Volume XXVI, n° 12

Le seul hebdomadaire de la région publiée une fois par mois
Le lundi 1er août 2016 

" 'Curiouser and curiouser' cried Alice...."  
Lewis Carroll    

Deuxième édition

Nous rappelons à notre aimable clientèle que :

1 - L'édition régulière du Castor™ , tel que cité ci-dessus, paraît le premier lundi de chaque mois

2 - L'édition corrigée du Castor™ , destinée au marché américain, paraît le jeudi suivant

3 - De mini-éditions peuvent paraître le deuxième ou troisième lundi de chaque mois

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Pour l'édition qui précède la présente, cliquez ICI.

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Dernier numéro avant la rentrée

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D'abord et avant tout, une photo qui a fait le tour du monde :

Une photo remarquable. Une seule femme, seule, qui se tient sur la chaussée, les pieds solidement plantés. Elle ne pose aucune menace évidente. Elle est là pour protester contre la force excessive que la police de la ville de Baton Rouge, en Louisiane, aurait utilisée, début juillet, contre certains citoyens noirs de la ville. Face au quartier général de la police, elle est sur le point d'être arrêtée pour, manifestement, avoir troublé la paix...

(Source : Jonathan Bachman - Reuters)

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Ce numéro :

Hé oui, comme l'indique son titre, la rentrée est à nos portes et nos chroniqueurs sont déjà à l'oeuvre pour nous en donner les détails. Pourquoi ? Parce que c'est une chose que l'on souligne rarement, même dans les plus grands organes : que les textes qui paraissent à une date, au début par exemple, d'un mois précis, sont tous du mois précédent ; c'est ainsi que c'est en juillet dernier que les textes qui suivent ont été écrits. - C'est le lot, hélas, de tous les journaliste et en particulier de nos chroniqueurs qui sont contraints, ces derniers, de nous faire parvenir leurs textes, au strict minimum, une semaine avant leur publication, textes qu'ils rédigent, conformément à la politique du Castor™, non pas pour la postérité (quoique...) ni pour diffuser des nouvelles fraîches, mais bien pour attirer l'attention de nos nombreux et multiples lecteurs (les statistiques mentent rarement) sur certains sujets généralement délaissés par que ceux qui écrivent au quotidien.

On nous parle quand même d'attentats ce mois-ci et d'attentats relativement récents et, à la une, comme vous avez pu le constater, une photo assez troublante. Deux accrocs à ce que nous venons justement d'énoncer. On nous pardonnera ces lapsi ; nous sommes en pleine saison estivale.

Livres, éternité, pieds (vous m'excuserez, par anticipation, ce calembour), art, autisme, Shakespeare, la Sainte Bible, ce-que-c'est-que-vivre-au-jour-le-jour, cirque et tatouage, la philosophie en chanson, Alphonse Allais, Proust... et, à la dernière minute, on a même ajouté un commentaire sur les élections américaines !

Quoi ? Le Castor™ serait devenu un fourre-tout ? - Non, non, et non : il l'a toujours été. Et si vous ne nous croyez pas, attendez de voir le courrier.

Bonne lecture !

   L'éditorialiste du mois


    Chroniques

Note : les chroniques précédentes de nos correspondants peuvent être consultées en cliquant sur ce lien.


 



S.V.P., Fichez-moi la paix avec vos attentats

Dans le seul métro de Montréal, je me suis laissé dire qu'il y avait une personne qui se suicidait par semaine. Un peu exagéré vous allez me dire, mais mettons que la chose arrive une fois à tous les mois, à tous les six mois ou même une fois par année. Me semble que ça se serait su depuis longtemps parce que, depuis que ce métro existe, on en serait, aujourd'hui à, au moins vingt, vingt-cinq suicidés. Or, je ne me souviens pas en avoir entendu parler. Même pas une fois.

Du temps du FLQ (le Front de la Libération du Québec) qui, dans les années soixante, a quand même occupé la une des journaux de la Province et même du Canada et ce, pendant des semaines, je crois me souvenir d'un grand blessé et d'un mort. - Un pont porte son nom aujourd'hui. (Je parle du mort.)

Et puis voilà. Depuis quelques années, la une des journaux nous informe de six morts, ici, vingt là et puis, récemment de trente à tel endroit, quarante à tel autre et, au moment où j'écris ces lignes, quatre-vingt-quelques, à Nice, le 14 juillet dernier.

Excusez-moi, mais je n'aurais pas entendu parler de ces dernières innocentes victimes niçoises (plus les blessés, les ceusses qui n'en reviendront jamais, etc.), que ça n'aurait pas changé grand chose dans mon égoïste petite vie, dans mon petit appartement, dans mon petit quartier, dans ma petite ville. Oui, oui, ma petite ville qui se croit emblématique depuis un certain (défunt) maire dont on ne parle plus, mais qui l'a foutue dans un de ces bordels...

Encore moins si j'étais résidant de Sainte-Éloignée-des-Chars, près de nulle part en Abitibi ou en Gaspésie, dans le centre-est de l'Alberta, dans le nord de South-Dakota ou un secteur inexploré de l'Ile de Man ou même de St-Charles-du-Tempéré, dans le Var.

Je me dis une chose :

Arrêtez de me parler des tueries, des massacres, de l'islam, de l'armée de X, Y, Z, qui veut instaurer la charia dans le monde ou la modernité en Turquie. Arrêtez de me montrer les photos de ces Allahistes, Jawehistes et autres istes qui veulent changer le monde en faisant exploser des bombes un peu partout. Moins vous parlerez d'eux, moins y'en aura de ces exaltés qui veulent devenir, le temps de quelques jours, célèbres, - Ils n'auront même pas le loisir de penser qu'ils font avancer une cause.

En ce moment, Messieurs les journalistes, les photographes à la Reuter, les envoyeurs de bouts de films sur YouTube, vous faites de la publicité à une belle gang d'illuminés.

Il est malheureux que vous n'ayez pas été là du temps des Croisades, de l'Inquisition ou des têtes qu'on a coupées lors de la Révolution Française, vous auriez fait fortune et peut-être seriez-vous passés à l'histoire, pas comme ces tueurs de mes deux.

Songez que, dans les années soixante, au Québec, nous sommes passé d'un état religieux à un état séculaire en n'ayant pas assassiné un seul prêtre.

Vous n'étiez pas là, naturellement : y'avait pas de quoi photographier personne. Même pas ma mère qui, un jour, a cessé d'aller à la messe.

Sur les livres

Je parlais, il y a deux mois, de l'état chaotique de ma bibliothèque, et de l'immortalité il y a un mois. Et puis tout à coup, il y a une semaine, je suis tombé sur ceci :

«Derrière moi la plaine, comme jadis en Chine quand je montais l'été vers Kouliange.
  Le pays aplati par la distance et cette carte où l'on ne voit rien tant que l'on marche dedans,
  Le chemin qu'il a fallu faire avec tant de peine et de sueur d'un point jusqu'à un autre point,
  Tant de kilomètres et d'années que l'on couvrirait aujourd'hui avec la main !
  Le soleil d'un brusque rayon çà et là fait revivre et luire
  Un fleuve dont on ne sait plus le nom, telle ville comme une vieille blessure qui fait encore souffrir !
  Là-bas la fumée d'un paquebot et la clarté spéciale que fait la mer. -
  L'exil à plein coeur accepté dont nous ne sortirons qu'avant et non pas en arrière !
  Le soir tombe, considère ce site nouveau, explorateur !
  Ce silence a d'autres étonnant, qu'il est familier à ton coeur !
  Les montagnes l'une sur l'autre se dressent dans une attention immense,
  Il faut beaucoup d'espace pour que la vie commence.
»

  (Le gras du dernier vers est de celui qui vous écrit.)

Ce texte est de Claudel. Il est tiré de sa préface, écrite en mai 1921, à ses «Feuilles de saints» que l'on ne retrouve plus aujourd'hui que dans l'édition de ses Oeuvres poétiques publiées en 1957 dans La Pléiade (chez Gallimard), un livre qui, j'ai honte de l'admettre, fait partie de ma bibliothèque. - Ces chapitres ? Ils s'intitulent sainte Cécile... saint Georges... sainte Colette... sainte Geneviève... saint Martin... mais aussi Verlaine (sic).

En découvrant ce texte je me suis demandé qui, près de cent ans après, lisait encore ces Feuilles de saints. Qui lit encore aujourd'hui Claudel.

Qui lit aujourd'hui, Léon Bloy, Jules Barbey d'Aurevilly ou les frères Goncourt (surtout les romans) ; qui lit La princesse de Clèves de Madame de la Fayette, Le roman bourgeois de Furetière, Les malheurs de Sophie de la comtesse de Ségur (une écrivaine d'origine russe, soit dit en passant) ou même de grands classiques comme Le siècle de Louis XIV de Voltaire et Les pensées de Pascal. Qui ?


Blaise Pascal
(Source : www.alalettre.com)

Qui lit, dans le texte, les Satires d'Horace, Villon, la Passion de Platinus dont le manuscrit, conservé dans une seule copie, en la Bibliothèque du Vatican, fut découverte par Karl Christ, qui l'a publiée pour la première fois dans Zeitschrift für romanische philologie en 1920. (J'ai trouvé ce crucial détail sur Internet.)

Je me demandais - toujours et encore - il n'y a pas très longtemps, quel metteur en scène avait pensé à monter, au cours des dernières années, Les Troyennes d'Euripide, Les Euménides d'Eschyle, Lucrèce Borgia de Victor Hugo ou même Les Justes de Camus.

Je connais encore des amateurs de Simenon et je sais que les Sherlock continuent à se vendre quasi comme des best sellers, mais qu'adviendra-t-il, dans vingt, trente, cinquante ans des John Forsythe dont nous parlions, il y a quelque temps, ici ; des John Le Carré qui, à mon avis, est un très grand romancier. Dire que j'ai peine à faire lire les Brontë à d'avides lectrices de grands romans contemporains. - Un seul de mes amis a lu Dostoievski, Tolstoi et Gogol et c'est un plombier. Proust, Shakespeare ont encore le vent dans les voiles et, si je comprends bien, Cervantes, en espagnol. Quant à Dante, en italien, Goethe en allemand, Suétone en latin ou Hugo, cité ci-dessus, même en français contemporain. j'ai bien peur que...

Je me suis laissé dire (en plus de ce que je disais sur le métro, il y a quelques minutes) qu'il y avait, au Québec, douze mille vrais lecteurs. Dix-sept centième de un 1%t de la population. C'est possible. Chose certaine, que ce soit des exemplaires de livres, de disques ou de films, je n'ai jamais à réserver quoi que ce soit dans les bibliothèques que je fréquente car mes lectures sont plutôt excentriques compte tenu que je ne lis presque pas ce qu'on publie aujourd'hui. - C'est déjà ça de gagner.

Sur la difficulté à trouver des livres chez ce qui reste de libraires à Montréal, je pourrais écrire des pages. - On peut toujours commander, mais aux prix où se vend la moindre brochure, il faut être riche pour remplir les rayons de sa bibliothèque. - Heureusement, grâce, entre autres, au Project Guttenberg (et de nombreux autres sites), l'on peut de nos jours télécharger gratuitement à peu près tout ce qui est du domaine public, ce qui ramène le prix d'une tablette ou un lecteur électronique à quelque chose de vraiment abordable. - Sauf qu'il y en a qui sont très réfractaires aux tablettes. Ils leur préfèrent les livres, en vrai papier et qui ont une âme. Les mêmes qui étaient contre les ampoules électriques au début du siècle dernier (je me répète).

Personnellement ? Je digitalise (scan) de plus en plus mes propres livres, mais seulement s'ils n'ont aucune valeur intrinsèque car pour digitaliser un livre, il faut souvent le détruire en le réduisant à une pile de pages.

En passant, si vous me cherchez depuis quelque temps, vous pourrez toujours me retrouver à l'endroit qui suit où j'ai passé une bonne partie de ma jeunesse :


La bibliothèque de Westmount
(Source : http://www.imtl.org/)

Voter ou ne pas voter ?

On m'a accusé de tous les péchés de la terre parce que j'ai refusé d'aller voter aux dernières élections fédérales car, je disais : "Que n'importe lequel des quatre ou cinq candidats qui se présentaient [au poste de Premier Ministre] soit élu ou non, c'était du pareil au même." - Et j'ajoutais, comme j'ai toujours ajouté que j'irai systématiquement voter lorsqu'à la fin du bulletin de vote, un casier se lirait "Aucun de ceux-là" avec, pour conséquence l'interdiction à tous les candidats figurant sur ledit bulletin de se représenter pour au moins cinq ans.

Si, cependant, j'étais, aujourd'hui, citoyen américain, je me ferais un devoir d'aller voter. À genoux, en fauteuil roulant ou sur une civière s'il le fallait, parce que, entre vous et moi, y'a quand même des limites. Clinton ou ce bouffon-cum-démagogue à la chevelure d'ourang-outang ? - Je me demande d'ailleurs pourquoi il n'a pas choisi, comme co-listier, le clown de chez McDo.

(
Source : www.zimbio.com)

Simon

 



Éternité, te voilà

Considérant qu'à mon âge le lit où je vais trépasser est plus près de celui où je suis né, je me suis dit qu'il était peut-être temps de me mettre au parfum des derniers courants de la pensée, de faire, en quelque sorte, un voyage à rebours, de réfléchir à ce qui aurait pu être mon monde sans Copernique (Nicolas Copernique, celui né en 1473) et j'en suis venu à ce qui a occupé la majeure partie de mon existence : l'éducationnement.

J'ai pensé, comme je l'ai toujours fait, que l'éducationnement valait encore de nos jours plus que l'ignoranteté, mais qu'est-ce, aujourd'hui, l'ignoranteté ?

Est-ce ne plus croire en l'infaillibilité du pape ? Ce pape - pas le présent, mais son prédécesseur -, Benoît XVI, qui a donné son aval au fait d'énoncer que les limbes n'avaient jamais existés, chose convenue depuis des siècles ; qui a avoué les incohérences de l'Inquisition, des croisades, du baptême forcé de multiples païens, etc.... - Il faut quand même convenir qu'à propos de cette infaillibilité, elle ne date que de 1870 et qu'elle ne se rapporte qu'aux ex-cathedra en matière de foi et de morale. - Éducationnement. - On n'en aura jamais assez.


Benoît XVI
dans son costume de Grand Vizir
(source : www.biography.com)

***

N'en reste pas moins que, me considérant quand même du côté des élus (n'ai-je pas, jeune, compris que j'étais membre de la vraie Église), je crois sincèrement que, moyennant un court (j'espère) séjour au purgatoire, je verrai, enfin, mon maître et créateur et, ayant retrouvé la santé de ma jeunesse (sans ce persistant problème que j'ai toujours eu avec mon genou gauche), je vais revoir in flesh and in blood mes amis d'antant et de toujours. Quels délices m'attendent !

Un seul ombrage au tableau : comme il sera vraisemblablement en enfer, je n'aurai pas le loisir de demander à Adolf Hitler la question que j'aurais aimé lui poser : «Mais à quoi tu pensais, bout de bon D... ?»

Obédieusement vôtre,

Herméninglide Pérec




Foot anyone ?

I was sitting in a bar, believe it or not, Sunday July 10th last, watching, with people I know, the finals (or what do they say ? the final game ?) of the Euro Cup between France and Portugal.

I'm sure I won't spoil anything by saying that Portugal won 1-0 against La Belle France, but even before the entire thing ended, I was wondering what I was doing there. - Not that I have anything against sports, I just don't understand why it was created in the first place. - The professional kind, of course. - My first thought was that it had to do with creating millionaires out of people who can outrun everybody else.

I can understand being proud having been the one who escaped a lion running after a bunch of us. Way back then, That makes sense. Had I been a woman, before civilization began, I would have, sort of, looked more at a man than did that but the last thing that would have crossed my mind would have been to organize contests about it.


(https://today.yougov.com)

Anyway, here they were, dozens of players (which you could tell to what team they belonged because there were wearing t-shirts of different colours) , running from one end of a field trying to push a ball into the other end, past a poor fellow whose job was to stop getting it in his 24 feet wide (7,32 meters) goal. - Lotsa ho's!, haw's !, hey's ! (and other onomatopoeias) along the way, while ordering another beer...

Anyway, again, it let me wonder about the senseless waste of human lives.

"Living has nothing to do with this" I kept saying to myself but I wasn't about to say that outloud, during, and even after what was going on. - I kept asking, to be polite, why a corner here, why a yellow card there, why the game kept on going after the regular 90 minutes ; I mean, I just couldn't stand there and watch people behaving as if thoughts had became obsolete.

Thoughts. - You know what I mean by that, I hope. - The sort of things that can really f*** up anything, to paraphrase Lewis Black.

What about Foote ?

In the short trips I have to make every day between my house and the UdeNap campus - fifteen, twenty minutes in, fifteen, twenty minutes out - I listen to interviews, conferences and debates for which I never find the time at home or at work. These vary from biographies, short essays, discussions on all sorts of subjects dealing with current events, history, philosophy, literature and God-knows-what which I pick up on You Tube or Podcast sites and burn unto CD's which I pile in my glove compartment thereby occasionaly re-listening to some of them when I haven't had the time or was too lazy to burn new ones. Looking through some of them, about two weeks ago, I found one simply labelled «Foote Notes». Because what that appeared to have been a spelling mistake (it reminded me of a sign I saw years ago in the men's room of a British pub which read «Wet floor» underneath which someone had written «Not an instruction»), I said to myself he would have laughed at the unintended pun, thinking, of course, of Shelby Foote who wrote the definite book (three volumes) on the American Civil War.


(Source : http://www.achievement.org/)

He's not only a joy to read (his introduction to Stephen Case's The Red Badge of Courage - Modern Library, 1993 - is marvelous) but he is most interesting when he speaks. You'll, of course, hear him dozens of time (90 to be precise) in Ken Burn's series on the Civil War (Florentine films, 1990) and in interviews he gave (which can be found on the Internet). He's calm, articulate and has a mild voice which, with his southern accent, sort of automatically inspires confidence.

Click on the note to hear him on his book "Stars and Their Courses" :

Shelby Foote was born in 1916 and passed away in 2005. Author of six novels, it took him 20 years to research and write his monumental trilogy, The Civil War : A Narrative. - The individual volumes are Fort Sumter to Perryville (1958), Fredericksburg to Meridian (1963), and Red River to Appomattox (1974).

Scholars criticized Foote for not including footnotes and for neglecting subjects such as economics and politics of the Civil War era but he wanted his book to be read as a novel, introducing characters the same way one meets others in real life. - When Ken Burns released his movies sales of the three books went up fifty folds.

Another great - ok : very interesting - historian I wouldn't hesite to recommend is Barbara W. Tuchman, author, amongst other books, of one of the most intelligent essay on WW1 : The Guns of August (1962). - Nathan Kroll (1911-2000) made a superb documentary based on it (in 1964).


Paperback Edition
Ballantine Books - New York - 1994

Copernique


  Fiona Darbon Van Maercke

Glo'Art

De la Géorgie à la Macédoine, de Stockholm à Thuin (1), les centres d'artistes en résidence fleurissent en Europe. Ils permettent aux peintres, sculpteurs, écrivains, photographes, etc. de combiner voyage et travail précaire sous-payé.

Situé en Flandre, à la frontière hollandaise, Glo'Art (2) est un centre accueillant des artistes en résidence dans un quartier aisé, coincé entre le village-roi des soldes de marques et la ville-championne de la vente de cannabis. Les ateliers et espaces d'exposition sont installés au milieu d'un cadre idyllique, très (trop) bien entretenu, divisé en secteurs : de longs couloirs où sont exposées des photographies, une pelouse parfaitement tondue dans laquelle se dressent ça et là des sculptures contemporaines, et reliant les différents espaces des chemins de gravier qui nous permettent de nous promener parmi les toiles sous plexiglas.

A Glo'Art, une des artistes en résidence nous apprend que malgré un horaire de travail rigoureux et une productivité surveillée, une armée de Polonais, tels des soigneurs du zoo de Granby, sont engagés pour veiller à ce que les résidents ne manquent de rien.

Sans mauvaise foi aucune, on se demande si le côté lisse de l'endroit ne desservira pas l'art contemporain pour en faire un lieu guindé fréquenté par de riches amateurs d'art en costume/tailleur issus du même moule. On pense aussi à ce qu'il adviendra dans 5 ans des toiles et des photographies exposées en plein soleil et à l'humidité.

Boisé, luxueux, et select, Glo'Art est un peu le Pairi Daiza flamand du domaine de Sagard, les pandas en moins.

Fiona

(Photos en provenance du site https://www.tumblr.com.)

(1) Thuin est une ville francophone de la Belgique en région wallone, chef-lieu d'arrondissement (province de Hainaut), au coeur de la Thudinie. (Note de l'éditeur)

(2) 24 Van Kerckemstraat, Lanaken, Belgique 3620. - Un site anglophone (sic) : http://www.gloart.be/


Pauvre Serge !

Note : tous les passages soulignés renvoient vers des sites Internet.)

J'ai lu quelque part, dans le Scientific American courant, je crois (*), que, lors de la dernière Journée mondiale de la sensibilisation à l'autisme, Apple aurait diffusé un publicité dans laquelle un autiste écrivait un message sur son iPad disant qu'il était, avec ce génial appareil, très heureux, enfin, de pouvoir communiquer avec le reste du monde, etc.

(*) Scientific American - August 2016, p. 75 - The Quack of the Gaps problem (facilitated communication, autism and patients' rights) by Michael Shermer : «This past April 2, on World Autism Day, Apple released a heartstrings-tugging commercial depicting an autistic boy typing, in part with the assistance of a facilitator, a message on a iPad that voiced : "So many people can't understand that I have a mind. All they see is a person who is not in control. But now you can hear me. The iPad helps me to see my words but to hold unto my thoughts..."» - Note de l'éditeur.

Le problème avec cette publicité, comme il est mentionné dans le reste de l'article, est qu'on n'y fait pas mention du principe de la "Communication facilitée" ou, en anglais, du "Facilitated Communication", utilisé par Apple lors de l'enregistrement de cette publicité. Or, cette méthode dite "de soins thérapeutiques", conçue dans les années soixante a été décriée par le monde scientifique comme étant sans valeur et à peu près abandonnée par tous depuis au moins vingt ans, sauf par quelques militants de réputation douteuse. - Voir à ce propos : 1) le procès intenté, en 2003 par l'orthophoniste Anne-Marguerite Vexiau contre le magazine Charlie Hebdo... qui avait décrit cette méthode comme étant une "grotesque charlatanerie" (procès qu'elle a perdu) et 2) l'article du Dr Laurent Jézéquiel dans la revue Science et pseudo-ciences de mai 2007, section "Escroquerie et exercice illégal de la médecine"

Liens :  http://autisme-info.blogspot.ca et http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article743

Nous avons tous, déjà, attiré, ici même, l'attention de nos lecteurs sur le côté souvent quasi malhonnête ou frisant la grosse menterie des publicités d'Apple (2) sauf qu'on ne parle pas d'informatique dans leur cas, mais de religion...


(Source : www.businessinsider.com)

(2) Celle dont je me souviens le plus consistait à dire qu'Apple pouvait (à ce moment-là), lire à la fois le contenu de ses disquettes de même que celles de ses concurrents (PC) alors que... - C'était quelques mois avant qu'Apple adopte définitivement le format des disquettes PC... - Un peu comme la firme Zenith avait, un jour, annoncé que ses téléviseurs étaient toujours fabriqués à la main (et qu'ils étaient donc plus fiables)... le temps de transformer leurs usines au procédé "transistors"...

Je mentionne cet article car, comme vous le savez, j'ai un ami, Serge, qui est atteint du syndrome d'Asperger, une forme que l'on décrit souvent comme étant une forme "légère" de l'autisme (quoique j'aimerais bien qu'on me dise ce que l'on entend par "légère")

***

«Est-ce que tu comprends quelque chose au soccer ?» me demandait Serge il n'y a pas très longtemps, dans une série de messages auxquels j'ai fait référence dernièrement. «Un peu. Comme tout le monde, enfin, je pense." lui ai-je répondu. «Alors, tu comprends quelque chose au cricket ?» - "Alors là, pas du tout !» - «Ben, c'est comme ça ...» - Et de là, il poursuivit sa tirade :

"Imagine la vie comme étant une partie de cricket. Tu ne connais rien aux règlements. Tu ne comprends pas ce qui doit se passer. On te fout une batte dans les mains et on te demande d'empêcher quelqu'un de renverser, au moyen d'une balle qui doit auparvant heurter le sol, un bout de bois soutenu par trois autres derrière sans t'expliquer comment ni pourquoi.

"Ces non-explications du comment et du pourquoi m'embêtent, tu peux pas savoir :

"L'autre jour, j'étais au restaurant et quelque m'a demandé si j'avais l'heure. J'ai répondu 'oui' et je me suis fait dire que j'étais impoli et un grossier personnage. Pourtant, la veille, dans un bar, rus St-Denis j'avais entendu quelqu'un donner la même réponse et une dizaine de personnes s'esclaffer...

"Dans le garage de mon immeuble, il y a, comme dans tous les garages, une rampe pour les autos et des marches pour les piétons. Les marches sont d'une absurdité totale. Il faut en monter trois pour ensuite en descendre vingt-neuf entrecoupées de rampes dont plus de la moitié - je parle des marches - ont des girons (1) qui mesurent entre un pas et un pas et demi. - Le genre d'escalier qu'on retrouve au Musée des Beaux-Arts, à Montréal. (2)- C'est d'un pénible pour des gens comme moi que d'emprunter un escalier semblable. Alors j'utilise la rampe. - Ben, tu sais quoi ? On m'a dit que si je persistais à utiliser cette rampe, on allait me supprimer la permission d'y garer ma voiture. - Y'a pire : un endroit pour que les handicapés puissent garer leur voiture, mais pas d'ascenseurs entre cinq heures du soir et huit heures du matin.

(1) Dessus d'une marche d'escalier ou pareti sur laquelle on pose le pied. (Note de l'éditeur).

(2) En 1675 - c'est pas d'hier -, Nicolas-François Blondel a énoncé la formule de la forme idéale des escaliers, formule utilisée de nos jours par la plupart des architectes, formule de laquele découle l'assertion suivante : une hauteur de marche faible induisant des nez prononcés n'est pas une bonne solution d'accessibilité quel que soit l'angle. (Note du chroniqueur)

"Je suis de plus en plus convaincu que les serveurs et serveuses dans les restaurants sont sourd. Impossible ou presque de commander et recevoir du pain grillé, le matin ("toasts"), sans beurre. C'est un peu comme acheter des aliments sans quelque chose, sans sel, sans mayo, sans sucre : c'est toujours plus cher."

"T'es sûr que Simon n'est pas Asperger ?"

Jeff

 


  Tradaptation...

En novembre dernier, Copernique nous faisait part d'une nouvelle édition des pièces de Shakespeare où les textes originaux étaient imprimés du côté gauche de chaque page alors qu'un adaptation plus moderne apparaissait du côté droit dans un anglais plus moderne c'est à dire : d'un côté le texte originel et de l'autre le texte que je qualifierais de tradaptation et voilà que, récemment, je suis tombé sur une de ces tradaptations plus ou moins équivalente de ses sonnets. En voici un exemple :

When, in disgrace with fortune and men's eyes,

When I’ve fallen out of favor with fortune and men,
I all alone beweep my outcast state
All alone I weep over my position as a social outcast,
And trouble deaf heaven with my bootless cries,
And pray to heaven, but my cries go unheard,
And look upon myself and curse my fate,
And I look at myself, cursing my fate,
Wishing me like to one more rich in hope,
Wishing I were like one who had more hope,
Featured like him, like him with friends possess'd,
Wishing I looked like him; wishing I were surrounded by friends,
Desiring this man's art and that man's scope,
Wishing I had this man's skill and that man's freedom.
With what I most enjoy contented least;
I am least contented with what I used to enjoy most.
Yet in these thoughts myself almost despising,
But, with these thoughts – almost despising myself,
Haply I think on thee, and then my state,
I, by chance, think of you and then my melancholy
Like to the lark at break of day arising
Like the lark at the break of day, rises
From sullen earth, sings hymns at heaven's gate;
From the dark earth I sing hymns to heaven;
For thy sweet love remember'd such wealth brings
For thinking of your love brings such happiness
That then I scorn to change my state with kings.
That then I would not change my position in life with kings.

Il s'agit, bien sûr, d'un de ses plus connus (le numéro 29). J'ai pensé que ça pourrait vous intéresser.


(Source : https://i.ytimg.com)

***

La Sainte Bible

Vous lisez la Bible ? - Oubliez la déclaration intempestive de Penn Gillette qui affirme être devenu athée après avoir lu l'Ancien et le Nouveau testament, mais si jamais il vous vient à l'esprit de lire ne serait-ce que le Pentateuque, assurez-vous d'en avoir une bonne version car il y en a des dizaines et toutes ne sont pas faciles ou bien traduites.

En anglais, il n'existe qu'une seule version valable : celle du roi James (King James Bible) qui date de 1611 et que tous les exégètes qualifient d'une des plus grandes traductions de tous les temps.

En voici un passage tiré du Psaume 77 :

"Thy way is in the sea, and thy path in the great waters, and thy footsteps are not known."

Et voici le même passage en français :

David Martin (1639-1721) :

"Ta voie a été par la mer ; et tes sentiers dans les grosses eaux ; et néanmoins tes traces n'ont point été connues."

Jean-Frédéric Ostervald (1663-1747) :

"Tu as fait ton chemin dans la mer, tes sentiers dans les grandes eaux ; et tes traces n'ont point été connues."

John Nelson Darby (1800-1882) :

"Ta voie est dans la mer, et tes sentiers dans les grandes eaux ; et tes traces ne sont pas connues."

Louis Segond (1810-1885) :

"Tu te frayas un chemin par la mer, un sentier par les grandes eaux, Et tes traces ne furent plus reconnues."

L'École biblique de Jérusalem (1956) :

"Sur la mer fut ton chemin, ton sentier sur les eaux innoimbrables. Et ses traces, nul ne les connut."

Semeur ( 1992 ) :

"Au milieu de la mer, tu as frayé ta route et tracé ton sentier parmi les grandes eaux. Et nul n'a discerné la trace de tes pas."

La Commission Episcopale Francophone pour les Traductions Liturgiques (CEFTL) (2001) :

"Par la mer passait ton chemin. Tes sentiers, par les eaux profondes ; et nul n'en connaît la trace."

Vous voyez ce que je veux dire ?


(Source : http://www.villemagne.net/)

Fawzi


Simon, à force de te plaindre, tu m'as transformée :

Je ne sais pas si ça se passe comme ça là où vous travaillez, mais à ma shop, ceux qui travaillent - pardon : ceux qui ont à effectuer le travail - n'ont rien à dire sur la façon dont il doit être effectué ; pas question de choisir les outils, ni la séquence, ni la méthode : tout est décidé par un chef de service - le boss - qui décide par qui, quand, où, comment et dans quel ordre. Naturellement, s'il y a des retards, des erreurs, des oublis, c'est parce que le petit personnel n'a pas suivi ses directives à la lettre.

Je ne sais pas si ça se passe comme ça où vous vous déplacez, mais dans le trajet qui m'amène de la maison au travail - et ice versa - tous les banlieusards - dont je fais partie - n'ont rien à dire sur les heures, les endroits et la manière dont les travaux routiers doivent être effectués : tout est décidé par un chef de service qui trouve tout à fait raisonnable de déplacer de lourds camions, des grues ou des excavatrices entre sept heures et neuf heures du matin et de quatre heures à six heures du soir.

Je ne sais pas si ça se passe comme ça chez votre boucher, votre pâtissier, votre boulanger (la chose s'est même répandue dans les offices gouvernementaux et dans les hôpitaux), mais qui que vous soyez, quelle que soit l'heure où vous arrivez, qu'il y ait dix personne ou aucune, il faut prendre un numéro et attendre. - Remarquez qu'entre ça et l'aéroport où je suis toujours dans la file derrière la dame à qui il manque invariablement un document...

Je ne sais pas si ça se passe comme ça là où vous allez acheter votre café avant de rentrer à votre bureau, mais chez ***, pas question de commander ce que vous voulez sans utiliser leur vocabulaire duquel sont exclus des mots comme petit, grand ou moyen auxquels on a substitué metzo, grande, venti® et même trenta. - Au fait : comment ont-ils pu enregistrer le mot venti qui est tout simplement vingt en italien, tout en oubliant trenta (trente) ? - On peut toujours les faire scier en commandant un "Frappucino® light venti, moitié décaféiné, barista, sans sucre, mais avec cinnamon dolce et un soupçon de Splenda®". En français, dans le West-Island, de préférence. Et quand on vous demandera votre nom, dites : "Aucun". Et n'oubliez pas de payer avec de la petite monnaie.


(Source : laughingsquid.com)

Je ne sais pas si ça se passe comme ça là où vous achetez vos vêtements, vos bas, vos souliers, vos gants et chapeaux, mais sans être bossue ni difforme, on n'y a jamais ma grandeur.

George


           

 Entre deux grandes oeuvres

Je suis dans Schubert depuis deux mois, ce qui ne m'empêche pas de penser au comique légendaire que fut Groucho Marx et à sa chanson fétiche qu'il créa dans le film At the Circus en 1939.

La chanson ? Lydia, the Tattooed Lady.

Musique de Harold Arlen, paroles de E.Y. Harburg.

Oh Lydia, oh Lydia, say, have you met Lydia?
Lydia The Tattooed Lady.
She has eyes that folks adore so,
   and a torso even more so.
Lydia, oh Lydia, that encyclopidia.
Oh Lydia The Queen of Tattoo.
On her back is The Battle of Waterloo.
Beside it, The Wreck of the Hesperus too.
And proudly above waves the red, white, and blue.
You can learn a lot from Lydia!

La-la-la...la-la-la.
La-la-la...la-la-la.

When her robe is unfurled she will show you the world,
   if you step up and tell her where.
For a dime you can see Kankakee or Paree,
   or Washington crossing The Delaware.

La-la-la...la-la-la.
La-la-la...la-la-la.

Oh Lydia, oh Lydia, say, have you met Lydia ?
Lydia The Tattooed Lady.
When her muscles start relaxin',
   up the hill comes Andrew Jackson.
Lydia, oh Lydia, that encyclopidia.
Oh Lydia The Queen of them all.
For two bits she will do a mazurka in jazz,
   with a view of Niagara that nobody has.
And on a clear day you can see Alcatraz.
You can learn a lot from Lydia!

La-la-la...la-la-la.
La-la-la...la-la-la.


Groucho Marx
(source : www.pinterest.com)

Come along and see Buffalo Bill with his lasso.
Just a little classic by Mendel Picasso.
Here is Captain Spaulding exploring the Amazon.
Here's Godiva, but with her pajamas on.

La-la-la...la-la-la.
La-la-la...la-la-la.

Here is Grover Whelan unveilin' The Trilon.
Over on the west coast we have Treasure Isle-on.
Here's Nijinsky a-doin' the rhumba.
Here's her social security numba.

La-la-la...la-la-la.
La-la-la...la-la-la.

Lydia, oh Lydia, that encyclo-pidia.
Oh Lydia The Champ of them all.
She once swept an Admiral clear off his feet.
The ships on her hips made his heart skip a beat.
And now the old boy's in command of the fleet,
    for he went and married Lydia!

I said Lydia...
(He said Lydia...)
They said Lydia...
We said Lydia, la, la!

Pour l'entendre, cliquez sur la note : 

Pour l'extrait du film d'où elle est tiré : https://www.youtube.com/watch?v=n4zRe_wvJw8

Philosophy ?

Voici un courte chanson chantée en choeur par un groupe de philosophes dont tous les noms étaient "Bruce"... dans un sketch de, forcément, Monty Python's Flying Circus :

Immanuel Kant was a real pissant
Who was very rarely stable.
Heidegger, Heidegger was a boozy beggar
Who could think you under the table.
David Hume could out-consume
Schopenhauer and Hegel,
And Wittgenstein was a beery swine
Who was just as sloshed as Schlegel.

There's nothing Nietzsche couldn't teach ya'
'Bout the raising of the wrist.

Socrates, himself, was permanently pissed...

John Stuart Mill, of his own free will,
On half a pint of shandy was particularly ill.
Plato, they say, could stick it away;
Half a crate of whiskey every day.
Aristotle, Aristotle was a bugger for the bottle,
Hobbes was fond of his dram,
And Rene Descartes was a drunken fart:
"I drink, therefore I am"

Yes, Socrates, himself, is particularly missed;
A lovely little thinker but a bugger when he's pissed!


The Bruces
(Source : america.pink)

Cliquez sur la note :

paul

Note : pour nos suggestions et enregistrements précédents, cliquez ICI.


  Book Review - Lectures

Best-seller ?

"Absinthes...

Cinq heures...
Sale temps... gris... d'un sale gris mélancolieux en diable.
Il ne tombera donc pas une bonne averse pour faire rentrer tous ces imbéciles qui se promènent avec leur air bête ! ... Sale temps...
Mauvaise journée aujourd'hui, nom de Dieu... ! La guigne...
Feuilleton refusé... poliment
-
Très bien, votre feuilleton... sujet intéressant... bien écrit, mais... pas dans l'esprit du journal.
L'esprit du journal!... Joli, l'esprit du journal! ... journal le plus idiot de Paris et de Seine-et-Oise!
Éditeur distrait et occupé
-
Rendez le manuscrit de monsieur... Très bien, votre roman... sujet intéressant... bien écrit, mais vous comprenez... affaires vont pas du tout... très encombré et puis... pourriez pas faire quelque chose dans le genre de la Grande Marnière? Bonne vente... décoration.
Sorti avec un air aimable et bête
-
Ce sera pour une autre fois...
Sale temps... cinq heures et demie...
Les boulevards!... Prenons les boulevards... peut-être vais-je rencontrer des camarades... Jolis, les camarades! ... Tous des muffs... Peut compter sur personne à Paris ?
Sont-ils assez laids, tous ces gens qui passent!
Et mal fagotées, les femmes!... Et l'air idiot, les hommes !
-
Garçon... une absinthe au sucre !
Amusant, ce morceau de sucre qui fond tout doucement sur la petite grille... Histoire de la goutte d'eau qui creuse le granit... seulement sucre moins dur que le granit... Heureusement... voyez-vous :
absinthe au granit?
Absinthe au granit... ah ah ah ah... ah ah ah ... Bien rigolo...
absinthe au granit... faudrait pas être pressé... ah ah ah...
Presque fondu maintenant, le morceau de sucre... Ce que c'est de nous... Image frappante de l'homme, le morceau de sucre...
Quand nous serons morts, nous en irons comme ça... atome à atome... molécule à molécule... dissous, délités, rendus au Grand Tout par la gracieuse intervention des végétaux et des vers de terre.
Serons bien plus heureux alors... Victor Hugo et Anatole Beaucanard égaux devant l'Asticot... Heureusement !
Sale temps... Mauvaise journée... Directeur idiot... Éditeur bête à pleurer.
Et puis... peut-être pas tant de talent que ça, au fond.
C'est bon, l'absinthe... pas la première gorgée, mais après.
C'est bon.
Six heures... Tout doucement les boulevards s'animent... A la bonne heure, les femmes maintenant !
Plus jolies que tout à l'heure... et plus élégantes ! L'air moins crétin les hommes !
Le ciel est toujours gris... un joli gris perle... distingué... fin de ton...
Le soleil qui se couche met sur les nuages de jolies roseurs de cuivre pâle... Et c'est très bien...
-
Garçon... une absinthe anisée !
C'est amusant l'absinthe au sucre, mais zut... c'est trop long.
Six heures et demie...
En passe-t-il de ces femmes ! ... Presque toutes jolies... et étranges, donc!
Et mystérieuses !
D'où viennent-elles?... Où vont-elles?... Saura-t-on jamais?...
C'est à peine si elles me regardent... moi qui les aime tant !
Chacune, en passant, me cause tant d'impression qu'il me semble que je ne l'oublierai jamais... Pas plus tôt disparue que je ne peux plus me souvenir du regard qu'elle avait.
Heureusement que celles qui viennent après sont encore mieux. Je les aimerais tant si elles voulaient... Mais elles s'en vont toutes...
Est-ce que je les reverrai jamais ?
Sur le trottoir, devant moi, des camelots vendent de tout... journaux... porte-cigares en celluloïd... petits singes en peluche... de toutes couleurs...
Que sont ces hommes ? Des broyés de l'existence, sans doute... des génies méconnus... des réfractaires... Comme leurs yeux sont profonds... Quel feu sombre en leurs prunelles ! ...
Un livre à faire là-dessus... unique... inoubliable... un livre qu'ils seraient bien forcés d'acheter... tous !
Oh! toutes ces femmes ! ...
Pourquoi pas une d'elles n'a idée de s'asseoir auprès de moi, de m'embrasser très doucement... de me câliner... de me bercer comme maman quand j'étais petit ?...
-
Garçon... une absinthe pure... Ayez donc pas peur d'en mettre."

(Alphonse Allais - Le Chat Noir, 25 juillet 1885.)


Alphonse Allais
(Wikipedia)

C'est par ces mots d'Alphonse Allais que François Caradec débute sa monumentale (et j'ai bien choisi mon adjectif) biographie d'Alphonse Allais publiée chez Belfond en 1994 (réédité par Fayard en 1997), François Caradec qui, auparavant, avait publié, de 1966 à 1970, les Oeuvres complètes d'Allais en onze volumes aux Éditions de la Table Ronde et puis qui a récidivé, en 1989 et 1990, en un choix d'oeuvres anthumes et posthumes dans la collection Bouquins.

Je n'ai aucune idée combien ce travail lui a pris et je n'ai jamais osé lui demandé. De ce François Caradec, j'ai admiré tout ce qu'il a écrit : ses biographies de Lautréamont, Roussel, Jarry, Willy, ses contes, ses essais, ses poésies jusqu'à son roman policier (Le Doigt coupé de la rue du Bison, Fayard Noir, 2008), mais ce que j'ai admiré surtout fut ses lectures, sa culture, son humilité, sa philosophie, sa vie, je crois, car il parlait rarement de lui, tournait autour de non pas ce que lui voyait, mais ce qu'il fallait voir, chez les autres, chez ceux qu'il croyait indispensables et c'est ainsi, peut-être, que nous sommes devenus, je ne dirais pas amis, mais proches.

Et me voilà, non plus en train de parler de lui, mais de moi, alors que je voulais parler à la fois de son Alphonse Allais et du travail qu'il a fait pour qu'on n'oublie jamais cet humoriste et grand écrivain que fut l'auteur de centaines de petits contes, chroniques, absurdes poèmes, pièces de théâtre, lettres, calembours et bons mots inoubliables, dont, cent onze ans, cette année, après sa mort, on cite encore et que l'on citera toujours parce qu'il ne s'est pas contenté de souligner l'absurdité de la vie, mais de la décrire dans un style inoubliable, mais dans un style si innovatif qu'il en inventait un chaque jour.


François Caradec par Louis Monier
(Source : histoires-litteraires.fr)

***

Proust : la correspondance

Je connais plusieurs personnes qui ont lu À la recherche du Temps perdu et autant qui ont commencé à le lire, mais qui se sont arrêtées, après une centaine de page, ne comprenant pas, comme un des éditeurs qui a refusé Du côté de chez Swann (et qui se disait bouché à l'émeri) où voulait en venir cet énergumène qui décrivait en soixante pages comment il se retournait dans son lit...

Je ne connais personne cependant qui ait lu sa correspondance. Du moins en entier. Trois mille pages pour À la recherche, ce n'est pas donné à tout le monde, mais entre douze et treize mille de notes à sa mère, de mots de remerciement à la duchesse de Clermont-Tonnerre et de mots griffonnés sur un carton...

Le presque un mètre d'un rayon que les volumes de cette correspondance occupent dans une bibliothèque m'a toujours semblé quelque peu - comme dirais-je... - superfétatoire (?) sauf que, aussi sérieux, quand même, que je pense être dans mes lectures, il m'arrive de plus en plus d'y passer des heures à lire, au hasard : de longues lettres qui auraient pu être résumées en quelques mots, mais dont le côté obséquieux me ravit ; des commentaires qui n'en finissaient plus sur des choses sans importance ; ou des tournures de phrase incroyables. Ceci, par exemple :

« Les mots j'ai été si malade, je suis encore si malade, ont été si souvent prononcés par moi, avec signification d'un état presque habituel, douloureux, mais n'excluant pas la possibilité, de temps à autre, de relations épistolaires, que j'ai bien peur qu'ils n'arrivent décolorés et sans force excusatrice et absolvante à vos oreilles trop accoutumées (je ne veux certes pas dire incrédules). Et pourtant c'est cela... »

(Excusez-moi, mais j'ai perdu la référence. C'était à la duchesse de Greffuhle, si je me souviens bien.)

Les lettres de Proust à son banquier mériteraient, à elles seules d'être publiées séparément. Elles contiennent des directives d'une complexité si abyssale qu'il faut les relire trois fois avant de s'y retrouver, mais ce qu'elles peuvent aider à comprendre comment cet hypocondriaque ait pu passer des années de sa vie à rédiger son oeuvre. Et elles sont très drôles, par dessus le marché !


(www.snof.org)

Je compare cette correspondance au journal des Goncourt où, après trois pages, tant de noms sont cités qu'on ne s'y retrouve plus. - Ai-je lu ce journal ? Non. - Jamais pu. - Mais, tout comme je le fait pour Proust, j'ai souvent le goût de me diriger vers son index, y chercher un nom et lire ce que ces frères avaient eu à dire sur Montesquiou, la chanteuse Thérésa, Jean Lorrain et d'autres inoubliables, mais carrément oubliés, personnages.

Y'a quand même un côté fascinant dans ces volumes que je me suis procurés au fur et à mesure de leur parution, comme ça, parce que je me disais qu'un jour, on ne les retrouverait plus et qu'ils pourraient peut-être m' intéresser. - J'ai vu juste. - La correspondance de Gide avec Henri Ghéon, par exemple, ou les deux premiers volumes de celle de Voltaire...  - À mon âge, on a tout le temps. - Tenez : je cherchais, l'autre jour, une référence dans la correspondance de Joyce et je suis tombé sur une lettre où il n'en finissait plus de vanter les mérites de John O'Sullivan, un ténor aujourd'hui oublié et qui était d'ailleurs sur son déclin au moment où Joyce a commencé à s'occuper de lui. - Il devint, en sorte, son imprésario. - "Comment ? je me suis dit. Joyce, amateur de John O'Sullivan ! Je croyais qu'il était un amateur inconditionnel de McCormack !"- Ne trouvant plus sa biographie (celle de Joyce) - qui doit être quelque part, quand même : je ne l'ai pas jetée ! - je me suis rabattu sur celle de son épouse, Nora, [Barnacle], pour apprendre que, oui, cet écrivain iconoclaste, entre deux révisions de son Finnegans Wake, s'était mis dans la tête qu'il pouvait promouvoir la carrière de O'Sullivan. - Ne me manquait plus qu'à retrouver mon CD de McCormack et...

Allez voir la dédicace à la fin. Vous comprendrez.

Et lendemain, par le biais de Schubert, je suis tombé sur cette curieuse réplique :

« Plût au ciel que jamais le navire Argos n'eût vole vers la terre de Colchos à travers les Symplégades bleuâtres, que jamais la hache n'eût fait tomber le pin dans les forêts du Pélion, que jamais ce pin n'eût été armé de rames par la main des héros qui allèrent conquérir la toison d'or pour Pelléas. »

Passé la journée sur Internet pour réapprendre ce que j'avais oublié depuis longtemps de la mythologie grecque : la signification de Colchos, Symplégades, Pélion, Péllas...

Pas pour rien qu'on m'évite de plus en plus.

(C'était, pour les curieux, le début du Médée d'Euripide.)

paul


    Le courrier

        Pour nous écrire :

HPerec suivi de @udenap.org. - Indiquer le nom à qui le messsage est destiné dans le titre.

***

        Réponses diverses :

Mme Pamela Bumper - Cincinati, Ohio

L'expression «hammered down» décrit parfaitement les gens qui mesurent cinq pieds deux (1,6 mètre)... dans toutes les directions.

M. Hitchcock Sewell - Berlin, Vermont, USA

Selon John Oliver, animateur de la série « Last Week Tonight », Donald Trump, votre candidat à la présidence américaine, aurait été impliqué dans 3 500 poursuites judiciaires au cours des dernières trois décennies ; de quoi alimenter, en intrigues toutes les émissions parues à la télévision au cours de la même période et qui avaient pout thème principal la justice : Law and Order (465 épisodes), Law and Order Special Victims Unit (389), Law and Order Criminal Intent (195), Law and Order Los Angeles (22), The Practice (168), Ally McBeal (112), L.A. Law (171), Boston Legal (101), Night Court (193), The Goodwife (156), Matlock (195), JAG (227), Perry Mason (271), Judging Amy (138), The Guardian (67), The Public Defender (69), Owen Marshall Counselor At Law (69), Harry's Law (34), Courthouse (9), Suits (76), Family Law (68), Sweet Justice (22), District Attorney Los Angeles (15), The D.A. (4), Reasonable Doubts (44), Damages (59), Shark (38), The Defenders (18), The Paper Chase (58), Head Cases (2), Judge for the Defense (50) et les 3 épisodes de la série First Years.


John Oliver

(Source : www.hbo.com)

Mr. Charles H.  Backman - North Dakota, USA

La Chambre des représentants (House of Representatives) du South Dakota a, en effet, le mois dernier, adopté une résolution voulant qu'on enseigne dorénavant aux étudiants du secondaire que le réchauffement de la planète était une théorie et non un fait ; qu'il existait une panoplie de dynamiques climatologiques, astrologiques, thermologiques, cosmologiques et ecologiques qui peuvent influencer les phénomènes climatiques de la météorologie.

Le texte de cette résolution se lisait comme suit :

« Now, therefore be it resolved that the South Dakota Legislature urges that intruction in the public schools relating to Global Warming include the following :

That global warming is a scientific theory [sic] rather than a proven fact ;

That there are a variety of climatologicaal, meteorological, astrological, thermological, cosmological and ecological dynamics that can effect
(sic) world weather phenomena. »

Mr. George Osborne - St-Louis, Missouri, USA.

Où que vous soyez, il est cinq heures vingt-six quelque part dans le monde.

Mr. Pieter Van Hoeck - Amsterdam, Pays-Bas

Selon le physicien danois Niels Bohr, il est évident que suspendre un fer à cheval au dessus de sa porte n'est qu'une superstition, mais appareemment, ça fonctionne...

Mr. John O'Sullina - Belfast, Irlande du Nord

Les recherches effectuées par les réguliers du Bar l'Abri ont démontré que les gens dans les miroirs qui nous regardent (ou pas) sont ignorants du fait qu'ils n'existent pas.


(Source : answers.yahoo.com)

Mme Georgette Lafleur-Laframboise - Limoilou (Ville de Québec), Québec-7

Numa Pompilius serait à l'origine des principales fonctions sacrées romaines.

M. Dinesh Leroux - San Francisco, Valifornie

Thomas Paine ET Thomas Jefferson considéraient les religions comme étant des insultes à Dieu.

M. Sam Carroll - Biloxi, Mississippi

Si la religion fait partie intrinsèque de la nature humaine, le doute également, (Christopher Hitchens)

Ms Johanna Terrence - Southampton, U.K.

Saint Vincent de Paul marchant sur les flots (Liszt - Légende No. 2). Vous en trouverez une interprétation de Lise de la Salle sur YouTube.

M. Rolland Chapdeleine - Rimouski, Québec

La messe tridentine.

Mme France Côté-Duchesne - Montebello, Québec

Letter to a Christian Nation de Sam Harris (Alfred A. Knopf, New York, 2006)


    Dédicace

Cette édition du Castor est dédiée à :


John McCormack

(1884-1945)

Une des plus belles voix du monde.
Écoutez-le dans cet enregistrement de « Il mio tesoro »de Mozart (Don Giovanni)
Disque Victor-HMV - no. 6204 (76 Tours/minute)

Cliquez sur la note :



    Le mot de la fin

"Tant va la cruche à l'eau, qu'enfin la caravane passe. "

(G. Pellerin - 1926-1977)


    Autres sites à consulter

Webmestre : France L'Heureux

Webmestre : Éric Lortie

Webmestres : Paul Dubé et Jacques Marchioro


    Notes et autres avis

Fondé en 1900 par le Grand Marshall, le CASTOR DE NAPIERVILLE fut, à l'origine, un hebdomadaire et vespéral organe créé pour la défense des ntérêts de l'Université de Napierville et de son quartier. - Il est, depuis le 30 septembre 2002, publié sous le présent électronique format afin de tenir la fine et intelligente masse de ses internautes lecteurs au courant des dernières nouvelles concernant cette communauté d'esprit et de fait qu'est devenu au fil des années le site de l'UdeNap, le seul, unique et officiel site de l'Université de Napierville.

De cet hebdomadaire publié sur les électroniques presses de la Vatfair-Fair Broadcasting Corporation grâce à une subvention du Ministère des Arts et de la Culture du Caraguay, il est tiré, le premier lundi de chaque mois, sept exemplaires numérotés de I à VII, sur papier alfa cellunaf et sur offset ivoire des papeteries de la Gazette de Saint-Romuald-d'Etchemin et trois exemplaires, numéroté de 1 à 3, sur offset de luxe des papeteries Bontemps constituant l'édition originale, plus trois exemplaires de luxe (quadrichromes) réservés au Professeur Marshall, à Madame France DesRoches et à Madame Jean-Claude Briallis, les deux du Mensuel Varois Illustré.

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