Volume XXVII, n° 1

Le seul hebdomadaire de la région publiée une fois par mois
Le lundi 5 septembre 2016  


«À mon âge, il m'est de plus en plus difficile de faire         
la différence entre ce
que j'ai imaginé et la réalité.»         
John Le Carré                

Troisième édition

Nous rappelons à notre aimable clientèle que :

1 - L'édition régulière du Castor™ , tel que cité ci-dessus, paraît le premier lundi de chaque mois

2 - L'édition corrigée du Castor™ , destinée au marché américain, paraît le jeudi suivant .

3 - De mini-éditions peuvent paraître le deuxième ou troisième lundi de chaque mois.

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Pour l'édition qui précède la présente, cliquez ICI.

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La rentrée

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Rentrée

Plutôt sauvage cette année. - Je parle de celle que vous avez entre les mains.

Hermy (sic !) qui, de la nostalgie, passe à la presque envie.

Simon qui s'est retenu (enfin presque)... quoiqu'il avoue avoir voulu s'en prendre à un bonhomme qui n'était pas ce qu'il y a de plus gentil. - Ajouter des notes issues de ses "calepins"...

Copernique, en grande forme, qui nous entretient de l'art d'écrire (ou serait-ce de la manière dont s'y prennent ceux qui écrivent?), des historiens, une dernière fois, dit-il, de sa bête noire (William Lane Craig) et qui, surtout, répond publiquement à une question qu'on lui a posé sur... son père, le Professeur !

Fiona, elle ? Elle en est à Chagall.. ou en est-elle vraiment ?

Jeff est en septembre !

Fawzi, probablement en septembre elle aussi, mais en un septembre d'il y a quatre siècles. Mais que fait-elle ? Elle lit de la poésie à longueur de journées ou serait à journées longues ?

George est en septembre, elle aussi, mais plus dans le temps qu'autres choses.

Paul... Ah Paul ! Enfin disponible : son essai sur Schubert ! Mais quel rapport cela a-t-il pu avoir avec un piano à pédales ?

Et finalement, Simon (oui, oui : Simon) qui nous fait part - et longuement - d'une découverte qu'il a fait dans sa bibliothèque et - tenez-vous bien ! - d'un poète

Qu'ajouter de plus ?

Bonne lecture !


    Chroniques

Note : les chroniques précédentes de nos correspondants peuvent être consultées en cliquant sur ce lien.


La rentrée

«Et surtout, n'allez pas écrire des bêtises, car la rentrée est une chose sérieuse ; il ne faut pas la rater.» C'est en ces mots que Monsieur Pérec m'a dit de rédiger la première partie de cette chronique, sachant qu'elle serait forcément lue en premier puisque, par une décision anonyme du conseil [d'administration, etc.], mais surtout par le format de la mise en page du Castor™, il en a été décidé ainsi.

J'ai bien voulu me conformer aux sous-entendus de ce dictat sauf que les rentrées m'on toujours fait peur. Tout comme les grands bouleversements de même que les humeurs intempestives de mon chat, les déménagements et, surtout, les grandes idées, celles qu'on exprime en trois pages dans les journaux ou en vingt minutes dans un débat : «Est-ce la fin de l'Occident ?», «Est-ce que Dieu existe ?», «Le réchauffement de la planète est-il un fait? »

J'ai de la difficulté à croire qu'on puisse lire et écouter des sommités écrire ou parler en si peu de lignes ou en si peu de temps sur des sujets semblable alors que les pré-émissions sur la Coupe du Monde ou le Super Bowl occupent nos écrans pendant deux (uniquement deux ?) semaines. - Et puis, de nos jours, a-t-on des idées nouvelles à nous communiquer ?  - Un de mes dieux, Groucho Marx, disait dans un de ses films : «Vous croyez que c'est une bonne idée, hein ? Alors elle doit être mauvaise.» - Il y a longtemps que j'en ai entendues.

Sur l'éducation - éducationnement, comme on dit ici - et, en conséquence sur les rentrées, je n'ai qu'une chose à dire : j'ai hâte qu'on cesse d'enseigner des choses et que l'on enseigne surtout comment ces choses puissent être apprises, comment on peut apprendre à apprendre.

Appendre : à lire, écrire et compter, d'abord. Puis à faire des recherches et douter de tout. Et quand je dis e tout, je dis de tout. Y compris tout ce qu'on écrit dans les livres d'histoire qui défilent des faits sans les expliquer. - Remarquez que je ne parle pas des livres de philosophie ou de religion : tous les philosophes et théologiens sont illisibles. Ils sont, de ce fait, peu dangereux sauf quand ils sont résumés par d'autres. Pour les premiers, la quantité de spécialistes qui prétendent les avoir lus est phénoménale. Quand aux théologiens, faut-il mentionner le nombre de prêcheurs, curés, imams et gourous qu'ils ont engendrés ?

Jeunes gens, un seul conseil : «N'écoutez vos professeurs que d'une oreille distraite.» - Je vous parle en homme à qui il a fallu autant d'années pour désapprendre par la suite ce qu'ils m'avaient enseigné. - Soyez des Galilée, des Darwin, des Laplace, des Einstein ou, à défaut, écoutez ceux qui disent le contraire de ce que vous pensez.

Voilà pour mes éclairées remarques sur la rentrée.

***

Et puis mélanges (sans pastiches)

Pour ma plus récente maniaquerie, voir André RousseauxRousseau» suivi d'un «x») dans la section «Book Review - Lectures» du présent numéro, mais, autant vous avertir tout de suite : si vous croyez que j'ai un peu exagéré dans le sens des détails, attendez de lire ce que notre disk-jockey, Paul Dubé, nous a préparé sur Schubert et ses lieder ; peut-être pas dans cette édition (quoique...), mais sûrement pour celle d'octobre. (1)

(1) Disponible depuis ce matin (Note de l'éditeur)

Entre temps :

1 - Plus jeune, j'aurais traversé la rue pour lui foutre mon poing sur la gueule. Je parle d'un bonhomme, le crâne rasé, tatoué des deux bras, visiblement en état de dieu-sait-quoi, qui forçait sa petite fille à marcher droit sur le trottoir en lui tirant le bras, la soulevant presque de terre. Elle avait beau pleurer, lui dire qu'il lui faisait mal, rien à faire. Le genre de petite qu'on voit sur cette photo dont je n'arrive plus à trouver l'auteur :

C'est qu'il en a de plus en plus de ces énergumènes et j'ai beau me dire que ce sont les OVNIs qui nous les débarquent, la rage me prend à chaque fois. - Cela se passait, le deux août dernier, rue Notre-Dame entre les rues Charlevoix et Vinet.

2 - Quand j'y repense, je trouve que les catholiques de mon enfance ont été d'une stupidité à faire pleurer. Mangeaient pas de viandes, le vendredi. Même dans les prairies, à deux mille kilomètres de la plus proche mer. À leurs parents l'obligation de préparer pour leurs enfants du poisson en boîtes dans une sauce indescriptible. - Ne pas conserver de viande, oui, dans le désert, au Moyen-Orient, il y a deux mille ans, je peux concevoir, mais au vingtième siècle, au Canada, même à Montréal ? - Z'appelaient ça jeûner. (avec un accent circonflexe ? J'en doute.) - De quoi admirer ceux qui, de nos jours, observent le rituel du Ramadam.


(Source : http://www.bumblebee.com/)

Et on me demande pourquoi j'ai tant détesté la cuisine de ma mère.

3 - Inconscients, hypocrites ou au-dessus du petit peuple les curés des années trente et quarante et même cinquante, si ce n'est soixante, soixante-dix et même quatre-vingt et quatre-vingt-dix ? (Je suis trop vieux pour continuer à m'intéresser à eux.) Z'ont vécu et certains vivent encore dans de luxueux bresbytères adjacents à des églises valant des fortunes dans des quartiers comme St-Henri, Ste-Cunégone, Pointe-St-Charles (dans le sud-ouest de Montréal) alors que leurs fidèles survivaient de peines et de misères entassés dans des «cold-flats» (logements sans «eau chaude») à trois ou quatre et même cinq par pièces là où la charité avait peur d'entrer.

     
L'église Sainte-Cunégonde et son... presbytère.        
rue Saint-Jacques, angle Vinet, Montréal

Sainte-Cunégonde ?

Pour ceux qui ne le savent pas, la paroisse de Sainte-Cunégonde fait maintenant partie d'un quartier situé au sud-ouest de Montréal entre les rues Guy et Atwater, au sud de l'autoroute Ville-Marie et le canal Lachine, quartier issu de l'ex-ville de Sainte-Cunégonde, fondée en 1864 et qui s'étendait alors jusqu'au boulevard René-Lévesque, Lors de fusionnement avec la ville de Montréal, en 1906, ce quartier a été rebaptisé Petite Bourgogne. Il a eu la réputation d'être un des plus pauvres de la métropole du Canada, notamment entre les deux guerres.

Aujourd'hui, grâce à la gentrification, particulièrement du côté du canal Lachine où les usines ont été transformées en coproprirétés, l'endroit est devenu inabordable et si l'église a perdu son éclat, elle fait maintenant partie du Grand Répertoire bâti de Montréal et son nom a été changé pour celui d’Église des Saints-Martyrs Coréens.

Entre sainte Cunégonde "du Luxembourg" (975-1033 ou 1039) et la Corée, je n'ai pas encore fait le lien.

4 - Paul a reçu le mois dernier un message d'un lecteur du site sur la Chanson française (voir les liens à la fin de toutes nos éditions) qui a retrouvé dans la page consacré à la chanson «Le temps des cerises» le passage suivant :

« ...la légende veut que Clément aurait échanger ses droits d'auteur contre une pelisse que Renard lui aurait remis... »

« J'ai peine à constater. écrivait-il, à quel point cette faute, la plus abominable qui soit en langue française, se dissémine désormais dans les productions écrites les plus diverses, des vociférations hargneuses de trolls oligophrènes jusqu'aux articles les plus fouillés et pointilleux par ailleurs, comme c'est le cas ici, ce qui rend d'autant plus saillante la soudaine irruption d'une suprême ineptie...»

(Le Monsieur parlait de l'infinitif «er» au lieu du participe passé «é», évidemment.)

Ce message que Paul m'a communiqué, m'a fait penser à un sketch de Monty Python's où, ayant signalé un couteau quelque peu taché à un serveur d'un luxueux restaurant, un client reçoit tour à tour la visite du maître-d'hôtel, du chef de service, du directeur de l'établissement, du propriétaire... jusqu'à ce que John Cleese, le chef des cuisines, armé d'un couperet, enragé comme seul John Clesse peut l'être, commence à l'engueuler pour reprocher au personnel une petite erreur... Bataille s'ensuit, tables renversées, un garçon se fait tuer, etc. - Une fois le calme revenu, le client dit à sa conjointe : «Heureusement que je n'ai pas mentionné la fourchette.»

Paul, le responsable de cette bévue monumentale qui... - vous vous rendez compte : un irrespect total de la règle inventée par Clément Marot au XVIe pour François Premier qui voulait épater ses amis italiens ! - ... qui m'a assuré qu'aucun événement du genre de celui que je viens de décrire s'est produit au siège social de son site, mais qu'il a cru bon de signaler à son correspondant qu'il avait oublié de mentionner qu'il manquait un «e» à la fin de «remis» dans la même phrase.

Deux participes passés fautifs. Quel horreur !

Pourquoi a-t-on abandonné l'usage de la guillotine ? Dites-le moi.

5 - La rentrée ? Je vais la manquer. - J'ai décidé que j'occuperais tout mon mois de septembre à mettre de l'ordre dans ma bibliothèque. - Pour ne pas passer pour un intellecteul, j'ai avisé mon entourage que je devais subir une cure de désintoxication. j'ai pensé qu'on comprendrait mieux. Et je sais qu'il y en aura plusieurs qui diront : «Je le savais !»

6 - Lectures ? - Ouais, pas mal. Voir plus loin.

Simon




La rentrée

Loin de ma personne de se comparer à Julien Green dont le grand-père est né avant la Révolution Française (en 1789), sauf qu'elle lui arrive souvent de penser à son grand-père, Télesphore-Jean, qu'elle a connu d'ailleurs, né avant la Confédération (en 1861) et décédé au tout début de la Révolution Tranquille (en 1960) ; à l'aube de son centenaire.

Assis sous l'arbre qu'on disait bi-centenaire à l'époque (abattu en 1961 pour des raisons que, à cause des jeunes filles qui nous lisent, je ne peux décrire), je me souviens de lui - pas de l'arbre, mais de mon grand-père, qui me disait - la preuve est que : lui parlait et non l'arbre -, alors que j'étais encore adolescent, qu'on n'avait plus les hivers [les étés, les neiges, les froids, les chaleurs, etc.] d'antan et que c'était bien malheureux.

Aujourd'hui, me voilà qui dit à mon petit-fils qui n'est déjà plus un adolescent, que nous n'avons plus les rentrées qu'on avait sauf que je m'empresse d'ajouter, d'une façon non équivoque, un sérieux heureusement.

Avec leurs celllulaires (on dit "portables" en France), leurs ordis, leurs tablettes et leurs écouteurs, les élèves de cette rentrée n'ont définitivement plus le même visage que ceux de mon époque, et même de l'époque de mon fils qui se rapproche de plus en plus de ses cinquante ans. Que j'eusse aimé posséder ne serait-ce qu'une calculette lorsque je fis mes études, dans les années quarante et cinquante ! Que de temps j'ai passé à essayer de comprendre comment extraire une racine cubique ! Alors si vous pensez que j'étais premier de classe en calcul intégral...

"Moi, me disait le Professeur l'autre jour, j'aurais préféré appendre à danser."

À bien y penser, compte tenu des informations dix fois inutiles que j'ai apprises ; surtout en géographie...

Hermy (puisque c'est comme ça que les jeunes disent dans mon dos en parlant du vieux Pérec).



On Writing

Shelby Foote - whom I quoted last month (more about him in the following section of this column) - once mentioned in an interview that he wrote between 500 and 600 words per day (a page, a page and a half, single line, on a 8.5 by 11 inches), six, seven hours at a time, seven days a week, weeks after weeks, taking a break once in a while. Something like 100,000 words per year. About 200 pages which, in 40 years time, is the equivalent of about 30 medium-sized books. Some people have all the fun.

On the same subject, some authors write only early in the morning, others only at night. Others, like Julien Green, imposed on themselves strict rules : from nine to noon and the rest of the afternoon for corrections.

Simenon is well known to have taken long walks for days before sitting down and writing an entire novel in a couple of days.

Kerouak typed his On the Road novel on a series of pages glued together to form a single roll which he filled so many feet per session.

Nabokov wrote on index cards, often in a parked car, and so did Georges Perec but in cafés.

Alexandre Dumas and James Joyce used, amongst various methods, a color-coded system.

Proust wrote, locked up in a room, twenty-four hours a day, for several years, going out once in a while to verify the color of a skirt or the shape of a flower. In bed, of course, and so did (write in bed) Mark Twain and George Orwell.

Victor Hugo, Dickens and Lewis Carroll wrote standing up but only Hugo did so without clothes having instructed his man servant to lock everything up so he wouldn't be able to go out.

Blondin and a few other authors had to be locked up because he was or they were drunk most of the time.

Balzac is known for drinking giant pots of coffee, writing for hours on end to meet deadlines but drinking a lot of coffee was also a known habit of Voltaire, Immanuel Kant and Kierkegaard.

Alphonse Allais wrote in cafés, sometimes haphazardly as a saute-ruiseau was waiting to bring his latest short story to a desperate newspaper publisher waiting to fill the last page of his canard.

Speer wrote about the Third Reich, while in jail, using bits of paper which were smuggled out on a daily or weekly basis. - Paine wrote his Rights of Man in jail as well, awaiting his execution which, by a stroke of luck, he avoided. - And most of the Marquis de Sade books were written while he was in captivity.

Sorry, but I can't, this morning, remember of a famous, or at least prolific, writer who dictated everything directly to a typographist.

Simon, our resident grumpy columnist, always carries notebooks in which he writes continuously throwing them away only when all the sentences and notes they contained have been used or discarded or copied into another notebook. Using lead pencil, of course. - If you meet him, by the way, he doesn't like to be touched, never shake hands and, in the middle of a lunch, he will pull out his notebook, note something down, as if you weren't there. Very annoying at first, but you'll get used to it as he never miss a word of what you're saying.

Mr. Perec can only be found writing, at his desk on which years of books, pens, bibelots and assorted knick-knacks have accumulated... on an old Remington typewriter. - I keep wondering where he gets his ribbons nowadays. You know : the kind with two colors. Red and Black. Haven't learned to use all black ribbons, I guess, the kind that when one side was used, you'd reverse it and used the other.

Christopher uses a word processor, after his kids have gone to bed, he insists.

Mrs Malhasti has already mentioned that in her translation work, she goes from one language to another, wait a while and translates it back to the original to see if both of them matched.

As to Paul, well he writes on anything : bits of paper, pages torned from small, medium and large calepins, post-it's, business cards, matchbooks, napkins and bar bills.

This and other little known facts about the working habits of scribblers have always fascinated me.


Proust's «Paperolles»
(source : https://theartstack.com)

I've meet a few authors, some of them well known, others totally unknown, and a few critics as well. I also read a lot about the working habits of major authors such as Gide, Alain, Wilde and others. - I remember having won, when I was a kid, a prize for something and for which I was given a book the title of which was : "How to write" (or an equivalent absurd title) which dealt with how different writers sort of invented their unique styles which one could recognize after a few paragraphs and even sentences.

Whatever or however one writes, the time, the techniques, the ususual habits of writers could be the subject of a twelve volume encyclopedia published under the title of The Crooked Timber of Littérateurs. - I wonder who would buy it, besides me and a couple of weirdos living in a house that was once occupied by an obscure romancier.

Some techniques have been lost because of the good sense of some writers who destroyed their manuscripts as they were published thereby wiping out the jobs of hundreds (thousands in the case of Proust, had he throwed away his) would-be-biographers or even worst, essayists.

The same applies to painting. Vermeer's technique has been lost, and so has most of Rembrandt's, to name two of the most admired painters of all time. Others have been partially documented but badly. Pollock was one of them. He was filmed «throwing paint» on a canvas spread out on the floor but no-one had the patience and honesty to watch him, day after day, sometimes for weeks, adding a line or a spot, here and there, to make sure that his finished work was what he wanted to begin with. On the other hand, the pointillisme of Seurat and the brush strokes of Van Gogh are well documented. Easy : you just have to look at their paintings.

I personnaly destroy all my brouillons which, with my magnifient handwriting, I can't even read after two or three days. So should every scribbler. Publishing Jean Santeuil as a novel that held the promises of À la recherche du Temps perdu is a perfect case for this.

In the meantime, writing with a pen dipped in ink like Shelby Foote does teach us that the beast of creativity is a monster.

How do you write ? If you write at all.

On Historians

In my last month column, I mentioned two historians who I said were praise-worthy : Shelby Foote (mentiond above) who wrote the definitive books of the American Civil War and Barbara W. Tuchman whose Guns of August dealing with WWI is a joy to read. A third should have been mentioned. Oh, I know, Herodotus, Thucydes, Gibbon, Suetone and dozens more ought to be considered as «all-time great historians», not to add, wether you like them or not, Charles de Gaule, Winston Churchill and even Julius Caesar, all considered by people who think they know best as far better than the two, or three or four I quoted but, if you really want to read something out of the ordinary, one name stands out against all of them : Tacitus.

Publius (or Caius, no one really knows) Cornelius Tacitus, born c. A.D. 56, whose surviving portions of his two major works - the Annals and the Histories - span the history of the Roman Empire from the death of Augustus, AD 14, to the first Jewish-Roman War in AD 70. Not that he is accurate - anybody can be accurate - but he remains one of the few historians I know who didn't care if the facts disagreed with his vision of what really happened : he, to paraphrase Oscar Wilde, called a spade a spade even though he probably never saw one in his whole life, having been born in an old aristocratic family.

He's not easy to read, particularly, unless you are an exceptional scholar, in his original (and I mean original) native Latin as his verbal, syntactical and rhetorical style, not to mention his use of archaisms and constantly varying structure, is particularly difficult compared to, say, Plinius the Younger or Cicero. - Get a good translation. The classic, I am told, is that of Alfred Chuch and William Jackson Brodribb (1876). It is available in multiple versions on the WEB but I understand that A. J. Woodman's (Hackett, 2004) is a very good one as opposed to the ubiquitous Michael Grant's Penguin version (1956) but I haven't looked into any of them. I've used, ever since I started reading Tacitus, when I was twenty five or so - and it was because it was the onlty one around - is J. L. Burnouf's French version ( 1859 !) but I am told that the most recent, by Catherine Salles (Robert Laffont, 2014), is quite exceptional and so would be Pierre Grimal's for the Pléiade edition (1990). Haven't looked into Henri Goelzer's Le livre de poche version (1963), but it's most likely out of print. And how many times does one wants to read Tacitus ?

One piece of advice :

If, in the translation of Tacitus you bought or borrowed, you find words like sycophancy or expressions such as the sweet of repose, [he] required forsooth the defence of soldiers and aggrandised by revolution (which I found on the Internet - translator unkown (1)), learn latin, it'll be easier.

(1) the 1876 translation by Alfred Chuch and William Jackson Brodribb (Editor's note)

Anyway, as Simon Popp suggested, if I do find, at a reasonable price, the Grimal's, I' buy it.

The thing is that Tacitus doesn't write like an historian. He writes like a novelist.

But on the subject of writing - to conclued this and my previous column - I'd say that anybody with a smattering knowledge of any language can write. A high school student can probably write a decent description of a landscape or a street, even a small village. It might take some talent to do the same about a character and make that character believable. But only exceptional writers can invent a plot. Aristotle said that, I think, speaking of [in his time] Greek theatre but he's been debunked about so many things over the years...

Sine ira et studio.

Last Word on William Lane Craig

I've had just about enough of this professional debator about which Richard Dawkins said that while his name might add some credential to this joker's C.V. , it surely wouldn't add anything to his own.

Look him up on YouTube and you'll find at least two dozens of his debates against atheists, anti-deists or simply agnostics in which he always insist on being the first to present his arguments always ending his preliminary speech the same way :

«If you're sincerily seeking God, the God will make his existence evident to you. The Bible promises : "Draw near to God and he will draw near to you." You musn't concentrate on eternal arguments...etc.»

And the usual punch line :

«In conclusion, we've seen five [sometimes six, sometimes eight] reasons that God exists. If [my opponent] wants us to believe that atheism is right, he must tear down all of these five [six, seven or eight] arguments I have presented for God's existence and then, in their place, present a case of his own to prove that atheism is true, etc.»

The main problem with this is well known : it takes twice as long to tear down an argument than it takes to state it and if, on top of that, WLC insists that one presents another one...

The goal here is blast your opponents with so many more or less logic statements that they can’t possibly respond.

The second problem is that all of his purpoted arguments for the exitence of God, in one variety or another (they're always the same), have been debunked and debunked time and time again. His ass, to put it another way, has been kicked around so many times that I'm surprised he still find people willing to enter into any conversation with him.

He sounds like a preacher - a well educated preacher, I admit (which does not imply intelleigence) - of the Bible Belt variety.

One thing is sure : if I wanted my kids to honestly believe in God, I would do everything to keep them away from this serious clown.

   Addendum :

On proofreading the above, I remembered having read a long tine ago an article written by George Eliot in the 1850's on a preacher of immense popularity who went, at the time, under the name of Dr. Cumming. It was an article she (George Eliot's real name was Mary Ann Evans for those who have left school a long time ago) in the Westminster Review of which she was one of the editors.

Took me a while to find it  but I finally got hold of it on the British Humanist Life site. At this address :

http://humanistlife.org.uk/2014/02/27/great-essays-in-the-humanist-tradition-evangelical-teaching-dr-cumming-by-george-eliot/

Basically, George Eliot's article was  a scathing attack on the intellectual dishonesty of a then well-known evangelical divine whose full name was [Rev.] John Cumming who was then a popular and influential minister of the National Scottish Church in Covent Garden and whose favourite subjects of his Sunday sermons were anti-Catholicism and apolyptic prophecies.

The article is quite long but I thought I would give you the urge to read it by quoting its first two paragraphs written in the inimitable George Eliot's style :

(As Christophe Hitchens one said abou it : "I shall be surprised if it does not remind you of some more recent religious performers.")

Evangelical Teaching

by

George Eliot

«Given, a man with moderate intellect, a moral standard not higher than the average, some rhetorical affluence and great glibness of speech, what is the career in which, without the aid of birth or money, he may most easily attain power and reputation in English society ? Where is that Goshen of mediocrity in which a smattering of science and learning will pass for profound instruction, where platitudes will be accepted as wisdom, bigoted narrowness as holy zeal, unctuous egoism as God-given piety? Let such a man become an evangelical preacher; he will then find it possible to reconcile small ability with great ambition, superficial knowledge with the prestige of erudition, a middling morale with a high reputation for sanctity. Let him shun practical extremes and be ultra only in what is purely theoretic: let him be stringent on predestination, but latitudinarian on fasting; unflinching in insisting on the eternity of punishment, but diffident of curtailing the substantial comforts of time; ardent and imaginative on the premillennial advent of Christ, but cold and cautious towards every other infringement of the status quo. Let him fish for souls not with the bait of inconvenient singularity, but with the dragnet of comfortable conformity. Let him be hard and literal in his interpretation only when he wants to hurl texts at the heads of unbelievers and adversaries, but when the letter of the Scriptures presses too closely on the genteel Christianity of the nineteenth century, let him use his spiritualizing alembic and disperse it into impalpable ether. Let him preach less of Christ than of Antichrist; let him be less definite in showing what sin is than in showing who is the Man of Sin, less expansive on the blessedness of faith than on the accursedness of infidelity. Above all, let him set up as an interpreter of prophecy, and rival Moore’s Almanack in the prediction of political events, tickling the interest of hearers who are but moderately spiritual by showing how the Holy Spirit has dictated problems and charades for their benefit, and how, if they are ingenious enough to solve these, they may have their Christian graces nourished by learning precisely to whom they may point as the “horn that had eyes,” “the lying prophet,” and the “unclean spirits.” In this way he will draw men to him by the strong cords of their passions, made reason-proof by being baptized with the name of piety. In this way he may gain a metropolitan pulpit; the avenues to his church will be as crowded as the passages to the opera; he has but to print his prophetic sermons and bind them in lilac and gold, and they will adorn the drawing-room table of all evangelical ladies, who will regard as a sort of pious “light reading” the demonstration that the prophecy of the locusts, whose sting is in their tail, is fulfilled in the fact of the Turkish commander’s having taken a horse’s tail for his standard, and that the French are the very frogs predicted in the Revelation. 

«Pleasant to the clerical flesh under such circumstances is the arrival of Sunday! Somewhat at a disadvantage during the week, in the presence of working-day interests and lay splendours, on Sunday the preacher becomes the cynosure of a thousand eyes, and predominates at once over the Amphitryon with whom he dines, and the most captious member of his church or vestry. He has an immense advantage over all other public speakers. The platform orator is subject to the criticism of hisses and groans. Counsel for the plaintiff expects the retort of counsel for the defendant. The honorable gentleman on one side of the House is liable to have his facts and figures shown up by his honourable friend on the opposite side. Even the scientific or literary lecturer, if he is dull or incompetent, may see the best part of his audience sli pquietly out one by one. But the preacher is completely master of the situation: no one may hiss, no one may depart. Like the writer of imaginary conversations, he may put what imbecilities he pleases into the mouths of his antagonists, and swell with triumph when he has refuted them. He may riot in gratuitous assertions, confident that no man will contradict him; he may exercise perfect free-will in logic, and invent illustrative experience he may give an evangelical edition of history with the inconvenient facts omitted;—all this he may do with impunity, certain that those of his hearers who are not sympathizing are not listening. For the Press has no band of critics who go the round of the churches and chapels, and are on the watch for a slip or defect in the preacher, to make a “feature” in their article: the clergy are practically the most irresponsible of all talkers. For this reason, at least, it is well that they do not always allow their discourses to be merely fugitive, but are often induced to fix them in that black and white in which they are open to the criticism of any man who has the courage and patience to treat them with thorough freedom of speech and pen


George Eliot by Samuel Laurence, c. 1860
(Source : https://en.wikipedia.org/wiki/George_Eliot)

***

Wow ! Toute une question !

Elle m'a été posée par un certain A. Nonyme ayant visiblement emprunté un nom d'emprunt via G-Mail, mais dont je soupçonne la vraie identité car il me l'a posée de différentes façons au cours des dernières années (n'est-ce pas, cher G. M. ?) :

    "Est-ce que votre père est aussi fervent catholique que Monsieur Pérec nous le laisse sous-entendre ?"

Ma réponse ? (Parce qu'on m'a demandé de répondre publiquement)...

À froid, même après deux verres, je ne saurais pas vous le dire.

Il en démontre manifestement tous les signes, mais qui peut dire ce qui se passe dans la tête d'un autre, aussi proche que cet autre puisse l'être ?

Tout aussi à froid, mais à jeun cette fois-là, je vous dirais que mon père me fait penser à celui de John Stewart Mill (*) qui trouvait difficile d'imaginer un Dieu capable, tout en sachant sciemment ce qu'il faisait, de créer un enfer et, en même temps, des humains dont la majorité, à cause de leur ignorance, leur nature, leur lieu de naissance ou leur éducation, allaient s'y retrouver et ce, dans d'horribles tourments jusqu'à la fin des temps.

(1) John Stuart Mill fut un philosophe, logicien et économiste britannique. Parmi les penseurs libéraux les plus influents du XIXe siècle, il était un partisan de l'utilitarisme, une théorie éthique préalablement exposée par Jeremy Bentham, dont Mill proposa sa version personnelle. En économie, il fut l'un des derniers représentants de l'école classique. Féministe précurseur, Mill proposa en outre un système de logique qui opère la transition entre l'empirisme du XVIIe siècle et la logique contemporaine. Il fut enfin l'auteur du premier grand traité sur la démocratie représentative intitulé : Considération sur le gouvernement représentatif (1861). - (Wikipédia)

Oui, comme vous, je le vois à la messe tous les dimanches, à toutes les cérémonies religieuses, aux consécrations d'immeubles ou de statues, et quand, plus jeune, je lui ai demandé ce qu'il en pensait, sa réponse était toujours la même :

"Copernique, me disait-il, le dimanche est un jour dont tout homme ne saurait se dispenser ; non pas parce qu'il est sacré. mais parce qu'il est important ; important par sa nature même. - Le dimanche est le jour où l'on cesse de travailler, le jour où l'on met ses plus beaux vêtements, le jour où l'on rencontre les amis, les parents qu'on n'a pas le temps de voir au cours de la semaine, le jour où l'on se doit de réfléchir à non seulement ce que le curé nous dit du haut de sa chaire, mais à tout ce dont chaque humain doit réfléchir au cours de son existence, s'il veut la rendre sensée. Moins mécanique, si tu préfères."

Récemment, je l'ai surpris en train d'écouter un discours de William Lane Craig dont je parlais il y a un mois ou deux (2). M'a dit, tout simplement : "Ce que cet homme sera malheureux dans sa vieillesse !" - C'est de là que j'ai compris d'où provenait son éternelle jeunesse : mon père, même à l'âge de 82 ans, est tout aussi curieux qu'il devait l'être à vingt.

(2) Le Castor™ - Édition du 6 juin 2016 et ci-dessus. (Note de l'éditeur)

"Les passions sont, répète-t-il souvent, paraphrasant Proust, [de même que] les maisons, les routes, et les avenues, fugitives, hélas, comme les années."

Est-il, dans ces conditions, croyant ? - Je ne sais pas. - Il est, à la fois, j'en suis convaincu, stoïque, épicurien et cynique. Pas dans le sens où on l'entend aujourd'hui, mais dans le sens ancien et puis aussi sceptique, peut-être même agnostique. Tout comme le père de John Stewart Mill.

Cela répond, cher Monsieur A. Nonyme, à votre question ?

Copernique


John Stewart Mill
(1806-1873)
(Source : http://www.theimaginativeconservative.org/)


  Fiona Darbon Van Maercke

Chagall à Floreffe

Dans cette charmante commune de Belgique où les casse-vitesse sont aussi nombreux que les ronds-points se tient présentement une exposition du peintre biélorusse Chagall (1). Il s'agit somme toute d'une centaine de dessins et de gravures d'une collection privée, qui représentent pour la plupart des personnes de sexe indéterminé jouant à pouet-pouet camion avec des femmes nues possédant un strabisme plus ou moins prononcé, le tout au milieu d'animaux traditionnels chagalliens comme les chevaux, les vaches ou les coqs.

(1) "Marc Chagall - des rêves aux souvenirs". Jusqu'au 2 octobre 2016 - Site officiel du Centre culturel de Florelle. - À l’Abbatiale (abbaye) de Floreffe - Rue du Séminaire, 7 - 5150 Floreffe

L'expo était en elle-même une excuse, mon amour pour Chagall se limitant majoritairement à l'église St Stephan de Mainz (ou Saint-Étienne de Mayence), en Allemagne. En fait, je voulais voir la petite église de l'abbaye de Floreffe. Datant du XVIIe siècle après l'âne et le bœuf, l'église se trouve à flan de colline, au bout de la cour jouxtant le cloître traversé par des vieux paons sans plumes. De style un peu bâtard, roman croisé classique croisé baroque, elle a comme les volatiles précédemment cités perdu le faste de sa jeunesse.

Le clou de la visite était donc dans la nef : l'autel en marbre et les magnifiques stalles baroques de Pierre Enderling. L'autel, sorte de portique fermé en marbre devant peser 2000 tonnes, fait un peu tache entre ces murs dont le plâtre se décolle et laisse deviner la brique rouge et les planches ayant servi à plafonner le bâtiment. Imposant, il dit clairement que dieu est puissant, parfait, lourd et rose strié de gris.

Face à lui, des pièces de bois alignées en 4 rangées (deux de chaque côté) forment 74 sièges. Sur chaque séparation, chaque dessous de siège, chaque haut de dossier, on peut voir une figure ou un buste sculpté différent. Il est évident que ces sièges ont été fabriqués parce que les messes de l'Abbé Jean-Relou étaient beaucoup trop longues. Dès lors, Frère Jean-Fripon pouvait demander au Frère Jean-Pinard de changer de place avec lui comme ça Jean-Fripon regarderait les bébés joufflus en bois manifestement atteints du syndrome de Down et ricanerait pendant que Jean-Pinard achèverait discrètement son vin de messe derrière le nez crochu d'un Père de l'Eglise.

En se dirigeant vers la sortie, pour éviter de regarder une énième Tour Eiffel (l'époque parisienne de Chagall n'est définitivement pas sa meilleure), on peut se tourner vers les mur et admirer les statues qui arborent, en fonction de votre position, une face banale ou un profil affichant un délicieux hyperprognathisme.

Fiona

(Photos en provenancce des site http://delcampe-static.net et http://static.skynetblogs.be/)


La rentrée

Septembre. Dans deux, peut-être trois semaines, nous verrons les premières pubs pour l'Halloween sur nos petits écrans, suivies de près par celles du temps des fêtes.

Septembre. Disparues, enfin, ces affiches qui nous enjoignaient d'aller chez X, Y ou Z qui, chacun, essayaient de nous convaincre qu'on pouvait se procurer chez eux les fournitures scolaires à meilleur prix. Depuis le début de juillet.

Septembre. Difficile à croire, par une chaleur étouffante, que d'ici peu, il faudra ramasser les feuilles mortes - et pas à la pelle, Monsieur Prévert : avec un rateau.

Septembre. Une nouvelle année qui commence. Enfin : c'est ce que nous disent les journaux, les libraires, les institutions d'enseignement. - Pourquoi pas ? Qui a dit : "Aujourd'hui est le début d'un Nouvel An. Appelons-le Premier". Mais Premier de quoi ? - Ce jour-là n'a aucun rapport avec l'équinoxe ou le solstice qui, au moins, eux, ont un certain sens. - Et pourquoi avoir fixé le début des classes au début de septembre ? Un indice : les récoltes.

Septembre. Ventes de fin d'année chez les concessionaires d'automobiles. Pourquoi pas ? Les nouveaux modèles -  ceux de l'an prochain - seront là dans un mois.

Septembre. Bout de bon dieu, c'est bien vrai ! Du jour au lendemain tous les iPhone de la planète deviendront désuets, vieux, out of style. Tout comme mon paletot de l'an dernier.

Septembre. Oh, les larmes des petits qu'on amènera pour la première fois à la garderie...

Septembre. Pourquoi pas le 16 mars ou le 18 août ? Y'a les chats et les chiens, je suppose qui doivent se demander ce qui se passe. - A-t-on idée, aussi, de commencer à penser rentrer les meubles du jardin ?

Septembre. Au fait, vous savez où j'ai entreposé mes pneus d'hiver ?

Jeff


  Textes choisis

VILLANELLE

Ô beauté sans seconde,
Seule semblable à toi,
Soleil pour tout le monde,
Mais comète pour moi !

De ces lèvres écloses
On découvre en riant
Sous des feuilles de roses
Des perles d’Orient.

Ces beaux sourcils d’ébène
Semblent porter le deuil
De ceux que l’inhumaine
A mis dans le cercueil.

Pour soulager ma flamme,
Amour serait bien mieux
S’il était dans ton âme,
Comme il est dans tes yeux.

Dieux ! Que la terre est belle,
Depuis que le soleil
A pris pour l’amour d’elle
Son visage vermeil !

Là-haut, dans ce bocage,
On entend chaque jour
Le rossignol sauvage
Se plaindre de l’Amour.

Quittez la fleur d’orange,
Agréables zéphyrs,
Et portez à mon ange
Quelqu’un de mes soupirs.

Quand je chante à ma dame
Quelque air de ma façon,
Elle oublie ma flamme
et retient ma chanson.

Jean-François Sarasin (Sarrasin ou Sarazin)
Né vers 1614, mort en 1654.

Texte tiré de l'Anthologie de la poésie française du XVIIe siècle
édition de Jean-Pierre Chauveau (Poésie / Gallimard, 1987)

Fawzi


Un temps pour chaque chose, une chose pour chaque temps

Chagall, Sherby Foote, The Art of Writing, j'ai-t-y l'temps d'penser à ça, moi ? - Ma vie tourne autour du déjeuner du p'tit, du chum qui a égaré sa cravate, de la boîte en cartron, remplise de vaiselles qu'il faut que j'aille livrer chez les bonn'femmes qui s'occupent des femmes battues.

La poésie, chez moi, ça ressemble à une planche et un fer à repasser, à un four à micro-ondes qu'il faut que je nettoie et à la douche pour laquelle je dois acheter le produit-miracle qui en enlève quelque chose qui fera qu'elle fonctionnera mieux. Plus les taches de rouille qui commencent à se répandre dans le lavabo de la cuisine. Et y'a eu récemment les problèmes avec le système d'alarme, l'arbre à abattre parce qu'il était mort, les trous qu'on a creusés qui m'empêchent de stationner à moins de deux kilomètres de chez moi. Et les grandes tantes et les mères de mes amies qui meurent à droite et à gauche.

Vers dix heures, le soir, de temps à autre, quand mon chum s'est endormi devant la télé et que je ne suis pas encore tombée de fatigue, il arrive que je pense à autres choses. À Copernique, par exemple. Vous n'avez aucune idée à quel point ce bonhomme-là est beau, mais avant que je lui dise...

Y'a Paul aussi, qui m'a prêté un exemplaire de Wuthering Heights. Douze lignes et je me suis arrêtée. M'a allé chercher le film avec Laurence Oliver à la bibliothèque. Doivent avoir ça.

Quinze minutes, par soir, à tous les soirs ? Je ne peux pas me payer ça ces temp-ci.

Paul, Paul, Paul... M'a quasiment tué avec son The Third Man. Celui-là, je l'ai regardé jusqu'à la fin. J'en ai rêvé pendant trois jours. j'en rêve encore. La vie est-elle si triste ? - Non, parce qu'il m'a également passé Some Like It Hot et deux, trois Laurel and Hardy dont je me souviens d'une scène, d'une image, d'un geste : Oliver Hardy, en costume de chef de fanfare (ou quelque chose d'équivalent, avec un chapeau orné des plumes), le seul qui lui reste, un oeil au beurre noir que lui a donné. sa femme qui vient de le quitter, assis dans un fauteuil qui a été épargné des flammes (parce que sa maison, sans toit, a passé au feu)...


Cliquez [à droite] sur la photo

George


           

 La rentrée

     Enfin !

La première version de mon essai sur SCHUBERT est maintenant disponible. Trois heures et demi d'extraits sonores. Quoi ! Vous ne vous entendiez pas à ce que je parle de Schubert qu'avec des portées, non ?

CLIQUEZ ICI

     Pour le moment :

Je serais prêt à parier que vous n'avez jamais entendu parler de Charles-Valentin Alkan, né Charles-Valentin Morhange le 30 novembre 1813 et mort le 29 mars 1882 à Paris (1) ; un pianiste et compositeur, mais un pianiste d'un genre assez particulier : il jouait et composait de la musique pour un piano à pédales. - Oui, oui, je sais, vous savez, nous savons tous qu'un piano possède généralement deux ou trois pédales qui servent à atténuer, augmenter, soutenir ou arrêter le son de cordes qui vibrent, mais quand avez-vous vu, pour la dernière fois, un piano avec autant de pédales qu'un orgue ? - Il en existe pourtant : ce sont des pianos-pédaliers.

(1) La légende veut qu'il soit mort écrasé par sa bibliothèque alors qu'il saisissait le Talmud. - Non, vraiment ? Le Talmud ?


Une édition (presque) intégrale du Talmud de Babylone.
(Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Talmud)
Auteur : Reuvenk

Des pianos-pédaliers ? Hé oui. Il en existe deux «modèles» :

            
(Sources : Gérard Janot, Paris, Musée de la Musique à gauche - inconnu, à droite)

Le premier, à gauche, date de l'époque de Charles-Valentin. Son mécanisme est assez simple : les pédales actionnent les mêmes cordes que la moitié (ou à peu près) de celles frappées à partir du clavier, soit les notes les plus basses.

Le deuxième, à droite, en un instrument plus ou moins récent, conçu par le facteur de piano Luigi Borgato. Il consiste à un "deuxième" piano dont les cordes sont frappées indépendamment du clavier.

Du premier, en voici un exemplaire qui démontre comment ce genre d'instrument peut fonctionner :

(Source : https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1895775)

***

Charles-Valentin Alkan ne fut pas le seul à composer de la musique pour ce genre d'instruments. Charles Gounod, Schumann, Camille Saint-Saens et, comme ça pourrait être une surprise, Liszt ont tous écrits des partitions pour cet instrument. Exemple : le deuxième concerto pour piano de Saint-Saens. - Plus de détails ci-dessous. - Or, Alkan a en presque fait une spécialité. Exemple : son prélude no. 4 (opus 66) dont j'ai retrouvé un bout de film sur YouTube :

https://www.youtube.com/watch?v=HELxh1-diuA

Il en existe plusieurs autres :

Roberto Prosseda interprétant la Passacaglia en do mineur de Bach (BWV582) :

https://www.youtube.com/watch?v=DF864Fev0ws

Ou encore, d'Alkan, le Benedictus, op. 54.

https://www.youtube.com/watch?v=aiV8g3KbVkc

Luc Beauséjour jouant la Toccate en ré mineur de Bach (BWV565) :

https://www.youtube.com/watch?v=cobaQ4PFsZg

Et, en concert, Doppio Borgato et l'orchestre Toscanini sous la direction de Jan Lathan Koenig interprétant le concerto pour piano-pédalier de Gounod :

https://www.youtube.com/watch?v=vW9mhB5qm70

***

Pour en apprendre un peu plus sur Alkan, voir la page :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles-Valentin_Alkan

Voici sa photo :

(Source : Wikipedia)

paul

Pour nos suggestions et enregistrements précédents, cliquez ICI.


  Book Review - Lectures

Littérature

André Rousseaux (avc un x, oui), ça vous dit quelque chose ? - J'y arrive.

Ayant retrouvé la biographie de Joyce, mais reperdu celle de Nora (voir le mois dernier), j'ai, au grand dam de mon chat qui pique une crise à chaque fois que je déplace ne serait-ce qu'un bibelot dans la maison, décidé, il y a deux semaines de faire un peu de ménage dans ma bibliothèque et ce faisant, je suis tombé sur une caisse en carton oubliée depuis longtemps et que je croyais remplie de livres «à classer» ou «à donner». J'y ai retrouvé une table de logarithmes [de la Procure des Frères de l'Instruction Chrétienne] datant de 1956, une Histoire sommaire de la littérature grecque (H. Petitmangin, édition J. de Gigord, 1959), mais, à ma grande surprise, sept volumes de cet André Rousseaux intitulés Littérature du vingtième siècle ayant autrefois appartenus aux Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception, 100 Place Juge-Desnoyers, Pont-Viau, Ville de Laval, Québec, mais également estampillée «École Secondaire Délia Tétreault, 5620 rue Darlington, Montréal, P.Q.» et, dans chacun de ces volumes, un inséré sur lequel fut inscrit : «Prière de ne rien écrire dans ce livre» ! - Des soeurs écrivant dans un livre. ! O sacrilège ! L'avis, l'ordonnance, voir même l'édit (on sent presque le «sous peine de péché mortel») a cependant été observé.

Comment ces livres se sont ramassés dans ma bibliothèque, je n'ai aucune idée. Ils datent (certains sont des réimpressions) des années cinquante et, tenez-vous bien, toutes les pages ont été découpées et, ça et là, mais très rarement, à cause sans doute de pages mal retournées, quelque taches, ce qui  démontre qu'ils ont été lus, sauf que je ne me souviens pas ne les avoir, moi, ouverts ne serait-ce qu'une seule fois. - Mystère. - À cause de la similarité avec deux autres volumes qui se trouvent, eux, depuis longtemps dans ma bibliothèeque permanente et que je consulte plus ou moins régulièrement, ils m'ont fait penser aux deux premiers volumes de la correspondance de Voltaire (La Pléiade) estampillés «Séminaires des Trois-Rivières» dont je me souviens de l'achat chez un libraire «de seconde main», rue Mont-Royal, il y a de ça plusieurs années. (Ils sont, en passant, ces deux derniers, dans une condition impeccable. Pensez-y : Voltaire dans la bibliothèque d'un séminaire...) Mais je m'éloigne de mon sujet. Mon sujet qui aurait dû porter le titre de :

Peut-on critiquer un critique qui critique les critiques d'un autre critique ?

Car il s'agit bien de cela quand on parle d'André Rousseaux qui ne fut pas d'accord avec Sartre au sujet de Dos Passos (et encore moins avec Gide) ni, non plus, avec l'exécuteur testamentaire de Kafka ou encore avec ceux qui n'aimaient pas les écrits de Saint-Exupéry.

(Un ex-professeur de philosophie, aujourd'hui à la retraite, me disait, il y a un temps, que durant du temps de la Grande Noirceur, il n'était pas, en classe, interdit de parler de Nietzsche, ni de Kierkegaard, ni de Spinoza ou de de Sartre ; il suffisait tout simplement de démontrer qu'ils n'avaient pas raison.)

Sept volumes, publiés par Albin Michel, entre 1938 et 1961.


(Vous pouvez cliquer sur les images pour en obtenir un agrandissement)

Vous trouverez la liste des écrivains mentionnés sur la couverture de chacun des volumes précités, de même que les titres de chacun des essais qu'ils contiennent, en annexe.

André Rousseaux :

Décédé depuis plus de quarante ans (en 1973) André Rousseaux né en 1896 est peu connu de nos jours. Il fut cependant, particulièrement, de 1918 à à la fin des années cinquante un écrivain, journaliste et critique littéraire fort apprécié de son temps. Après des études au lycée de Beauvais où il avait commencé à préparer son doctorat en droit, il s'orienta assez vite vers la littérature et le journalisme. - Il fut, par exemples, rédacteur à l’Action française (de 1918 à 1929), collaborateur régulier de la Revue Universelle (de 1926 à 1958), mais également chez Candide (de 1928 à 1940), Je suis partout (de 1931 à 1933), La Revue de Paris (de 1929 à 1939), Les Nouvelles littéraires (1939), Le Figaro (à partir de 1929) etc.

C'est à partir d'une centaine de ses critiques littéraires que les volumes précités furent publiés.

En quoi consiste ces critiques :

Essentiellement, elles concernent les écrits d'auteurs français, mais on y trouvera plusieurs auteurs étrangers : allemands ou autrichiens (Herman Hesse, Rilke, Thomas Mann...), américains (Faulkner, Miller, Hemmingway, Dos Passos...), anglais (Virginia Woolf, T. S. Eliot, Lawrence d'Arabie, Graham Greene, Becket...). Cent huit auteurs dont certains sont mentionnés deux ou plusieurs fois (Camus et Mauriac trois fois, Virgina Woolf et Claudel quatre fois). Des index dans chaque volume permettent de retracer d'autres écrivains, mais également des peintres, des artistes de la scène et.. d'autres critiques. (D'où le titre auquel nous faisions référence ci-dessus.)

Les critiques d'André Rousseaux, aujourd'hui :

Évidemment, on ne serait toutes les lire avec le même intérêt tout en notant que des noms, comme celui de Céline, Prévert ou Marcel Aimé, pourtant très connus à l'époque, n'y figurent pas, tandis que certains auteurs qui y sont mentionnés sont complètement tombés dans l'oubli. S'agit là d'un phénomène tout à fait normal, car qui, dans quarante ou cinquante ans, sauront se souvenir des auteurs des best-sellers contemporains ?

Et puis, il y a le style et la manière de concevoir la littérature qui a beaucoup évolué au cours des dernières décennies et qui fait qu'on peut reprocher à M. Rousseaux d'insérer beaucoup (trop, à mon avis) de références à la religion, la patrie et la communauté humaine.

Certains regards, divers points de vue, plusieurs approches même, méritent quand même qu'on relise ses textes nonobstant certains qui, dans certains cas, peuvent faire sourire par leur naïveté, mais qui étaient, pourtant, à l'époque d'une profondeur qu'on ne pouvait mettre en doute.

Au hasard, voici quelques extraits de ses critiques qui méritent un coup d'oeil :

Montherlant

L'insolence fait partie du génie de M. de Montherlant. Elle en est même l'essentiel, car elle lui est indispensable.

Julien Green

Mais la vérité profonde de Julien Green est qu'il n'est d'aucun siècle ici-bas.

Albert Camus

Il serait fort peu significatif d'écrire qu'Albert Camus est hanté par l'idée de la mort.

Kafka

Si Kafka a souhaité que ses livres fussent détruits, c'est parce qu'il savait bien qu'ils exprimaient insuffisamment ce qu'il avait à nous dire de complexe et de mystérieux.

Thomas Mann

Un roman de Thomas Mann est presque toujours comparable à une fleur rare, parfumée d'une odeur héroïque, vénéneuse aussi peut-être, et qui sort d'un terreau auquel elle s'oppose en même temps qu'elle s'en nourrit.

Proust

Seul, oisif, inquiet, attentif à toutes choses, sensible à plus que toutes choses, car la réponse de son être à l'âme invisible de l'univers le mettait entre l'ivresse et le désespoir, Marcel Proust est de la famille fiévreuse et lucide des grands romantiques du vingtième siècle, qui ont fait avancer le plus loin, et peut-être jusqu'au bout, les questions essentielles que les âmes romantiques du dix-neuvième s'étaient posées.

Faulkner

On va à rebours de Faulkner, et l'on s'enfonce dans l'incompréhension de son génie.

Saint-Exupéry

Il est bon ton, à ce que je crois, dans certains milieux intellectuels, de faire la petite bouche sur Saint-Exupéry.

Virginia Woolf

La plus attachante et la moins saisissable des créatures. la plus humaine et la moins fixée dans les contours où une personne dessine sa figure et trouve ses limites.

En résumé :

Réunies en un volume de quelque deux ou trois cents pages, l'on peut penser que les presque deux mille pages de cette collection pourraient faire l'objet d'une étude sérieuse non seulement sur les auteurs aujour'hui connus qui y seraient mentionnés, mais également sur l'esprit critique de la première moitié du XXe siècle. Tel quel, on ne saurait considérer cet ouvrage comme capital. Il faut ajouter que relire sur ce qu'on a écrit à une certaine époque sur Saint-John Perse, Loti, Barrès, Jouhandeau et plusieurs autres contemporains ne peut pas être inutile.

Ne serait-ce que pour juger nos propres contemporains et nos propres critiques.

Dire qu'il y en a qui sont convaincus que je ne lis que Le Journal de Montréal et les blagues dans le bas des pages du Reader's Digest !

Sérieusement vôtre...

Poésie

«Les phrases qui n'ont aucun sens illuminent notre compréhension de la réalité.»
(Ludwig Wittgenstein)

Avant de vous faire part de mes commentaires sur deux livres qu'on m'a récemment refilés, il y a deux points sur lesquels j'ai toujours insisté au sujet de la poésie :

Le premier est celui de la musique et son rapport avec le lyrisme. C'est Copernique, je crois, il y a quelque temps qui rappelait la question qu'un écrivain anglais avait posée à André Gide au sujet de la poésie, à savoir pourquoi il n'y avait pas de poésie française (1). Cette boutade, parce que c'en était une, tournait, si je me souviens bien, autour de la musicalité et du lyrisme dans la poésie. C'était, je suppose, avant que Verlaine soit plus connu en Angleterre, car s'il y a un poème de Verlaine qui est aujourd'hui continuellement cité, c'est bien celui qui commence par "De la musique avant toutes choses / Et pour cela préfère l'Impair..." qui est une véritable profession de foi en ce qui concerne le rôle du lyrisme, du rythme et de l'intonation dans la poésie.

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose
... (2)

D'une certaine manière, ne pourrait-on pas dire qu'en poésie le sens des mots devient secondaire ?

(1) A. E. Houseman (1859-1936), lors d'un diner à l'université de Cambridge, en Angleterre. - André Gide : Anthologie de la poésie française - La Pléiade, a949é - Voir à : Copernique Marshall in Le Castor™ - Chronique no. 24 - 10 décembre 2012. (Note de l'éditeur)

(2) L'art poétique tiré de Jadis et Naguère (1884). (Idem)

***

Le deuxième concerne l'automatisme ou plutôt les automatistes.

Je ne me suis jamais, à vrai dire, intéressé à ce groupe de peintres-sculpteurs-poètes-écrivains-chorégraphes et autres artistes fondé en 1942, mais qui ne s'est vraiment fait connaître lors de la publication du Refus Global de Paul-Émile Borduas en 1948.

Si j'ai appris, jeune, quand même, à non pas apprécier, mais à me poser des questions devant des Picasso, des Miro ou des Kadinsky, j'en suis venu, petit à petit, à me perdre dans des toiles de Pellan, de Riopelle et, surtout, de Pollock qui demeure, aujourd'hui, un des peintres que j'admire le plus, sauf qu'ils étaient tous décédés ou considérablement avancés en âge quand j'ai commencé à vraiment les comprendre. Ce fut le cas, entre autres de Marcel Barbeau ou de Denys Morrisset, que j'ai côtoyés tous les deux sans trop savoir qui ils étaient et dont j'ai appris les décès que tout récemment, il y a quelques mois, pour le premier, et 1990 pour le second.

De leur influence sur la poésie, j'ai cependant été conscient dès mes premières lectures. - Avec Paul-Marie Lapointe, entre autres, à propos duquel j'ai déjà écrit une mini-chronique sur son livre «écRituRes» (1980). Paul-Marie Lapointe qu'un ami commun, Marcel Godin, trouvait hermétique alors que je le trouvais presque obscène par son côté trop personnel, trop ouvert  presque viscéral.

Le secret de cet «écRituRes» consistait à ne jamais faire suivre un mot, un vers, une strophe ou un poème, d'un mot, d'un vers, d'une strophe ou d'un poème qui puisse avoir un rapport avec celui ou ceux qu'ils précédaient, laissant au lecteur le loisir de se promener dans la tête de l'écrivain, comme une araigée cherchant à tisser sa toile entre un objet, une pensée, une image dans un cerveau en ébullition.

Ce qui, évidemment n'a aucun rapport avec l'automatisme, mais comme le souligne le psychologue Steven Pinker, quiconque s'intéresse à la signification profonde du langage, qu'il soit parlé ou écrit, ne doit pas ignorer la psycho et la neuro-linguistique dont l'objet est de découvir non seulement l'origine profonde, mais l'utilisation et le sens souvent caché des mots et expressions utilisés dans les phrases, même les plus banales. Ce qui répond à cet autre passage de Wittgenstein :

«Comment de simples signes, de simples bruits peuvent-il faire transmettre des informations sur le contenu intérieur de mon esprit ?- Comment peuvent-ils mettre à votre disposition quelque chose de moi, à vous - et à d'autres esprits - qui n'avez pas la possibilité de fouiller dans mes pensées ?».

Notons, au passage, qu'une des branches de la linguistique est la phonologie ou l'étude scientifique du son et des systèmes de sons dans le langage.

***

Sons, mots, combinaisons, rimes (ou absence de rimes), cadences, choses exprimées, sous-entendus... c'est à tous ces aspects de la poésie que j'ai pensé quand je me suis plongé dans la lecture des deux recueils de poèmes auxquels je faisais référence ci-dessus, recueils parus il y a une quinzaine d'années et dont les titres sont :

Poèmes jetés du 3e (suivi de Cosmos strié) - le tout accompagné de deux illustrations de Steve Deschesnes, publié à compte d'auteur (Montréal, 2000)

Le vif du sujet, poèmes - accompagnés de trois sérigraphies d'après des dessins originaux de de Steve Deschesnes - Le temps volé, éditeur (Montréal, 2001)

Sauf que :

Compte tenu du nombre de publications «à lire absolument» qu'on me met entre les mains régulièrement, j'avoue ne pas avoir porté un grand intérêt à ces cruciaux derniers livres dans les jours qui ont suivis leur réception et n'ayant pas trouvé immédiatement un endroit où les placer dans ma bibliothèque, je les ai déposés sur ma table de chevet entre six ou sept revues - dont les derniers numéros de Vanity Fairet du Point (celui dans lequel on parle de la mort de civilisations) - et le livre que je me suis promis de lire depuis des semaines, et l'autre sur lequel je m'acharne et que je n'ai pas encore terminé. - Et puis, un soir, ne voulant pas m'embêter l'esprit avec des sujets trop sérieux, j'en ai pris un - je ne me souviens plus lequel - et, étonné par ce que j'y trouvai, je le lis tout entier. Puis je pris l'autre et fis de même. Et fis encore de même dans les jours qui suivirent.

Pourquoi ? Parce que...

Quelques vers, d'abord, qui m'ont frappé :

si chaque chagrin
choisit son lâche
sache étancher ma chute...

l'absinthe seule
absout la Bassesse
qui brise les baisers...

la vie va sa valse
en bravant son envers
jusqu'au prochain chagrin...

Chuintements, sifflements, répétions de syllabes, consonnes brutales. Tout ce que j'aime toujours entendre quand je lis de la poésie. Et puis ces vers, sans signification, mais si significatifs.

Tout le reste a suivi.

Peine d'amour, revers, substances licites et illicites, désarroi, hyper-conscience, tueries, chair et os... Quand je dis tout, je dis bien tout. - Ma jeunesse, entre autres et la première que j'ai tenue dans mes bras. Pardon : qui m'a tenu dans ses bras. - Du rêve, évidemment, mais un rêve qui tournait, à l'époque, régulièrement au cauchemar.

Toute une jeunesse qui m'est revenue d'un temps jadis où la sagesse, l'ignoble sagesse, n'avait pas encore étouffé ce que la vie m'a fait oublier.

tu te penches
ma pleureuse
louvoyante tu te penches
pour me fermer les yeux.

...

précipite la patience
que m'a léguée mon père

...

des phrases hideuses
redressent son cil d'amie
lorsqu'un cri de gibet féconde
l'amusie du recul

Rémi, - au fait : je ne vous avais pas dit le nom de ce, forcément, jeune poète ; il s'agit d'un dénommé Rémi Tremblay -, fais-nous signe : le Castor™ se fera un plaisir de te (re)publier sur son site car...

...même poussés vers de nouveaux rivages, dans la nuit éternelle emportés sans retour, quelques énergumènes dans mon genre jètent parfois leur ancre pour regarder ce qu'ils ont, et ce que les autres ont laissé derrière eux.

Simon


    Le courrier

        Pour nous écrire :

HPerec suivi de @udenap.org. - Indiquer le nom à qui le messsage est destiné dans le titre.

        Réponses diverses :

M. Richard V. Latendresse - Québec, Québec

Le truc est, pour savoir ce qui se passe réellement dans votre région, il faut que vous lisiez les journaux en provenance d'une autre. - Idem pour les pays : En France, il faut écouter la BBC, en Angleterre, Radio-Frane, etc.

Ms Alexandra Nolet - St-Hyacinthe, Québec-

Madame, dans les mots immortels de Pauline Carton, celle de qui Sacha Guitry disait qu'elle était sa bibliothèque ambulante : « Monsieur Guitry, il faut que vous appreniez qu'à partir d'un certain âge, les femmes ne s'habillent plus : elles se couvrent


Pauline Carton
(1884-1974)
(Source : https://i.ytimg.com)

Madame Ludmilda Caseault - Petite Anse, Gaspé, Québec

Non, la plus courte distance entre deux points n'est pas une ligne droite. Enfin... peut-être dans votre village, mais certainement pas à Montréal ces temps-ci.

Sir Walter Smallbone - Birmingham, UK

Master Geoffrey Harrison - Toronto (Scarborough), Ontario, Canada

We do not comment spurious comments.

Monsieur Louis-Ferdinand de Cuvilliers-Labranche - Paris XI

Philosophiquement, nous nageons tous, Monsieur, dans de petits aquariums.

Ms Janet Robins - Brooklyn, New York

In Australia, the word «Boom» means «Return». - If, for example, you throw an ordinary erang, it won't come back.

Mr. Charles Seife - Miserable City, Manitoba

Si vous êtiez le seul à croire qu'en prononçant des paroles latines au dessus d'un morceau de pain, ce pain se transformerait en le corps et le sang d'un juif né au début du premier millénaire, on vous enfermerait, mais comme vous êtes plusieurs dans votre région, et beaucoup plus que plusieurs dans le monde entier, vous n'avez aucune crainte à avoir de ce côté. Nous vous suggérons cependant de ne pas visiter, pour le moment, certains régions du Proche et du Moyen-Orient.

Mr Frank Harris - Galopville, Indiana

Le titre de votre roman «Le fils de la bonne, avec un coupe-papier, dans la bibliothèque, après qu'il eut découvert que le baron était son père» nous paraît tout à fait approprié. - Reste sa mise en marché. - Et il serait bon, étant donné la langue dans laquelle vous l'avez rédigé de lui trouver un titre anglais.

Madame C. Lefractal - Lille, France

Ayant reçu une rente à vie de 1,500 livres de George III, Edmund Burke fut le premier à trouver incohérent «The Rights of man» de Thomas Paine (à qui l'on doit, soit dit en passant, l'expression «United States of America»).

Mr Pieter  Lochinderwand - Rotterdam, Pays Bas

Fred Gouin est décédé vendeur de frites.

Ms Greta Haufstetter - Muich, Deutschland

Si vous comprenez la mécanique quantique, vous ne comprenez pas la mécanique quantique.


    Dédicace

Cette édition du Castor est dédiée à :

Gerald Moore
( 1899-1987)
(Source : http://alchetron.com/)



    Le mot de la fin

«Alors... vous pensez qu'à des hommes comme vous, convaincus
jusqu'au fanatisme, Dieu a livré ses secrets, mais pas à moi ?
Bon, s'il en est ainsi, autant ajouter cela à vos croyances.
»    

(Richard le Gallienne d'après un quatrain d'Omar Khayám)


    Autres sites à consulter

Webmestre : France L'Heureux

Webmestre : Éric Lortie

Webmestres : Paul Dubé et Jacques Marchioro


    Notes et autres avis

Fondé en 1900 par le Grand Marshall, le CASTOR DE NAPIERVILLE fut, à l'origine, un hebdomadaire et vespéral organe créé pour la défense des intérêts de l'Université de Napierville et de son quartier. - Il est, depuis le 30 septembre 2002, publié sous le présent électronique format afin de tenir la fine et intelligente masse de ses internautes lecteurs au courant des dernières nouvelles concernant cette communauté d'esprit et de fait qu'est devenu au fil des années le site de l'UdeNap, le seul, unique et officiel site de l'Université de Napierville.

De cet hebdomadaire publié sur les électroniques presses de la Vatfair-Fair Broadcasting Corporation grâce à une subvention du Ministère des Arts et de la Culture du Caraguay, il est tiré, le premier lundi de chaque mois, sept exemplaires numérotés de I à VII, sur papier alfa cellunaf et sur offset ivoire des papeteries de la Gazette de Saint-Romuald-d'Etchemin et trois exemplaires, numéroté de 1 à 3, sur offset de luxe des papeteries Bontemps constituant l'édition originale, plus trois exemplaires de luxe (quadrichromes) réservés au Professeur Marshall, à Madame France DesRoches et à Madame Jean-Claude Briallis, les deux du Mensuel Varois Illustré.

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1 - La reproduction de tout ou partie du matériel contenu dans cette édition du Castor™ est interdite sans l'autorisation écrite des auteurs. - Tous droits réservés. - Copyright © UdeNap.org.

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4 - La direction du Castor™ tient à préciser qu'aucun enfant n'est victime d'agressions sexuelles au cours de la préparation, pendant la rédaction et lors de la publication de son hebdomadaire.


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