Volume XXIV, n° 12 Le seul hebdomadaire de la région publiée une fois par mois Le lundi 2 juin 2014

Fondé en 1900 par le Grand Marshall, le CASTOR DE NAPIERVILLE fut, à l'origine, un hebdomadaire et vespéral organe créé pour la défense des intérêts de l'Université de Napierville et de son quartier. - Il est , depuis le 30 septembre 2002, publié sous le présent électronique format afin de tenir la fine et intelligente masse de ses internautes lecteurs au courant des dernières nouvelles concernant cette communauté d'esprit et de fait qu'est devenu au fil des années le site de l'UdeNap, le seul, unique et officiel site de l'Université de Napierville.

De cet hebdomadaire publié sur les électroniques presses de la Vatfair-Fair Broadcasting Corporation grâce à une subvention du Ministère des Arts et de la Culture du Caraguay, il est tiré, le premier lundi de chaque mois, sept exemplaires numérotés de I à VII, sur papier alfa cellunaf et sur offset ivoire des papeteries de la Gazette de Saint-Romuald-d'Etchemin et trois exemplaires, numéroté de 1 à 3, sur offset de luxe des papeteries Bontemps constituant l'édition originale, plus trois exemplaires de luxe (quadrichromes) réservés au Professeur Marshall, à Madame France DesRoches et à Madame Jean-Claude Briallis, les deux du Mensuel Varois Illustré.

Troisième édition

Nous rappelons à notre aimable clientèle que l'édition corrigée du Castor™,
destinée au marché américain, paraît le premier jeudi de chaque mois.

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Note : les chroniques précédentes de nos correspondants peuvent être consultées en cliquant sur ce lien.

  "Nam diversum varietate"

Dire que nous avons un comité qui coupe !

Avec la quantité de sujets dont nos chroniqueurs traitent depuis quelque temps, il faudrait bientôt songer à remettre le Castor™ aux deux semaines. Et, à certaines occasions, aux semaines.

C'est M. Simon Popp, je crois, qui a lancé cette idée d'écrire sur deux, trois sujets à la fois et, comme chaque chroniqueur lit, avant leur publication, - pas toujours mais souvent - les articles des autres, il en sont venus à se copier.

"Nam diversum varietate" comme disait un des regrettés habitués du salon de Madame Lemaire (née Coll) [1845–1928].

C'est ainsi que, pour ce numéro, il est question de misogynie, de réorganisation de son "espace vital", de relations humaines (et de sexe [mais si peu]), de nombres, de lectures, de "dessinateurs de mode" (m'enfin...) , d'aspies, de catharsis, de champagne, de l'effet Doppler et de beaucoup d'autres choses. Et ce n'est pas fini : je ne serai pas là quand les versions finales parviendront au siège social du Castor™ qui, par hasard, est à la même adresse que son bureau-chef, car je serai aux USA., dans l'état du Rhode Island pour une question de succession.

Bonne lecture !

Obédieusement vôtre,

Heméningilde Pérec, esq.
Co-directeur du Castor™ de Napierville
Secrétaire temporaire permanent
Université de Napierville


 
 



 Misogynie (etc.)

Misogyne. On m'a traité, moi !, de misogyne, récemment. Je me suis dit que c'était une blague, mais non.

J'ai tout de suite pensé à Brel et à Brassens parce que ce sont toujours eux qui me viennent invariablement à l'esprit quand j'entends le mot "misogynie". Pourquoi ? Parce que je n'ai jamais compris pourquoi la plupart des femmes que j'ai connues, et que je connais encore, adoraient et continuent d'adorer Brel tout en n'écoutant que d'une oreille distraite Brassens. Pourtant, je me le répète souvent, s'il y a quelqu'un qui a écrit de très belles chansons sur les femmes, c'est bien Brassens alors que l'autre, mis à part son "Ne me quitte pas" (s'il y a des paroles qui mènent à rien, c'est bien celles-là : une sorte de bouteille à la mer qui n'aura jamais de suite), a écrit des choses épouvantables sur elles. - Pensez à : "Je pisse comme je pleure sur les femmes infidèles", à "Les biches", aux "Flamandes", mais oui, il a fait autres choses ("Les vieux amants", par exemple), mais comparées à "Saturne", à "La non-demande en mariage" et à beaucoup d'autres chansons de l'autre...

Puis après, j'ai réfléchi un peu et je me suis dit que si l'on me traitait de misogyne, c'est que ça devait être vrai, mais si je peux me permettre, je crois que je le suis à la Brassens avec son "Il n'y a pas d'amour heureux" car, peut-être à cause de mon caractère, parfois trop inquisiteur et souvent trop envahissant  (j'en suis conscient), mais sans une once, quand même, de jalousie, je n'ai jamais eu beaucoup de chance en amour. Toutes les femmes que j'ai aimées m'ont quitté ou m'ont dit la phrase qui tue. - La plupart des hommes la connaissent.  Il s'agit de l'assassinante :

"Je veux que nous nous en tenions à être bons amis."

... tandis que toutes celles envers lesquelles je suis resté ou j'étais indifférent se sont accrochées à moi comme des teignes. - J'ai donc été malheureux souvent.

Le pire, c'est que j'ai constaté la même chose, plusieurs et souventes fois, comme dit M. Pérec, chez les autres et chez les femmes en particulier. Chez des femmes bafouées, trompées, ridiculisées même, qui sont restées pendant des années esclaves de leur(s) stupide(s) conjoint(s) et qui ont, par la suite, refusé d'être aimées par des hommes qui leur auraient tout donné.

Si je suis misogyne ? Je suis prêt à l'avouer, mais pas encore complètement. Je suis, disons depuis quelques années, "méfiant". Et pour causes ("causes", au pluriel). Ce qui explique peut-être le comportement de celles dont je viens de parler (dans l'autre sens).

Faut dire qu'avec mes habitudes de vie de plus en plus bizarres, j'ai tendance à faire fuir les femmes, même si je suis encore présentable et, la plupart du temps, galant, poli, aimable, affable et relativement sociable ; même si je crois avoir, encore, un assez bon sens de l'humour ; et même si j'ai un appartement, une voiture et, visiblement de l'argent... Une proie, quoi. (Quoique, dans dix ans, malgré toutes mes qualités, j'aurai l'air, j'en suis sûr, d'un vieux-beau... déjà que...)

Ce qui m'amène à ceci, mais dans un tout autre domaine :

(En passant : il n'y a pas d'équivalent féminin pour le mot "misogyne". - Et pourtant...)

...

Parfois, il fait se rendre à l'évidence : les gens - même nos plus proches - ne nous connaissent pas ou très peu. - À cause, sans doute, de notre "personnalité sociale" sur laquelle George [Gauvin] semblait insister le mois dernier, me citant, citant Paul [Dubé] citant Proust... (Attendez qu'on cite "Gauvin, citant Popp, citant Paul citant Proust...")

Je vous en reparle aujourd'hui parce que, avant hier, je repensais à Georges Smiley, que j'ai mentionné dernièrement, et à qui John Le Carré fait dire, dans je-ne-sais-plus quel roman, qu'il voulait, à la retraite, devenir un "inoffensif excentrique"..

Je suis bien d'accord, comme me suggérait, peu de temps après, un de mes amis (le même qui m'a dit que j'étais misogyne), de laisser tomber l'épithète "inoffensif" (en ce qui me concerne), mais pour l'excentricité, vous repasserez : je suis un excentrique de la pire espèce et, lisant Copernique, le mois dernier, je me suis aperçu, qu'avec son habitude de déjeuner (luncher) tous les jours au même endroit, je n'étais pas le seul. D'ailleurs, ne le sommes-nous pas tous un peu ?

Un aparté (ou serait-ce une parenthèse ?) :

Oui, cher ami, je te promets que, lorsque je me promènerai tout seul et que je marmonnerai, je n'aurai pas un mégaphone.

Cela étant dit :

Vivant seul - enfin : la plupart du temps... - et ayant, au cours des dernières années, beaucoup voyagé - et travaillé (trop souvent à l'extérieur) -, je n'ai jamais eu le temps, vraiment, de m'occuper de mon environnement, de mon espace vital, bref : de mon appartement dont la décoration et les meubles datent, aujourd'hui, d'une lointaine époque (ou presque) où je vivais en permanence avec quelqu'un. Or, depuis que j'y passe de plus en plus de temps, je m'aperçois qu'il n'est vraiment plus adapté à mon "nouveau" style de vie ; "nouveau" ayant, ici, la signification de "par rapport à plusieurs années" : celui d'un célibataire d'un certain âge qui ne reçoit plus et... dont la table de la salle à manger est assez grande pour recevoir à diner dix personnes. Ajoutez à cela quatre ou cinq pans de mur de bibliothèques (que j'élague depuis quelques mois), trois (sic) tables de travail, des garde-robes en n'en plus finir, des fauteuils dont je ne me sers que d'un, des lampes pour éclairer la Place de la Concorde, un immense buffet, huit horloges (re-sic), des bibelots et une tapisserie qui fait l'envie de plusieurs... - Je n'insisterai pas plus car vous aurez compris. - Et puis c'est grand, et donc, ça prend du temps à nettoyer ou à tenir dans un certain ordre, genre : "Où est-ce que j'ai mis le livre que j'avais dans les mains, hier ?"

Dans ce bazar qui ressemble plus à une boutique d'antiquaire (lire, en France : "brocanteur") qu'à une demeure, je m'aperçois que je n'occupe plus, depuis quelque temps, que le tiers du quart de l'espace. Mon chat, dans une journée,  malgré ses vingt heures de sommeil, circule à chaque jour à plus d'endroits que je ne le fais en une semaine.

Six jours sur sept, malgré que je n'ai plus grand travail à y effectuer, je passe donc une bonne partie de mes journées à mon ex-bureau, parce que là, au moins, au fil des ans, j'ai réussi à m'y installer convenablement ; avec les ordis, les imprimantes et les écrans aux bons endroits. - L'autre jour, je pensais à transférer à ce bureau ce dont je me sers à la maison ou, au pis aller, ramener ce qui se trouve dans ce bureau à mon appartement. Deux solutions pas très pratiques car mon appartement aurait l'air d'un bureau et qu'est-ce qu'un lit pourrait-il bien faire dans un bureau ?

Et le temps passe.

C'est ainsi que, depuis quelque temps, je consulte les petites annonces des maisons ou des appartements à vendre ou à louer non seulement à Montréal, mais en banlieue et puis carrément à l'extérieur des grands centres. Cela, après avoir rendu visite à des amis et connaissances qui sont déménagés, certains à plus de cinquante, soixante et même cent kilomètres de Montréal, loin surtout des plages et des pentes de ski. Absolument incroyables ce que l'on peut y trouver. À des prix, je ne dirais pas dérisoires, mais étonnants.

Et c'est là que j'en reviens à ma phrase du début : "C'est curieux comme les gens - même nos proches - nous connaissent peu ou pas."

On me dit que, si je quitte le centre-ville Montréal (où j'habite), je vais m'ennuyer à mourir, que je vais regretter ses festivals, sa Grande Bibliothèque, ses bars, ses restaurants, ses cafés, ses théâtres, ses cinémas... Pourquoi pas sa pollution tant qu'à y être  (ou ses mendiants, ses nids de poules, ses embouteillages er ses files d'attente) ?

Je reprends :

C'est curieux comme les gens - même nos proches - nous connaissent peu ou pas.

S'imaginent que nous ne changeons pas, que nous restons toujours les mêmes, avec les mêmes désirs, goûts, habitudes et les mêmes horaires.

Alors, à tous mes parents, proches, amis et ennemis, ceci :

- NON, je ne vais plus travailler en complet-cravate depuis au moins dix ans.
- NON, je ne bois plus de Scotch depuis autant d'années.
- NON, je ne reçois plus personne.
- NON, je ne vais plus au cinéma.
- NON, je ne vais plus au théâtre.
- NON, je ne vais plus au concert.

et :

- NON, je n'assiste jamais - et n'ai d'ailleurs jamais assisté _ aux manifestations festivaleresques.

Bon, y'a les bars. mais j'en fréquente déjà trop. Pourquoi ? Parce que, dès qu'on se met à me parler, je change d'endroit. Je n'ai rien à foutre des problèmes des autres. - Et des bars, il y en a partout (à ce qu'on m'a dit), fréquentés par la même faune de représentants de commerce, spécialistes en sports, politiques, cinémas et futurs ex-employés.

Ce à quoi j'aspire depuis quelque temps ? C'est à, avant de mourir, (excusez l'allitération) :

- Ne plus voir personne sauf deux amies (elles se connaissent) et pas plus que trois amis (se connaissent) dont un, en particulier.
- Relire certains livres.
- Me repencher sur certains compositeurs que je connais peu : Bruckner, Gluck, Scriabin....
- Mettre à jour ma correspondance.
- Me débarrasser de tout ce qui m'encombre.
- Vider mes garde-robes de tout ce que je ne porte plus depuis deux, trois et, dans certains cas, quatre ans, sinon plus.
- Me rendre à Paris une dernière fois.
- Abandonner tout espoir de rencontrer la dernière perle rare, celle qui pourra ouvrir mes tiroirs sans venir cracher sur ma tombe, quand je ne serai plus là.

et surtout :

- Cataloguer et distribuer aux bons endroits mes collections de livres et de disques pour que ça ne se retrouve pas en mille morceaux.

En ce qui a trait à ce dernier point, j'ai déjà commencé, ayant remis tous les livres que je possédais sur le cinéma à une cinéphile avertie ; tous mes dictionnaires, grammaires et autres livres sur les langues française et anglaise à une traductrice chevronnée ; tous mes disques pop anglais à une collectionneuse... Et je n'ai pas fini : le jazz est sur le point d'y passer et ce sera suivi de la musique classique de même qu'un très important fond sur la France de 1880 à 1918.

Dans ces conditions (et je n'ai fait que vous les résumer), quel intérêt j'aurais à conserver un appartement démesuré au centre-ville d'une banlieue de Napierville ?

Il y a, par contre, beaucoup d'activités dont je ne voudrais pas me départir : la proximité de centaines de boutiques en tout genre, y compris des endroits où je pourrai toujours me procurer des bouts de fils, un pré-ampli, de la papeterie ou de l'épicerie fine ; je ne voudrais pas être très loin, non plus, d'une, non pas grande. mais bonne bibliothèque, avec des endroits où l'on peut écrire et travailler en toute tranquillité. Il y a également de petites salles, entre autres, où l'on peut entendre, à l'occasion, de la musique de chambre et j'aime particulièrement un petit club de jazz que je fréquente depuis quelque temps, de même que - oh quel bonheur !   - être en mesure d'aller déjeuner, à pied, avec un copain en plein coeur de la ville. - Et puis, y'a des taxis, le métro, le médecin, et une quantité folle de bancs publics. Sans compter, à mon âge, la proximité des hôpitaux est une chose à laquelle on pense.

Pour le reste, je crois que je vais me remettre à porter les vêtements que je portais il y a trente ans, à ne pas me raser à tous les jours et, sur la rue, je vais faire semblant de chercher des mégots de cigarette sur les trottoirs. Peut-être qu'ainsi, j'aurai la paix.

Vous avez faites le lien, maintenant, entre ce que je suis et l' "inoffensif excentrique" dont je parlais au début ?

Voilà.

...

Petit passage à froid :

Parmi les inventions qui auront eu lieu au cours de mon existence, il y en aura eu au moins deux pour lesquelles il faudrait que je remercie des milliers de personnes :

1) les cartes de crédit et les cartes bancaires

et puis...

2) l'ordinateur.

Les deux, en fait, proviennent de la même source : l'informatique et, sans cette informatique, comment aurais-je pu, comme je le fais depuis des années, ne plus voir des employés de banque aux visages déplaisants, me rendre à Paris en moins de douze heures et passer trois jours, comme je l'ai fait, il n'y a pas longtemps, à St-Boniface, tout en ayant à la main, dans mon téléphone, mon lecteur ou mon mini-ordi, mes livres, ma musique, mes films...

...

Et puis... pourquoi pas ?

J'ai lu, avec beaucoup d'empathie, la chronique du mois dernier de George [Gauvin], empathie qu'on me reproche de ne pas toujours avoir, et je dois lui avouer que je pense peut-être un peu trop souvent, dans leurs recherches de l'âme-soeur, aux jeunes filles, jeunes hommes et autres personnes, ayant dépassé la vingtaine, trentaine, la quarantaine et même la cinquantaine, qui n'ont pas entrevu, ne serait-ce qu'une seule fois, quelqu'un qui aurait pu, justement, être l'homme ou la femme de leurs rêves..

C'est une grande malédiction que de se retrouver seul quand on s'attendait à autre chose, mais plus je regarde autour de moi, plus je vois qu'on ne prépare pas personne à cette éventualité de plus en plus courante.

Les relations sont devenues de plus en plus tenues, épisodiques même. On s'unit pour la vie au bout d'une semaine pour se séparer au bout de deux. À l'amour foudroyant suit rapidement la déception qui, elle, dure trois, six, douze mois et même plus. (Quoiqu'on m'a mentionné, récemment, le "rebond" qui réduirait la chose à quelques jours.)

Et puis, y'a le sexe qui mélange tout :

J'habite tout près d'un Cégep, dans le centre-ville de Montréal, là où les étudiantes sont âgées, en moyenne, entre 16 et 20 ans, et à la sortie des classes, je suis continuellement étonné qu'on laisse des jeunes filles de cet âge s'habiller, se maquiller, se présenter en public comme elles le font. - On aurait fustigé, à mon époque, les plus convenables d'entre elles.

Une remarque comme ça, en passant, mais qui me rappelle que rien ne s'enmieute.

Et je ne vous parlerai pas des bars des environs où, comme me disait une amie l'autre jour, il est facile de trouver un bonhomme différent avec qui coucher à tous les semaines ou même à tous les jours. - Ce qui m'amène à penser que s'il y a des bonhommes qui sont prêts à... y'a des femmes évidemment prêtes également.

Malheureusement, je ne suis pas ferré à glace sur ce chapitre.

D'ailleurs, comment ramener le bon sens dans tout cela ?

Permettez-moi quand même de ne pas faire de recherches sur le nombre de viols qui sont perpétrés chaque année dans le monde entier, car le viol est une chose qui me donne des cauchemars. Peut-être parce que j'en ai trop vu les conséquences. - Je sens que les statistiques pertinentes me feraient vomir. Et encore : elles ne me renseigneraient que sur ceux rapportés à une autorité quelconque. J'ai connu, hélas, trop de cas qui ne sont jamais passés par là.

Le pire qui fut porté à mon attention - et qui me hante jour et nuit parce que je l'aimais - fut celui d'une femme qui a aujourd'hui, une quarantaine d'années et que j'ai connue il y a vingt ans et qui s'était fait violer par son père, pour la première fois, à l'âge de douze ans. Puis à répétition, par la suite. Les excuses qu'il lui a données ? C'est que de ses trois filles, elle était sa favorite. De longues séances de thérapie n'a fait que mettre un peu de baume sur son âme meurtrie.

Je n'ai jamais cru à l'enfer, mais, pour lui, j'y ai souvent pensé.

Je n'ai, en passant, jamais voulu lui adresser la parole pendant tout le temps de ma vie professionnelle même si ce bonhomme-là aurait pu me donner des mandats qui auraient peut-être pu me rendre riche et célèbre.

Vous voyez le genre : il a ruiné la vie de sa fille et modifié, par ricochet, la mienne... et elle ? Elle n'aurait pas pu rendre un homme heureux ?

Et l'on voudrait que je sois charitable...

Comme disait Stan Laurel : "La vie n'est pas assez courte." ("Life isn't short enough.")

C'est que j'en vois de plus en plus de ces personnes - comment dirais-je ? - "à la dérive" et je trouve ça triste.

Mais la jeune George [Gauvin] ne me semble pas trop mal en point.

Simon


 Numbers

Do me a favour : close your eyes, pick a number between 1 and 6 and try to imagine 1 to 6 objects, anything : dots, billiard balls, pencils or whatever. Can you see them clearly ? If you saw these objects on a table, could you instantly guess that there are 1 to 6 of them without counting  ? Now try it with 7, 8 or 9. - There's a trick to do this : look at them as if they were dots on a dice. With a little practice, you'll be able to know that there are 10, 11 and up to 12 of them without adding a single digit in your head. Beyond that, it becomes very difficult except if you are what is commonly referred to as a "savant", someone with one of the multiple varieties of autism or a genius.

Most of us often circumvent the incapacity of our brains to conceive relatively small, medium and even large numbers by thinking of what they represent in terms of money or the numbers of hours or days : 1,000 Dollars or Euros will buy you this or that, a week is seven days and so on, and so forth. You might, in that respect, remember "Thirty days have September, April, June, and November. All the rest have 31,except for February"... But, when you start thinking of thousands of thousands, when do you stop ? Millions, billions and trillions ? Like 17,000,000,000,000 $ or the current US National Debt... and increasing every minute - check it out at http://www.usdebtclock.org/... Even the best mathematicians or astronomers have difficulties of forming a clear image of what they represent. Oh, you can always say that a truck full of sand contains 40 and 50 million grains [of sand] but that doesn't really help ?

I happened to read on galaxies recently and fell on statistics that nearly knocked my socks off.

Do you know that there are between 200 and 400 billion stars in our galaxy ? That's 200 to 400 billion stars like our sun, some bigger, some smaller but still : 200 to 400 billion of them. If there existed only one galaxy, we might consider these figures making some sort of sense, who knows ?

What I know is that we can only see a fraction of the Universe, even with our most powerful telescopes, so we can't really guess how many galaxies and stars are out there.The most current estimates is that there would be 100 to 200 billion galaxies in the visible universe, each of which would have hundreds of billions of stars. A recent  German  supercomputer simulation put that number even higher: 500 billion... In other words, there could be a galaxy out there for every star in the Milky Way.

100,000,000,000,000,000,000,000 stars ?

(1 followed by 23 zeros)

That's a sextillion (unless I don't know how to count) stars...

Now, if you want to talk about planets, well I'm walking out of here...

I did read recently, in one of Richard Dawkins' books that if you hold a dime at arm's length and pointed in the sky, in any direction, the space it occupies ('til the end of the known universe) would easily contain 100 thousand galaxies which were all created, unless you believe litteraly what's in the Bible, as the result of the Big Bang which occurred (best estimate) 13.7 billion years ago.

(BTW : Edwin Powell Hubble (1889–1953) is not the one that proposed the Big Band theory but Georges Lemaître (1894-1966), a Belgian Roman Catholic priest who was a professor at l'Université de Louvain. - See Footnote.)

Makes us feel small doesn't it ?

Let' try it another way :

If you could build a space ship that could travel at the speed of light, that is : capable of circumventing the earth 7 times in one second, it would take you, not much, about a second to reach the moon, but 8 minutes to reach the sun and about an hour and a half to land on Jupiter but : 4 years and 4 months to reach the nearest star and 42 thousand years to get to the edge of the nearest galaxy. Add another 20 thousand if you want to go to its center. And about 13,3 billions of years to reach the farthest.

Remember Voyager I, the first man-made object sent in 1977 on an interstellar mission ? Well, it just stepped out of the solar system. Took it 37 years to get there. At 57,000 kms per hour (1,6 time around the world, not in a second, but an hour). - It should be about one light year away in about 17,000, maybe 18,000 years.

To put that into perspective, think of driving to the moon in your suburban car. Make sure you have full tanks as it'll take you, non-stop, about five months. Now do the maths for Jupiter, the nearest star and then the nearest galaxy...

And while you're at it, think that it took between ninety eight and two hundred forty thousand years (depending on when you think the more or less modern homo sapiens appeared on this planet) for the Almighty to send his son to remiss our sins.

Foot note :

It is said that when Lemaître published his Bing Bang theory, in Nature (1931), the then pope, Pius XI, proclaimed that it proved the content of the Genesis upon which he would have promptly wrote to his Highness telling that it didn't prove anything... - What : a fallible pope ?

...

More numbers and other remarks (in reply to a recent message ) :

The message :

"Dear Mr. Marshall,

I know you. You probably have read 4,000 books, in English, French and Latin, and I keep wondering why, in your columns, you insist so much on obscure British writers of the 18th and 19th century. Not that I disagree but wouldn't be more thought-provoking for your readers if you wrote about stuff they might know ?"

P. *** (Châteauguay, Québec)

Reply :

Dear P. *** (of Châteauguay),

Yes, we know each other. We meet at a conference, last year. Thanks for writing.

Here it goes :

First of all, I haven't read 4,000 books. You know how many books that is ? Two a week, nonstop, for 40 years, taking a break of 2 weeks, per year. Seems like a lot and, come to think of it, I doubt if I will ever read that many books in my lifetime as I keep wondering where I would store them if I ever do. Thirty some odd bookcases. Enough to cover sixteen to seventeen meters of walls. - My father might have reached that number by now because I've seen him read a book a day for long periods when I was a kid, and he's in his eighties but even at that.

So far, I might have reached the 1,000 books plateau, perhaps 1,250 to 1,500 if I count stuff I quickly glanced at, skipping entire chapters ; three Simenon on an overnite flight, for example, but I wouldn't count those as "books", let alone three books, more like a medium size easy novel in three parts, read as quickly as possible. I suppose that if one counts those, there might be, out there, some people who will make it to 4,000 and even 5,000. - And by saying 1,000, I'm being very generous as some books I have read twice or even three times (Ruskin comes to mind) and some books took me a whole year to read (Proust). I may have held 4,000 books in my hands but read them ? No way.

English, French and Latin ? Ten, fifteen in Latin, at the most, including stuff I was forced to read in college : "De Bello Gallico" by Julius Caesar and, even more boring : Cicero's harangues. (I did, however enjoy Caius Suetonius Tranquillus and Virgil's Eclogues.) - For the rest, half French, half English. - I suppose I could add a couple of books in Italian and I remember trying to familiarize myself with German, way back then, as I wanted to know if Schubert's lieder had been properly translated, but these were exceptions.

Depends also how many hours you read in a week and how fast you read. Paul [Dubé], who opens his sound system as soon as he gets up in the morning and closes it minutes before going to bed, was telling me recently that, if you listen only to one hour of music per day, for 40 years, it would be the equivalent of 1 year 7 months of 24/24 music. An impressive number but I'm sure he's already got that under his belt. - Apply the same math to books : one hour a day, 60 pages per hour, for 40 years, well you'll get something close to 3,000 books (at, say, 300 pages per book). Another impressive number.

As to my fixedness (fixation, if you prefer) on obscure 18th and 19th century British writers, I must admit that I've insisted a bit too much on them lately but that was out of pure selfishness because I am a devout fan of the way they wrote in those far away years. You know : complete sentences, very little dialogs, proper paragraphs, great vocabulary, down to the stuff they wrote about, like :

I found what looked like a great book two weeks ago : "A Vindication of Natural Society" or "A view of the Miseries and Evils arising to mankind from every Species of Artificial Society" subtitled "A letter to Lord *** by a late Noble writer.". - Price : once shilling and six pence when it was published in 1756.

The late Noble author turned out to be Edmund Burke (1729-1797), an Irish statesman, author, orator, political theorist and philosopher, who, after having moved to England, served for many years in the House of Commons of Great Britain as a member of the Whig party.

The book was in response to a previous series of letters written by Henry St John, 1st Viscount Bolingbroke (1678-1751),  leader of the Tories, and published shortly after his death, on the "Study and Use of History containing arguments for atheistic rationalism."

Atheism in the 18th Century ? Sounded right up my alley but I couldn't go beyond the 7th or 8th page and I'll tell you why :

Long out of print, the only way I could get hold of this essay was through the Internet. I downloaded its epub version, transferred it to my reader only to note that all the s's had been read and copied as f's (they looked like "f"s in the original book), cl's as d's and all sorts of aberrations of the kind. Unreadable. I tried the .txt version : even worst. Went to its .pdf. Same thing. Finally, I got the .jpg version but it was 140 files long and it couldn't be read unless split in two and considerably enlarged. Out it went.

Which brings me back to numbers :

Should I count this book as a 7 or 8th part of a [140 page] book ?

If I did, maybe I should count other books that interested me at first and then I dropped after a few and sometimes more than few pages, i.e. : 8/170, 325/1575, 9/896, etc., and add all the American Scientific and other magazine articles as "parts of books" (*) ... Then you might be right : I could be up there, in the 4,000...

With a big smile, but I have taken note of your comments and I'll refrain, for a while, to mention "Sartor Resartus" by Thomas Carlyle about whom, Herbert Spencer, said, in his unpublished reminiscences, that "Every day he secreted a certain amount of curses and he had to find something or someone on which to dump them." (**)

Have a happy day,

Copernique

P.-S. : An interesting statistic I learned recently : in 1868, England imported 1,000,000 lbs of ivory mainly for piano keys and billiard balls. At 60 lbs per tusk, it called for the killing of 8,333 elephants. That was the year before celluloid was invented. Unfortunately, it had, until 1875, the unfortunate characteristic of exploding once in a while, which rendered the playing of snooker quite dangerous.

(*) Ex. : James Burke's Circles which were eventually published in book format.

(**) Herbert Spencer's unpublished reminiscences of Thomas Carlyle : "The Perfect Owl of Minerva for Knowledge on a Poet Without Music”.

 
 

   La tyrannie des...

Excusez-moi, mais je n'ai rien contre Alexandra Breckenridge, Nicki Minaj, Jennifer Aniston, Freya Mavor, Natalie Portman, Kim Kardashian, Jennifer Lopez, Yasmin Bleeth, Adriana Lima, Jessica Alba, Kate Middleton, Angelina Jolie, Scarlett Johansson, Kelly Brook, Megan Fox, etc. (Je sais que j'en oublie mais c'est un ami qui m'a donné cette liste à laquelle, de mémoire, j'ajouterai Claudia Schiffer, Ursula Andress, Gisele Bundchen, Cindy Crawford, Céline Lomez, Carole Laure et, si vous m'en laissiez, le temps, beaucoup d'autres). 

Vraiment rien contre. Qu'elles s'habillent, se déshabillent, se marient ou se démarient, je n'ai rien à rajouter à ce qu'on peut lire sur elles dans tous les magazines ou journaux à potins.

J'en ai, par contre, contre vous, les dessinateurs de mode, les photographes, les paparazzia qui en ont fait et continuent d'en faire des modèles qui, supposément, frisent la perfection.

Il y a quelques jours, Élyanne, mon épouse, et moi avons eu le plaisir de rencontrer Madame Copernique Marshall. Oui, oui : la femme de Copernique, Madame Cléo de Pougy. Et quand nous sommes rentrés à la maison, Élyanne m'a dit : "Quel style, quelle beauté, quelle extraordinaire personne..."

Le lendemain, comme cela lui arrive de temps en temps, elle s'est trouvée non pas enflée mais obèse, non pas ce qu'elle aurait voulu être, mais moche (par rapport à la veille).. "T'as vu, qu'elle m'a dit : je commence à avoir de plus en plus de cheveux gris. Et puis j'ai mes seins qui tombent. Regarde mes rides. Sans parler de mes vergetures..."

J'ai compris que j'en avais pour la journée.

Deux, trois ans après que nous nous fûmes mariés, je me souviens d'un matin où elle s'était trouvée "immense". Je lui avais dit : "Mais qu'est-ce que tu as fait cette nuit ? Hier tu étais encore magnifique. T'as vidé le réfrigérateur ou quoi ?" - Elle ne m'avait pas trouvé drôle.

Et c'est ainsi que j'en reviens à vous, designers de mode - au sexe incertain (j'insiste) - qui nous disent, depuis aussi longtemps que je puisse me rappeler, ces "modèles" de femmes - aux moeurs incertains (j'insiste) - sont indéniablement ce que tout homme devrait désirer.

Ben, je regrette, mais si vous avez réussi à convaincre vos semblables - au sexe également incertain - que ces femmes-là étaient les plus belles au monde, vous avez peut-être réussi à recréer en vous la mère que vous n'avez jamais eue ou que vous avez trop eue, mais avez frustré des millions d'autres femmes et en cela, je vous trouve dégueulasses.

Ma Élyanne, ma femme, celle avec qui je vis, je dors, je mange et, parfois, je pose du papier peint (chose que nul homme devrait faire même une fois dans sa vie), ben c'est elle la plus belle.

C'est elle la plus belle invention depuis le pain tranché. Je la vois et je la regarde à tous les jours et, croyez-le ou non, elle est plus belle aujourd'hui que lorsque je l'ai rencontrée quand elle n'avait que 22 ans. Quatre enfants plus tard.

Vous, designers, photographes de mode, courailleux de potins et de photos "osées", vous n'avez aucune idée que ce que peut être une femme de trente-cinq, quarante ans. C'est la perfection même et vous aurez beau nous montrer les seins, les fesses et les visages de vos idoles, vous ne saurez jamais ce que les yeux d'une femme peuvent devenir avec l'âge.

Point. À la ligne.

Et ça faisait longtemps que je voulais vous le dire.

...

La solitude du coureur de fond

J'aurais - ou plutôt j'eusse (merci Paul !) - bien aimé trouver une meilleure traduction de "The Loneliness of the Long Distance Runner", titre (en français) que je voulais donner à ce qui suit, titre tiré de celui d'un conte d'Alan Sillitoe (1928-2010), paru en 1959, dont le sujet, soit dit en passant, n'a aucun rapport avec ce dont je veux vous parler, mais qui m'a semblé résumer très bien le fond de ce que je voulais dire.

J'ai également pensé à "Le regard d'Ulysse", du nom du film de Theodoros Angelopoulos. - Trop, hélas, peu connu.

Et puis, y'a eu "Le comédien, l'étrange et le solitaire", tiré d'un récent vidéo que mon ami Serge m'a fait parvenir il n'y a pas très longtemps et qui m'a semblé trop démesuré.

Vous devez vous souvenir de Serge, ce copain de longue date, celui atteint du syndrome d'Asperger, et dont je vous ai parlé pour la première fois, ici, il y a un an, presque jour-pour-jour  (Le Castor™ - 10 juin 2013). Ben voilà.

J'ai passé une journée avec lui, il y a deux semaines. Question de meubles à déplacer et autres travaux qu'on ne peut faire qu'à deux. De huit heures du matin jusqu'à presque dix heures du soir.

Il était ce jour-là, permettez que je vous le dise, presque - j'allais dire "humain" - mettons : normal ; dans le sens que vous et moi sommes normaux, c'est-à-dire : ouverts, francs, accessibles, sans agendas, sans arrière-pensées. Il s'est même permis de faire quelques blagues et, à plusieurs reprises, de me regarder dans les yeux, chose très rare chez lui.

Je ne sais pas si vous avez des amis aspies dans votre entourage, mais en voir un lever les yeux vers soi est une expérience assez particulière. Ma femme, Élyanne, me dit qu'elle ne peut pas supporter le regard de Serge. "C'est, me dit-elle, comme s'il me lisait, devinait tout, me jugeait et me condamnait en trois secondes." - Ce qu'elle peut avoir raison !

Je me souviens d'une blonde que Serge a eu pendant un temps, une femme superbe, un peu scintillante, mais sans malice et même gentille, qu'il a tuée un soir en la regardant.

Pourtant, je le sais, Serge ne passe de jugement. Il a en peut-être l'air, mais je vous assure, parce que je le connais depuis des années, il essaie avec ses regards, de savoir qui nous sommes car il a beaucoup de difficultés à comprendre les autres, à deviner ce qu'ils pensent ou interpréter nos gestes. Pour lui toutes les paroles que nous disons doivent être comprises au sens littéral.

Aujourd'hui, un peu moins car il a fini par s'habituer à nos phrases incomplètes, mais quel travail ça lui a pris.

Et ne venez jamais me dire qu'il ne n'aime que lui. C'est un être très généreux.

M'a parlé, lors de notre dernière rencontre, de ces récentes crises, de ce qui le tenait en vie, de sa façon de concevoir certaines choses, pourquoi il avait de la difficulté à parler au téléphone, à ce souvenir des noms et prénoms, de ce qu'il appelait des "courts-circuits" dans ses pensées et... des avantages (sic) d'être un aspie.

Alors... à suivre, mais je ne peux pas vous quitter sans vous répéter ce qu'il m'a dit au sujet de sa carrière : "J'aurais fait un excellent narrateur pour mauvais mimes."

Et puis ceci :

"Oui, Jeff, on m'accuse de boire un peu trop... - Faut bien que je ralentisse mon cerveau, non ?"

A+.

Jeff

 

Texte choisi

À Villequier

[...]

Voyez-vous, nos enfants nous sont bien nécessaires,
Seigneur ; quand on a vu dans sa vie, un matin,
Au milieu des ennuis, des peines, des misères,
Et de l'ombre que fait sur nous notre destin,

Apparaître un enfant, tête chère et sacrée,
Petit être joyeux,
Si beau, qu'on a cru voir s'ouvrir à son entrée
Une porte des cieux ;

Quand on a vu, seize ans, de cet autre soi-même
Croître la grâce aimable et la douce raison,
Lorsqu'on a reconnu que cet enfant qu'on aime
Fait le jour dans notre âme et dans notre maison,

Que c'est la seule joie ici-bas qui persiste
De tout ce qu'on rêva,
Considérez que c'est une chose bien triste
De le voir qui s'en va.

Victor Hugo

Fawzi

 

  Souvenirs

   "Mauvais souvenirs, soyez pourtant les bienvenus... vous êtes ma jeunesse lointaine..."
    (Courteline)

   (Oui, oui, Courteline et non Koestler. - Merci Paul !)

   et puis ceci :

   "He's alive. Now this means he's doing something. [...]  I wish he was dead. He would be safe from all of you."

    ("Il est vivant ? Cela veut dire qu'il fait quelque chose [...] Il serait mieux mort, protégé de vous tous..."

    (Anna Schmidt (Alida Vali) - The Third Man - un film de Carol Reed - 1949 - Scenario de Graham Greene)

Je n'avais aucune idée, avant de commencer à rédiger mes fantasmes et souvenirs dans cet hebdomadaire qui paraît une fois pas mois, du nombre de lecteurs qui lisaient Le Castor™ jusqu'à ce que je commence à recevoir cinq, puis dix, puis, le mois dernier, plus de trente courriels de personnes dont je n'avais jamais entendu parler, mais également de vieilles connaissances dont j'avais oublié jusqu'au souvenir. "Quoi, m'écrivait l'une d'entre elles, tu penses encore à ton bossu ?" J'ai sursauté d'abord à cause de cette amie d'enfance dont je n'avais pas entendu parler depuis au moins dix ans :

"Et s'il était encore vivant..., me suis-je dit, s'il fallait, par hasard, qu'il m'ait lu, qu'est-ce qu'il a bien pu penser de moi ?"

Je me suis souvenu tout de suite après de la réplique d'Anna Schmidt, citée en exergue, lorsqu'elle apprend que son cher Harry Lime (Orson Welles) n'est pas mort. J'ai aussi pensé à mon premier petit chum à qui j'ai fait allusion en mars dernier (*). Et si lui, également, allait me lire ?

(*) Souvenirs - Chroniques no. 12. - 3 mars 2014 (Note de l'éditeur).

"Qu'est-ce que je suis allé faire là ?" me suis-je dit.

Deux jours que ça m'a pris pour m'en remettre. Deux jours. Et puis, il ne faut pas que j'y repense. Et si mon chum apprenait par un de ses chums que je l'ai même mentionné !

Je n'ai depuis ce temps-là qu'une idée en tête : "Tant pis." - C'est Copernique qui m'a trouvé le nom pour ce genre de confessions : la catharsis.

Oui, nous blessons ceux qui nous ont fait du mal quand nous leur rappelons leur passé ou que nous leur racontons le nôtre, mais ne vaut-il pas être honnête envers eux et envers nous-mêmes ? C'est ce que maman m'a toujours dit sauf qu'aujourd'hui, l'histoire de mon "bossu", je préférerais qu'elle n'en entende pas parler.

Dire que je me croyais à l'abri avec mon pseudonyme et cette photo qui ne me ressemble guère...

Heureusement que l'équipe est là. Jeff, surtout, qui semble nager dans un bonheur inégalable, mais qu'il sait fragile.

Voilà, je vous l'ai dit. Maintenant passons à autre chose.

...

J'ai entendu une nouvelle et vielle expression au bureau récemment : "Il m'étouffe !" - Je dis "nouvelle" parce que ça faisait longtemps que je l'avais entendue et "vieille" parce que non seulement je la connaissais, mais je crois, peut-être, l'avoir dite moi-même il y a quelques années. Elle m'a été répétée par une jeune de 25-26 ans qui s'est trouvé un chum admirable, mais qui ne cesse de lui envoyer des textos à longueur de journée et des messages à n'en plus finir pour lui dire qu'il l'aime, qu'il la trouve admirable, charmante, belle et Dieu sait quoi d'autre. "Ça me gêne, m'a-t-elle dit. Je ne sais pas quoi lui répondre. - Oui, je pense à lui, oui, il est beau et gentil, mais j'ai besoin d'espace, tu comprends ?."

Bien sûr que je comprends. J'ai déjà eu un chum comme ça. Six mois que ça m'a pris pour m'en débarrasser. Beau, gentil, généreux et tout, mais *$%*/@¼²2! qu'il me tombait sur les nerfs.

Qu'on nous comprenne bien : nous aimons bien être aimées, mais pas être adorées. Nous avons des défauts. Nous nous trouvons laides, parfois. Nous avons des sautes d'humeur et nous ne voulons pas qu'on en fasse un plat. Nous voulons juste que l'on oublie nos mauvais côtés, ce que nous disons, ce qui nous passe par la tête et qu'on nous aime pour ce que nous sommes. Rien d'autre.

George


     Champagne

George Leybourne est presque oublié aujourd'hui, sauf de quelques amateurs de music-hall anglais de la fin du 19e siècle, quoique, récemment, à Londres, un promoteur immobilier a donné son nom à un bâtiment ("block of flats") de quelque 50 logements, rue Fletcher, dans le quartier Whitechapel, près du Wilton's Music-hall, une des salles légendaires de Londres, construite en 1839 et restaurée en 2003, là où il a connu ses plus grands succès.

C'était un de ces nombreux chanteurs de l'époque.

Sa carrière fut de courte durée cependant car, "ayant vécu rapidement", il s'est éteint, en 1884, à l'âge de 42 ans non, quand même, sans avoir créé plus de 200 chansons dont trois sont passées à l'histoire :

  • "If Ever I Cease To Love" qui est, à toutes fins utiles, la chanson-thème des fêtes du Mardi Gras de la Nouvelle-Orléans.

  • "The Daring Young Man on the Flying Trapeze" qui est toujours en vogue et qui fut enregistrée, entre autres, par Eddie Cantor, Burl Ives, Cliff "Ukelele Ike" Edwards, Spike Jones, Ian Whitcomb, Les Paul & Mary Ford, Alvin and the Chipmunks, Crispin Hellion Glover et...Bruce Springsteen.

Mais surtout :

  • "Champagne Charlie", nom par lequel il fut connu, après sa création (en 1866), jusqu'à la fin de sa vie et à partir de laquelle il adopta un répertoire composé d'à peu près tous les grands crus de France et d'Italie.

En voici une version enregistrée en 1944 par Tommy Trindler (un autre oublié ! - 1909-1989), sur étiquette Columbia, numéro FR 3050.

Pour les lyrics, voir à : http://monologues.co.uk/musichall/Songs-C/Champagne-Charlie(2).htm.

Champagne Charlie is my name
Champagne Charlie is my game
There's no drink as good as fizz, fizz, fizz
I'll drink every drop there is, is, is
All round town it is the same
By Pop! Pop! Pop! I rose to fame
I'm the idol of the barmaids
Champagne Charlie is my name !

Et vous pourrez en retrouver plusieurs versions dont quelques-unes par l'inimitable Leon Redbone sur YouTube (fortement recommandé).

Excusez la qualité, mais ça a 70 ans...


Tommy Trindler : Champagne Charley

        

Pour nos enregistrements (en ordre inverse de leur publication), cliquez ICI.



 

D'une lectrice :

"Oh, vous ne savez pas à quel point je vous haïs et quel point je vous envie, vous tous, de l'UdeNap, d'être ce que vous êtes et de faire ce que vous faites.

J'écoutais, l'autre jour, le "Freight Train" d'Élizabeth  Cotten (je crois que c'est son nom) que nous présentait votre disk-jockey, Paul Dubé dont j'ai lu toutes les chroniques depuis le début (et écouté tous les enregistrements qu'i nous a proposés) et je me disais : comment fait-il pour s'intéresser à tant de choses, et en musique uniquement, tout en pensant à Copernique et ses auteurs du 19e siècle et à Simon qui, un jour, est bougonneux et, le lendemain, si sympathique. Et je trouve Jeff... rafraîchissant !

Je suis de tout coeur, également, avec George et ses ex-déboires amoureux, son amour pour son chum et je lis les poèmes de Fawzi Malahasti avec beaucoup de délices.

Puis-je vous dire merci ?"

Élaine *** (de Montréal)

.


"J'aime bien entendre le sifflet d'un train dont la courbe
du son change en raison de l'effet Doppler.
"

 


Pour nous écrire :

Le nom (seulement) de nos chroniqueurs (Perec, Popp, Marshall, etc.) suivi de @udenap.org.

***

M. Andrew Wiles - Long Beach, California

2 à la puissance de 132,049 moins 1 - Deux jours. Avec l'aide d'un ordinateur Cray.

M. John Curse - Elloptic Island, Mass.

À l'UdeNap nous croyons au libre arbitre parce que nous savons que nous n'avons pas le choix.

M. Nick Katz - Princetown, NY

Il est, en effet, difficile de décider, lorsque l'on est à la retraite, ce que l'on doit faire les jours fériés.

M. Roger Lesage - Limoilou, Québec

Nul n'a pu trouver encore pourquoi les lettres de l'alphabet sont classées dans l'ordre "A, B, C D, E..."

M. Richard Taylor, - Twoforth, Penn.

Depuis 1945 ? - L'aviation américaine a bombardé : la Corée, le Vietnam, le Laos, le Cambodge, le Liban, la Grenade, la république de Panama, l'Irak, la Serbie, la Somalie, la Bosnie, le Soudan, l'Afghanistan, le Pakistan, la Lybie et la république du Yémen, mais NON l'Ukraine.

Ms. Marin Mersenne - Longbow, Devon

Une question fort embarrassante, en effet : avoir à choisir entre être riche et ignorant ou être pauvre et érudit.

M. John Wallis - Bigotville, Australia

Oui, George W. Bush devait lire jusqu'à quatre fois les discours qu'il devait prononcer car certains des mots qui s'y trouvaient pouvaient contenir jusqu'à trois syllabes.

Mme. Sophie Germain - Le Marais, Paris

Le révérend Chasuble nous signale que le tsunami du 26 décembre 2004, au Japon, n'avait rien à voir avec la vengeance d'un Dieu quelconque, mais qu'il avait des doutes quant aux événements du 11 septembre 2001.

Mr. Gerhard Frey - Berlin

Entre les tasses de thé, la chiromancie et les horoscopes, reste toujours la science.

Mr. Robin Hood - Forest Hill, Los Angeles

Pour faire du bien, il faut une personne de bien ; pour faire du mal, il faut une personne à l'esprit maléfique ; mais pour qu'une personne de bien fasse du mal, il faut une religion (Paul Hill).

Ms. Elaine Durocher - Le Plateau, Montréal

Oui, mais encore faut-il savoir commettre les bonnes erreurs.

Ms. Josée DesRoches - Centre-Sud, Montréal

Les trois, quatre, cinq, six blagues qui tombent à plat ?

1 - La baleine n'ayant qu'un seul côté : Moebius Dick

   Variante :

Pourquoi le poulet a-t-il traversé la bande de Moebius ? - Pour se rendre du même côté.

2 - Un opéra western : Oedipus Tex

3 - Heisenberg en compagnie de Schroeder se fait arrêter au volant de son auto. «Vous savez à quelle vitesse vous circuliez ?» leur demande le policier. - «Non, mais nous avons toujours su où nous étions» de lui répondre Heisenberg. - Non content de cette réponse, le policier leur demande d'ouvrir le coffre-arrière de leur auto. - "Hey, dit-il : vous saviez que vous aviez un chat mort dans votre coffre ?" - "Non, mais maintenant je le sais." répondit Schroeder.

4 - Il faut 10(-6) téléphones pour fabriquer un microphone.

5 - Les agnostiques-insomniaques-dyslexiques passent, en effet, des nuits à se demander si Duie existe.

6 - Un groupe de mathématiciens entrent dans un bar. Le premier commande une bière, le deuxième une demi-bière, le troisième, le quart d'une bière, le cinquième le huitième d'une bière, et ainsi de suite. Le barman les regarde et leur sert deux bières.

 

Cette édition du Castor est dédiée à :

Henriette Dessaulles
(1860-1946)

(Photo en provenance du site journalmobiles.com)

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"I thought that, in my life time, evolution would be an accepted thought around the world as a scientific fact supported by overwhelming evidence but, unfortunately, the whole point about faith is that even massive and constantly accumulating evidence cuts no ice."

("Je pensais qu'au cours de ma vie, [la théorie de] l'évolution serait une chose acceptée partout dans le monde comme un fait scientifique, appuyé par des preuves évidentes, mais, malheureusement, lorsqu'il s'agit de la foi [dans le créativisme], les preuves les plus écrasantes, qui s'accumulent de jour en jour, n'ont aucun effet.")

- Richard Dawkins

 

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