Volume XXV, n° 11a

Le seul hebdomadaire de la région publiée une fois par mois Le lundi 13 juillet 2015

Fondé en 1900 par le Grand Marshall, le CASTOR DE NAPIERVILLE fut, à l'origine, un hebdomadaire et vespéral organe créé pour la défense des intérêts de l'Université de Napierville et de son quartier. - Il est , depuis le 30 septembre 2002, publié sous le présent électronique format afin de tenir la fine et intelligente masse de ses internautes lecteurs au courant des dernières nouvelles concernant cette communauté d'esprit et de fait qu'est devenu au fil des années le site de l'UdeNap, le seul, unique et officiel site de l'Université de Napierville.

De cet hebdomadaire publié sur les électroniques presses de la Vatfair-Fair Broadcasting Corporation grâce à une subvention du Ministère des Arts et de la Culture du Caraguay, il est tiré, le premier lundi de chaque mois, sept exemplaires numérotés de I à VII, sur papier alfa cellunaf et sur offset ivoire des papeteries de la Gazette de Saint-Romuald-d'Etchemin et trois exemplaires, numéroté de 1 à 3, sur offset de luxe des papeteries Bontemps constituant l'édition originale, plus trois exemplaires de luxe (quadrichromes) réservés au Professeur Marshall, à Madame France DesRoches et à Madame Jean-Claude Briallis, les deux du Mensuel Varois Illustré.

Mini-édition

Nous rappelons à notre aimable clientèle que :

1 - L'édition régulière du Castor™ paraît le premier lundi de chaque mois.

2 - L'édition corrigée du Castor™, destinée au marché américain, paraît le jeudi suivant.

3 - De mini-éditions peuvent paraître le deuxième ou troisième lundi de chaque mois.

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Pour la dernière édition qui précède cette mini-édition, cliquez ICI.

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Incipit

    
Nous avons demandé à nos chroniqueurs de nous lister - sans commentaires imméditats, ni dans un ordre particulier - les débuts ou incipit des romans, pièces de théatre, essais, livres de science-fiction ou autres écrits qui les ont encouragés à lire le reste ou qu'ils trouvaient dignes de mention. C'était il y a environ un mois et leurs listes, ils devaient nous les soumettre lors de l'assemblée préparant la prochaine édition du Castor™, celle du trois août prochain. Cela eut lieu fin-juin et le tout fut remis à Madame Lessard qui, on le sait, s'occupe de la gestion de nos écrits. Le résultat fut surprenant.

Nous y avons trouvé, par exemple, trois fois, chez, forcément, trois chroniqueurs différents, le célèbre "Longtemps, je me suis couché de bonne heure" de Marcel Proust (À la recherche du Temps perdu), deux fois une référence à "The Dead" de James Joyce (1), deux - ou serait trois ? - citations de Charles Dickens, mais, aussi surprenant que cela puisse être, aucune mention du "Aujourd'hui, maman est morte" d'Albert Camus (L'étranger) qui demeure, depuis sa parution en 1942, un des moments de la littérature..  quoique Camus, Sartre et une foule d'auteurs de cette époque semblent avoir perdu leurs cotes depuis quelque temps.

Copernique nous a surpris, non pas avec ses Shakespeare, Melville et Wilde, mais avec deux auteurs peu cités de nos jours : Bram Stoker (Dracula) et Thomas Paine (Common Sense) ; Thomas Paine à propos duquel il dit nous préparer quelques mots pour la  section Book Review ou Lectures de notre prochaine édition.

Il fallait compter sur Heméninglide Péerec pour nous citer deux auteurs latins et sur Simon Popp pour les grands classiques, mais une citation du Comte de Lautréamont ?

La sensibilité de Madame Gauvin s'est manifestée de façon surprenante. Quant à Madame Malhasti et son unique entrée (qu'elle dit temporaire parce qu'elle change tout le temps d'idées), nous devons la remercier pour sa candeur.

Pour le reste, nous vous laisson le loisir de créer vos propres listes.

Post-commentaires :

Simon Popp

"Il me fallait citer Proust et, naturellement, la toute première phrase de son chef-d'oeuvre, mais si on m'en avait donné le choix, je crois que j'aurais plutôt cité le début de son Amour de Swann qui, on le sait, est un roman à l'intérieur d'À la recherche ou, si vous préfére, un récit qui se passe plusieurs années auparavant et qui est souvent imprimé et vendu séparément. Vous devez vous en souvenir :

"Pour faire partie du 'petit noyau', du 'petit groupe', du 'petit clan' des Verdurin, une condition était suffisante mais elle était nécessaire : il fallait adhérer tacitement à un Credo dont un des articles était que le jeune pianiste, protégé par Mme Verdurin cette année-là et dont elle disait : 'Ça ne devrait pas être permis de savoir jouer Wagner comme ça !', “enfonçait” à la fois Planté et Rubinstein et que le docteur Cottard avait plus de diagnostic que Potain."

"J'ai cité le début du 'Voyage au bout de la nuit' de Céline. - J'aurais pu tout aussi bien faire la même chose avec son 'Mort à Crédit' ('Nous voici encore seul. Tout cela est si lent, si lourd, si tristre... Bientôt je serai vieux. Et ce sera enfin fini.') ou avec le début 'D'un château à l'autre' ("Pour parler franc, là, entre nous, je finis encore plus mal que j'ai commencé...')

Copernique Marshall

"Il existe, malheureusement, pour ces listes d'incipit, des livres qui n'en ont pas et qui, de loin, dépassent en qualité, plusieurs dont on cite la première phrase ou le premier paragraphe. 'Finnegans' Wake' de James Joyce est un de ceux-là : sa phrase du début est, en fait, la fin de la dernière. Ce livre n'a pas de début. - Un autre, dans le même genre, est 'La vie mode d'emploi' de Georges Pérec qui peut se lire, chapitres par chapitres, dans n'importe quel ordre."

"De Shakespeare, je m'en suis tenu à deux citations, mais il aurait fallu au moins dix tant la force des premières paroles prononcées dans ces pièces assomment leurs spectateurs. Henry VI, oui, mais c'était pour amener nos lecteurs à ma citation favorite qui se trouve au dixième vers de la première scène au premier acte :

"We mourn in black: why mourn we not in blood ?"

Que je n'ai jamais lue traduite adéquatement :

"C’est en noir que nous portons le deuil : que ne le  portons-nous en sang !"

(Traduction de François-Victor Hugo, circa 1860.)

Herméninglide Pérec

"Que citer ? Les débuts des livres que l'on aime ou ceux qui ont eu de impacts plus importants dans la littérature ? À Virgile et à Pline le Jeune, je préfère bien d'autres choses dont Châteaubriand. Autant le dire tout de suite."

"Autre chose : parmi les auteurs français, il m'a fallu réaliser en préparant ma liste que je ne pouvais citer ni Racine, ni Molière, ni Corneille dont, si je ne me trompe pas, ont constuit leurs pièces non pas pour étonner leurs publics. mais pour les instruire ou les émouvoir graduellement ; leur donner à rire dans le cas de Molière. D'où, peut-être, cette absence d'acclamation au tout début de leurs écrits. Songeons, par exemple, que Tartuffe n'apparaît qu'au troisième acte d'une oeuvre dont il est le personnage principal... - J'aimerais qu'on me contredise là-dessus."

George Gauvin

"Surtout n'oubliez pas de mentionner que j'ai lu les trois livres en langue anglaise que je cite en traduction ! (Et que c'est à l'inverse que j'ai retrouvé mes citations en langue d'origine.) "

Jeff Bollinger

"Mes auteurs favoris étant des hommes de science et mes lectures penchant plus vers l'astronomie, les dernières découvertes scientifiques ou les sciences pures (sans compter les livres sur l'ébénistrerie), trouver des incipit dans leurs essais s'est avéré impossible. - Je me suis tourné vers des choses plus terre-à-terre. - D'où mon absence de grands, grands titres."

Sur ce :

Bonne lecture !

(1) The Dead que tous la majorité des importants critiques littéraires insistent pour dire qu'il s'agit là de la plus belle nouvelle de tout la littératyre.

 


 

Note : les chroniques précédentes de nos correspondants peuvent être consultées en cliquant sur ce lien.

Marcel Proust : "À la recherche du Temps perdu" :

"Longtemps je me suis couché de bonne heure..."

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André Gide : "Si le grain ne meurt" :

"Je naquis le 22 novembre 1869."

***

Victor Hugo - "Les misérables".

"En 1815, M. Charles-François-Bienvenu Myriel était évêque de Digne. C’était un vieillard d’environ soixante-quinze ans ; il occupait le siège de Digne depuis 1806. - Quoique ce détail ne touche en aucune manière au fond même de ce que nous avons à raconter, il n’est peut-être pas inutile, ne fût-ce que pour être exact en tout, d’indiquer ici les bruits et les propos qui avaient couru sur son compte au moment où il était arrivé dans le diocèse."

***

Louis-Ferdinand Céline - "Voyage au bout de la nuit" :

"Ça a débuté comme ça. Moi, j'avais jamais rien dit. rien. C'est Arthur Ganate qui..."

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Julien Green - "Journal" (Les années faciles) :

"9 avril [1926] - Cette journée qui me paraît sans intéret maintenant me paraîtra tout autre, dans un an ou deux quand je relirai cette page."

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Le comte de Lautréamont (Isidore Ducasse) - "Les chants de Maldoror" :

"Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu'il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison; car, à moins qu'il n'apporte dans sa lecture une logique rigoureuse et une tension d'esprit égale au moins à sa défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont son âme, comme l'eau le sucre. Il n'est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre; quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger. Par conséquent, âme timide, avant de pénétrer plus loin dans de pareilles landes inexplorées, dirige tes talons en arrière et non en avant."

Simon

 


Virgile - "L'Énéide" :

"Ille ego, qui quondam gracili modulatus avena
armen, et, egressus silis, vicina coëgi
Ut quamvis avido parerent arva colono
Gratum opus agricolis : at nunc horrentia Martis...
"

(Moi, qui jadis, assis sous l'ombrage des hêtres,
Essayai quelques airs sur mes pipeaux champêtres
Qui depuis, pour les champs désertant els fôrets
Et soumettant la terre aux enfants de Céres
La forçai de répondre à leur avide attente
Désormais, entonnant la trompette éclatante
Je chante les combats de ce guerrier pieux...
)

***

Pline le Jeune - "Lettres" :

"Frequenter hortatus es ut epistulas, si quas paulo curatius scripsissen, colligeerem publicaremque. Collegei non suruato temporis ordinae (neque enim historiam componebam), sed ut quaeque in manus uenerat. - Superest ut nec te consilii nec me paeniteat obsequii."

(Souvent tu m'as engagé à réunir les lettres que j'aurais écrites avec un peu plus de soin et à les publier. Je les ai réunies sans respecter la chronologie (car ce n'est pas une oeuvre historique que je voulais composer) mais dans l'ordre où elles me sont tombées sous la main. - Il reste à souhaiter que n'ayons pas à regretter, toi de m'avoir donné ce conseil, et moi de l'avoir soumis.)

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Châteaubriand - "Mémoires d'outre-tombe" :

"Il y a quatre ans qu'à mon retour de la Terre Sainte, j'achetai près du hameau d'Aulnay, dans le voisinage de Sceaux et de Châtenay, une maison de jardinier, cachée parmi les collines couvertes de bois. Le terrain inégal et sablonneux dépendant de cette maison n'était qu'un verger sauvage au bout duquel se trouvait une ravine et un taillis de châtaigniers. Cet étroit espace me parut propre à renfermer mes longues espérances; spatio brevi spem longam reseces. Les arbres que j'y ai plantés prospèrent, ils sont encore si petits que je leur donne de l'ombre quand je me place entre eux et le soleil. Un jour, en me rendant cette ombre, ils protégeront mes vieux ans comme j'ai protégé leur jeunesse. Je les ai choisis autant que je l'ai pu des divers climats où j'ai erré, ils rappellent mes voyages et nourrissent au fond de mon cœur d'autres illusions."

  Herméninglide Pérec

 


Shakespeare - "Richard the Third" :

"Now is the winter of our discontent
Made glorious summer by this son of York ;
And all the clouds that low'r'd upon our house
In the deep bosom of the ocean buried...
"

("Donc, voici l’hiver de notre déplaisir
Changé en glorieux été par ce soleil d’York ;
Voici tous les nuages qui pesaient sur notre maison
Ensevelis dans le sein profond de l’Océan !
"

***

Shakespeare - "Henri VI, Part I " :

"Hung be the heavens with black, yield day to night!
Comets, importing change of times and states, 
Brandish your crystal tresses in the sky, 
And with them scourge the bad revolting stars 
That have consented unto Henry's death! 
King Henry the Fifth, too famous to live long!
England ne'er lost a king of so much worth.
"

("Que les cieux soient tendus de noir ! Que le jour fasse place à la nuit !
Comètes, qui amenez le changement des temps et des empires,
Secouez dans le firmament vos tresses cristallines,
Et fouettez-en les mauvaises étoiles rebelles
Qui se sont liguées pour la mort de Henry !
Henry cinq, roi trop illustre pour vivre longtemps !
L’Angleterre n’a jamais eu un si grand roi !
"

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Herman Melville - "Moby Dick"

"Call me Ishmael."

("Appelez-moi Ishmael.") (1)

***

 

Charles Dickens - "Great Expectations"

"My father's family name being Pirrip, and my Christian name Philip, my infant tongue could make of both names nothing longer or more explicit than Pip. So, I called myself Pip, and came to be called Pip."

("Le nom de famille de mon père étant Pirrip, et mon nom de baptême Philip, ma langue enfantine ne put jamais former de ces deux mots rien de plus long et de plus explicite que Pip. C’est ainsi que je m’appelai moi-même Pip, et que tout le monde m’appela Pip.")

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Charles Dickens - "A Tale of Two Cities" :

"It was the best of times, it was the worst of times, it was the age of wisdom, it was the age of foolishness, it was the epoch of belief, it was the epoch of incredulity, it was the season of Light, it was the season of Darkness, it was the spring of hope, it was the winter of despair, we had everything before us, we had nothing before us, we were all going direct to Heaven, we were all going direct the other way – in short, the period was so far like the present period, that some of its noisiest authorities insisted on its being received, for good or for evil, in the superlative degree of comparison only."

("C'était le meilleur et le pire des temps, le siècle de la sagesse et de la folie, l'ère de la foi et de l'incrédulité, la saison de la lumière et des ténèbres, le printemps de l'espérance et l'hiver du désespoir ; devant lui, le monde avait tout ou rien, il allait tout droit au ciel et tout droit en enfer — bref, cette époque ressemblait tellement à la nôtre que les censeurs les plus bruyants n'en parlaient en bien ou en mal qu'au superlatif.")

***

Isaac Azimov - "Foundation"

"His name was Gaal Dornick and he was just a country boy who had never seen Trantor before.
That is, not in real life. He had seen it many times on the hyper-video, and occasionally
in tremendous three-dimensional newscasts covering an Imperial Coronation or the opening
of a Galactic Council. Even though he had lived all his life on the world of Synnax,
which circled a star at the edges of the Blue Drift, he was not cut off from civilization, you see.
At that time, no place in the Galaxy was.
"

("Son nom était Gaal Dornick. Il était tout simplement un garçon issu de la campagne ; qui n'avait jamais vu jusqu'alors Trantor, C'est-à-dire pas vrament vu. Il la connaissait quand même plusieurs fois en hyper-vidéo ou dans ce énormes bulletins de nouvelles en trois dimensions qui avaient pour propos un couronnement impérial ou l'ouverture d'un Conseil Galactique. Mais s'il avait vécu toute sa vie dans le monde du Synnax [qui tournait autour d'une étoile sur les bords de la Blue Drift], il n'avait pas été complètement coupé de la civilisation car, à cette époque, personne dans toute la galaxie ne l'était.")

***

Oscar Wilde - "The Importance of Being Earnest" :

"Did you hear what I was playing, Lane ?
  I didn't think it polite to listen, sir."

("Vous avez entendu ce que je jouais, Lane ?
  Je n'ai pas cru poli d'écouter, Monsieur.
")

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Bram Stoker - "Dracula" :

"3 May. Bistritz.—Left Munich at 8:35 P. M., on 1st May, arriving at Vienna early next morning; should have arrived at 6:46, but train was an hour late. Buda-Pesth seems a wonderful place, from the glimpse which I got of it from the train and the little I could walk through the streets. I feared to go very far from the station, as we had arrived late and would start as near the correct time as possible. The impression I had was that we were leaving the West and entering the East; the most western of splendid bridges over the Danube, which is here of noble width and depth, took us among the traditions of Turkish rule."

("Bistritz, 3 mai – Quitté Munich à huit heures du soir, le 1er mai ; arrivé à Vienne, de bonne heure, le lendemain matin. Nous aurions dû y être à six heures quarante-six, mais le train avait une heure de retard. À en juger d’après ce que j’en ai pu apercevoir du wagon et, d’après les quelques rues où je me suis promené, une fois débarqué, Budapest est une très belle ville. Mais je craignais de trop m’éloigner de la gare : malgré ce retard, nous devions repartir comme prévu. J’eus l’impression très nette de quitter l’Occident pour entrer dans le monde oriental. Après avoir franchi les magnifiques ponts du Danube, ces modèles d’architecture occidentale – le Danube ici est particulièrement large et profond –, on pénètre immédiatement dans une région où prévalent les coutumes turques.") (2)

***

Thomas Paine - "Common Sense" :

"Perhaps the sentiments contained in the following pages, are not YET sufficiently fashionable to procure them general favour; a long habit of not thinking a thing WRONG, gives it a superficial appearance of being RIGHT, and raises at first a formidable outcry in defense of custom. But the tumult soon subsides. Time makes more converts than reason."

("Les opinions que renferme cet écrit ne sont peut-être pas encore assez à la mode pour être généralement accueillies ; lorsqu’on est accoutumé depuis longtemps à ne pas regarder une chose en se disant qu'elle est fausse, elle acquiert une apparence superficielle de vérité, et de tous côtés s’élève un cri en faveur de l’habitude ; mais bientôt ce tumulte cesse. Le temps fait plus de prosélytes que la raison.")

Copernique

(1) Trop souvent traduit par : "Je m'appelle Ishmael.")

(2) Il existe plusieurs variantes dans les éditions successives du Dracula de Bram Stoker. Le début précité est celui de la version la plus courante.


Marcel Aymé - "Le passe-muraille" :

"Il y avait à Montmartre, au troisième étage du 75 bis de la rue d'Orchampt, un excellent homme nommé Dutilleul qui possédait le don singulier de passer à travers les murs sans en être
incommodé.
"

***

James Joyce - "The Dead" :

"Lily, the caretaker's daughter, was literally run off her feet. Hardly had she brought one gentleman into the little pantry behind the office on the ground floor and helped him off with his overcoat than the wheezy hall-door bell clanged again and she had to scamper along the bare hallway to let in another guest. It was well for her she had not to attend to the ladies also. But Miss Kate and Miss Julia had thought of that and had converted the bathroom upstairs into a ladies' dressing-room. Miss Kate and Miss Julia were there, gossiping and laughing and fussing, walking after each other to the head of the stairs, peering down over the banisters and calling down to Lily to ask her who had
come
."

("Lily, la fille de la concierge, ne tenait littéralement plus debout. Elle n'avait pas plus amené‚ un monsieur dans l'office, derrière le bureau du rez-de-chaussé où elle l'avait aidé à enlever son manteau, que la sonnette asthmatique de la porte d'entrée sonnait à nouveau et qu'il lui fallait détaler dans le corridor dénudé pour faire entrer un autre invité. Heureusement pour elle qu'elle n'avait pas à s'occuper aussi des dames. Miss Kate et Miss Julia y avaient pensé et transformé la salle de bains du haut en vestiaire pour les dames. Miss Kate et Miss Julia étaient là, à bavarder et rire et créer toutes sortes d' embarras, s'avançant l'une derrière l'autre jusqu'au sommet de l'escalier, jetant un regard scrutateur par-dessus la rampe et appelant Lily pour savoir qui était arrivé. ")

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Lewis Carrol - "Alice's Adventures in Wonderland" (1) :

"Alice was beginning to get very tired of sitting by her sister on the bank, and of having nothing to do: once or twice she had peeped into the book her sister was reading, but it had no pictures or conversations in it, `and what is the use of a book,'thought Alice `without pictures or conversation?'"

("Alice commençait à se sentir très lasse de rester assise à côté de sa soeur, sur le talus, et de n'avoir rien à faire : une fois ou deux, elle avait jeté un coup d'oeil sur le livre que lisait sa soeur ; mais il ne contenait ni images, ni dialogues : 'Et, pensait Alice, à quoi peut bien servir un livre où il n'y a ni images, ni dialogues ?'")

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Jules Verne 1 - "Vingt mille lieux sous les mers" :

"L’année 1866 fut marquée par un événement bizarre, un phénomène inexpliqué et inexplicable que personne n’a sans doute oublié. Sans parler des rumeurs qui agitaient les populations des ports et surexcitaient l’esprit public à l’intérieur des continents, les gens de mer furent particulièrement émus. Les négociants, armateurs, capitaines de navires, skippers et masters de l’Europe et de l’Amérique, officiers des marines militaires de tous pays, et, après eux, les gouvernements des divers États des deux continents, se préoccupèrent de ce fait au plus haut point. - En effet, depuis quelque temps, plusieurs navires s’étaient rencontrés sur mer avec « une chose énorme », un objet long, fusiforme, parfois phosphorescent, infiniment plus vaste et plus rapide qu’une baleine."

***

Jules Verne 2 - "Le tour du monde en 80 jours" :

"En l’année 1872, la maison portant le numéro 7 de Saville-row, Burlington Gardens – maison dans laquelle Sheridan mourut en 1814 –, était habitée par Phileas Fogg, esq., l’un des membres les plus singuliers et les plus remarqués du Reform-Club de Londres, bien qu’il semblât prendre à tâche de ne rien faire qui pût attirer l’attention. À l’un des plus grands orateurs qui honorent l’Angleterre, succédait donc ce Phileas Fogg, personnage énigmatique, dont on ne savait rien, sinon que c’était un fort galant homme et l’un des plus beaux gentlemen de la haute société anglaise. On disait qu’il ressemblait à Byron – par la tête, car il était irréprochable quant aux pieds –, mais un Byron à moustaches et à favoris, un Byron impassible, qui aurait vécu mille ans sans vieillir. -- Anglais, à coup sûr, Phileas Fogg n’était peut- être pas Londonner. On ne l’avait jamais vu ni à la Bourse, ni à la Banque, ni dans aucun des comptoirs de la Cité. Ni les bassins ni les docks de Londres n’avaient jamais reçu un navire ayant pour armateur Phileas Fogg. Ce gentleman ne figurait dans aucun comité d’administration. Son nom n’avait jamais retenti dans un collège d’avocats, ni au Temple, ni à Lincoln’s-inn, ni à Gray’s-inn. Jamais il ne plaida ni à la Cour du chancelier, ni au Banc de la Reine, ni à l’Échiquier ni en Cour ecclésiastique. Il n’était ni industriel, ni négociant, ni marchand, ni agriculteur. Il ne faisait partie ni de l’Institution royale de la Grande-Bretagne, ni de l’Institution de Londres, ni de l’Institution des Artisans, ni de l’Institution Russell, ni de l’Institution littéraire de l’Ouest, ni de l’Institution du Droit, ni de cette Institution des Arts et des Sciences réunis, qui est placée sous le patronage direct de Sa Gracieuse Majesté. Il n’appartenait enfin à aucune des nombreuses sociétés qui pullulent dans la capitale de l’Angleterre, depuis la Société de l’Armonica jusqu’à la Société entomologique, fondée principalement dans le but de détruire les insectes nuisibles. - Phileas Fogg était membre du Reform-Club, et voilà tout."

Jeff

(1) Pour mes enfants.

 

Daphne du Maurier - "Rebecca" :

"Last night I dreamt I went to Manderley again."

("La nuit dernière j'ai rêvé que j'étais retourné à Manderley.")

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Emily Brontë - "Les hauts de Hurle-Vent" (Wuthering Heights) :

"I have just returned from a visit to my landlord—the solitary neighbour that I shall be troubled with.  This is certainly a beautiful country!  In all England, I do not believe that I could have fixed on a situation so completely removed from the stir of society.  A perfect misanthropist’s heaven: and Mr. Heathcliff and I are such a suitable pair to divide the desolation between us.  A capital fellow!  He little imagined how my heart warmed towards him when I beheld his black eyes withdraw so suspiciously under their brows, as I rode up, and when his fingers sheltered themselves, with a jealous resolution, still further in his waistcoat, as I announced my name."

("Je viens de rentrer après une visite à mon propriétaire, l’unique voisin dont j’aie à m’inquiéter. En vérité, ce pays-ci est merveilleux ! Je ne crois pas que j’eusse pu trouver, dans toute l’Angleterre, un endroit plus complètement à l’écart de l’agitation mondaine. Un vrai paradis pour un misanthrope : et Mr Heathcliff et moi sommes si bien faits pour nous partager ce désert ! Quel homme admirable ! Il ne se doutait guère de la sympathie que j’ai ressentie pour lui quand j’ai vu ses yeux noirs s’enfoncer avec tant de suspicion dans leurs orbites, au moment où j’arrêtais mon cheval, et ses doigts plonger, avec une farouche résolution, encore plus profondément dans son gilet, comme je déclinais mon nom.")

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Charlotte Brontë - "Jane Eyre" :

"There was no possibility of taking a walk that day.  We had been wandering, indeed, in the leafless shrubbery an hour in the morning; but since dinner (Mrs. Reed, when there was no company, dined early) the cold winter wind had brought with it clouds so sombre, and a rain so penetrating, that further out-door exercise was now out of the question."

("Il était impossible de se promener ce jour-là. Le matin, nous avions erré pendant une heure dans le bosquet dépouillé de feuilles ; mais depuis le dîner (quand il n'y avait personne, Mme Reed dînait de bonne heure), le vent glacé d'hiver avait amené avec lui des nuages si sombres et une pluie si pénétrante qu'on ne pouvait songer à aucune excursion.")

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Benoîte Groult - "Les vaisseaux du coeur"

"D'abord, comment vais-je l'appeler pour que sa femme ne sache jamais ?"

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Leon Tolstoi - "Anna Karenina" :

"Toutes les familles heureuses se ressemblent ; mais chaque famille malheureuse l'est à sa façon."

George

 

 
Marcel Godin -
Le chemin de la lune :

«Le chanoine Carl Von Youvanhoven était bel homme, grand, mince, blond aux yeux bleus. Il avait des mains gracieuses et il les soignait avec le cérémonial de celui qui est destiné à manipuler le calice, l'hostie et l'ostensoir. Hélas, deux doigts jaunis par la nicotine en souillaient la beauté. Élégant, il se vêtait avec recherche, ce qui n'était pas fréquent chez les prêtres séculiers, encore moins chez les chanoines. Il portait toujours des chaussettes blanches - pour l'hygiène, prétendait-il -, des souliers de pape, je veux dire en cuir verni, ornés d'une boucle d'argent; de plus, comble de recherche, il ne portait que des soutanes, des chemises, des pantalons taillés sur mesure dans des tissus luxueux, jamais noirs comme l'imposait l'usage, mais gris anthracite. Il avait autant de chic que certains pasteurs protestants, dont les épouses surveillaient l'apparence avec plus de fierté que ne l'auraient fait les religieuses peu sensibles aux hommes. D'un laïc, on aurait dit qu'il était dandy, de lui on disait qu'il était un prince de l'Église. Tout lui était pardonné: son faste, son ostentation et ses collections d'objets d'art, même sa voiture de marque Packard 1937, un cabriolet à toit noir fabriqué selon ses spécifications. Vert agave le corps et les ailes, noirs les marchepieds. La calandre effrontée, scintillante de chrome, de même que les étoiles étincelantes des enjoliveurs de roues; d'ailleurs deux autres roues s'inséraient dans le galbe des ailes avant. Oeuvre de collection, cela sautait aux yeux. Quand on ouvrait une portière, une odeur de fauve s'échappait du cuir noir des sièges. Une merveilleuse automobile à provoquer l'envie de qui la regardait. Qui aurait osé l'envier? Elle était au chanoine ce que la plus belle femme de la ville était à monsieur De Guise.»

(C) (vlb éditeur - 1992)

Miniature d'une Packard 1937
(Collection : succession Marcel Godin)

Fawzi



Charles Dickes - "The Pickwick Papers" :

"The first ray of light which illumines the gloom, and converts into a dazzling brilliancy that obscurity in which the earlier history of the public career of the immortal Pickwick would appear to be involved, is derived from the perusal of the following entry in the Transactions of the Pickwick Club, which the editor of these papers feels the highest pleasure in laying before his readers, as a proof of the careful attention, indefatigable assiduity, and nice discrimination, with which his search among the multifarious documents confided to him has been conducted."

("Le premier jet de lumière qui convertit en une clarté brillante les ténèbres dont paraissait enveloppée l’apparition de l’immortel Pickwick sur l’horizon du monde savant, la première mention officielle de cet homme prodigieux, se trouve dans les statuts insérés parmi les procès-verbaux du Pickwick-Club. L’éditeur du présent ouvrage est heureux de pouvoir les mettre sous les yeux de ses lecteurs, comme une preuve de l’attention scrupuleuse, de l’infatigable assiduité, de la sagacité investigatrice, avec lesquelles il a conduit ses recherches, au sein des nombreux documents confiés à ses soins.")

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Jerome K. Jerome - "Three Men in a Boat" :

"There were four of us — George, and William Samuel Harris, and myself, and Montmorency. We were sitting in my room, smoking, and talking about how bad we were — bad from a medical point of view I mean, of course. - We were all feeling seedy, and we were getting quite nervous about it. Harris said he felt such extraordinary fits of giddiness come over him at times, that he hardly knew what he was doing; and then George said that he had fits of giddiness too, and hardly knew what he was doing. With me, it was my liver that was out of order. I knew it was my liver that was out of order, because I had just been reading a patent liver-pill circular, in which were detailed the various symptoms by which a man could tell when his liver was out of order. I had them all."

("Nous étions quatre : George, William, Samuel, Harris, moi-même, et Montmorency. Réunis dans ma chambre, nous fumions et causions de nos misères – nos misères physiologiques, bien entendu. Il est vrai que nous nous sentions plutôt patraques et cela ne manquait pas de nous inquiéter. Harris déclara qu’il éprouvait parfois de tels accès de vertige qu’il ne savait presque plus ce qu’il faisait, et George nous assura qu’il en allait de même pour lui, à cette différence près que lui ne savait plus du tout ce qu’il faisait. - Chez moi, c’était le foie qui n’allait pas. J’en étais convaincu parce que j’avais lu une réclame pour un produit pharmaceutique contre le mal de foie. On y détaillait tous les symptômes susceptibles de vous apprendre que vous avez le foie détraqué. Je les présentais tous.")

***

Pierre Levert - "L'ailé"

"'Tiens, dit-il. Il pleut". Ce furent là les dernères paroles qu'il prononça. Il décrocha son chapeau, le raccrocha et le décrocha à nouveau, puis sortit. Nous ne le revîmes jamais."

paul



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