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  Volume XXVI, n° 9

Le seul hebdomadaire de la région publiée une fois par mois
Le lundi 2 mai 2016  

"Colorless green ideas sleep furiously."
Noam Chomsky (1928 - )        

Quatrième édition

Nous rappelons à notre aimable clientèle que :

1 - L'édition régulière du Castor™, tel que cité ci-dessus, paraît le premier lundi de chaque mois.

2 - L'édition corrigée du Castor™, destinée au marché américain, paraît le jeudi suivant.

3 - De mini-éditions peuvent paraître le deuxième ou troisième lundi de chaque mois.

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Pour l'édition qui précède la présente, cliquez ICI.

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Au moi de mai, manteau jeté

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Note : les chroniques précédentes de nos correspondants peuvent être consultées en cliquant sur ce lien.



Manducare

N'ayant pas reçu la dernière édition du Hansard et n'ayant pas à la main un numéro récent du Gotha, c'est sur une boîte de céréales, un pot de confiture et un demi-litre de lait que j'ai étanché, vendredi dernier, mon insatiable soif de lecture. En deux mots, voici ce que j'ai trouvé (en ordre alphabétique) : Calcium : 4% : Cholestérol : 20 Mg. ; Glucides : 30% : Lipides : 8% ; Lipides saturés : 18% ; Potassium : 9% ; Vitamines A, B, C. et D : 55%... le tout suivi de mots tels que : fibres, magnésium, mono et polyinsaturés, niacine, oméga (3 et 6), protéines, riboflavine, sélénium et sodium.

Tout cela dans des produits qu'il me fallait, jeune, consommer jusqu'à deux et même trois fois par jour.

Je me suis souvenu du temps où, au collège, j'avais lu sur une affiche : "KIK, the body builder". - Vous ne me croyez pas ? Tenez, voici une pub de la même époque :

Oh, ce n'était pas la première fois qu'il m'arrivait de prendre mon petit déjeuner à l'hôtel, mais, entre le Journal de Montréal et une boîte de Spécial K, j'ai toujours cru que... Et c'est ainsi que j'en suis rendu, aujourd'hui, à faire mon marché en lisant pendant une heure la liste des ingrédients d'aliments que j'ai consommés pendant des années en me répétant sans cesse qu'avec tout ce que j'ai mangé, bu ou tout simplement regardé, je suis décédé il y a une quinzaine d'années.

Là-dessus, Paul qui jure ne boire que trois ou quatre bières, quelques verres de vin et une douzaine de bouteilles de vodka (à condition qu'elle n'ait aucun goût)... par année, sera parfaitement d'accord.

Et dire que, hier matin, j'ai versé du sirop d'érable artisanal sur mes céréales. Artisanal ! - J'ai pensé à ma dernière visite à une cabane à sucre et je me suis dit que je n'étais vraiment pas prudent ; que je faisais pas attention à ma santé..

Heureusement que j'ai toujours, dans ma pharmacie, de l'Alka-Seltzer, du Bromo-Seltzer, de la poudre pour l'estomac et quelques autres contre-poisons car, en plus, on vient de me dire que tous les poissons que j'achète depuis des année contiennent du plomb. Mais le plomb, ce n'était pas, il y a quelques décennies, quelque chose de bon pour le cerveau ? - Enfin : c'était bon pour les dents et pour souder les tuyaux de plomberie.

Et me voilà, tout à coup, en train penser qu'une des recettes favorites d'une de mes tantes était composée de fruits en conserve mélangés avec du Jell-O...

J'ai dit 15 ans ? Je me suis trompé : c'est 20 ans que j'aurais dû écrire.

***

Avocasseries

"Je vais consulter mon avocat et s'il me dit que vous
avez raison, je vais consulter un autre avocat.
"    
(Groucho Marx)

Nous les connaissons tous, ces avocats véreux, plus intéressés à étirer leurs causes et charger le maximum à leurs clients et ce, le plus longtemps possible, sauf que je n'en ai jamais rencontré un.

Par contre, j 'en ai rencontré des pires : des minus - pardon : des imbéciles - si imbus de leur personne, si convaincus de la supériorité de leur intelligence qu'ils ne se sont jamais aperçu que leur actions, motions, plaidoiries ne faisaient qu'ajouter de l'huile sur des feux qu'ils avaient contribué non seulement à allumer (à partir d'obscurs paragraphes contenus dans des codes de lois dont ils étaient les auteurs), mais, souvent à les entretenir ne comprenant pas les intérêts de tous et chacun.

Il y en a trois types :

Les bons qui ne mêlent que de l'aspect légal des choses.

Les mauvais qui exigent des enquêtes extrêmement complexes pour la moindre cause et à qui je me souviens un client aurait dit : "Maîtres, si nous savions tout, vos services ne seraient pas requis."

Et les très mauvais qui se croient aptes à comprendre tout, du fonctionnement d'un moteur hors-bord à l'opération de grues en passant par la mécanique quantique et qui remettent continuellement en doute leurs propres experts.

Je me suis même laissé dire qu'il y avait plus d'avocats dans le District de Washington aux USA que dans tout le Japon.


Vatfair, Planter, Hencourt et Associés
Avocats
Tour Marshaluk, Suite 3000
Napierville - Quartier Universitaire

***

D'un expert à l'autre

Je n'ai aucune idée du nombre de nos lecteurs qui exercent, pratiquent ou occupent un certain métier, une certaine profession ou une fonction quelconque, s'ils sont employés, chefs de service ou directeurs de leur propre entreprises, mais je sais une chose : que, s'ils sont compétents ou le moindrement experts dans ce qu'ils font, ils en sauront toujours moins que ceux qui, après avoir lu un article dans un journal, s'être renseignés auprès de "spécialistes", ont lu le dernier best seller ou regardé deux émissions sur un obscure chaîne, forcément en connaissent plus qu'eux.

Sur : comment renouveler un bail, conduire une voiture, quelle sorte de contrat d'assurance auquel l'on doit souscrire, comment fonctionne la justice, quelles sont les meilleurs marques de commerce pour un ordinateur, une télé, un grille-pain et une cafetière Bodum.

J'en ai connu plusieurs : un abstème qui savait tout sur le vin, un comptable qui faisait des projections de ventes en utilisant la méthode des moindres carrés et qui ne compenait pas que, dans un espace donné, on ne pouvait pas doubler continuellement la clientèle, un spécialiste en best-sellers qui ne lisait que les comptes-rendus, un expert en assurance dont une cousine avait déjà formulé une demande d'indemnité, une véritable sommité en transactions boursières qui n'avaient pas les moyens de se payer un café...

Attention cependant à ceux qui proviennent du champ gauche et qui, comme on dit à Marseille, n'ont pas le parler de tout le monde.

Suffit de mentionner, au passage, les technocrates d'IBM qui n'ont jamais vu venir Microsoft ; des génies de BlockBuster qui ont ri de Netflix ; des têtes dirigeantes d'Apple qui ont sousestimé Samsung ; de Microsoft, même, qui était certain d'être éventuellement les maîtres de l'Internet. C'était avant avant Google.

Permettez-moi de ne pas citer GM, RCA Victor, Texaco, K-Mart, Nortel, Lehman Brothers et, plus localement, Dupuis Frères, Steinberg, et Eaton... Mais tandis que j'en suis là, comment se portent les éditeurs et les libraires ? Aussi bien que les disquaires ?

Pour ma part, je suis un grand expert... en scepticisme.

***

 Et finalement, René

Je n'ai pas osé en parler plus tôt car je me serais fait qualifier de rabat-joie, d'empêcheur de tourner en rond, de... trouble-fête (sic), mais, entre vous et moi, faire des funérailles nationales pour un ex-mauvais chanteur, un ex-mauvais-acteur, un ex-impresario de talents aussi remarquables (et inoubliables) que ceux de Johnny Farago, René Simard et Patrick Zabé, marié, en premières noces avec Denise Duquette, en deuxième noces avec Anne Renée et puis finalement manager (et mari, après l'annulation de ses deux premiers mariages) de Céline Dion, connu comme étant un joueur de poker de tout premier ordre, je me suis demandé ce qu'on pourrait faire de mieux la prochaine fois.

Simon

***


Urbanisme :




Et haec ...

"Comment comparer les merveilles créées par H. G. Wells, d'Edgar    
Allan Poe et combien d'autres à celles qu'ont imaginées ceux d'un Dieu
unique composé d'un père, d'un fils et d'un esprit saint et qui a vécu    
solitaire hors du temps avant de nous créer pour nous aimer ?"  
        
(Jorge Luis Borgès sur "L'After Death" de Leslie Weathered - 1943)

Il fut un temps dans notre Belle Province où la question suivante était non seulement d'une grande actualité, mais était implicitement posée à toute personne qui postulait un emploi :

"Croyez-vous en ' un Dieu infiniment bon, infiniment aimable qui vous a créé pour le connaître, pour l'aimer, pour le servir,  et pour acquérir,  par ce moyen, la vie éternelle' (*) ou êtes-vous non-croyant ?"

Paul, qui n'a pas cent ans, me disait l'autre jour que, lorsqu'il a commencé à travailler, ses employeurs étaient certains qu'il allait à la messe à tous les dimanches et qu'il communiait à Pâques.

"Au dessus de la porte de tous le bureaux de l'entreprise qui m'avait embauché, me disait-il, un crucifix était présent et le premier vendredi de chaque mois, nous avions deux heures pour aller déjeuner afin de nous permettre d'assister à la messe et communier. Et si vous étiez divorcé ou tout simplement séparé, fallait dire adieu à votre carrière..."

Qu'aurait-il vu et entendu si, comme le Professeur et celui qui a l'honneur de rédiger ces lignes, il avait vécu dix, vingt ans auparavant !

Ce qui m'amène à cette question :

"Le monde a-t-il été créé en six jours, il y a quelque quatre à cinq mille ans, ou, comme le veut les récentes théories, est-il surgi du néant il y a 13,82 milliards d'années ? - Faites-vous parti des créationnistes ou des évolutionnistes ?"

Remarquez qu'on peut être les deux, à condition de ne pas se fier à une interprétation littérale de la Bible, à cette pauvre Bible qui, depuis la venue des ordinateurs - et bien avant -, est étudié minutieusement par des gens y trouvent de plus en plus de contradictions. Ainsi :

Est-ce que la colère de Dieu est éternelle ?

Oui, selon Jérémie (17,4). Non, selon Michée (7,18)

Est-ce que Dieu a créé le mal ?

Oui, selon Isaïe (45,7). Non, selon Saint-Jean (Première épître, 4,8)

Est-ce que Dieu a créé l'homme avant les animaux ?

Oui, selon le premier récit de la Genèse (1-24). Non selon le deuxième (2-18).

Il  n'y a eu aucune ascension au ciel avant celle de Jésus-Christ.

Vrai, selon Saint-Jean (3-13). Faux, selon le Deuxième Livre des Rois (2-11)

Est-ce que les enfants seront punis pour les péchés de leur père ?

Oui, selon le Deutéronome (5-9). Non selon le même livre (24-16).

Et, dernière question :

Est-ce que, après avoir jeté les pièces (de l'argent reçu pour avoir trahi Notre Seigneur), Judas s'est retiré pour aller se pendre (Matthieu, 27-5) ou est-il tombé la tête la première et a éclaté par le milieu, et toutes ses entrailles se sont répandues (Actes des Apôtres, 1-18) ?

Les deux.

Votre serviteur pourrait continuer comme ça longtemps, particulièrement avec les récits de la crucifixion et de la résurrection ou encore en mettant en doute le déluge, l'Exode et même l'existence d'Abraham et de Moïse, mais je n'insisterai pas. Existe suffisamment de livres à ces propos.

Une remarque, cependant : ceux qui, au treizième, quatorzième et quinzième siècle insistèrent, sous peine de mort, que l'on ne traduisit pas la Bible en français ou en anglais avaient raison : c'est un livre dont l'interprétation devait être laissée aux prêtres et évêques d'alors, sous la direction d'un toujours très éclairé pape ; et puis aujourd'hui, aux pasteurs et télé-évangélistes. Surtout du sud des États-Unis.

Chapeau quand même à Sir Thomas Moore (1478-1535) pardon : saint Thomas Moore (depuis 1935) - , aujourd'hui patron des avocats et des politiciens, pour avoir, au cours de sa chancellerie, combattu avec ferveur ce fléau qu'est l'impression de la Bible en langue vulgaire.


Thomas Moore

Il est grandement temps, me dit ma conscience depuis quelques mois, que "je m'insurge contre l'influence non seulement séculariste mais anti-religieuse qui envahit, dans le Castor™, l'espace consacré à l'édification de la jeunesse et qui, depuis, sa fondation, a toujours été l'emblème de l'institution dont je suis un humble membre, institution qui a toujours été un phare dans la nuit de l'ignoranteté."

Force, quand même, m'est de constater que, parmi nos lecteurs, il y en a de plus en plus qui auraient douté dans les années trente de l'efficacité de la Ligne Maginot.

Obédieusement vôtre,  

Herméninglide Pérec

(*) Le Petit catéchisme de Québec, publié avec l'approbation et par l'ordre du premier concile provincial de Québec - édition de 1936.

***

Le grain de sel de Paul en rapport avec ce qui précède :

Deux citations :

Une de Sam Harris :

"Si, un matin, vous faites quelques signes au-dessus de vos croissants et dites un ou deux mots en latin et êtes ainsi convaincu qu'ils se sont transformés en la chair et le sang d'Elvis Presley, vous avez perdu la raison. Mais si, à l'église, après des signes et des paroles semblables faits ou dites par un prêtre au dessus d'un morceau de pain sans levain, vous croyez que vous allez absorber la chair et le sang de Jésus-Christ, vous êtes catholiques."


Sam Harris
(https://www.samharris.org/)

Une de Christopher Hitchens :

"Il existe plusieurs opinions quant au temps que notre espèce est présente, dans sa forme actuelle, sur cette planète. Richard Dawkins est d'avis que nous sommes là depuis 250.000 ans tandis que Nirenberg et Khorana, ceux qui a déchiffrer le code génitique de l'humanité, stipulent que nous sommes là depuis à peu près 100.000 ans. Cent mille ans me convient parfaitement. Durant ces cent mille ans, les membres de notre espèce sont nés, ont vécu et, sinon à la naissance, sont morts de problèmes de dentition ou d'autres maladies tout en ayant la possibilité de ne vivre qu'une trentaine d'années, dans la peur et l'inconnu : pourquoi il y avait des éclipses, des tremblements de terre, des éruptions volcaniques. Ajoutez les guerres, les viols, les invasions, les épidémies... jusqu'à ce que, après des siècles on ait appris à domestiquer les animaux et cultiver la terre, - Et au cours des premiers quatre vint dix, quatre vingt quinze premiers siècles, le dieu qui aurait créé cette terre et ses habitants, s'est tenu les bras croisés en se disant ; "Tiens, une autre guerre. - Ah, une autre civilisation qui disparaît..." Puis un jour, il y a de ça trois ou quatre siècles, il se dit : "Il est peut-être grand temps que j'intervienne." Puis il réfléchit : "Pas en Chine où ils savent déjà écrire, ni dans la vallée de l'Indus où ils en savent déjà trop. - Vaut mieux choisir la plus barbare, la plus reculée, la moins instruite, la plus superstitieuse des civilisations, qui vit dans un des pays les plus pauvres, là où, dans tout le Moyen-Orient, il n'y a pas de pétrole..." (*) - Et il intervint, non pas une fois (Abraham), non pas deux fois (Jésus-Christ), mais trois fois (Mohammed), sinon, le monde n'aurait jamais su la différence entre le bien et le mal..."

(*) S'assurant ainsi une paix durable entre juifs, chrétiens et islamistes. (Note de l'éditeur)


Christopher Hitchens
(https://en.wikipedia.org/wiki/Christopher_Hitchens)



A word on writing

I noticed that, last month, Simon wrote rather extensively on reading and writing and I just wanted to add an old saying contained in the Tao Te Ching book (said to have been written by by Lao-Tzu in the 6th century BC) ; one of the two books at the basis of Taoism :

"Were I to await perfection, my book would never have been finished."

I read it years ago in Thomas Francis Carter's "The Invention of Printing in China and its Spread Westword" (Columbia Press, 1925) and it has remained on my desk ever since..

And another on reading

I agree, with Simon, although he didn't say it implicitly, that different books ought to be read differently. By that, to quote him precisely, I mean reading is not just recognizing letters and words but making sense of what these letters and words are : characters representing sounds used in speech and meant to express ideas, stories, propositions, conjectures. arguments, facts, general knowledge and even teach us how these characters ought to be used. Moreover, how others used them.

It comes down to this : if you read the Brontë sisters, Flaubert, Henry James, Proust, Joyce, Balzac and Wilde only for the stories they told (add Le Carré to this list), don't waste your time : watch the movies.

One liner

If - it happens all the time - you are caught in a conversation where everybody and his dog have an opinion on cars, politics, food, acting, clothes, traffic, inflation, interior decorating, films, books, actors, singers and, all of a sudden, there's a pause, just say : "Now that we've settled all that, can we talk about the Middle East ?"

And, by the way

If you, only once in your life, explain to someone, that science is not a series of facts but a METHOD, consider it a blessing. You won't, that way, have to start every other sentence by saying :  "According to the latest science..."

Copernique


  Fiona Darbon Van Maercke

Sur un musée tout en bois

Stockholm, archipel boisé, à l'histoire, l'architecture et l'art aussi riches et colorés que diversifiés.

Stockholm et ses musées d'art aux associations d'oeuvres contemporaines et anciennes audacieuses et excessivement réussies.

Stockholm et ses casques à pointe, héritage prussien d'une grande classe, s'agitant sur la tête des gardes du palais qui sautillent entre deux morceaux puissants de l'orchestre philharmonique mobile de Sa Majesté.

Stockholm et ses transports sont en commun ultra efficients et bon marché.

Et enfin, Stockholm et son Biologiska Museum. Haut lieu des sciences naturelles que l'on doit à Gustaf Kolthoff, le Chuck Testa suédois, ce petit musée tout en bois ne paie pas de mine vu de l'extérieur...

...toutefois, une fois passé le tourniquet hoquetant de l'entrée, l'on est accueilli par une famille heureuse d'ours anthropomorphes et le jackalope local : un lapin-faisan, un jackeasant, donc.

Avant d'admirer les boiseries et le double escalier menant vers la salle principale, il y a une petite alcove de chaque côté du couloir, abritant chacune deux tableaux remplis d'animaux très approximatifs. Des rapaces se repaissant de chair fraîche, des oiseaux en grand nombre, quelques mammifères par-ci par là, morses incertains et muskox perplexes, cachés dans les profondeurs du décor.

Dans la salle principale, à mesure que l'on gravit les marches, se déploie devant nous 360° de plumes et de fourrures vieillissantes dans un décor éclairé uniquement à la lumière naturelle, décor dont le dernier nettoyage et les dernières réparations datent de toute évidence des années 60. Les nombreuses traces de pas sur la plage témoignent pourtant de passages récents et réguliers.

Visibles sur deux étages, on pourra apprécier l'ours, les renards, les corbeaux, mésanges et autres naturalisations surannées du dessus comme de face. Des heures de plaisir à qui sait où le prendre.

De la poussière recouvrant le corbeau aux pattes anormalement grosses du petit lynx ; de l'oisillon couché sur le flanc, socle visible, au hibou sculpté en bois au milieu des taxidermies classiques ; le tout en passant entre autres par un carcajou déprimé et deux petits rongeurs enfoncés dans la mousse, comme si leur visage était trop mutilé pour être montré aux enfants blonds et étirés du royaume de Suède.

                               

(Cliquez sur les photos pour les agrandir.)

Tout y est délicieusement détraqué, décalé, poussiéreux, un chouïa branlant mais que l'on ne peut qu'aimer de cette violente tendresse pour le chien à trois pattes du voisin, toujours digne, celui-là même qui se sait estropié mais gigotera fièrement son moignon en rythme lors de ses promenades sportives.

Véritable carrousel de beauté animale, cet endroit excessivement charmant, idéal pour une réception, a déjà hébergé des expositions avec vernissage pendant lequel il est permis d'entrer avec sa coupe de champagne bio dans les deux tableaux au rez-de-chaussée et de converser avec le morse ou le renard polaire à propos de l'influence d'Ellen Key dans l'oeuvre de l'artiste exposée présentement.

C'est en fait dans ce paradis du poil poussiéreux que j'ai retrouvé une jeune artiste québécoise en résidence actuellement à Harlösa, Marianne Pon-Layus, dont l'entretien suivra dans une prochaine édition.

Le Biologiska Museum, assurément le meilleur musée de Stockholm.

Fiona


Handicap

J'entendais Paul parler, il n'y a pas longtemps, de son père qui lui disait souvent qu'on ne pouvait pas tout avoir dans la vie : "Être beau, intelligent et parler l'anglais." - "Il avait raison, disait Paul. Je parle l'anglais et je suis donc parti dans la vie... handicapé."

Je n'ai pas trouvé le nom de l'illogisme de cette conclusion (argument fallacy), mais je dois avouer qu'elle n'est pas si bête qu'on puisse le penser car il n'y a rien de plus extraordinaire dans la vie que de surmonter un handicap.

Je m'explique :

Si, excusez mon argumentation, l'on ajoute riche au fait que l'on soit beau, intelligent et qu'on parle l'anglais (ajoutez la santé tant qu'à y être), il m'apparaît plus que probable que son avenir sera d'un indiscutable ennui. Pas de challenge, comme disait l'Inspecteur-chef Jacques Clouseau. Tandis que né avec un handicap...

Je suis, en ce sens, content d'avoir un ami comme Serge qui m'en apprend plus sur moi-même que tous les manuels de "self-help" publiés depuis des années. Il est, pour ceux qui m'ont lu, asperger et il a comme grande qualité de ne pas penser comme tout le monde, son attitude me fait continuellement douter de mes propres pensées et c'est dans ces circonstances que je réalise peu à peu que je surmonte un certain handicap qui consiste à avoir pris pour acquit tout ce qu'on ma enseigné quand j'étais jeune.

Raison de plus pour faire attention à ne pas inculquer des connaissances à ses enfants, mais bien leur enseigner à penser par eux-mêmes.

Tout ça m'est revenu en discutant avec un collègue qui disait qu'avec nos calculettes, tablettes et ordinateurs, on n'enseignait plus aux enfants à calculer. Il parlait des fameuses tables de multiplication qu'on nous forçait, jeunes, à apprendre par coeur au point où, adultes, comme disais je-ne-sais-plus-quel-comédien on se souvenait de l'air mais plus des paroles. - Tant mieux, ai-je pensé : je préfère qu'on explique aux miens ce qu'est une addition, une mutiplication, l'extraction d'une racine carrée et comment se servir d'un appareil qui fera ces opérations à leur place.

Vous savez, vous, combien il y a eu de croisades et en quelles années ? - C'est pourtant une question qu'on m'a posée lors d'un examen pour l'obtention de mon diplôme de secondaire V. La réponse, je peux la trouver sur le WEB en trente secondes.

Pensez à la dernière incarnation de Sherlock Holmes qui souligne que le cerveau est comme un disque fixe : si on le remplit de n'importe quoi, ne reste plus de place pour enregistrer les informations utiles.

Jeff

 


  Textes choisis

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J'ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure ;
Mon bien s'en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,

Il me remet en mon premier malheur.

Louis Labé - 1526-1566

Fawzi

 


Histoires vraies

La première m'a été racontée par la mère d'une de mes amies qui, en voyage, en Irlande avec son mari, avait eu, un soir, à partager leur table avec un homme d'affaires de Ville d'Anjou (ce qui, déjà, en disait long), homme d'affaires qui faisait partie du groupe, parce que ils s'agissait d'un voyage organisé. - Après avoir parlé longuement de sa shop et de ses employés, il finit par dire qu'il était là parce que sa femme tenait absolument à voir Dublin car lui, ne trouvait rien d'extraordinaire dans ce peuple de buveurs de Guinness. "Qu'ont-ils donné au monde, ces gens qui n'ont pas de culture ?" finit-il par dire. - "Quelques écrivains." répondit-elle. - "Oui ? Lesquels ?" - De là, elle lui défila les noms de Jonathan Swift, Yeats, Beckett, George Bernard Shaw, Oscar Wilde, James Joyce... "Et au niveau comédiens, ajouta-elle, y'a bien sûr, Peter O'Toole, Liam Neeson, Pierce Brosnan, Richard Harris..." mais elle n'a pas eu à poursuivre : ce soir-là, y'a pas juste le potage qui fut servi froid.

La deuxième est plus savoureuse :

C'est l'histoire de deux jeunes amoureux, lui assistant-directeur d'un musée assez connu de Montréal, elle, temporairement secrétaire au même endroit, le temps qu'elle finisse ses études en bibliothéconomie. Les parents du jeune homme, lui avocat, elle rédactrice dans un magazine de mode, désireux de rencontrer ceux de la jeune fille, les invitèrent à un dîner, dans leur luxueuse maison d'Outremont. Tout allait très bien jusqu'à ce que la rédactrice de mode demanda au père de la jeune fille ce qu'il faisait dans la vie. "Je suis imitateur d'Elvis, répondit-il. D'ailleurs je pars justement en tournée jeudi prochain. J'en ai pour tout l'été." - Plus tard, l'avocat et la rédactrice dans un magazine de mode apprirent que cet imitateur avait également un fils, en informatique, au Massachusetts Institute of Technology.

Ces deux anecdotes me consolent d'être tombée, ici, moi, secrétaire, mère divorcée et habitant dans une petite maison de la Rive-Sud, dans un milieu d'intellectuels.

George

 


On A Day Like Today...

J'en ai déjà parlé, mais brièvement, le 18 août 2006, au numéro 161 de cette série. - Voir à : Extraits sonores, série numéro quatre. Mais j'ai pensé y revenir aujourd'hui pour diverses raisons.

Demandez à quiconque âgé de cinquante ans ou plus qui a créé "Love Letters in the Sand" et l'on vous répondra, 99% du temps, Pat Boone. En 1955. - Mais si vous dites non, que cette chanson a également été endisqué par Slim Whitman, Patsy Cline, Bill Haley (sic), Jerry Lee Lewis, Bobby Solo et, un de mes chanteurs favoris, Leon Redbone, l'on vous ajoutera invariablement que, c'est fort possible, mais seulement après que Pat Boone l'ait enregistré, y compris la section sifflée.

La vérité est que cette chanson date de 1931, qu'elle a été créée par l'orchestre de Ted Black, puis reprise par un foule d'autres interprètes y compris - là où ce fut un grand succès - par Ambrose et son orchestre en 1934 ; Benjamin Baruch Ambrose (1896-1971), violoniste et chef d'orchestre, qui fut, dans les années trente, à la tête d'un ensemble parmi le plus représentatifs des British Dance Bands (avec Geraldo et son orchestre, Jack Hylton, Jack Jackson, Joe Loss, Ray Noble, Lew Stone, etc.). - Nous avons déjà parlé de lui dans Le Castor™ du 15 novembre 2010.

Voici donc, de Nick et Charles Kenny pour les paroles et J. Fred Coots, "Love Letters in the Sands" par Bert Ambrose and His Orchestra, un disque Gramophone dont j'ai perdu le numéro, mais qui fut publié en 1934. Le crooner ? Sam Browne (1898-1972).

Cliquez sur la note :

Note : Voici la photo du 33t duquel est tiré cet enregistrement dont je n'ai, avant de m'en départir, digitalisé, malheureusement, que la partie avant de la pochette.

paul

***

Et quand est-il de Bartok et et de Lutoslawski ?

Lutoslawski d'abord.

Il est né le 25 janvier 1913 en Pologne. Ses études, sa formation, etc., vous pourrez en lire les détails dans l'encyclopédie Wikipedia à l'adresse qui suit :

Witold Lutoslawski : https://fr.wikipedia.org/wiki/Witold_Lutos%C5%82awski

Ce qui est fascinant dans son cas, c'est qu'au cours de la Deuxième grande Guerre, il fut fait prisonnier, qu'il réussit à s'évader et, pour survivre, joua du piano dans divers cabarets où lui et son ami Andrzej Panufnik, composèrent des mélodies basées sur le folklore polonais, diverses airs et mélodies de leur cru tout en répondant aux demandes des clients.

De cette époque, rien n'a subsisté sauf des variations pour deux pianos sur un thème de Paganini dans la continuité de la Rhapsodie de Rachaninoff sur le même thème.

Nous avons pensé aujourd'hui vous en faire entendre les débuts de chacune de ces pièces à commencer, naturellement, par les variations de Paganini tirées de son Caprice numéro 24, jouées par Hilary Hahn sur le violon qu'elle dit ne jamais laisser hors de sa vue, une copie du Cannone de Paganini fabriqué par Jean-Baptiste Vuillaume, l'un des meilleurs luthiers du XIXe siècle :

Hilary Hahn - Début du Caprice numéro 20 de Paganini :

En deuxième partie, les variations de Rachmaninov sur le même thème (1934), interprétées au piano par Vladimir Ashkenazy et l'orchestre Symphonique de Londres :

Vladimir Ashkenazy - Début de la Rhapsodie sur un thème de Paganini (1934) :

Et finalement, les mêmes variations, mais cette fois-ci par Lutoslawski pour deux pianos, interprétées par Martha Argerich et Evgeny Kissin :

Argerich et Kissin - Début des variations sur un thème de Paganini de Lutoslawski (1943) :

(Les années indiquées entre parenthèses sont celles approximatives des compositions. Tous les extraits précédents ayant été repiqués sur YouTube.)

Concernant Lutoslawski, décédé en 1994, si ce qui précède ne vous a pas trop choqué (il faut s'habituer à la musique de notre temps), nous serions négligent en ne vous suggérant pas d'écouter son concerto pour piano, son surprenant, mais admirable, quatuor à cordes et, surtout, sa symphonie numéro deux dont la deuxième partie est un véritable cri du coeur.

Et à la prochaine pour Bartok !

paul

P.-S. : Pour ce qui est d'Andzej Panufnik, un autre des compositeurs polonais du XIXe siècle à connaître, nous vous recommandons fortement l'écoute de sa troisième symphonie dite "sacrée" interprétée par l'Orchestre Symphonique de l'UNAM dirigée par Zhouang Chen que vous trouverez sur YouTube.


Witold Lutoslawski

Ajout au 9 mai, 2016 :

À noter que Rachmaninov et Lutslawski ne furent pas les seuls à composer des variations sur le Caprice No. 24 de Paganini. Ce caprice a également intéressé Franz Liszt, Robert Schumann, Johannes Brahms, Boris Blacher, Andrew Lloyd Webber et George Rochberg. Paganini, lui-même, en fit une transcription pour guitare dont on pourra retrouver un enregistrement par le Cubain Marco Tamayo sur YouTube à l'adresse qui suit : https://www.youtube.com/watch?v=-iWbgX03Ahs. Malheureusement, la prise de son laisse à désirer, mais on pourra constater la technique. Autant, dans ce cas, se procurer le CD Naxos 8.557598 intitulé tout simplement Guitar Music et sur lequel on retrouver également deux autres Caprices (le numéro 5 et le numéro 11), cinq sonates  et cinq autres pièces intitulées Guiribizzi ou fantaisies.

Note : pour nos suggestions et enregistrements précédents, cliquez ICI.


Book Review - Lectures

The Internet Archive

Not a book but thousands, millions, billions of books... and films... and recordings... and photos...

Surely, by now, everybody has heard of Brewster Khale. - No ?

Let me put it this way :

If, 100 years from now and perhaps sooner (I would venture to say that it might happen within the next 20 to 30 years), your son, or grand son, or great grand son takes out of of his shirt pocket a paper thin film and unfolds it to its proper A4, A3 and even A0 size to read any book that was ever printed, watch any film that was ever made or listen to any music that was ever recorded, he'll have to thank Brewster Khale.

Who is he ? - He's an American computer engineer born in 1960 who, one day, thought that with the cost of memory and hard disk going down everyday (*), it might be possible in a near future to store all the world's knowledge in medium size warehouses and make available its content on the WEB. He worked on it and, in 1996, founded the Internet Archive, a nonprofit digital library with the stated mission of "universal access to all knowledge". Not only did has he succeeded thus far but he he succeeded admirably.

So far, his site (https://archive.org/) has grown into a multi petabyte organization containing millions of books, recordings, films, TV programs and anything-that-can-be-digitized (including software and games). The extent of its content his mind boggling. Take a look and you'll see. - Last count (amongst various collections) : 9,826,031 eBooks and texts...

Not only has he stored and continues to store everything but he has also opened what is commonly referred to as the "Internet Archive Backward" machine. Its address is https://archive.org/web/. You'll find there copies of all the internet sites that were active in 1996 all all the sites that have been created ever since 1996. All sites are updated every 2 to 3 months (so far, it has managed to save 472 billion web pages)... - Check it up. It's uncanny.

Brewster Khale is a member of the Internet Hall of Fame. : http://www.internethalloffame.org/

Copernique

(*) Last time I checked an 8 TB external had disk was about 300 CAN $ (and Samsung is about to release a 16 TB model).

***

 

Et voilà que disparaît une autre de mes illusions...

Jusqu'à la semaine dernière, je croyais avoir, sinon tout lu, au moins avoir, à la maison, tout Gide... sauf une partie de sa correspondance car, pour ce que je m'en suis procuré (celle avec sa mère, celle avec Roger Martin du Gard, etc. - voir ci-dessous) m'a laissé sous l'impression qu'elle était du domaine, ou de l'ultra-spécialisation ou tout simplement de remuage de fonds de tiroir. Mon raisonnement était basé sur les six volumes de la Pléiade (*) intitulés:

Romans et récits (Tome 1) : OEuvres lyriques et dramatiques

Romans et récits (Tome 2) : OEuvres lyriques et dramatiques

Journal, tome 1 : 1887 - 1925

Journal, tome 2 : 1926 - 1950

Souvenirs et voyages

Essais critiques

Anthologie de la poésie française.

Quoique dans ma bibliothèque se trouvent également les quatorze [premiers ? - je ne sais pas si on en publié d'autres] volumes des Cahiers André Gide (chez Gallimard) qui contiennent diverses autres correspondances (François Mauriac, Jacques-Émile Blanche, Dorothy Bussy, Jacques Copeau et Valéry Larbaud) auxquels s'ajoutent certains inédits. Et en disant cela, je n'oublie pas, publiée séparément, sa correspondance avec Henri Ghéon, Paul Claudel, Maria Van Rysselberghe (la petite dame), Paul Valéry, Francis Jammes, Marc Allégret, etc.

Sauf que je suis tombé, par hasard, l'autre jour, sur quelque chose de lui, que je connaissais pas du tout (sauf via le film de Marc Allégret "Avec André Gide") et qui s'intitulait tout simplement : "Notes sur Chopin". Chez Gallimard (2010) qui souligne que ces notes ont été publiées en décembre 1931 dans un numéro spéciale de La Revue Musicale consacré à Frédéric Chopin.

Comment ces notes ont-elles pu échappé aux Essais critiques de La Pléiade, je ne sais pas, mais moi qui suis un amateur inconditionnel de Chopin et un lecteur de Gide depuis des années, disons que j'ai été frustré de ne pas avoir su, avant aujourd'hui, l'existence de ces notes rédigées bien avant 1931.

À ne pas mettre entre toutes les mains. Si vous n'aimez pas, de Gide, le côté intimiste et non ostentatoire (les entretiens avec André Amrouche, par exemple), oubliez. Et si vous n'avez pas l'oeuvre de Chopin à portée de votre oreille lors des nombreux renvois qu'illustre Gide de ses propos, oubliez également.

Bon, ça m'aura coûté une semaine pour mettre de l'ordre dans mes enregistrements, mais ça en valait la peine.

Du pur ravissement.

paul

(*) Attention, ces éditions [de La Pléiade] ont été amendées et combinées de différentes façon depuis leur première publication. Ainsi les volumes "Romans, récits, [soties] et oeuvres lyriques" furent d'abord publiés en un seul volume en 1958 puis en deux volumes en 2009 après l'ajout des "Oeuvres dramatiques". - Et comme, contre toutes attentes, je ne suis pas devenu millionaire en écrivant pour le Castor™, je n'ai pas pu encore me payer toutes les variantes.

***

Adaptations cinématographiques

Je cherchais, dans ma bibliothèque il n'y a pas longtemps, en n'ayant en tête que la couleur de la reliure, mon exemplaire du Théâtre de Sophocle et suis tombé sur les deux volumes - Édition Garnier (1957) - des "Misérables" de Victor Hugo me demandant, ayant oublié sur le coup mes sophocliennes recherches, qui, aujourd'hui, lisait encore Victor Hugo et qui, en plus, allait se taper les 1,800 pages (avec les notes et tout) de ce roman précurseur des Maupassant, Balzac et Zola, tous des auteurs qui, s'ils étaient encore vivants, écriraient sans doute des télé-romans du genre Fabienne Larouche, Lise Payette ou Victor-Lévy Beaulieu. En mieux., il va sans dire.

Je n'ai rien contre les télé-romans, mais, entre un télé-roman et un roman, il y a quand même une différence : l'on se souvient beaucoup plus des personnages et des décors que l'on a imaginés en lisant des romans que tout ce que l'on a pu voir, semaines après semaines, à la télé. - Je sais, : j'en ai regardé jusqu'à l'âge de 13 ou 14 ans. - Je n'irai pas jusqu'à dire que notre imagination est plus fertile que les metteurs en scène ou les décorateurs d'émissions de télé, mais rien, en moi, n'a pu dépasser l'ambiance, la scénographie, les toiles de fond que j'ai pu lire dans les Biggles (1) que je lisais à peu près à la même époque.

En écrivant ce qui précède, je pensais justement au titre du conte d'Hemmingway dont parle Copernique dans sa chronique d'aujourd'hui. Il tient - pour ceux qui ne lisent pas la shakespearienne langue - en six mots : "Baby shoes for sale. Never worn." ("Souliers de bébé à vendre. Jamais portés." - Mentionnez-le à une femme qui a un bébé de quelques mois dans ses bras. Elle saura imaginer le reste avec un pincement au coeur supérieur à tout ce qu'elle a pu voir dans Chambres en ville, Le survenant ou Le temps d'une paix.

Des "Misérables", il y a eu Dieu-sait-combien d'adaptations cinématographiques. Je me souviens avoir vu celle de Raymond Bernard (1934) avec Harry Bauer dans le rôle de Jean Valjean, de celle de Jean-Paul Chanois (1958) avec Jean Gabin, de celle de Robert Hossein (1982) avec Lino Ventura et de l'horrible version de Claude Lelouch (1995) avec Jean-Paul Belmondo qui valait quand même un détour pour voir Darry Cowl en bouquiniste. - C'est qu'il y en eu d'autres : celle ou parut l'inévitable Depardieu (en l'an 2000) ou encore Russell Crowe en Javert (en 2012).

J'ai fait le tour, aussi, de "Notre-Dame de Paris" avec Lon Chaney, en 1923 et d'Anthony Quinn, en 1956 (avec Gina Lollobrigida dans le rôle d'Esméralda !), mais je ne me souviens plus des autres. C'est qu'on a tourné ce roman sous différens noms et j'ai fini par m'y perdre - "Quasimodo" avec Charles Laughton (1939), par exemple. et, si je me souviens bien, on aurait même tourné autour d'Esméralda une sorte de ballet créé par Roland Petit...

Comme dit Copernique dans sa chronique d'aujourd'hui, si vous lisez que pour le côté anecdotique des romans, allez au cinéma, vous sauverez du temps, mais vous manquerez ce superbe début des Misérables :

"En 1815, M. Charles-François-Bienvenu Myriel état évêque de Digne. C'était un vieillard d'environ soixante-quinze ans ; il occupait le siège de Digne depuis 1806. - Quoique ce détail ne touche en aucune manière au fond même de ce que nous avons à raconter... "

Paul

(1) James Bigglesworth , surnommé "Biggles", ex-pilote du Royal Flying Corps (première guerre mondiale), fut un aventurier fictif et le héros principal d'une centaine de livres d'aventure axés sur la jeunesse écrits par William Earl Johns ( (1893-1968 ). - Son nom n'était jamais mentionné lorsqu'il entrait en scène : on devait deviner que c'était lui à la façon dont il tapait sa cigarette (sic) sur son étui. - Épurées, ses aventures ont été publiées par les Presse de la Cité à partir de 1946. Pour de plus amples renseignements, consulter son vademecum à l'adresse qui suit :

http://racine.cccommunication.biz/v1/wents/users/62309/docs/Biggles-vademecum-pdf.pdf

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  Le courrier

     Pour nous écrire :

HPerec suivi de @udenap.org. - Indiquer le nom à qui le messsage est destiné dans le titre.

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      Réponses diverses :

M. Maurice Telemann Gascoigne - Carcassone, France

Vous posez là une question à laquelle il n'y a pas de réponse :

"O paradox ! Black is the badge of hell,
  The hue of dungeons and the scowl of night.
"
                   (William Sahkespeare - Love Labour's Lost - Act IV, Scene III)

... sont deux vers intraduisibles et cela, pour diverses raisons, la principale étant que cette réplique est obscure, même en anglais car, vraisemblablement mutilée.

François-Victor Hugo l'a traduite comme suit :

"O paradoxe ! Le noir est le chevron de l'enfer
  La couleur des donjons et la moue de la nuit.
"

... en utilisant l'émendation de Lewis Theobald ("scowl"), alors que le texte du Quatro et du Folio se lit "school". - La plupart des spécialistes s'entendent aujourd'hui pour dire que Shakespeare faisait là une référence à "The School of Night", le nom donné à un groupe de libres penseurs groupés autour de sir Walter Raleigh.

Love Labour's Lost était tout de même une comédie !

Ms Hartémisette Courtemanche - Charleston, Soth Carolina, USA

Le premier écrivain connu fut une femme, Enheduanna, dont le nom aurait signifié "noble ornement du dieu ciel". Elle était une de filles du roi Sargon d'Akkad et aurait vécu vers le XXIIIe siècle avant Jésus-Christ. Ses textes ont été retrouvés sur différentes tablettes en Mésopotamie, touts rédigés en langue sumérienne. - Elle fut à l'origine l'auteure d'hymnes religieux qui demeurèrent en usage pendant les siècles qui suivirent, ainsi qu'une série de poèmes connus sous le titre de Les Hymnes de temple, poèmes dédiés au dieu tutélaire des principales villes de l'empire de son père. - Et pourquoi dit-on qu'elle fut le premier écrivain connu ? Parce qu'elle fut la première à signer ses textes, sa signature étant la plupart du temps suivie d'une ligne dont la traduction est : "Mon roi a été créé ce qui n'avait jamais été créé auparavant."

M. Hildegarde Karl LaFong - Petit-Lac-Long, près Sainte-Agathe, Québec

Les pythagoriciens furent parmi les premiers à comprendre que la racine carrée de 2 est un nombre irrationel.

(Il provient de la longueur de l'hypothénuse d'un triangle à angle droit dont les deux côtés formant cet angle mesurent un unité et qui serait donc la racine carrée de 2.)

La légende veut que Pythagore aurait jugé que cette notion était trop complexe et contraire à son enseignement. Celui qui l'aurait avancée aurait, conséquemment, été jeté dans la mère Égée.

Un problème équivalent est de trouver la dimension d'un carré dont la superficie serait le double d'un autre.

(Au fait, on sait que les Pythagoriciens ont existé, tout comme les Socratiens, mais on ne sait pas si vraiment Pythagore ou Socrate ont bel et bien vécu.)

Mme Jennifer Westclock - Tour de Ravenal, près Ivybridge, Kent, UK.

John Buchan, 1er baron Tweedsmuir d'Elsfield, né en 1875 à Perth (Écosse), quinzième gouverneur général du Canada, est mort à Montréal en 1940. Il fut l'auteur de plusieurs romans d'espionnage dont cinq eurent comme personnage principal Richard Hanney plus ou moins basé sur Edmund Ironside qui fut un espion britannique au cours de la guerre des Boers. Un de ces romans fut porté à l'écran par Alfred Hitchcock en 1935 : "The Thirty-Nine Steps" (avec Robert Donat dans le rôle de Hanney).

John Buchan

M. Fennimore Dupont - Medicine Hat, Alberta, Canada

Le scythe Anacharsis, l'un des septs sages grecs.

Miss Maria Immaculata Harnencourt - Orto Vero, Italie

Flaubert se servait régulièrement du se au lieu du nous. Exemple : "Il serait maintenant impossible à aucun de nous de se rappeler de nous." (Madame Bovary)

M. Ottokar Smallbone - Chambly, Québec

Le prétérit modal (anglais) peut facilement être comparé au subjonctif français. On y utilise le passé d'un verbe pour indiquer une action qui se déroulera dans le futur. Exemple : "It's time we went."

Mme Shirpa Jacksonville - Brazzaville, République du Congo

Le serment de Moses Maimonides qu'il ne faut pas confondre avec le serment d'Hypocrate (quoique les deux sont généralement admis comme étant équivalents.)

M. Napoléon Spirelli - Davenport, Iowa, USA

Simplement ? - Ceci :

M. Nicholas Erhart Hans Karl Maria von Wildliebe-Rauffenburg - Rennbahnweg, Autriche

Il n'y a pas de McDonald's à Montpellier (état du Vermont). C'est d'ailleurs la seule capitale des états américains où McDonald's n'a pas d'établissement.

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Montpellier, Vermont

 
  Dédicace

Cette édition du Castor est dédiée à :


Dmitri Dmitriyevich Shostakovich

(1906-1975)

(Photo en provenance du site www.shostakovich.hilwin.nl)

 
  Le mot de la fin

"I do not fear  death. - I had been dead for billions and billions of years
before I was born, and had not suffered the slightest inconvenience from it "

(Mark Twain)

"La mort ne me fait pas peur. J'ai été mort pendant des milliards d'années,
avant de naître ; et je ne me souviens pas du moindre inconvénient.
"

 

 
  Autres sites à consulter

Webmestre : France L'Heureux

Webmestre : Éric Lortie

Webmestres : Paul Dubé et Jacques Marchioro

 
  Notes et autres avis


Fondé en 1900 par le Grand Marshall, le CASTOR DE NAPIERVILLE fut, à l'origine, un hebdomadaire et vespéral organe créé pour la défense des intérêts de l'Université de Napierville et de son quartier. - Il est, depuis le 30 septembre 2002, publié sous le présent électronique format afin de tenir la fine et intelligente masse de ses internautes lecteurs au courant des dernières nouvelles concernant cette communauté d'esprit et de fait qu'est devenu au fil des années le site de l'UdeNap, le seul, unique et officiel site de l'Université de Napierville.

De cet hebdomadaire publié sur les électroniques presses de la Vatfair-Fair Broadcasting Corporation grâce à une subvention du Ministère des Arts et de la Culture du Caraguay, il est tiré, le premier lundi de chaque mois, sept exemplaires numérotés de I à VII, sur papier alfa cellunaf et sur offset ivoire des papeteries de la Gazette de Saint-Romuald-d'Etchemin et trois exemplaires, numéroté de 1 à 3, sur offset de luxe des papeteries Bontemps constituant l'édition originale, plus trois exemplaires de luxe (quadrichromes) réservés au Professeur Marshall, à Madame France DesRoches et à Madame Jean-Claude Briallis, les deux du Mensuel Varois Illustré.

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