sans cesse : Que restera-t-il de tout cela ? Oh ! je ne parle pas particulièrement de ce que je viens d'écrire et qu'un trait de plume pourrait effacer ; mais de tout ce qui s'écrit aujourd'hui ; de ce qui s'écrit en France et ailleurs. Que va-t-il rester de notre culture, de la France elle-même, de ce pourquoi nous avons vécu ?... Persuadons-nous que tout est appelé à disparaître.»

André Gide 
(Ainsi soit-il)

 


Webmestre : France L'Heureux


Webmestre : Éric Lortie


Webmestres : Paul Dubé et Jacques Marchioro

 


Fondé en 1900 par le Grand Marshall, le CASTOR DE NAPIERVILLE fut, à l'origine, un hebdomadaire et vespéral organe créé pour la défense des intérêts de l'Université de Napierville et de son quartier. - Il est , depuis le 30 septembre 2002, publié sous le présent électronique format afin de tenir la fine et intelligente masse de ses internautes lecteurs au courant des dernières nouvelles concernant cette communauté d'esprit et de fait qu'est devenu au fil des années le site de l'UdeNap, le seul, unique et officiel site de l'Université de Napierville.De cet hebdomadaire publié sur les électroniques presses de la Vatfair-Fair Broadcasting Corporation grâce à une subvention du Ministère des Arts et de la Culture du Caraguay, il est tiré, le premier lundi de chaque mois, sept exemplaires numérotés de I à VII, sur papier alfa cellunaf et sur offset ivoire des papeteries de la Gazette de Saint-Romuald-d'Etchemin et trois exemplaires, numéroté de 1 à 3, sur offset de luxe des papeteries Bontemps constituant l'édition originale, plus trois exemplaires de luxe (quadrichromes) réservés au Professeur Marshall, à Madame France DesRoches et à Madame Jean-Claude Briallis, les deux du Mensuel Varois Illustré.Nous rappelons à notre aimable clientèle que :

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