Volume XXVII n° 3

Le seul hebdomadaire de la région publiée une fois par mois

Le lundi 7 novembre 2016  

" Tous les tyrans du monde n'ont jamais réussi à tuer leur successeur."  
Sénèque      

Deuxième édition

Nous rappelons à notre aimable clientèle que :

1 - L'édition régulière du Castor™ , tel que cité ci-dessus, paraît le premier lundi de chaque mois

2 - L'édition corrigée du Castor™ , destinée au marché américain, paraît le jeudi suivant .

3 - De mini-éditions peuvent paraître le deuxième ou troisième lundi de chaque mois.

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Pour l'édition qui précède la présente, cliquez ICI.

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Novembre : le mois des morts

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   Sommaire

À la fin du mois de septembre dernier, lorsque fut décidé le thème du présent Castor™, plusieurs suggestions ont été avancées par nos chroniqueurs dont une des plus intéressantes fut d'échanger nos plumes ; que la chronique de Simon Popp pourrait, par exemple, être rédigée par Madame Malhasti, que celle de Paul serait confiée à Jeff, que celle de Jeff irait à Copernique et ainsi de suite. Cette suggestion fut abandonnée après quelques minutes lorsque Simon demanda à George si elle serait intéressée à écrire la chronique de Copernique...


Ceci fut sa réponse.

Monsieur Pérec consulta sa montre pour savoir si nous en étions au Premier Avril, mais non : nous nous approchions tout simplement de l'Halloween, une fête quelque peu difficile à décrire aux gens qui n'habitent pas en Amérique du Nord et qui peut se résumer par la coutume d'échanger sa personnalité pour une autre en revêtant des vêtements souvent farfelus. - Ben quoi ? À l'approche de l'hiver, faut bien se dérider un peu.

Ce qu'on oublie souvent, c'est que cette fête se déroule la veille de  la Toussaint, journée au cours de laquelle les Chrétiens célèbrent non seulement leurs saints et martyrs (tous [les] saints = Toussaint), mais tous ceux qui ne sont plus de ce monde, novembre étant, de ce fait connu sous le nom de Mois des morts.

Citrouilles en plus

Ce qui nous amène aux saints d'avant Jésus-Christ et à cette citation :

«On suppose qu'on aura quelque jour le temps de penser à    
la mort, et sur cette fausse assurance, on prend toute sa vie
le parti de n'y penser point.
» (Dictionnaire de Trévoux)       

:
Les précurseurs du Christ avec les saints et les martyrs
Fran Angelico - 1423-1424.
(Source : https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3000363)

On peut lire dans Wikipedia que la Toussaint ou «fête de tous les saints connus et inconnus» est apparue vers le deuxième siècle de notre ère lorsque les fidèles qui se réclamaient du christianisme ont commencé à honorer ceux inscrits au martyrologue. Elle fut déclarée telle en l'an 609 ou 610 par le pape Boniface IV qui la fixa au 13 mai, jour correspondanat à la fête romaine des Lemuria où se déroulait une cérémonie d'exorcisme des spectres appelés lémures-(1).

(1) La mythologie romaine assimile les lémures aux âmes damnées d’hommes et de femmes ne pouvant trouver le repos car ils ont connu une mort tragique ou particulièrement violente. Ils viennent souvent hanter les demeures des vivants.

Le changement de date en faveur du 1er novembre survint sous le règne de Grégoire III (731-741), mais on ne connaît pas précisément la raison de sa décision quoique la Samain, fête celtique marquant le début d'un nouvel an, aurait sans doute influencé son choix. (cf. : le calendrier de Coligny)

Il ne faut pas cependant confondre cette fête avec une autre qui se déroule le lendemain, notamment célébrée au Mexique sous le nom de El dia de los muertos (La journée des morts), jour inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'Unesco.


Image tirée du film Spectre (Sam Mendes - 2015)
mettant en vedette Daniel Craig dans le rôle de James Bond, film qui
débute précisément le jour de la fête des morts en la ville de Mexico. (1).

(1) Le jour de l'El dia de los muertos, soit dit en passant, est celui où se déroule les événements du roman Under de volvano (Sous le volcan) de Malcom Lory..

Ce qui n'explique pas complètement le titre de cette édition du Castor™ qui, malgré son sens préavitoire n'a pas pour seuls objets les pleurs et les lamentations généralement associés à la défuntisation d'être chers. Quoique, autour de ces pleurs et lamentations, parfois...

Simon nous entretient, sérieusement pour une fois, de ses cendres.

Herméninglide Pérec nous raconte, à sa façon, une histoire de dictée.

Copernique, quant à lui semble avoir, le mois dernier, passé plusieurs heures à regarder de vieux films.

Jeff en est aux prix de certains services.

Madame Malhasti et Paul (Dubé) en sont, quant à eux, à des chansons.

Nos critiques littéraires se rapportent quand même à certains aspects de l'El dia de los muertos même si l'une d'entre elles nous entretient plutôt de traduction.

Finalement, nous joignons à cette édition un conte ; un conte comme nous en recevons régulièrement de la part de nos lecteurs qui nous envoient des textes de leur cru ou d'auteurs célèbres (ou non), mais qui méritent d'être connus car la plupart du temps ils sont fort intéressants. Ces lecteurs nous invitent à les insérer dans notre hebdo pour -  comme quelqu'un nous le resoulignait récemment - «l'édification de la masse laborieuse de nos lecteurs».

Un de ces textes - de l'anarchiste Emma Goldman - fera partie de notre prochain numéro. Pour le moment, ne serait-ce qu'à cause de son titre, vous trouverez dans nos pages, peu avant Le courrier : «Raking Over Ashes» (Ressasser des cendres ?) qui nous a été soumis par un certain A. G., fort connu dans le milieu littéraire anglophone de Griffintown (et de La Petite Bourgogne), mais qui tient à demeurer amonyme.

N'oubliez pas quand même, le 11 du mois courant, journée où l'on célébrera l'Armistice,  de lire et relire les deux poèmes que nous citons tout de suite après Le courrier.

Bonne lecture !

Note : Le Dictionnaire de Trévoux duquel est tiré la citation au début de ce texte est un ouvrage historique synthétisant les dictionnaires français du XVIIe siècle rédigé sous la direction des Jésuites (entre 1704 et 1771).


    Chroniques

Note : les chroniques précédentes de nos correspondants peuvent être consultées en cliquant sur ce lien.




Ce qu'on peut s'en faire, parfois...
(Ne vous en faites pas : ce n'est pas triste)

Il ne faut quand même ne pas se raconter de grosses menteries : dans la course contre la mort, à soixante-dix ans, nous faisons ou nous ferons tous partie de l'équipe qui participera au quart de final ; en demi-finale à quatre-vingt et en final à quatre-vingt-dix. Certains ne se rendront même pas là : ils seront éliminés avant même d'avoir été sélectionnés durant les séances de qualification (et souvent bien avant) tandis que d'autres réussiront à se rendre au-delà de la toute dernière course à cause d'un départ raté dans la décennie précédente.

C'est un fait connu depuis des siècles et des siècles : aux Olympiades de la vie - le livre des records Guinness est là pour le confirmer - la mort détient tous les records. Une médaille, une seule, lui aurait échappée vers l'an 30 ou 33, remportée par un athlète, natif de Nazareth, crucifié trois jours auparavant, mais cet exploit n'a pas été homologué ou s'il l'a été, ce fut par des écrivains grecs nés plusieurs années plus tard et dont les témoignages after-the-facts et contradictoires font toujours l'objet de contestations.

Personnellement, à la question que je me pose souvent depuis quelque temps - parce que ça meurt comme des mouches autour de moi - «Est-ce que je voudrais vivre éternellement ?», ma réponse est non. Et n'allez surtout pas me parler d'une vie sans fin, étendu sur un daybed avec une harpe. Je ne pourrais pas supporter ce délice plus que cinq minutes. Encore moins entouré de soixante-douze vierges. Pensez-y : soixante-douze vierges, c'est soixante-douze belles-mères.

Mon éventuelle disparition, quand j'y pense, rend de plus en plus ma vie excitante. J'y vois une certaine urgence que je n'ai jamais connue : à lire ce que j'ai toujours voulu lire ; à apprendre ce que j'ai toujours voulu apprendre ; à comprendre, surtout, ce que j'ai toujours voulu comprendre. Je sens que si je devais vivre jusqu'à mille ans (et plus), je deviendrais apathique, nonchalant, désoeuvré, paresseux ; à quoi  bon me lever tous les matins puisqu'il y en aura un autre le lendemain et puis un autre le surlendemain, et puis un autre le jour après, et puis un autre après celui-là. Tandis que, en ce moment, il m'en reste un de moins à chaque fois que je me réveille.

(Cette dernière pensée m'est venu en lisant Richard Dawkins qui disait qu'après mille ans, la vie deviendrait sans aucun doute assommante et, à la question qu'on lui posait, à savoir s'il ne trouvait pas absurde le fait que la vie soit si courte, il répondait que ce qui était absurde, ce n'était pas mourir, mais exiger plus que ce que la vie nous apporte. - Quand à la vie sans fin, Chrisopher Hitchens, disait qu'il ne voudrait pas vivre dans un monde où l'on serait en constante admiration devant un Dieu [auquel il ne croyait pas] car ce monde lui faisait penser à une Corée du Nord céleste. «Dans la présente Corée du Nord, ajoutait-il, on peut au moins s'en échapper en mourant.. )

Je ne demande qu'une seule chose aux années qui me restent : qu'elles me laissent terminer les travaux que j'ai entrepris. Sauf que je triche : j'en ajoute de nouveaux à chaque jour. Le problème avec la vieillesse, c'est qu'en continuant de planifier ses lendemains, on a l'impression d'être encore jeune. On ralentit quand même un peu après un certain âge ; si regarder plus longtemps une toile, manger plus lentement ou lire un livre avec plus d'attention est une question qui relève du ralentissement.

Reste que je demeure à la merci d'une charpente osseuse recouverte d'une peau qui se déssèche de plus en plus et qui me renvoit, chaque matin, l'image d'un bonhomme qui ne rajeunit pas. Qu'en restera-t-il quand je ne serai plus dedans ? Et quand cela se produira, qu'est-ce que j'aurai à dire quant à ce qu'on devra en faire ? Ce sera à d'autres de s'occuper de ce détail. Ne me reste plus qu'à leur demander d'être charitable ; qu'ils ne me fassent pas d'absurdes funérailles ; qu'ils n'aillent surtout pas m'«m'exposer» (comme on dit ici). Même mort, je ne pourrai pas tolérer une minute être en position horizontale dans un cercueil ouvert ne serait-ce que pour ne pas embêter les sept ou huit amis (et je suis généreux) qui voudront venir me voir. Ajoutez-en une dizaine d'autres, ennemis ceux-là, qui voudront s'assurer que c'est bien vrai.

La carcasse que je suis en train de devenir (faut pas se conter de grosses menteries, comme je disais au début : il y a longtemps que ce n'est plus à mon tour d'aller au bal), quand elle aura finalement atteint sa finalité, brûlez-la et mettez ses cendres dans un sac (recyclable), puis déposez-la près du trottoir le jour où l'on fait la collecte des déchets. N'allez surtout pas chez un tailleur de pierre faire graver un ci-gît hors-prix : achetez-vous un manteau pour l'hiver, le dernier iPhone, ou la collection complète des enregistrements de Céline Dion. (Vous voyez à quel point je suis désespéré ?) Un manteau de préférence. Qui sait s'il ne sera pas porté par une belle jeune fille qui n'aura aucune idée comment j'aurais pu l'aimer.

Tout compte fait, comme disait Fontenelle (1) :

«Il est temps que je m'en aille car je commence à voir les choses telles qu'elles sont.»

(1) Bernard [le Bovier] de Fontenelle, neveu de Corneille et auteur des Entretiens sur la pluralité des mondes. Un des rares auteurs de langue française à mourir presque centenaire (de 1657 à 1757). Presque, car il mourut préciséement à l'âge de 99 ans et 332 jours. - Un qui aurait pu le rejoindre fut Julien Green, décédé peu avant son quatre-vingt-dix-neuvième anniversaire, en 1998, mais, vers la fin, on sentait la fatigue... - Un qui l'a non seulement rejoint, mais dépassé, fut Jean Anglade qui, né en 1915, qui était, aux dernières nouvelles, toujours vivant.- Parmi ceux qui sont morts nonagénaires, mentionnons André Gide (1859-1961), Henri Troyat (1911-2007), Michel Tournier (né en décembre 1924 et décédé en janvier de cette année) de même que Maurice Pons (né en 1927 et décédé en juin dernier.) - Et non, Voltaire n'a pas atteint quatre-vingt-dix ans, ni Colette, tous les deux sont décédés octogénaires.

Simon

Ne me reste plus qu'à jouter un ou deux P.-S. :

1 - L'idée de me faire incinérer ne découle pas d'un entêtement irraisonné. En fait, je la trouve quelque peu égoïste. Pas vis-à-vis mes proches ou mes semblables, mais en ce qui concerne la nature ; la nature  qui m'a fourni les éléments et l'énergie pour : a) me créer tout d'abord et b) qui m'a maintenu en vie ; jusqu'à tout ce qu'elle a contribué à rendre mon existence agréable : les arbres qui ont servi à fabriquer mes livres, les plantes et les peaux d'animaux avec lesquels je me suis vêtu, le pétrole qui a aidé à me déplacer, les mille composantes de mes ordinateurs, les diverses parties de ma bicyclette... - En étant inhumé, je retournerais, en quelque sorte, une partie de ce que cette nature m'a donné, de quoi, ne serait-ce que faire pousser des marguerites. - Ce que je déteste dans ce genre de - passez-moi l'expression - disposition, ce sont les rites qui y sont associés : l'embaumement, le tombeau, la cérémonie, l'l'élogie funèbre, le prêtre avec un goupil, le cimetière et surtout la pierre tombale qui indiquera de façon «permanente» ma dernière «résidence» (vous voyez ce que je veux dire ; j'en suis même à utiliser les expressions qui lui sont associées). - Disons que je n'aurais pas d'objection à la fosse commune.

2 - J'aimerais, en terminant, avant de passer à ma véritable contribution à cette édition du Castor™, insérer ici une citation de Proust que même les proustiens les plus endurcis n'ont généralement pas lue, et qui est tirée de l'introduction à son «Les plaisirs et les jours» :

«On prend tant d'engagements envers la vie qu'il vient une heure où, découragé de pouvoir jamais les tenir tous, on se tourne vers les tombes, on appelle la mort, « la mort qui vient en aide aux destinées qui ont peine à s'accomplir ». Mais si elle nous délie des engagements que nous avons pris envers la vie, elle ne peut nous délier de ceux que nous avons pris envers nous-mêmes.»

Tout à fait d'accord, mais je n'en suis pas encore là.

Simon

Ma contribution au mois des morts ?

Un extrait d'À la recherche du Temps perdu où il est question de la mort d'un écrivain en la personne de Bergotte qu'on dit avoir été inspiré par Anatole France.

Pas question que je m'étire là-dessus car ce cher Anatole, cent ans plus tard, n'a plus la même réputation.

Par contre, la mort de Bergotte, considéré du point de vue de la Parque, telle que la voyait Proust, fait, depuis longtemps partie de ma vie.

D' À la recherche du Temps perdu - La Prisonnière - Vol. III, p. 692 et suivantes - Bibliothèque de la Pléiade, 1988 :

    La mort de Bergotte

Il [Bergotte] mourut dans les circonstances suivantes :

Une crise d'urémie assez légère était cause qu'on lui avait prescrit le repos. Mais un critique ayant écrit que dans la Vue de Delft de Ver Meer (prêté par le musée de La Haye pour une exposition hollandaise), tableau qu’il adorait et croyait connaître très bien, un petit pan de mur jaune (qu’il ne se rappelait pas) était si bien peint, qu’il était, si on le regardait seul, comme une précieuse œuvre d’art chinoise, d’une beauté qui se suffirait à elle-même, Bergotte mangea quelques pommes de terre, sortit et entra à l’exposition.

Dès les premières marches qu’il eut à gravir, il fut pris d’étourdissements. Il passa devant plusieurs tableaux et eut l’impression de la sécheresse et de l’inutilité d’un art si factice, et qui ne valait pas les courants d’air et de soleil d’un palazzo de Venise, ou d’une simple maison au bord de la mer. Enfin il fut devant le Ver Meer, qu’il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu’il connaissait, mais où, grâce à l’article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune.

Ses étourdissements augmentaient ; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu’il veut saisir, au précieux petit pan de mur. « C’est ainsi que j’aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune. »

Cependant la gravité de ses étourdissements ne lui échappait pas. Dans une céleste balance lui apparaissait, chargeant l’un des plateaux, sa propre vie, tandis que l’autre contenait le petit pan de mur si bien peint en jaune. Il sentait qu’il avait imprudemment donné le premier pour le second. « Je ne voudrais pourtant pas, se disait-il, être pour les journaux du soir le fait divers de cette exposition. »

Il se répétait : « Petit pan de mur jaune avec un auvent, petit pan de mur jaune. »

Cependant il s’abattit sur un canapé circulaire ; aussi brusquement il cessa de penser que sa vie était en jeu et, revenant à l’optimisme, se dit : « C’est une simple indigestion que m’ont donnée ces pommes de terre pas assez cuites, ce n’est rien. » Un nouveau coup l’abattit, il roula du canapé par terre, où accoururent tous les visiteurs et gardiens. Il était mort.

Mort à jamais ? Qui peut le dire ? Certes, les expériences spirites, pas plus que les dogmes religieux, n’apportent la preuve que l’âme subsiste. Ce qu’on peut dire, c’est que tout se passe dans notre vie comme si nous y entrions avec le faix d’obligations contractées dans une vie antérieure ; il n’y a aucune raison, dans nos conditions de vie sur cette terre, pour que nous nous croyions obligés à faire le bien, à être délicats, même à être polis, ni pour l’artiste cultivé à ce qu’il se croie obligé de recommencer vingt fois un morceau dont l’admiration qu’il excitera importera peu à son corps mangé par les vers, comme le pan de mur jaune que peignit avec tant de science et de raffinement un artiste à jamais inconnu, à peine identifié sous le nom de Ver Meer. 

Toutes ces obligations, qui n’ont pas leur sanction dans la vie présente, semblent appartenir à un monde différent, fondé sur la bonté, le scrupule, le sacrifice, un monde entièrement différent de celui-ci, et dont nous sortons pour naître à cette terre, avant peut-être d’y retourner revivre sous l’empire de ces lois inconnues auxquelles nous avons obéi parce que nous en portions l’enseignement en nous, sans savoir qui les y avait tracées — ces lois dont tout travail profond de l’intelligence nous rapproche et qui sont invisibles seulement — et encore ! — pour les sots.

De sorte que l’idée que Bergotte n’était pas mort à jamais est sans invraisemblance.

On l’enterra, mais toute la nuit funèbre, aux vitrines éclairées, ses livres, disposés trois par trois, veillaient comme des anges aux ailes déployées et semblaient, pour celui qui n’étaitplus, le symbole de sa résurrection.

(La photo ci-dessus et le texte sont du domaine public.)




La dictée       

Je ne me souviens pas si le thème de ce Castor™ fut choisi anonymement ou à l'unanimité. Ce dont je me souviens, c'est que, moi, le plus avancé en âge du groupe, s'est retrouvé, à la sortie de la réunion où on l'a été adopté, fort dépourvu à l'idée d'avoir à rédiger une chronique sur la défuntisation des êtres humains.

Comme tous ceux de ma génération, on ne pense pas à ces choses-là sauf quand on se sent obligé d'aller offrir ses sympathies à des gens qu'on ne connaît pas parce que nous avons croisés, à un moment donné, leur père, leur mère, leur fils ou leur fille.

Mais voilà qu'en revenant chez moi, une vision du genre qui frappa le regretté Saul de Tarse (Cilicie, aujourd'hui Turquie) s'est infiltrée dans mes pensées et a ébloui, un moment, mon existence sans que j'aie eu à perdre la vue comme cela est arrivé à celui que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de saint Paul.

Cette vision me rappela un des mes professeurs de français (non pas de littérature française mais bien de français) dont le premier cours, lorsqu'on arrivait dans sa classe, débutait, invariablement par une dictée dans laquelle il instistait pour insérer l'expression «... des milliers de descendants de...» auquels ils rattachaient le mot "Maures" et que tous écrivaient  invariablement "morts". De là, il nous rappelait d'être attentifs, appliqués, méticuleux, minutieux, etc.

"Les morts n'ont pas de descendants", disait-il, démontrant par le fait même que s'il était versé dans l'ortographologie, il ne l'était pas en sophismologie.

Or, un jour, le truc ayant été connu par le frêre aîné d'un élève qui faisait partie de ceux qui, comme moi, allaient être initiés à cette humiliante épreuve, nous en fûmes tous avisés et c'est avec une certaine espièglerie que nous avons tous écrit correctement "Maures" à l'endroit où ce pauvre professeur ne l'attendait pas.

Il n'en est pas mort - pardonnez-moi ce calembour - , mais au fil des ans, ayant renoncé à sa finasserie, il en vint à ressembler à ses descendants des Maures, notamment ceux qu'il affectionnait parmi tous, les Maurétaniens Tingitanes que Pline l'Ancien fut un des premiers à décrire dans son Histoire naturelle. Non seulement à leur ressembler, mais à adopter leur mode de vie en changeant de résidence continuellement. On dit qu'il aurait même, vers la fin de sa vie, fait venir du Maroc, un boubou, un turban et un sarouel qu'il portait derrière ses volets clos.

Oisive jeunesse à tout asservie.

Herméningilde


Défilé pendant la fête des Maures
et des Chrétiens de Bocairent (Valence)

(Source : www.google)



At the movies
(Warning : lotsa links)

I've been looking at newsreels of funerals lately. Lots of them. Old newsreels (Pathé, Movietone, The March of Time, Universal, etc.) - Plus a few excerpts of televised news reports, some dating back to the fifities and some more recent.

I watched the somehow pompous ceremonies that followed the deaths of Queen Victoria and Edward VII, but also the less grandiose funerals of Ghandi, Ayatollah Homenei (my favorite), Kennedy's (of course) and didn't stop there : I looked at Stalin's, Sarah Bernhardt's, Jean Gabin's, Maurice Duplessis', Edith Piaf's and, amongst others, even that of Caude (Cloclo) François.

T'was like looking at the past through an out of focus magnifying glass thinking along the way that we never find what we or others have left behind because our memory keeps on altering everything. Like : who remembers men wearing suits and women wearing dresses everyday ? Taking a streetcar to go to work ? School uniforms ? Too old, you say? - Okay then : how about the Against the Vietnam War protests ? Flower Power ? Hippies ? Disco music ? - Still too old ? - Just stick around and eventually you'll find that rap music will become passé, replaced by something worst.

Anyway, my looking at this funeral stuff started after watching for the fourth of fifth time The Guns of August, a documentary I mentioned August last, directed by Nathan Kroll and based on the Pulitzer Prize book by Barbara Tuchman which begins with the following carton (title card or insert) :

1914

Millions of peaceful and industrious people were hounded
into a war by the folly of a few all-powerful leaders

It is immediately followed by images of the funeral of Edward VII (1910) which drew to London the representatives of seventy nations including nine crown heads of Europe :

Standing from left to right :
King Haakon VII of Norway, King Ferdinand of Bulgaria, King Manuel II of Portugal,
Kaiser Wilhelm II of Germany,  King George I of Greece and King Albert of Belgium.  
Seated, in the same order :
King Alfonso XIII of Spain, King George V and King Frederick of Denmark.          
(Source : http://www.bbc.co.uk/)

... as well as forty imperial hignesses and scores of special ambassadors including the Grand Duke Michael Alexandrovich of Russia, Prince Fushimi Sadanaru of Japan, Prince Louis of Orleans, Prince Ferdinand of Serbia, Prince Henry of Prussia, Prince Charles Edward, the Duke of Saxe-Coburg and Gotha, as well as Theodore Roosevelt, the former president of the United States and the Foreign Minister of France, Stéphane Pichon, who both had to follow in a carriage because protocol would not permit that they walked amongst royalty.

The images and film footages are startling because not only do they depict the ending of an Old Order but the imminent ending of the last incarnation of various royalties that have lasted for centuries not only in England but throughout the world : the Edwardian era (which, technically covered the reign of the deceased king (1901-1910) but has been often extended to capture trends that lasted from 1890 to the first World War).

Don't believe me ? Just count how many kingdom still exists today. I mean : kingdoms of some importance. After all, unless you insist on counting heads of countries such as Bahrain , Bhutan, Lesotho, Samoa and Thailand, you'll probably never reach more than 8, maximum 10, including the heads of state of Denmark, the Netherland, Sweden and the United Kingdom, only one of whom still has absolute power, that of Saudi Arabia, all the others having had their divine rights to rule considerably reduced by their respective country's constitutions.

"The Times They Were a-Changin'", way before Bob Dylan.

But, somehow, we still insist on grand funerals as La Rochefoucauld once said :

«La pompe des enterrements funèbres intéresse plus la vanité des vivants que la mémoire des morts.»

Want to see a few ?

Start with the grandest of them all  (click on the photo) :


Funeral of Queen Victoria
(Source : http://members2.boardhost.com/)

And keep on going, with her successsors :

Edward VII : https://www.youtube.com/watch?v=GD1TBUYc4I0

George V : https://www.youtube.com/watch?v=qgJJbq8FvvQ

George VI : https://www.youtube.com/watch?v=oh0JJcf4z6A

And don't tell me that you're waiting for the funeral of Queen Elizabeth II.  - Don't forget that when she passes away, her son, Charles, the current Prince of Whales, will become her successor which implies that not only will he be king of the United Kingdom, Canada, Australia and New Zealand but also head of the Army, Navy and Air Force of Great Britain and Supreme Governor (sic) of the Anglican Church of England.

For the moment, try :

Charles de Gaule : https://www.youtube.com/watch?v=ZymAKKM1QMg

Winston Churchill : https://www.youtube.com/watch?v=GC1WEdgXKEI

Edith Piaf : https://www.youtube.com/watch?v=KPFutADQEWk

Jean Gabin : https://www.youtube.com/watch?v=kvQz0MLBZa0

Sarah Bernhardt : https://www.youtube.com/watch?v=0gI4V7jqGvw

Kaiser Franz Josef : https://www.youtube.com/watch?v=a3gMqxmZn4Y

Stalin : https://www.youtube.com/watch?v=T-EwVVm89og

Maurice Duplessis : https://www.youtube.com/watch?v=a5ZdUZfejRQ

René Lévesque : https://www.youtube.com/watch?v=WfJ8ci1kjxo

Jean Drapeau : https://www.youtube.com/watch?v=qvVDK7qdFYQ

Pierre Elliot Trudeau : https://www.youtube.com/watch?v=z_jiFO3uBTw

Claude François : https://www.youtube.com/watch?v=n9WTeVNSrX4

René Angelil : https://www.youtube.com/watch?v=maadtoaf-vk (part 1 of 4 !)

But while you're at it, just in case you might be invited to one of those, perhaps you might be interested in looking over the the following pages :

Funeral Etiquette :https://www.youtube.com/watch?v=NjbCToTsKu8

and :

What to Wear at a Funeral :https://www.youtube.com/watch?v=B93LgTaXrnI

Finally, if you're an amateur of Star Trek, you might consider the following :

Kligon's Death Ritual : https://www.youtube.com/watch?v=A5wNL29kdekI

(Which, in my opinion, makes more sense than all the preceeding funeral ceremonies. - If you remember the scene you might recall what those present answered Capitain Picard who had asked what he should do with the body : «Anything you wish. It's just an empty shell.»)

Have a pleasant day.

Copernique

P.-S. : A word from A. J. Ayer (1910-1989), the British philosopher, following his two near-death experiences  by pneumonia) : "My recent encounters have slightly weakened my conviction that my genuine death will be the end of me, thought I continue to hope that it will."


Antienne

In paradisum deducant te Angeli, in tuo adventu suscipiant te martyres, et perducant te in civitatem sanctam Jerusalem.
Chorus angelorum te suscipiat, et cum Lazaro quondam paupere æternam habeas requiem.

(Que les Anges te conduisent au paradis, que les martyrs t'accueillent à ton arrivée, et t'introduisent dans la Jérusalem du ciel.
Que les Anges, en chœur, te reçoivent, et que tu jouisses du repos éternel avec celui qui fut jadis le pauvre Lazare.)

https://www.youtube.com/watch?v=k8-CqtalXt0

Cornelius

R.I.P.

C'est après avoir appris qu'une tante avait vendu le chalet que lui avait légué par testament son mari pour payer ses funérailles que j'ai décidé, lorsque je faisais mes études en économie, d'écrire un mémoire sur les frais entourant la mort et l'inhumation d'un individu au Québec.

Dans ce mémoire, à l'aide de statistiques, j'ai démontré que ces frais étaient montés en flèche dès que des centaines de salons funéraires furent achetés par quelques firmes qui, jusqu'à il y a quelques années, controlaient environ 85% du marché. - Particulièrement à Montréal et dans ses environs.

Récemment, je me suis renseigné sur les coût actuels et fut encore une fois surpris d'apprendre qu'après l'achat d'une maison et d'une auto, les frais funéraires faisaient partie des déboursés les plus importantes d'un couple.

Ces dépenses ont considérablement diminué depuis l'avènement de l'incinération, mais encore là, ils continuent d'être les mêmes nonobstant les modifications que ces dépenses ont apportées dans le rapport «coût et prix demandé».

En passant, ces entrepreneurs essaient, au Québec et ce, depuis des années, de se faire renommer thanatologues depuis la fondation de leur corporation issue du Collège des embaumeurs (1958) et de l'Institut des embaumeurs (1961) et dont la mission est de «représenter le domaine funéraire et ses professionnels, en plus de soutenir son évolution et de promouvoir l’excellence de ses services», soulignant que cette Corporation est «un allié incontournable des thanatologues dans une optique de développement d’affaires et facilite toutes les étapes du deuil.»]

Vous pourrez en lire tous les détails à l'adresse qui suit :

https://www.domainefuneraire.com/corporation

En voici son logo :

***

Sur le site canadianfunerals.com , vous apprendrez (je traduis approximativement) :

Qu'au Canada, historiquement, le secteur des pompes funèbres n'a pas ouvertement divulgué les prix de ses services funéraires, et de nombreux sites de pompes funèbres ne publient toujours pas leurs listes de prix, mais que depuis quelques années, l'on trouve de plus en plus des maisons funéraires qui divulgent ouvertement le coût de forfaits funéraires.

Cependant, le coût d'un enterrement peut encore varier considérablement selon l'endroit où vous vivez et le  fournisseur de services funéraires que vous utiliserez. [...] Généralement, cependant, les coûts offerts par les entreprises qui se spécialisent dans ce domaine seront plus dispendieux que les maisons funéraires familiales [car] dans le secteur des pompes funèbres les économies d'échelle ne fonctionnent pas toujours en faveur des consommateurs.

On y suggère de se renseigner auprès de quelques maisons avant d'en choisir une car les choix dans ce domaine sont multiples :

Ces choix sont liées au type de cercueil, au type de doublure, d'une voûte, d'un lot au cimetière, d'une pierre tombale, etc. - Dans le cas d'un enterrement, le coût de l'embaumement s'ajoute à ces choix car il faut considérer la location d'une salle, l'exposition, le nombre de jours, les véhicules nécessaires, les services d'un célébrant et ainsi de suite ; qu'il s'agit là habituellement d'une décision qui doit être prise à un moment stressant et que les choix peuvent être intimidant au point où l'on s'en remet beaucoup trop au directeur de ce qui sera un enterrement, i.e. : "Faites ce que pensez être approprié..."»

Quelques prix :

«"Ce qui est approprié" peut débuter aux environs de 5 000 $, mais peut facilement atteindre 15 000$...» - Une crémation, par contre, est susceptible de coûter environ le quart de ces coûts . Une crémation simple, directe au Canada peut, par exemple, commencer aux environs de 600 $, tandis qu'une crémation avec un service, débours supplémentaires (avis de décès,exposition, fleurs, etc.), peut facilement se chiffrer dans les 4 500 $

«À noter que les coûts d'une crémation varient en fonction de votre province et la région. Par exemple, une crémation à faible coût peut être obtenue dans certaines régions du Québec pour aussi peu que 587 $, à Vancouver, pour 995 $ et à Toronto, pour 1 400 $, alors que dans le Nouveau-Brunswick une crémation simple peut coûter près de 3 000 $.»

Qu'inscrit-on dans les bilans financiers des thanatologues après avoir soustrait les dépenses des ventes brutes ? Les mots «profits» ou «bénéfices» ?

***

Note (pour ceux qui lisent encore leur horoscope) :

Le soleil en novembre est, au tout début, dans la constellation de la Balance pour ensuite passer dans celle du Scorpion pour finir dans celle d'Ophiuchus qui est la seule constellation à ne pas être associée à un signe astrologique.

Méfiez-vous des astrologues qui ne connaissent pas cette constellation.

Et puis, pour terminer :

«Le physicien danois et Prix Nobel Niels Bohr avait un jour accroché un fer à cheval au-dessus de sa porte. Consternés, des amis s'exclamèrent qu'il n'ajoutait sûrement pas foi à cette pitoyable superstition. "Non, en effet, répondit-il tranquillement, mais apparemment, ça marche, qu'on y croit ou pas."» (Christopher Hitchens)

Merci à Copernique pour cette citation.

Jeff


 Miroirs ternis et flammes mortes

C'est pas juste. je voulais lui laisser ma place, mais il n'a pas voulu. «Pourtant, je lui ai dit, puisque nos deux poèmes ont été mis en musique, pourquoi, puisque vous êtes le disk-jockey, vous ne passeriez pas avant moi ?» (Car je ne pouvais pas citer ne serait-ce que les deux premiers versets de mon poème sans en faire entendre au moins ce qu'on en avait fait... en musique.)

Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères, 
Des divans profonds comme des tombeaux, 
Et d'étranges fleurs sur des étagères, 
Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux.

Usant à l'envi leurs chaleurs dernières, 
Nos deux coeurs seront deux vastes flambeaux, 
Qui réfléchiront leurs doubles lumières 
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Un soir fait de rose et de bleu mystique, 
Nous échangerons un éclair unique, 
Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux ;

Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes, 
Viendra ranimer, fidèle et joyeux, 
Les miroirs ternis et les flammes mortes.

De Charles Baudelaire, naturellement, tiré de ses Fleurs du mal (1857).

En voici la version mise en musique et chantée par Léo Ferré, en 1957. - Merci Paul !

Cliquez sur la note :

Fawzi

P.-S. : Et puis excusez-moi, mais je n'ai pas inséré dans cette chronique le magnifique poème d'Edna St-Vincent Millay, que Simon Popp nous a traduit (oui, oui, Simon Popp) et qu'il a publié dans sa chronique du 27 février 2012 : «Le temps ne soulage rien ; vous m'avez tous menti...».- Pourquoi ? Parce qu'il est trop triste. - Allez voir, si le coeur vous en dit. Et surtout ne lisez pas celui qui suit ce poème (dans la même chronique). Il est encore plus triste.


La mort, la mort... qu'est-ce que vous voulez que j'en fasse ?

A-t-on idée ? Me demander, à moi, d'écrire un mot sur la mort... - C'est comme quand on a demandé à François Bellefeuille de parler des fêtes : je suis à un âge où l'on ne m'invite jamais personne à des funérailles. - Oui, bien sûr, j'ai assisté à celle de ma grand-mère, mais j'avais huit ans. Pour ses frères et soeurs et les frères et soeurs de mon grand-père (que je m'ai pas connus), on m'a dit tout simplement, un matin, qu'ils étaients décédés. Un par un, mais pas question de m'amener à Saint-Éloigné-des-Chars pour leurs funérailles.

Mes cousins, mes cousines, mes tantes et oncles sont tous en vie. Enfin, je crois. Mon chum, quant à lui, n'a pas de famille. Si : un frère qui demeure au Nouveau-Brunswick et avec lequel il ne s'entend pas.

J'entends parler, oui, par les journaux qu'une telle avec qui j'étais au primaire est morte, mais accidentellement (je veux dire que j'ai jeté, accidentellement, l'oeil sur la colonne des décès du Journal de Montréal et non qu'elle était morte dans un accident, mais vous aurez compris).

La mort, la mort, c'est dans dix, vingt, trente ans. Oui, demain, peut-être, mais j'aurai tout le temps, après, d'y penser.

Je ne suis pas dans la situation de la fille qui se fait dire par sa mère : "Tu sais, Madame chose qui demeurait dans la maison d'en face ben... elle est morte. - Marthe, ta cousine, tu sais : la fille de ta tante Margurite... ben elle est morte.  - Et puis tu sais le facteur qui livrait notre courrier du temps où... " Et à laquelle elle fut obligée de dire : "Maman, descend de la toiture et donne-moi ton fusil."

George


           

  Théodore !

Oui, je sais, ce n'est pas, compte tenu du thème de ce Castor™, le moment de le mentionner, mais comme le prénom de celui que je vais citer à l'instant me fait penser au poète si cordialement chanté par Georgius (Théodore Crapulet), je n'ai pas pu résister.

M'enfin ! Puisque, depuis quelque temps, tous les chroniqueurs du Castor™ semblent s'être donné la main pour parler de poésie, je me suis dit : «Pourquoi pas moi ?» (Surtout qu'aujourd'hui le numéro de ce Castor™ s'intitule lugubrement «Le mois des morts».) - Alors voici :

Sur ses larges bras étendus,
La forêt où s’éveille Flore,
A des chapelets de pendus
Que le matin caresse et dore.
Ce bois sombre, où le chêne arbore
Des grappes de fruits inouïs
Même chez le Turc et le Maure,
C’est le verger du roi Louis.

Tous ces pauvres gens morfondus,
Roulant des pensées qu’on ignore,
Dans des tourbillons éperdus
Voltigent, palpitants encore.
Le soleil levant les dévore.
Regardez-les, cieux éblouis.
Danser dans les feux de l’aurore.
C’est le verger du roi Louis.

Ces pendus, du diable entendus,
Appellent des pendus encore.
Tandis qu’aux cieux, d’azurs tendus,
Où semble luire un météore,
La rosée en l’air s’évapore,
Un essaim d’oiseaux réjouis
Par-dessus leur tête picore.
C’est le verger du roi Louis.

Envoi

Prince, il est un bois que décore
Un tas de pendus enfouis
Dans le doux feuillage sonore.
C’est le verger du roi Louis !

Vous aurez reconnu, bien sûr (1), le célèbre poème de Théodore de Banville (2) que Brassens a mis en musique en 1960 - il y a, mon Dieu ! 56 ans !

(1) Un acte de pur optimisme de ma part.

(2) Tiré de Gringoire, une comédie en un acte en prose - chez Levy Frères, 1866.

Bien sûr, j'aurais pu choisir «Les funérailles d'antan» et même sa «Supplique pour être enterré sur la plage de Sète», mais j'ai pensé que ce poème serait plus approprié.

Cliquez sur la note :

paul

P.-S. : Pour ceux qui croient que le Prix Nobel de littérature qui vient d'être décerné à Bob Dylan est une aberration, songez que le premier de ces prix a été décerné à... Sully Prud'homme.

Note : pour nos suggestions et enregistrements précédents, cliquez ICI.


  Book Review - Lectures

Bodily ravagement : « Mortality» by Christopher Hitchens
Published by TWELVE, part of the Hachette Group - 2012.

I'm into my third reading of this Christopher Hitchens' book which happens to be the very last one he wrote before he passed away of esophageal cancer, at the age of 62, in December of 2011.

It's 93 pages long and can be read in about an hour unless, like me, you read words, sentences and even punctuation marks when it comes to essays, novels, letters or anything written by brilliant and talented authors of whom Hitchens was in a class by himself.

The Huffington Post called him a «master wordsmith». - The San Francisco Chronical said that «he produced sentences of startling beauty». - The Publishers Weekly did not fail to mention his «unflinching and bold» style. - And the Washington Times praised his «interest in language and self-expression» as well as his «intelligent and courage» [which never waned]. - All reasons why I was reading his last book for the third time.

The back covers reads as follows :

«On June 8, 2010, while on a tour for his bestselling memoir, Hitch-22 (1) , Christopher Hitchens was stricken in his hotel room with excruciating pain in his chest and thorax. As he would later write in the first of a series of award-winning columns for Vanity Fair (2), he suddenly found himself being deported "from the country of the well across the stark frontier that marks off the land of malady." Over the next eighteen months, until his death on December 15, 2011, he wrote on politics and culture, astonishing readers with his capacity for superior work even in extremis.

(1) TWELVE, part of the Hachette Group - 2010.

(2) Vanity Fair : I buy it occasionally and, sure enough, everytime I bring it into my office, someone invariably asks : "Since when have you been interested in fashion ?" - Yeah, I know, there's always a model on the cover wearing the latest Gucci or Giorgio Armani and the first 30 some odd pages (before one reads the index) are adverts by you-know-who in the look-at-how-expensive-my-watch (handbag, scarfs, etc.) category but you should check once in a while who writes for it. - Reminds me of reading the interviews in Playboy...

«In this riveting account of his ordeal battling esophageal cancer Hitchens poignantly describes the torments of illness, discusses its taboos, and explores how disease transforms experience and changes our relationship to the world around us. MORTALITY is the exemplary story of one man's refusal to cower in the face of the unknown, as well as a searching look at the human predicament. Crisp and vivid, veined throughout with penetrating intelligence, Hitchens's testament is a courageous and lucid work of literature, an affirmation of the dignity and worth of man.»

In the quote above the underline in red is mine and is meant to bring to your attention that that Hitchens called his sickness a «malady» which any dictionary will tell you is a «disorder or disease of the body» but this is where, I think, those who write definitions in big and often useless books containing words classified laphabeticall (with defintions) ought to be more careful with certain words as a «malady» is not a «sickness». It is, in this case, a living creature that either invades or grows mysteriously in the only connection we have with the visible world and won't let go : our body. Proust described it admirably not once but twice in his «Remembrance of things past» ; first in its appearance, in a carriage, on a beautiful day, when his grandmother noticed its sudden and deadly presence and a second time during a painting exhibition attended to by Bergotte and which eventually lead to death.

Hitchens obviously felt it too but remarkably he dealt with this bodily ravagement «unflinchingly» (People Magazine), making sure that it wouldn't stop him from working nor thinking as he did throughout his life, provoking his detractors who were certain he would turn to religion before he died, writing this last essay which Newsday described as «fulll of humility, a humility worthy of kings».

One of the best books I've read in months and I'm insatiable when it comes to books.

Copernique

P.S. No. 1 : Stupid of me, isn't it, continuously saying that I don't read contemporary writers but there I was telling you that I was reading for the third time a book written by an author who was, in his lifetime, the most contemporary essayists of his generation - of all generations as far as I'm concerned - and, as stupidity goes, once I heard, proofreading what you just read, that it had been translated in French («Vivre en mourant») I got hold of a copy and immediately started reading it again. - See next section.

P-S. No. 2 : For Hitchens' fan, don't worry : he did die unflinchingly hanging on to his life-long convictions that «God is not Great and that Religion Poisons Everything».

P.-S. No. 3 : When asked how he was towards the end of his life, he used to smile and say : «I'm dying. - But so are you !»

***

«Vivre en mourant» de Christopher Hitchens
Traduction de Mortality par Bernard Lortholary - Climats - Flammarion - 2013.

Note : ce qui suit n'est pas exactement une critique ou même un compte-rendu de ce volume ni de sa traduction (que je m'empresse de qualifier de très bien), mais quelques remarques sur les traductions en général et les raisons qui me poussent souvent à relire un livre lu dans une langue et traduit dans une autre.

Sur le titre :

"Vivre en mourant...", un titre attirant, je suppose (pour ceux que les maladies mortelles fascinent), mais pourquoi ne pas l'avoir tout simplement intitulé "Mortalité" ? - Cela aurait évité une certaine confusion chez les techniciens-bibliothécaires qui, comme me l'a expliqué une amie (qui est... bibliothécaire), ont, en notre Bibliothèque Nationale, classé la version anglaise dans les écrits de journalistes [américains] (Dewey : 920.5) et la version française dans section des maladies mortelles [ou cancéreuses] (Dewey : 920.9).

On peut supposer que ce titre a été imposé au traducteur par l'éditeur... Mais on peut supposer également que Hitchens n'aurait pas approuvé même si on retrouve l'expression «living dyingly» dans le chapitre cinq de «Mortality» :  «My chief consolation in this year of living dyingly has been the presence of friends...»

Un autre exemple d'un titre qui a été, mais celui-là, totalement modifié de l'anglais au français est celui d'un livre de Sam Harris qui est passé de «Letter to a Christian Nation» («Lettre [ouverte] à une nation chrétienne») à «La Bible de l'athéisme» :

                                 

(Letter to a Christian Nation - Alfred A. Knoppf, New York, 2006 et La Bible de l'athéisme traduction d'Émily Patry - Les éditions Cardinal Inc., Montréal, 2015.)

Lire et relire :

D'abord et avant tout, il faut que je précise que j'ai toujours trouvé bizarre le fait que parmi tous les gens que j'ai connus et avec qui j'ai parlé de musique, de cinéma et de littérature, rares furent ceux qui aimaient visionner le même film ou relire plusieurs fois le même livre. Par contre, tous n'ont jamais hésité à écouter ad nauseam (pour leurs proches) les mêmes enregistrements. - On est loin de la cinquantaine de fois que j'ai regardé The Third Man de Carol Reed ou de mes relectures incessantes de Verlaine ou de Joyce.

Ce qui n'explique pas pourquoi, quand on est bilingue (un jour j'écrirai un article sur les désavantages d'être bilingue), qu'on veuille relire en français un livre qu'on vient de lire, trois fois (excusez-moi si je me répète), en anglais. Disons qu'en ce qui me concerne, j'ai contracté il y a longtemps l'habitude de lire en parallèle, d'une part la version originelle et de l'autre une version traduite de nombreux livres. C'est une manie que j'ai développée en deux phases :

La première date de mes études latines où je trouvais fort difficile lire Tacite dont le style, en particulier, varie d'une phrase à l'autre (contrairement à César, par exemple) et, chez qui, le vocabulaire est inhabituel. Tacite ayant utilisé de nombreux mots anciens ou encore des mots de son époque, mais qui avaient changé de sens. Un peu comme on dirait aujourd'hui formidable dans sa signification originale de "qui est à craindre".

La deuxième date de Rabelais qu'un jour j'ai essayé de lire dans le texte. Rien à faire : même avec un dictionnaire d'ancien français, je n'arrivais pas à comprendre quoi que ce soit jusqu'à ce que je trouve, chez un libraire de Barre, au Vermont, une traduction anglaise que je chéris encore aujourd'hui :

The Histories of Gargantua and Pantagruel - Translated by John M, Cohen - The Franklin Library, 1982.

(Par rapport à Rabelais, Oeuvres complètes publié chez Gallimard [La Pléiade] en 1955.).

Ces exercises m'ont fait comprendre que : 1) tous les traductions sont des interprétations  et 2) que ces interprétations nous renseignent sur la façon dont les traducteurs et, en conséquence d'autres lecteurs, ont lu ou lisent un livre. Ce qui est d'autant plus vrai que, comme Proust le souligne (dans Contre Sainte-Beuve, je crois), chaque lecteur n'est que le lecteur de lui-même.

Et puis, il s'agit là d'une excellente façon de développer son vocabulaire, de découvrir de nouvelles expressions et surtout d'apprendre - et souvent admirer - comment certains traducteurs s'y prennent pour traduire l'intraduisible comme, nous en avons donné quelques exemples ici-même, je crois, des mots comme "commuter" en anglais ou les variantes du mot "hôte" en français.

(Pas trouvé encore comment traduire "un pauvre homme" et "un homme pauvre" en anglais...)

***

Sur la traduction

Cela étant dit, je m'empresse d'ajouter qu'il y a certains types de traduction que j'ai beaucoup de difficulté à digérer. De l'américain au français par ceux qui ne connaissent pas le contexte dans lequel certains mots ou certaines expressions sont utilisés en Amérique et qui ne correspondent pas du tout à leurs équivalents britanniques (avec lesquels ils sont plus familiers). Je ne parle ici de "W.C." en France, de "toilet" en Angleterre ou de "bathroom" (sic) aux USA. Ces différences sont triviales, tout comme les "capots" français, versus les "bonnets" anglais ou les "hoods" américains où l'on écrit "tires" (pneus) ou "color" au lieu de "tyres" ou "colour", comme en Angleterre. Sauf qu'il y a une énorme différence, ne serait-ce que dans l'atmosphère, entre prendre un verre dans un café à Paris et prendre le même verre dans un bar à New York ou un pub à Londres.

De ces différences, j'en ai entendues ou lues si mal traduites qu'elles en étaient navrantes :

"You're surrounded. Come out with your arms above you heads" dans un Western, traduit par "Allez, les gars, vous êtes coincés..."

"The Toronto Maple Leafs" (une équipe de hockey) traduit en français par les "Feuilles d'érable de Toronto"...

Certaines peuvent être très drôles :

"We've lost them, but they found their way again." - "Nous les avons semés, mais ils ont repoussé."

"Les sans-culottes" qui deviennent des "Pantless boys" (celle-là, elle est de Simon Popp)

Et comment oublier ce court dialogue de Sacha Guitry :

- Et mon grapefruit ?

- Votre grapefruit, Monsieur ?

- Oui, mon grapefruit. Gra-pe-fruit ! C'est français, non ? - P-A-M-P-L-E-M-O-U-S-S-E !

***

Traduire Hitchens

«Mortality» ou «Vivre en mourant» n'est pas le premier livre de Chistopher Hitchens que j'aurai lu en anglais et en français. Ni le second, ni le troisième. Mon premier fut «God is not Great» ou «Dieu n'est pas grand» (*) publié en 2007 puis traduit deux ans plus tard par Ana Nessun (**).

(*) TWELVE (which was then part of Warner Books)

(**) «Dieu n'est pas grand» - Belfond 2009.

Parce que Hitchens est difficile à lire en anglais ? Pas du tout. C'est un auteur, comme je l'ai mentionné ci-dessus, tout à fait remarquable par la clarté de ses propos et la magnifique structure de ses phrases. Oh, peut-être que son vocabulaire est quelque peu, parfois, obscur, mais il est toujours d'une grande précision et la plupart du temps magnifiquement imagé. Ajoutez à ses qualités sa prodigieuse connaissance de l'histoire, de la politique, des religions et le fait qu'il est tout aussi à l'aise dans l'American English qu'il peut l'être dans l'anglais utilisé dans les milieux universitaires britanniques et vous aurez ainsi une idée à quel point il peut être passionnant de voir comment on peut le traduire d'une langue à l'autre en essayant de conserver non seulement son style, mais également ce que j'appelerais son ton ou encore sa modulation, car en plus, si jamais cela vous désirez l'entendre, sa voix est non sans rappeler celle d'un Richard Burton, mais d'un Richard Burton qui jonglerait avec des mots comme ceux qui jonglent - vous avez dû en voir à la télé - avec non pas de vulgaires quilles, mais des tronçonneuses... en marche, il va sans dire.

***

Traduire «Mortality» :

Qu'on me comprenne bien encore une fois : je ne veux pas, ici, démontrer que la traduction de «Mortality» qu'a fait Bernard Lortholary est inadéquate. Personnellement, je l'ai bien appréciée.

Je veux juste donner quelques exemples de la façon dont un traducteur peut s'y prendre pour transmettre la pensée d'un auteur, mais surtout faire ressortir à quel point une langue peut en faire comprendre une autre et ainsi en faire connaître les nuances.

Ces exemples ont été retenues pour leur singularité.

Taunting the Reaper vs. Faire la nique à la Faucheuse :

«I have been taunting the Reaper into taking a free scythe in my direction and have now succumbed to some­thing so predictable and banal that it bores even me.»

«Je faisais la nique à la Faucheuse, elle ne m'a pas raté et il m'arrive une chose si prévisible et banale que je suis le premier à trouver ça fastidieux.»

Note : Il s'agit, ici, non pas d'une traduction mais d'une véritable adaptation qui a le mérite de présenter une image sous un angle linguistique (ou serait-ce culturel ?) différent

The business of survival vs. Le boulot consistant à survivre

«You spend a good deal of time preparing yourself to die with some modicum of stoicism (and provision for loved ones), while being simultaneously and highly interested in the business of survival.»

«On passe une bonne partie de son temps à se préparer à la mort avec une petite dose de stoïcisme (et à prendre des dispositions pour ceux qu'on aime), tout en s'intéressant simultanément et vivement au boulot consistant à survivre.»

Note : "The business of"... aucune traduction direct dans ce contexte, même si "boulot" peut-être considéré comme très approximatif.

Badgered vs harcelé   et   Urged vs Pressé

«I sympathize afresh with the mighty Voltaire, who, when badgered on his deathbed and urged to renounce the devil, murmured that this was no time to be making enemies.»

«Je sympathise une fois de plus avec l'énergique Voltaire qui, harcelé sur son lit de mort et pressé de renoncer à Satan, murmura que ce n'était pas le moment de se faire des ennemis.»

Note : On remarquera, en passant, qu'il n'y a pas d'équivalent en français du mot «deathbed» et que ce mot peut être utilisé de diférentes façons en anglais. Dans le sens, par exemple, de «dernière minute», i.e. : «deathbed decision, deathbed promise...», ou encore dans celui de «volte-face», i.e. : «deathbed conversion», ces trois exemples n'ayant aucun rapport avec la mort proprement dite.

Lethal vs. meurtrier

«Lethal stupidity.»

«Stupidité meurtrière.»

Note : Le mot «létal» dans le sens de «peut entrainer la mort» existe en français, mais a une signification qui convient mieux à la médecine quoique au mot  «meurtrière» on aurait pu substituer celui de  «mortelle» qui supprime toute possibilité d'un crime.

I was felled vs. j'ai été scié

«Ever since I was felled in mid-book tour in the summer of 2010

«Depuis que j'ai été scié en pleine tournée de promotion d'un livre, pendant l'été 2010

Note : Un parfait exemple d'un verbe intransisitif transformé, en anglais, en un verbe transitif, chose qui, en français ferait sourcillier plus d'un académicien.

Lecturing vs lectures

«Debating and lecturing are part of the breath of life to me, and I take deep drafts when­ever and wherever possible.»

«Débats et lectures font partie pour moi de la respiration de la vie, et j'aspire de grandes bouffées en toutes les occasions et tous les lieux possibles.»

Note : Deux reproches à faire à Monsieur Lortholary dans cette phrase. Le premier concerne la traduction de deux verbes «Debating» et «Lecturing» par deux noms ou substantifs qui fait perdre à ces deux mots le sens d'une action. Quant à «lecturing», il signifie non pas «lire» mais «donner des conférence» ou «donner des cours»...

Sniny new copy vs. magnifique exemple

«Shiny  new copies of my memoirs

«Un magnifique exemple de mes mémoires.»

Note : Une erreur d'abord sans doute de frappe : à «exemple» il aurait fallu utiliser «exemplaire»; mais c'est l'expression «shiny new» traduite par «magnifique» qui m'a frappé. Je crois qu'elle est typiquement américaine car on la voit souvent accolée en publicité à des produits qui brillent («shine») lorsqu'ils sont neufs, une caractéristique que l'on ne mentionne que rarement en Angleterre.

To enthuse vs. s'enthousiasmer

«In circumstances where your audience is almost morally obliged to enthuse.»

«Des circonstances où votre public est quasi moralement obligé de s'enthousiasmer.»

Note : Un parfait exemple de l'étendu du vocabulaire de Christopher Hitchens car, normalement, ici, on aurait utiliser la version verbe-adjectif : «to be enthousiastic».

The stark frontier that marks vs. la frontière délimitant

«a very gentle and firm deportation, taking me from the country of the well across the stark frontier that marks off the land of malady»

«d'une déportation, affable et ferme, qui m'emmenait hors de la contrée des bien-portants et me faisait franchir la frontière délimitant le pays de la maladie»

Note : On pourrait ici souligner que le mot «stark» qui souligne «the frontier» signifie qu'il s'agit d'un endroit peu agréable, froid ou tranchant sur le reste du paysage n'a pas été incorporé dans la traduction, mais dans ce cas précis,  la sonorité ne peut être transmise avec la même force en français. Quoique on aurait put utiliser le mot "ultime".

Derniers exemples :

«I found his contempt for democracy to be somewhat off-putting» vs. «Je trouvais assez répugnant son mépris de la démocratie."

«...to argue some crude social-Darwinist points about the pointlessness of aiding the "unfit" vs. «...pour défendre quelques thèses sommaires du darwinisme social  sur l'absurdité qu'il y aurait à aider les "inaptes"»

«unrelenting atheist» vs. «un athée intransigeant»

«then hopped almost nimbly into a taxi» vs. »pour sauter ensuite quasi prestement dans un taxi»

Note : Ayant voulu dire «repugnant», Hitchens n'aurait pas hésité à écrire «repugnant, repellent, disgusting...», mais il a utilisé l'expression «off-putting» qui est beaucoup plus près de «désagréable» ou «non-plaisant» quoiqu'il s'agit là d'une opinion bien subjective.  Idem pour les exemples suivants : «inaptes» pour «unfit»; «intransigeant» pour «unrelenting» (dont la signification implique plus une continuité qu'un entêtement), «prestement» pour «nimbly»...

En bref :

Laissez-moi vous répéter encore une fois que le but de ce qui précède n'était pas de laisser sous-entendre que la traduction de Monsieur Lortholary du «Mortality» de Christopher Hitchens est inadéquate. En fait en la parcourant presque mot à mot, je me suis aperçu que son travail a été, à bien des points de vue, admirable, surtout comparé à certaines autres traductions que j'ai lues au fil des ans, particulièrement en français d'auteurs Sud-Américains, du sud des États-Unis ou encore de la Californie. 

Ce que j'ai voulu démontrer, c'est qu'une traduction peut être considéré comme une oeuvre en soi, capable de faire ressortir des aspects inconnus d'une oeuvre originale et d'en donner une nouvelle vision parce que lu et indirectement commenté par celui qui l'a traduit.

J'espère avoir réussi.

Copernique

***

Dictionnaire de la mort
Robert Sabatier
Albin Michel, 1967

Je n'ai pas connu Robert Sabatier qui était l'ami de non pas  de un, mais de deux de mes amis. Ce qui m'a fait dire que les amis de nos amis ne deviennent pas nécessairement nos amis, tout comme les ennemis de nos ennemis. C'est pourtant, c'est ce que m'a répété souvent mon professeur d'algèbre qui se servait de cette métaphore pour me faire comprendre que +1 multiplié par + 1 donnait +1, mais également -1 multiplié par -1, les '+' étant mes amis et les '-' mes ennemis.

N'étant ni philumène (collectionneur de boîtes d'allumettes), ni amateur de romans, je n'ai pas connu sa série de sept romans dont le premier avait pour titre Les alumettes suédoises (paraît qu'il faut les lire pour comprendre), ni ne me suis intéressé à son oeuvre (qui est immense) sauf quelques livres de poésie que j'ai trouvés bien ordinaires. Ce n'est que par ce dictionnaire que j'ai fini par comprendre qui il était, le classant immédiatement parmi les auteurs que je qualifie de grands travailleurs comme François Caradec, l'un des deux amis mentionnés ci-dessus et Shelby Foote, le premier pour les recherches qu'il a effectuées pour l'édition complète des contes d'Alphonse Allais et le second pour ses trois volumes sur la Guerre Civile américaine. Or, ce dictionnaire est rarement mentionné lorsque l'on cite ses oeuvres et auquel il attachait, semble-t-il une importance particulière car c'est un de ses livres qu'il mentionne précisément dans un interview qu'il a donné à l'émission VIP (Visages Inattendus de Personnalités) sur la chaîne KTO-TV en 2003, à quatre-vingts ans(1).

(1) Disponible sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=rkBAfu3aUuA

On m'a dit que c'était un homme de bonne compagnie, toujours prêt à rire et très intelligent.

Question : est-ce que le Dictionnaire de la mort est un livre lisible ? - Oui, mais pas une page après l'autre quoique c'est précisément ce que j'ai fait car on ne lit généralement pas un dictionnaire, même si on aime bien les feuilletter. On les consulte. - Celui-là est lisible à peu près comme le Journal des Goncourt ; à partir de son index où sont mentionnés les noms de tous les personnes cités ou qui sont mentionnés à l'intérieur de toutes les citation : 19 pages !

Ce qu'il contient ? De tout : des extraits philosophiques, des mots célèbres, des dernières paroles, des épitaphes, des opinions diverses jusqu'à des statistiques et beaucoup d'humour. Ce n'est pas un livre triste.

La citation au début de ce Castor™ (de Sénèque), par exemple, provient de ce dictionnaire, mais ce qui m'a surtout plu, ce sont les renseignements surprenants qu'on y trouve :

Vous saviez, par exemple, qu'une Confrérie des Agonisants a déjà existé et qu'elle a subsisté longtemps dans bien des pays catholiques ? Sa mission et sa spécialité étaient d'assister les mourants au moment de l'agonie et de prier pour eux. Ont existé également des sociétés de suicide, un club de dégoûtés, une société des lassés de la vie,un cercle de malades, un autre de la mort et des réunions où l'on pratiquaity la roulette russe. On y apprend, en outre, que chez les conquistadors, certains chevaliers ont fait le voeu de massacrer douze Indien par jour en souvenir des douze apôtres.

Quelques citations, prises au hasard :

Talleyrand sur son lit de mort dit à Louis-Philippe : « Sire, je souffre comme un damné! - Déjà! » s'exclama le roi.

On racontait dans un salon que le marquis de Créqui s'était empoisonné. « Vous verrez, dit Mme de Marchais, qu'il se sera mordu la langue. »

Tacite, dans ses Annales, a trouvé un moyen de défense pour les parricides : comment savoir avec certitude que la victime est vraiment leur père?

« Mieux vaut être pauvre qu'enterré. » (Proverbe juif.)

Henry Somm : « Évitez l'assassinat, il conduit au vol et ce dernier est presque toujours le chemin de la dissimulation. »

...

Quant aux statistiques, pensez en termes de morts à la guerre, à cause de naufrages, par la peste bubonique, à l'espérance de vie par pays, au nombres de suicidés par quartier de Paris...

De quoi satsifaire les plus curieux.

paul


    Raking Over Ashes

          A short story submitted by one of our readers

Mauvais souvenirs, soyez pourtant les bien- 
venus. Vous êtes ma jeunesse lointaine.
”     
(Georges Courteline)         

I find it odd that, in a city the size of Montréal, people with whom I was at one point in contact or associated with, or loved or even saw everyday for five, ten and even twenty years, have disappeared completely as if, following some form of makeshift goodbyes, they had stepped into another dimension, walked right off he map, never to be heard or seen again.

I can understand, although the same thing never occurred when I was there, that this sort of thing could happen in cities the size of Paris, London or New York… but Montréal ? Let’s face it : this pretentious little city in which I was born, is not the first but the 26th largest in the Americas and it doesn’t have, like la Ville Lumière, 16 real  arrondissements, 32 real boroughs like the Greater London area or the equivalent of five inner cities like the Big Apple, each having one or two or several main streets, individual parks, shopping centres, theatres, museums, meeting halls and monuments. Yes, of course, it has its share of what I would call divisions pompously named boroughs or arrondissements, 19 of them, matter of facts, each with its own mayor and councillors but who keeps moving from and to these divisions ? Who, in their right mind, would find it necessary to pack their things and put down roots at the other end of a different ordinary agglomeration of houses every time they change job or loose a friend ? I mean, if one was born in Westmount or N.D.G., one, in his or her lifetime, might move to Côte-des-Neiges or Snowdon, which are close by, or, at some point, one might decide to abandon Le Plateau in favour of Rosemont or La Petite Patrie, but I have yet to hear of someone having left, in normal circumstances, Pointe-Claire for Ville d’Anjou ; Pointe-Saint-Charles for Roxboro ; or Sainte-Anne-de-Bellevue for Montreal North.

Suburbs might have something to do with this people disappearing phenomenon as who wouldn’t like to move to a sidewalk-free area made up of equal sized lots where one has to drive three miles to get a quart of milk, six to get their kids to an arena and spend two hours every day on bridges and highways ? Madness accounts for a lot of things but my friends, my co-workers, the people with whom I went to school including my teachers weren’t all that barking mad.

In all fairness, I must add, at this point, that, without glasses, I’m blind as a bat and that both my sight and memory haven’t improved lately. That could explain why I never recognize anybody anymore but that would be misleading : I have, over the years, spotted and identified both men and women hundreds of yards away, most of the time before any of my 20-20 vision friends. Why ? Because, since I do not see very well, I observe. And what do I observe ? Motions, habits, mannerisms, anything what makes a person what he or she is. The way he or she walks or runs, the way he or she turns his or her head, the clothing they wear, whether they prefer high heels to sneakers, if they always carry bags or have umbrellas instead of raincoats and so on. – Names I have problems with but who would want to remember the names of everybody they meet since childhood ? Not me : I even have a long list of names I would like to forget including my fifth grade teacher and a couple of girlfriends. – But even with this gift and handicap, I have rarely meet again someone that I hadn’t seen in ten or twenty years. Let alone thirty or forty.


Montréal
(Source : www.careerjoy.com)

Anyway, I was thinking about all of this, the other day, having a coffee at my usual table, in my favourite coffee shop. (By the way, I never go to coffee shops but children, one day, might be reading this and the kind of establishments I usually go to don’t necessarily have excellent reputations and sitting on a stool is not something one mentions in mixed company.) – And, guess what ? In she walked.

Didn’t see her immediately as I was reading an article in a very serious magazine (I don’t read magazines, particularly serious magazines) and I never pay attention to people coming or going (now, that’s true). – Wasn’t noon yet and the place was empty, so when she sat at the table next to mine (sorry : a “seat without a back nor arms, typically resting on three or four legs or on a single pedestal”, a couple away from mine), I should have noticed but I didn’t, until I heard her voice. – It sounded familiar but what struck me was what she said : “I’ll have what he’s having.

I raised my head, looked at her, hesitated a while and said : “Pen ?”, pretending I was miles away, deep into personal and profound thoughts. (“Pen”, short for Penelope which, by the way, is not her real name.) – “You recognised me ?”, she asked. – My first thought was to quote W. C. Fields : “Recognise you ? My dear Penelope, how could I forget you ? How can anyone forget you ?” but I didn’t...  “Of course, I said. You haven't change a bit.” - Now that was a blatant lie.

Her hair seemed to have turned dark black from her their previously light auburn colour. - Grief ? - She was wearing glasses which she had refused to do for years. - She also had gained a few pounds. Like twenty or so. And, In saying that, I’m being charitable. And, again, she had of course, considerably been affected, like all women her age, by gravity.

How long has it been ?” I asked, noticing her hands which she tried to hide behind her glass of distilled water ; they were spotted and dark brownish. The type one sees continuously in Miami, Fort Lauderdale and the Keys. - Her hands ! Those members of her anatomy which used to throw dishes around in her mildest fits of boredom. – “I don’t know, she replied. I stopped counting. Years ago.” - “Yeah, sure, I thought : 25, 30 years ago. – You weren’t good at maths anyway.” – And then, she did it. She looked around, the same way she used to when we loved each other, or, at least I did. She turned her head to see if someone else was looking at her.  – I pretended I hadn’t noticed but she knew I had and went into another phase of her charming personality : she started talking with her phoney BBC accent when I asked her what had brought her into my current valley of tears. -  “Curiosity, she replied. I just rented an apartment nearby. Temporarily. We’re having the house remodelled, you know, with the kids gone, and everything, and I couldn’t help but notice that you were here everyday and was wondering what had happened to you.”  - And then she added : “You’ve changed a lot !, you know”. - “Thanks, I said to myself. As if she hadn't.

And that’s it. It could have stopped right there because the rest of the conversation was as shallow as what I just quoted. It was blah blah blah all the way with her doing the blah blah’s and me sneaking an occasional blah. - Smalltalk really. – Her son, like her younger brother, was an engineer. -  Very well known, I suppose. - Her talented daughter was now living in Paris. Her house was in Town of Mont-Royal (that I could have guessed). They – still married, huh ? - also had an apartment in Florida (told you so), on the fashionable side, not on the Atlantic ocean. Their cars were Volvo’s. Yes, her mother and father had passed away and so had her older brother, the latter in a car accident but the investigation had shown that it hadn’t been his fault. And surely I must have heard about her uncle who was a senator…

Blah blah blah. The thing is… she never said a word about herself. The entire monologue, because that’s what it was : a monologue, seems to revolve around where and how she had lived, hinting along the way that she had had a better material life than she and I could have had and while I would have loved her inquiring, she never asked what sort of life I had had. – I could have told her but I didn’t. – There was a question I would have liked to ask her, but I didn’t dare : “Had she been happy ?”- I knew the answer : she hadn’t. Her sparkling eyes had lost their sparkles. And anything about her that was graceful was gone.

At one point, I was tempted to say that the only ambition I had had was to be precisely that : happy and that I had so far succeeded admirably but it became obvious that she didn’t want to know.

As a whole, the only personal question she asked was : “What are you reading ?”- “An article on Tacitus”, I replied and that is as close as she came to letting herself go which, in itself, was remarkably remarkable.

So, there she was, – I counted afterwards : thirty-three years later – dying to find out if I still loved her and there I was trying to figure out what a miserable life we would have had together, had her mother not intervene into our relationship, pushing a total idiot, but a garçon de bonne famille, in between us.

I’m not a believer. I’m more a don’t-bother-me-with-your-religion sort of guy. – I don’t speak in tongues. - You could say I’m a reformed Catholic ; a very reformed Catholic ; a very, very reformed Catholic :  an atheist. But on days like this, I have doubts. Reverse doubts. You know : not doubts that God might not exist but doubts that he might.

For instance, believe, considering what I said at the beginning of this - whatever-you-might-wish-to-call-it – narration ? - that while it is odd that people we meet in our lives seem to disappear completely over the years, there seems to be some poetic justice in this – what did I say it was… phenomenon ? - It is as if an organizing hand made sure that it happens that way. A sort of protection against bad memories, mauvais souvenirs or long forgotten moments. - “Avec le temps, said Léo Ferré, tout s’en va.”

Except Tacitus. – Now where was I ? – Dammit, I forget to insert a marker !

A. de G.
March 2016


    Le courrier

        Pour nous écrire :

HPerec suivi de @udenap.org. - Indiquer le nom à qui le messsage est destiné dans le titre.

***

        Réponses diverses :

M. Talat Parsha - Buenos Aires, Argentina

Nous sommes tous des athées vis-à-vis les dieux de l'antiquité, les dieux des autres religions et tous les dieux mythiques. Les véritables athées nient également tous ces dieux, plus un.

M. Tomas Torquemeda - Barcelone, Espagne

Vous ne trouvez pas qu'interdire le voile dans toute la région de Napierville engendrerait la colère des apiculteurs ?

Madame Claude Champagne - Petit Lac Long (près Ste-Agathe), Québec

Non. Giuseppe Capone qui, pendant des années, a fait, dans notre quartier, la joie des enfants avec son orgue de barbarie et son petit singe n'est pas décédé. Ayant hérité d'un oncle, il s'est procuré un orgue Casavant et un gorille et est retourné dans son pays d'origine.

Ms Ertha Bothe - Munich, Allemagne

Oui et non ou non et oui. «L'homme de science se doit de chercher ce qui est et non pas ce qu'il souhaiterait ce qui soit.» (Albert Einstein)

M. Ronald Carroll - Salt Lake City, Utah

C'est en 1901 que H. G. Wells a écrit La machine à voyager dans le temps qu'il a fait publier en 1895.

M. Jean-Pierre Leduc - Trois-Rivières, Québec

Pas nécéssairement. zéro n'est pas un vide ou une absence totale : c'est la somme de 1 et de -1.

***


    Dédicace

Cette édition du Castor est dédiée à :

 


John McRae

(1872-1918)

(Photo de William Notman and Son - Guelph Museums, Reference No. M968.354.1.2x,
Domaine public - https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=4513446)

John Mcrae est l'auteur du plus célèbre poème dédié aux morts de la Première Grande Guerre :

    In Flanders Fields

     In Flanders fields the poppies blow
Between the crosses, row on row,
That mark our place; and in the sky
The larks, still bravely singing, fly
Scarce heard amid the guns below.

We are the Dead. Short days ago
We lived, felt dawn, saw sunset glow,
Loved and were loved, and now we lie
In Flanders fields.

Take up our quarrel with the foe:
To you from failing hands we throw
The torch; be yours to hold it high.
If ye break faith with us who die
We shall not sleep, though poppies grow
In Flanders fields.

***

Et également dédiée à :


William Owen
(1893-1918)
(Photo en provenance du site https://www.poets.org/)

Nous serions négligeant, en citant le précédent poème, de ne pas mentionner Wilfred Owen considéré par plusieurs comme le plus grand poète de cette Première Grande Guerre, mort au champ d'honneur en 1918, âgé alors que de 25 ans. Son poème Dulce et Decorum Est qui se termine par The old lie: Dulce et decorum est Pro patria mori (Le vieux mensonge : qu'il est doux et honorable de mourir pour sa patrie...) donne, comparativement à celui de McRae, une tout autre image de la guerre qu'il condamne sans équivoque.

Dulce et Decorum Est

Bent double, like old beggars under sacks,
Knock-kneed, coughing like hags, we cursed through sludge,
Till on the haunting flares we turned our backs
And towards our distant rest began to trudge.
Men marched asleep. Many had lost their boots
But limped on, blood-shod. All went lame ; all blind;
Drunk with fatigue; deaf even to the hoots
Of tired, outstripped Five-Nines that dropped behind.

Gas ! GAS  ! Quick, boys ! - An ecstasy of fumbling,
Fitting the clumsy helmets just in time;
But someone still was yelling out and stumbling
And flound'ring like a man in fire or lime ...
Dim, through the misty panes and thick green light,
As under I green sea, I saw him drowning.

In all my dreams, before my helpless sight,
He plunges at me, guttering, choking, drowning.

If in some smothering dreams you too could pace
Behind the wagon that we flung him in,
And watch the white eyes writhing in his face,
His hanging face, like a devil's sick of sin;
If you could hear, at every jolt, the blood
Come gargling from the froth-corrupted lungs,
Obscene as cancer, bitter as the cud
Of vile, incurable sores on innocent tongues, -
My friend, you would not tell with such high zest
To children ardent for some desperate glory,
The old lie : Dulce et decorum est Pro patria mori.

(Le titre de ce poème est tiré d'un vers d'Horace - Odes III.2.3)


    Le mot de la fin

Funérailles

Arrêtez toutes les horloges, débranchez les téléphones
Faites taire les chiens. Donnez leur un os
Fermez le piano. Au son étouffé des tambours
      Qu'on sorte le cerceuil et que suivent  les pleureuses

Que la fumée des avions trace au dessus de nos têtes
Ce funèbre message :
«Il est mort».
Que l'on attache aux cous des colombes un ruban de crêpe
      Que les policiers gantés de noir dirigent le cortège.

Il était l'Ouest, l'Est, le Sud, le Nord, pour moi
Ma petite semaine, mes week-ends
Mon midi, mon minuit, ma parole, mes rengaines
      Je croyais que cela durerait toujours. J'avais tort.

Décrochez les étoiles. Elles sont devenues inutiles.
Éteignez le soleil, remballez la lune
Asséchez les mers et abattez toutes les forêts
      Car : que voulez-vous qu'il m'arrive désormais ?

Tradaptation de Madame Fawzi Malhasti, d'après Funeral Blues de W. H. Auden :

Funeral Blues

Stop all the clocks, cut off the telephone,
Prevent the dog from barking with a juicy bone,
Silence the pianos and with muffled drum
Bring out the coffin, let the mourners come.

Let aeroplanes circle moaning overhead
Scribbling on the sky the message
'He is Dead'.
Put crepe bows round the white necks of the public doves,
Let the traffic policemen wear black cotton gloves.

He was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest,
My noon, my midnight, my talk, my song;
I thought that love would last forever: I was wrong.

The stars are not wanted now; put out every one,
Pack up the moon and dismantle the sun,
Pour away the ocean and sweep up the wood;
For nothing now can ever come to any good.


    Autres sites à consulter

Webmestre : France L'Heureux

Webmestre : Éric Lortie

Webmestres : Paul Dubé et Jacques Marchioro


    Notes et autres avis

Fondé en 1900 par le Grand Marshall, le CASTOR DE NAPIERVILLE fut, à l'origine, un hebdomadaire et vespéral organe créé pour la défense des ntérêts de l'Université de Napierville et de son quartier. - Il est, depuis le 30 septembre 2002, publié sous le présent électronique format afin de tenir la fine et intelligente masse de ses internautes lecteurs au courant des dernières nouvelles concernant cette communauté d'esprit et de fait qu'est devenu au fil des années le site de l'UdeNap, le seul, unique et officiel site de l'Université de Napierville.

De cet hebdomadaire publié sur les électroniques presses de la Vatfair-Fair Broadcasting Corporation grâce à une subvention du Ministère des Arts et de la Culture du Caraguay, il est tiré, le premier lundi de chaque mois, sept exemplaires numérotés de I à VII, sur papier alfa cellunaf et sur offset ivoire des papeteries de la Gazette de Saint-Romuald-d'Etchemin et trois exemplaires, numéroté de 1 à 3, sur offset de luxe des papeteries Bontemps constituant l'édition originale, plus trois exemplaires de luxe (quadrichromes) réservés au Professeur Marshall, à Madame France DesRoches et à Madame Jean-Claude Briallis, les deux du Mensuel Varois Illustré.

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