Volume XXV, n° 5 Le seul hebdomadaire de la région publiée une fois par mois Le lundi 5 janvier 2015

Fondé en 1900 par le Grand Marshall, le CASTOR DE NAPIERVILLE fut, à l'origine, un hebdomadaire et vespéral organe créé pour la défense des intérêts de l'Université de Napierville et de son quartier. - Il est , depuis le 30 septembre 2002, publié sous le présent électronique format afin de tenir la fine et intelligente masse de ses internautes lecteurs au courant des dernières nouvelles concernant cette communauté d'esprit et de fait qu'est devenu au fil des années le site de l'UdeNap, le seul, unique et officiel site de l'Université de Napierville.

De cet hebdomadaire publié sur les électroniques presses de la Vatfair-Fair Broadcasting Corporation grâce à une subvention du Ministère des Arts et de la Culture du Caraguay, il est tiré, le premier lundi de chaque mois, sept exemplaires numérotés de I à VII, sur papier alfa cellunaf et sur offset ivoire des papeteries de la Gazette de Saint-Romuald-d'Etchemin et trois exemplaires, numéroté de 1 à 3, sur offset de luxe des papeteries Bontemps constituant l'édition originale, plus trois exemplaires de luxe (quadrichromes) réservés au Professeur Marshall, à Madame France DesRoches et à Madame Jean-Claude Briallis, les deux du Mensuel Varois Illustré.

Deuxième édition

Nous rappelons à notre aimable clientèle que l'édition corrigée du Castor™,
destinée au marché américain, paraît le premier jeudi de chaque mois.

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2015 !

         
Le Professeur Euclide Marshall tient à remercier tous ceux et celles qui lui ont fait parvenir leurs souhaits de bon anniversaire pour ses quatre-vingts ans, anniversaire qu'il a célébré en famille le 25 décembre dernier.

Idem pour le doyen de nos chroniqueurs, M. Herméningilde Pérec.

Longue vie à tous les deux.

La direction du Castor™ tient, quant à elle, à souhaiter joie, bonheur, santé et bien-être social à tous les membres de la masse si fine et si intelligente de ses lecteurs.

Et, avec ce premier numéro de l'an 2015, nous tenons tous à vous dire, encore une fois :

Bonne lecture !


 
Note : les chroniques précédentes de nos correspondants peuvent être consultées en cliquant sur ce lien.
 



   Le courrier

J'en suis encore, au moment où j'écris ces lignes, au début de décembre de 2014 (vous devez vous en souvenir : c'était hier).

J'ai entendu, entre les branches ("through the grape vines") qu'on allait "m'honorer" au cours d'un dîner pour le demi-siècle passé dans le service dont j'ai toujours reproché - et dénoncé - l'hypocrisie, mais qui m'a permis de gagner ma vie et de faire vivre ma très petite famille.

Je crois que personne ne viendra de Toronto parce que s'il y a des gens pour lesquels je n'ai eu aucun respect, c'est bien ces grands manitous de Toronto - qui se rapportaient, et se rapportent toujours à New York ou à Londres et qui n'étaient et qui ne sont toujours que des valets ou des "court jesters" (fous du roy) car ces cons-là, sachant qu'ils ne valaient rien, se soulaient, quand on payait leurs factures, pour oublier qui ils étaient.

J'en ai connus, dans le lot, des plus que saints-que-saints (des "hollier than thou") qui ne gagnaient pas plus que la majorité de la population moyenne, mais qui sont morts - ou vivent encore - dans des maisons vallant plusieurs centaines de milliers de dollars, conduisant des voitures de luxe, ayant des Armani sur le dos et des enfants aux études dans des universités qui coûtent les yeux de la tête. -"Argent de famille" qu'on nous dit..

Mais ceux-la, je les oublie : nous en avons également dans notre province et, je crois qu'il y en a dans tous les gouvernements, dans tous des secteurs de toutes les bourgades de toutes les France, Angleterre, Irak, Iran ou Afraghanistan. - Ça fait partie de la vie.

Ceux que je ne peux oublier, ce sont ceux qui m'ont snobé ; qui ont voulu m'expliquer ce qu'était la culture, la musique, la peinture ; qui m'ont même dit avoir visité le Louvre, le British Museum ou Szépmüvészeti Múzeum de Budapest et que je ne saurais jamais rien de ma vie parce que je ne connais pas leur langue (alors que je la connais mieux qu'eux), leur civilation (idem) ou leur appartenance à une génération datant de trois siècles (alors que j'appartenais à une de mille).

Pauvres types, n'ont jamais entendu Ti-Jean Carignan, chauffeur de taxi, jouer le "Reel du pendu"...

Anyway :

Si j'étais multi-millionnaire

Si, en effet, j'étais multi-millionnaire :

  1. Je déménagerais, demain matin, dans un hôtel dispendieux, genre Ritz Carlton, St James, le Germain ou même le Reine Elizabeth.

  2. Je ne conduirais plus jamais de voiture et ne prendrais plus de taxis. J'irais partout en limousine avec chauffeur.

  3. J'aurais une ou deux places attitrées dans un ou deux bars - ce qu'il y a de plus chic - où je pourrais, en toute tranquilité, boire de la vodka bon marché (car les vodkas dispendieuses ont toutes un arrière-goût insoutenable) tout en lisant mes livres sur une tablette non-Apple.

  4. Mes vêtements se limiteraient à dix exemplaires du même complet, vingt chemises blanches avec les accessoires appropiées... mais j'aurais quelques paires de vieux jeans et plusieurs t-shirts que je porterais toute la journée dans mon appartement.

  5. Mon ordinateur serait muni de quatre écrans et serait le plus rapide du monde avec quelques (une dizaine au strict minimum) teraoctets de disques fixes.

  6. Et tutti quanti.

Mais j'aurai également, à quelques minutes d'avis un commissaire à l'assermentation capable de fournir à tous ceux qui m'embêtent avec leurs arguments un affidavit confirmant qu'ils ont raison et que je leur remettrais sur-le-champ.

Et surtout :

En tout temps, un carnet de chèques pour remettre à une foule de gens que je ne veux plus voir des dizaines de milliers de dollars exigeant de leur part de se tenir à vingt mêtres de ma personne jusqu'à la fin de leur vie.

Faut dire que, dans certains cas, plusieurs personnes seraient surprises de recevoir un tel chèque.

Détestable Simon ? - Pas tout à fait. Parce que, voyez-vous, je ne suis pas multi-millionnaire.

P.-S. :

Bon assez pour aujourd'hui.

Demain, avec mon nouvel ordinateur et ses trois écrans, et ses téraoctets, je commence, enfin, ma vraie vie.

Mais au fait : je l'ai commencée il y a longtemps.

Beaucoup ne s'en sont pas encore aperçu.

La vie, comme disait Anaxagore (un pré-Socratique), est un voyage et j'ai entrepris sa dernière étape depuis plusieurs mois déjà.

Et pourquoi je ne vous souhaite pas une Bonne année ? - Parce que, à la retraite, tous les jours sont des samedis.

Simon

 



Le Professeur chez le libraire

Parmi les sympathiques lecteurs qui, au fil des ans, m'ont fait l'honneur de lire mes très documentées chroniques, il y en a qui ont pris le temps de m'écrire pour de me signaler, ça et là, de petites erreurs de frappe, des lapsus
linguae ou tout simplement pour m'informer que depuis le XVIIIe siècle certains mots ou certaines expressions n'étaient plus utilisés.

Sur mon bureau gît une pile de lettres haute comme ça et qui me rappellent qu'on ne peut pas, de la française langue, tout savoir.

Mes écrits, je l'ai déjà dit, sont rédigés pour l'édification de la jeunesse et il me peine sincèrement de donner un si mauvais exemple de l'utilisation de la langue d'une partie de mes ancêtres, les autres ayant parlé un idiome depuis fort longtemps oublié ou ayant tout simplement disparu à cause d'autres chroniqueurs encore plus malhabiles.

Souvent je me dis qu'il serait plus juste que le Professeur narre lui-même ses exploits, ses aventures, décrive lui-même ses inventions, nous informe de ses pensées, nous fasse part de sa sagesse. Il est, hélas, trop occupé.

Ou trop connu. Tenez :

Peu avant d'aller ensemble, déjeuner, peu avant Noël, au Bar *** sur la rue St-Denis, en face du Théâtre qui porte le même nom, lieu que nous avons fréquenté longtemps, nous sommes entrés chez un libraire du quartier pour acheter la dernière édition du Thurso Weekly Fortnightly (que je recommande fortement rapport à certains articles brillants que j'y ai écris.)

    - Ah bien, bonjour cher maître, lui dit le vendeur.

    - Bonjour, répétâmes-nous, en coeur.

    - J'ai un amour de petit livre sur les coléoptères qui va vous charmer.

    - Ah oui ? dit le Professeur.

    - Parfaitement. Une sublime chose que votre «grandiosité» appréciera, un livre indispensable pour votre bibliothèque, une oeuvre magistrale [etc., etc.]

    Et le vendeur de continuer en qualifiant notre ami de «savant», de «génial inventeur», de «philosophe grandiloquent» et de tous ces titres qu'il mérite fort justement.

    - Tenez, pour vous, poursuivit-il, je ne vous le vends pas au prix suggéré de 60 $. Pas même 40 $. Pas même 20 $. Je vous en fait cadeau pour 10 $. N'est-ce pas là une aubaine ?

    - En effet, dit le Professeur examinant la chose avec attention.

    - J'aime mieux que mes livres tombe dans les mains d'un connaisseur comme vous que celles d'un amateur non renseigné. Que voulez-vous, je suis comme ça.

    - Alors parfait, j'achète, dit notre ami. Vous me faites livrer la chose à l'Université.

    - D'accord. C'est fait.

    Nous nous apprêtions à sortir des lieux lorsque le vendeur revint vers nous.

    - Et ce sera à quel nom ?

    Vous voyez que je ne suis pas le seul à oublier des choses.

  Bonne année !

  Herméninglide Pérec

 


January the second

I never paid much attention to New Year's Eve nor January the first, but January the second, for me, has always been and still an important day of the year. It's the day I empty my desk, sort its content, then line up all the documents I have in my filing cabinet and, if I have the time, do the same thing with the bookcase I have in my office. At work. Then I go home and do the same thing there.

Usually takes about seven, eight hours, but what fun it is and how relaxing it feels on the next day when I show up for work. - This year was exceptional because the third of January was a Saturday and so, I took my sweet time and even added my computer to the list of "things to clean up". That took me an extra four hours. At twelve noon, January the third, I was through and sat down for lunch with the kids and a big smile. I felt like I had done two weeks work in a day and a half. - Even reprogrammed my phone while I was at it.

I did say "fun" did I not ? Believe me : if you've never done it, try it next year. Not tomorrow, not next week : next year. The entire thing has to be done on January the second or at the very beginning of a New Year to coincide with the opening of a new agenda. Particularly if you're like me and still use the paper variety. What variety  ? The Featherweight variety, pocket size dairies, leather bound, from Smythson of Bond Street, London ; black, with an address section and a pencil down its spine. used to cost 1,5£, now in the 44£ range (talk about inflation ! - By the way, that's Pounds, not Dollars, and add shipping and other costs) but it's the only luxury item I buy... ahum... I've been buying for the past 23 years. Three years ago, they changed its name to "Panama" - God knows why. - Anyway, the last twenty-two are all lined up in the side bookcase I have besides my desk, at home. They're my "Tempus fugit" reminder. Occasionally, I pick one up and opened it at random. Amazing the souvenirs one can find in these agendas. Keep yours !

But the real fun comes two ways : one, by finding all sorts of notes, including paper clips, half-used writing pads and pencils, pens that no longer work, even an old tooth brush ; this time, I found an electric razor which I thought I had lost and a thirty two years old - honestly : 32 years old - computer magazine (1). The second fun comes by knowing that you're all set for the New Year with fresh office supplies and an up-to-date telephone agenda.

The only sad thing about it all is looking at stuff dating back several years ago and reading names of old friends one hasn't heard of in a long time and the occasional deceased contacts.

Anyway, have a Happy New Year.

Copernique

(1) Interface Age, November 1981 - Apple II : 64K memory, 2 floppy disk reader-writer (100k each), standard monitor (40 characters, 24 lines), NO upper/lower case, optional serial port, optional system clock : 2.500 $ - No kidding :

 
 

GND, GDN, DRM, MTP...

Laissez-moi vous demander si j'ai bien compris :

Si j'achète Le Petit Prince de Saint-Exupéry au prix de 13,95 $ et que je le mets dans la bibliothèque familiale, il pourra être lu, cette année, par Alysée, 14 ans, Thomas, 12 ans, Frédéric,10 ans et, éventuellement, par Matisse qui s'en va sur ses 8 ans. - Dans notre living-room, dans la salle à manger, dans leur chambre à coucher, dans le jardin... et puis pourquoi pas dans l'auto ou chez leurs ami(e)s. Sans compter qu'ils pourront toujours le prêter et éventuellement, quand ils seront plus vieux, le donner à leurs petits cousins ou petites cousines.

N'est-ce pas là le côté merveilleux des livres ? - On pourrait dire la même chose des disques, des cassettes, des VHS, des DVD et d'une foule d'autres objets semblables. Sans compter qu'on pouvait, jusqu'à tout récemment, ces livres, ces cassettes, ces VHS, ces DVD et ces autres objets, les échanger, les revendre, les transformer ou les adapter à ses besoins.

Mais voilà qu'on a changé la donne :

Ça a commencé avec les logiciels. Un pour chaque ordinateur. Si on osait installer sa copie sur un deuxième, un portable, par exemple, on enfregnait la sacro-sainte loi inventée par leurs producteurs qui se plaignaient de perdre des millions de dollars à cause des copies qu'on en faisait. - Oui, Bill Gates, vous faites pitié : avoir perdu tant d'argent.

D'un autre côté, je crois - c'est mon cas - on peut, aujourd'hui se débrouiller fort adéquatement en utilisant les logiciels "ouverts" à la Open Office, par exemple (fortement recommandé). De quoi compenser pour les différents prix que l'on demandait pour Word ou Excel selon qu'on était étudiant, un amateur ou un travailleur autonome.

Or le pire restait à venir. Il est apparu subtilement, sans préavis et, naturellement, je me suis fait prendre sauf que et je me suis juré qu'on ne m'y reprendrait plus.

Vous avez ce dont je parle :

Des livres protégés par ce qu'on appelle la gestion numérique des droits (GND), ou gestion des droits numériques (GDN), en anglais digital rights management (DRM), ou encore les mesures techniques de protection (MTP), qui ont pour objectif de contrôler l'utilisation qui est faite des œuvres numériques. Ces dispositifs peuvent s'appliquer à tous types de supports numériques physiques (disques, DVD, Blue-Ray, logiciels, etc.) ou de transmission (télédiffusion, services Internet, etc.) grâce à un système d'accès conditionnel.

Oh, je continue d'acheter des livres, des DVD, des CD, mais pour chacun j'ai trouvé des logiciels gratuits qui suppriment toutes ces mesures car il n'est pas question que j'achète trois copies d'un film que je tiens à visionner ou un livre que je tiens à lire sur mon ordinateur à la maison, sur mon portable quand je suis en voyage ou sur ma tablette, avant de m'endormir, le soir dans ma chambre à coucher.

À écouter ces messieurs, il aurait fallu que j'achète trois fois le dernier livre de Richard Dawkins (19.99 $) pour le lire sur mes trois appareils.

Est-ce que j'enfreins la loi ? Oui. Mais je paie chacun des livres que je lis, ou je les emprunte à la bibliothèque.

Et puis vous savez quoi ? Tous les grands classiques sont disponibles en format électronique gratuitement.

J'espère que les éditeurs et libraires sauront s'adapter en conséquence, surtout qu'ils sauront réduire leurs prix proportionellement n'ayant plus de transport, ni de frais d'entreposage à débourser. Quatre copies du Petit Prince à 3,50 $ ? Je suis acheteur. Mais pas à 9,99 $ (1).

En passant : j'ai pris l'habitude il y a plusieurs mois de digitaliser tous mes livres de référence. Idem pour tous les films. - Devinez de quoi est remplie ma tablette.

A+.

Jeff

(1) Y'a pire : "The Greatest Show on Earth" de Richard Dawkins, format cartonné : 15,87 $ - format Kindle : 16,99 $ (Chez Amazon) - Je l'ai rouvé à 10 $ chez mon libraire. - Allez comprendre quelque chose.

 

   Texte choisi

"...J’imaginais tout de suite qu’il s’agissait d’un enfant, à lui, dont il avait évité de me parler jusque-là. Je n’en demandais pas davantage, mais je l’entendais derrière mon dos qui essayait de me raconter quelque chose au sujet de cette photo, avec une drôle de voix que je ne lui connaissais pas encore. Il bafouillait. Je ne savais plus où me mettre moi. Il fallait bien que je l’aide à me faire sa confidence. Pour passer ce moment je ne savais plus comment m’y prendre. Ça serait une confidence tout à fait pénible à écouter, j’en étais sûr. Je n’y tenais vraiment pas.

«C’est rien ! l’entendis-je enfin. C’est la fille de mon frère... Ils sont morts tous les deux...
   
    — Ses parents ?...

    — Oui, ses parents...

    — Qui l’élève alors maintenant ? Ta mère ? que je demandai moi, comme ça, pour manifester de l’intérêt.

    — Ma mère, je l’ai plus non plus...

    — Qui alors ?

    — Eh bien moi !
 »

Il ricanait, cramoisi Alcide, comme s’il venait de faire quelque chose de pas convenable du tout. Il se reprit hâtif :

C’est-à-dire je vais t’expliquer... Je la fais élever à Bordeaux chez les Soeurs. Mais pas des Soeurs pour les pauvres, tu me comprends hein !... Chez des Soeurs " bien "... Puisque c’est moi qui m’en occupe, alors tu peux être tranquille. Je veux que rien lui manque ! Ginette qu’elle s’appelle... C’est une gentille petite fille... Comme sa mère d’ailleurs... Elle m’écrit, elle fait des progrès, seulement, tu sais, les pensions comme ça, c’est cher... Surtout que maintenant elle a dix ans... Je voudrais qu’elle apprenne le piano en même temps... Qu’est-ce que t’en dis toi du piano ?... C’est bien le piano, hein, pour les filles ?... Tu crois pas ?... Et anglais ? C’est utile l’anglais aussi ?... Tu sais l’anglais toi ?... »

Je me mis à le regarder de bien plus près Alcide, à mesure qu’il s’avouait la faute de ne pas être assez généreux, avec sa petite moustache cosmétique, ses sourcils d’excentrique, sa peau calcinée. Pudique Alcide ! Comme il avait dû en faire des économies sur sa solde étriquée... sur ses primes faméliques et sur son minuscule commerce clandestin... pendant des mois, des années, dans cet infernal Topo !... Je ne savais pas quoi lui répondre moi, je n’étais pas très compétent, mais il me dépassait tellement par le coeur que j’en devins tout rouge... À côté d’Alcide, rien qu’un mufle impuissant moi, épais, et vain j’étais... Y avait pas à chiquer. C’était net.

Je n’osais plus lui parler, je m’en sentais soudain énormément indigne de lui parler. Moi qui hier encore le négligeais et même le méprisais un peu, Alcide.

«Je n’ai pas eu de veine, poursuivait-il, sans se rendre compte qu’il m’embarrassait avec ses confidences. Imagine-toi qu’il y a deux ans, elle a eu la paralysie infantile... Figure-toi... Tu sais ce que c’est toi la paralysie infantile ? »

Il m’expliqua alors que la jambe gauche de l’enfant demeurait atrophiée et qu’elle suivait un traitement d’électricité à Bordeaux, chez un spécialiste.

« Est-ce que ça revient, tu crois ?... 
» qu’il s’inquiétait.

Je l’assurai que ça se rétablissait très bien, très complètement avec le temps et l’électricité. 1l parlait de sa mère qui était morte et de son infirmité à la petite avec beaucoup de précautions. Il avait peur, même de loin, de lui faire du mal.

«As-tu été la voir depuis sa maladie ?

    — Non.., j’étais ici.

   — Iras-tu bientôt ?

    — Je crois que je ne pourrai pas avant trois ans... Tu comprends ici, je fais un peu de commerce... Alors ça lui aide bien... Si je partais en congé à présent, au retour la place serait prise... surtout avec l’autre vache...
 »

Ainsi, Alcide demandait-il à redoubler son séjour, à faire six ans de suite à Topo, au lieu de trois, pour la petite nièce dont il ne possédait que quelques lettres et ce petit portrait. « Ce qui m’ennuie, reprit-il, quand nous nous couchâmes, c’est qu’elle n’a là-bas personne pour les vacances... C’est dur pour une petite enfant... »

Évidemment Alcide évoluait dans le sublime à son aise et pour ainsi dire familièrement,- il tutoyait les anges, ce garçon, et il n’avait l’air de rien. Il avait offert sans presque s’en douter à une petite fille vaguement parente des années de torture, l’annihilement de sa pauvre vie dans cette monotonie torride, sans conditions, sans marchandage, sans intérêt que celui de son bon coeur.

Il offrait à cette petite fille lointaine assez de tendresse pour refaire un monde entier et cela ne se voyait pas.

Il s’endormit d’un coup, à la lueur de la bougie. Je finis par me relever pour bien regarder ses traits à la lumière. Il dormait comme tout le monde. Il avait l’air bien ordinaire. Ça serait pourtant pas si bête s’il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants.

Louis-Ferdinand Céline : Voyage au bout de la nuit.

Fawzi

 

Madame Tarah

C'est à un chum, que j'ai eu, il y a longtemps, et à qui j'ai pensé la semaine dernière.

Appelait son ex : "Madame Tarah".

Et c'est pour mon grand chum, que j'adore en ce moment, que je ne veux pas être une "Madame Tarah".

Vous en connaissez. Ce sont celles qui répètent constamment : "Tarah [t'aurais] dû faire des réservations", "Tarah dû tourner à gauche", "Tarah dû faire le plein"...

Une des choses qui font grimper les hommes dans les rideaux.

Je vais vous en donner d'autres :

À l'homme qui s'est tapé Toronto, Chicago et New York dans la même semaine, on ne dit pas, le samedi matin, quelle que soit la température : "Fait beau aujourd'hui, qu'est-ce qu'on fait ?"

Autres choses qu'il ne faut jamais dire. Paraît que tous les hommes les ont entendues au moins une fois dans leur vie en couple :

"Regarde : il danse, lui, avec sa femme."

"On sait ben : c'est ma mère."

"T'es pas pour sortir habillé comme ça."

"Cette jupe-là me fait grossir, non ?"

"Non. C'était son dernier : nous allions partir."

"Je vais être prête dans cinq minutes."

"Tu commences à perdre tes cheveux."

"Tu ne m'écoute jamais quand je te parle."

Vous en connaissez d'autres, j'en suis sûre.

Et bonne année !

George

 

 

De Sherlock Holmes à George Bernard Shaw

Jeremy Brett ; le nom vous dit quelque chose ? - Son dernier projet était d'être le premier comédien à incarner Sherlock Holmes dans chacun des cinquante-six contes et quatre nouvelles d'Arthur Conan Doyle. Il y est presque parvenu en ayant été la vedette de diverses séries télévisées où il fut le célèbre détective dans cinquante-deux émissions mémorables dont les six dernières enregistrées quelques mois avant sa mort survenue en 1995, à l'âge de 62 ans.

Ce que l'on sait moins de lui, c'est qu'il futégalement le Nicholas Rostov de War and Peace de King Vidor en 1956, et le Freddie Eynsford-Hill de My Fair Lady de George Cukor en 1964, deux rôles qu'il joua au côté d'Audrey Hepburn ; ce qui m'amène à vous parler de Rex Harrison et de George Bernard Shaw.

Je reviens à Shaw dans deux secondes le temps de vous dire que c'est en faisant des recherches sur ces deux sujets, Sherlock Holmes et My Fair Lady que j'ai découvert le lien qu'il y avait entre les deux : le Jeremy Brett dont je viens de parler. - J'ai pensé que ça pourrait vous intéresser parce que ce sont des coïncidences que l'on note peu souvent.

My Fair Lady :

On sait que ce film a, pour origine, Pygmalion de George Bernard Shaw, une pièce de théâtre dans laquelle une jeune vendeuse de fleurs est transformée en duchesse par un certain professeur (Henry Higgins) qui lui enseigne à parler correctement. Fallait, forcément, qu'on en fasse une comédie musicale et... un film..

De comédies-musicales, je n'en connais que deux ou plutôt je me limite, parce que je n'aime pas le genre, à deux : Singin' in the Rain, de Stanley Dolan et Gene Kelly, et le My Fair Lady précité. - Pourquoi ? Parce que, pour la première, elle est infiniment drôle et extrêmement bien construite et, pour la deuxième, le plus-que-parfait Henry Higgins en la personne de Rex Harrison.

Rex Harrison qui - j'y arrive - dans ce film, chante cette chanson que j'ai récemment entendue le jour de ma fête sur les ondes de la CBC :

Why Can't the English Teach Their Children How to Speak ?

Second

      Ouf !   

Paul

Pour nos enregistrements (en ordre inverse de leur publication), cliquez ICI.

        


 

Book Review - Lectures

   Georges Perec - Penser/Classer

Malgré ses 200+ pages, ce petit livre, publié chez Hachette en 1985, dans la collection "Textes du XXe siècle", contient un recueil de textes que Georges Perec a publiés dans divers journaux et revues entre 1976 et 1983. Son titre est celui de la dernière chronique publiée du vivant de Perec, quelques semaines avant sa mort survenue en 1982.

Voici la liste des articles qu'il contient :

Notes sur ce que je cherche
De quelques emplois du verbe habiter
Notes concernant les objets qui sont sur ma table de travail
Trois chambres retrouvées
Notes breves sur l'art et la manière de ranger ses livres
Douze regards obliques
Les lieux d'une ruse
Je me souviens de Malet & Isaac
81 fiches-cuisine a 1'usage des débutants
Lire : esquisse socio-physiologique
De la difficulté qu'il y a à imaginer une Cité idéale 129
Considerations sur les lunettes
Penser/Classer

Qui connaît Perec n'aura aucune difficulté à trouver les contenus de ces chroniques tout à fait conformes à l'idée qu'il se faisait de l'écriture, idée qu'il exprime dans ces Notes de ce que je cherche dont voici le début :

"Si je tente de définir ce que j'ai cherché à faire depuis que j'ai commencé à écrire, la première idée qui me vient à l'esprit est que je n'ai jamais écrit deux livres semblables, que je n'ai jamais eu envie de répéter dans un livre une formule, un système ou une manière élaborés dans un livre précédent.

Cette versatilité systématique a plusieurs fois dérouté certains critiques soucieux de retrouver d'un livre à l'autre la «patte» de l'écrivain ; et sans doute a-t-elle aussi décontenancé quelques-uns de mes lecteurs. Elle m'a valu la réputation d'être une sorte d'ordinateur, une machine à produire des textes. Pour ma part, je me comparerais plutôt à un paysan qui cultiverait plusieurs champs ; dans l'un il ferait des betteraves, dans un autre de la luzerne, dans un troisième du maïs, etc.

De la même manière, les livres que j'ai écrits se rattachent à quatre champs différents, quatre modes d'interrogation qui posent peut-être en fin de compte la même question, mais la posent selon des perspectives particulières correspondant chaque fois pour moi à un autre type de travail littéraire.

La première de ces interrogations peut être qualifiée de « sociologique » : comment regarder le quotidien ; elle est au départ de textes comme Les Choses, Espèces d'espaces, Tentative de description de quelques lieux parisiens, et du travail accompli avec l'équipe de Cause commune autour de Jean Duvignaud et de Paul Virilio ; la seconde est d'ordre autobiographique : W ou le souvenir d'enfance, La Boutique obscure, Je me souviens, Lieux où j'ai dormi, etc. ; la troisième, ludique, renvoie à mon goût pour les contraintes, les prouesses, les «gammes», à tous les travaux dont les recherches de l'OuLiPo m'ont donné l'idée et les moyens : palindromes, lipogrammes, pangrammes, anagrammes, isogrammes, acrosti ches, mots croisés, etc. ; la quatrième, enfin, concerne le romanesque, le goût des histoires et des péripéties, l'envie d'écrire des livres qui se dévorent à plat ventre sur son lit; La Vie mode d'emploi [qui, à mon avis est son chef-d'Oeuvre] en est l'exemple type.."

Fortement recommandé. Ne serait-ce que pour son chapitre sur Penser/classer.

George

 

Le Courrier

Pour nous écrire :

HPerec suivi de @udenap.org. - Indiquer le nom à qui le messsage est destiné dans le titre.

***

Réponses diverses :

Mme Charlotte Marat-Duperret - Petit bois de Bitouilly près de Boulogne-sur-Mer, Pas-de-Calais

Taumatawhakatangihangaoauauotameteaturipukakapikimaungahoronukupokaiwhenuakitanatahua
(en Nouvelle-Zélande).

M. Jean-Joseph Mounier - Presqu'île, Long Island, NY

La chûte de Constantinople (29 mai 1453) a été connue de Louis XI dès novembre de la même année.

M. le Comte Antoine François Bertrand de Molleville - Laval (autrefois Fabreville), Québec

À l'enterrement du célèbre clown Crock, tous ses collègues sont venus dans une seule voiture.

Mme Jeanne-Marie Rolland de La Plaine, née Jeanne-Marie Fillipon - Winnipeg (sud), Manitoba

Un détour, Madame, est une mauvaise direction pour aller au bon endroit.

M. Constant des Rognures - Abbaye Demets-Deux, près de Toulon, Var

"Où y'a de la gêne, il n'y a pas de plaisir" aurait été dit, pour la première fois, par Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704), mais on attribue trop souventes fois cette boutade à Blaise Pascal (1623-1662) qui l'aurait inscrite dans la marge d'un de ses manuscrits.

   Note de l'éditeur :

Le responsable de la réponse ci-dessus a sans doute confondu Jacques-Bénigne Bossuet avec son presque homologue Jacques-Bénin Bossuet (1827-1904) et le célèbre zoologue Blaise Rascal (1923-1962) qui, se citant l'un et l'autre, le premier par anticipation, ont écrit : "Où il y a de l'hyène, il n'y a pas de plaisir." se référant, comme le lecteur pourra le deviner, à l'horrible carnassier connu pour son cri ressemblant à un rire désagréable.

Ms Markham Le Vérouillé - Medecine Hat (Alberta)

Steven Wright posséderait une photo de Harry Houdini ayant, par erreur, laissé les clefs à l'intérieur de sa voiture en en refermant la portière.

Mme Térésita Chauffarder - Armandaville, Haute Gaspésie, Québec

Il faudrait cependant que votre échantilonnage soit compatible avec le théorème de Nyquist-Shannon.

M. Georges Le cassé, dit Lapidé - La Charité-sur-Loire, Nièvre

Cinq pieds, deux pouces (1,57 mètres), mais dans toutes les directions, et lourde comme deux Steinway.

M. Harry Chrome - Senneville, Québec

St-Augustin pour St-Augustin-de-Desmaures, St-Léonard pour St-Léonard-de-Port-Maurice, St-Henri pour St-Henri-Les-Tanneries, Valleyfield pour Salaberry-de-Valleyfield, mais également Los Angeles pour El Pueblo de Nuestra Senora la Reina de los Angeles de Poriuncula.

Mme Polydora Lesueur - Saint-Alphonse-Marie-de-Liguori, près Saint-Brieuc, Côtes-d'Armor, France

Nous regrettons, mais la pêche à la baleine est strictement interdite en Saskatchewan.

M. Jose Jimenez-Jimenez - El Puente de Dios, Tamasopo, Mexico

Après avoir été sauvagement battu par un groupe de touristes belges enragés, il a écrit, sur son lit d'hôpital, en Birmanie, "Forest of Flesh", une série de poèmes interdits immédiatement dans les 27 plus grandes nations et 14 pays émergeats, mais qu'on peut se procurer pour 3$ à l'adresse qui suit :

Mr. J. McPhisto
P.O. Box 2723
Lemington, New Jersey

ou, en personne chez :

Mr. J. McPhisto
8357 et ½
Schweitzer Terrace
Même ville.

(Renseignements fournis par le Rollingfield Center High School Student Commitee Advisery Board.)

Mme Euphrasie Quintal - Arbre-à-couche (près de Rouen), France

Matamore, Géronte et Rocambole. Pour n'en nommer que trois.

M. Firmin-Bonaparte - Kawartha Lakes, Ontario, Canada

En présence du Grand Marshall, Proust aurait pu passer pour un amnésique.

M. Augustin Mêléatout - Manchester, UK

Exact : dans son Enfer, Dante Alighieri a oublié les entrepreneurs en construction.

M. Anatole Dulard (de la maison Hondiret Dulard et fils) - Saint-Maur-des-Fossés, Val-de-Marne

Lamont Granston alias Rod Larocke.

 
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Cette édition du Castor est dédiée à :

James Melvin "Jimmie" Lunceford
(1902-1947)

(Photo en provenance du site http://www.flyinhomecharts.com/)

c

"J'ai connu, dans le temps, un ténor qui chantait Parsifal comme on ne le chantait nulle part si faux."

(Georges Guibourg)

 

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