Volume XXIV, n° 11 Le seul hebdomadaire de la région publiée une fois par mois 5 mai 2014

Fondé en 1900 par le Grand Marshall, le CASTOR DE NAPIERVILLE fut, à l'origine, un hebdomadaire et vespéral organe créé pour la défense des intérêts de l'Université de Napierville et de son quartier. - Il est , depuis le 30 septembre 2002, publié sous le présent électronique format afin de tenir la fine et intelligente masse de sesinternautes lecteurs au courant des dernières nouvelles concernant cette communauté d'esprit et de fait qu'est devenu au fil des années le site de l'UdeNap, le seul, unique et officiel site de l'Université de Napierville.

De cet hebdomadaire publié sur les électroniques presses de la Vatfair-Fair Broadcasting Corporation grâce à une subvention du Ministère des Arts et de la Culture du Caraguay, il est tiré, à chaque semaine et, depuis le 2 décembre 2013, le premier lundi de chaque mois, sept exemplaires numérotés de I à VII, sur papier alfa cellunaf et sur offset ivoire des papeteries de la Gazette de Saint-Romuald-d'Etchemin et trois exemplaires, numéroté de 1 à 3, sur offset de luxe des papeteries Bontemps constituant l'édition originale, plus trois exemplaires de luxe (quadrichromes) réservés au Professeur Marshall, à Madame France DesRoches et à Madame Jean-Claude Briallis, les deux du Mensuel Varois Illustré.

Première édition

Nous rappelons à notre aimable clientèle que l'édition corrigée du Castor™,
destinée au marché américain, paraît le premier jeudi de chaque mois.

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Note : les chroniques précédentes de nos correspondants peuvent être consultées en cliquant sur ce lien.

 

  Mai

Quand l'organe que vous tenez entre vos mains (je parle au figuré) est passé d'un hebdomadaire à un magazine paraissant à toutes les deux semaines et, aujourd'hui, à tous les mois, son format a été modifié considérablement. Finies les petites annonces, la liste des activités se déroulant dans le quartier de l'université, les courtes chroniques et autres attractions qui plaisaient, à un moment donné, à la masse si fine et si intelligente de ses lecteurs. Depuis quelque temps, déjà, nous en sommes aux opinions plus élaborées qui ont attiré de nombreux nouveaux abonnés et qui nous valent un courrier croissant de semaine en semaine.

Nous vous remercions tous, chers lecteurs, de l'intérêt que vous nous portez et, pour rendre vos recherches plus facile, nous sommes à préparer un index de tous les sujets qui ont su retenir votre attention au cours des derniers mois.

Pour le moment, vous pouvez toujours consulter, par dates, les articles de nos chroniqueurs en cliquant sur le lien ci-dessus.

Dans ce numéro :

Simon Popp : Le temps, la vieillesse et les mensonges

Copernique Marshall : An why should we know this ?

Jeff Bollinger : Premières phrases

Fawzi Malhasti : (À ma fille Ellah qui en a de besoin ces temps-ci) - À l'amour

George Gauvin : Convergences, rencontres fortuites et âmes soeurs

Paul Dubé : Folklore américain

Le courrier

Bonne lecture !

Obieusement vôtre,

Heméningilde Pérec, esq.
Co-directeur du Castor™ de Napierville
Secrétaire temporaire permanent
Université de Napierville


 
 



  Le temps, la vieillesse et les mensonges

Vous devez connaître la chanson ; je l'ai apprise par coeur quand j'avais sept ans :

"Lundi, mardi, c'est fête ; mercredi, j'peux pas y être.  - Jeudi ? C'est la Saint-Thomas.  - Vendredi ? Je n'y serai pas. Samedi, la semaine va être trop avancée..."

Dimanche alors ? - Oui, mais dans six semaines, à cause de je-ne-me-souviens-plus-de-quoi : du Carême, de l'Avant, de Pâques, des Rogations... - Pourquoi pas Noël tant qu'à y être ? - Ou l'anniversaire du chat...

C'est ce que ma nièce m'a pourtant dit, avant-hier, quand je lui ai téléphoné pour l'inviter à souper. Finalement elle m'a donné une date : le 28 juin. - Dans deux mois ! - Je l'ai rappeléepour lui dire que, malheureusement, j'allais être dans le Massachussets à ce moment-là, mais que si elle pouvait se dégager en octobre ou en novembre... - Elle ne m'a pas trouvé drôle.

Je me souviens du temps où je travaillais six jours par semaine et que je voyageais continuellement. Je trouvais toujours du temps pour elle. Curieux n'est-ce pas comme un homme occupé réussit toujours à se dégager pour se rendre disponible alors que certaines personnes n'ont même pas cinq minutes à vous donner.

C'est l'histoire de la fameuse semaine des quatre jeudis.

Finalement, j'ai pu la voir le lendemain de mon appel.

...

La vieillesse ? Le problème avec elle, comme me disait un jour un de mes amis, aujourd'hui décédé, c'est que l'on reste jeune, sauf qu'on ne sait pas au juste de quelle jeunesse il s'agit. Parfois, j'ose avancer que je suis maintenant "d'une jeunese de grande retenue... circonspecte et même prudente ", mais je me mens. Je ne suis pas plus intelligent, aujourd'hui, que je l'étais il y a cinquante ans, il y a trente ans, vingt ans et même dix ans. Un peu moins étourdi, peut-être. Moins spontané ? Probablement, car il m'arrive de plus en plus souvent de réfléchir pendant quelques heures avant de prendre une décision, sauf que... plus je me regarde avant de me raser, le matin, moins je me reconnais. Mes traits semblent s'être durcis et j'ai, au cou, les marques indiscutables de la sénescence.

Il y a quelque temps, je discutais de tout cela avec une de mes petites cousines (la fille d'une de mes cousines) qui, à l'approche d'une nouvelle décennie, commençait par se trouver moins attrayante. J'en ai profité pour lui expliquer, comme je tente de me l'expliquer depuis quelques années déjà : qu'elle ne voyait qu'une image d'elle-même, c'est-à-dire immobile.

Ceci :

Lorsque nous nous regardons dans un glace ou un miroir, il est rare que nous fassions des gestes comme nous en faisons tous les jours, en parlant, en conduisant sa voiture, en lisant, faisant la cuisine, c'est-à-dire en vaquant à nos banales occupations. Et c'est ainsi que nous ne nous voyons jamais dynamiquement. - C'est un professeur d'art dramatique qui m'a fait découvrir cela il y a des années. - Qui, en effet, sauf s'il s'est fait filmer, s'est vu marcher, surtout de dos, dansant ou tout simplement en train d'acheter des tomates au supermarché ? Alors que, lorsque nous regardons quelqu'un, nous le ou la voyons sous tous ses aspects : se passant la main dans les cheveux, rajustant ses vêtements, buvant un verre ou, dans le cas d'une femme (par exemple), se maquillant... et c'est cela qui crée notre véritable "soi", celui que les autres voient et qui n'est rien d'autre - ce que me rappelle constamment Paul [Dubé], citant Proust - que notre "personnalité sociale" qui est, selon son auteur favori, la "création de la pensée des autres".

J'ai regardée longtemps, ma petite cousine et, curieusement, je l'ai trouvée très belle, magnifique même, en pleine appothéose de sa beauté (car vous ne me convaincrez jamais qu'une jeune fille de 20 ans a la prestance d'une femme qui aurait deux fois et même trois fois son âge).

J'espère juste que ma personnalité sociale, du moins une de mes personnalités sociales (car, forcément, nous en avons plusieurs) ne lui ait pas été trop déplaisante.

...

Parmi les villes que je déteste, notamment au Québec, mais j'en ai autant en Europe tout comme j'en ai aux USA, il y a Sherbrooke. Ne me demandez pas pourquoi. Je n'en ai aucune idée. Peut-être est-ce parce que j'ai dû m'y rendre trop souvent. Il y a des régions complètes également que je n'aime pas beaucoup. La Floride par exemple ; plus les provinces des Prairies, le West Midlands, en Angleterre (avec sa ville de Wolverhampton) et certaines parties de La Belgique. Mais à Pâques, j'ai rajouté à ma longue liste la ville de St-Boniface, en banlieue de Winnipeg, là où je suis allé avec la mère de la petite cousine, celle que j'ai mentionnée ci-dessus. - Pour l'anniversaire de sa meilleure amie. - Une fête ennuyeuse d'ailleurs, mais vous savez quoi ? Aussi ennuyeuse que pouvait être cette fête, elle était plus intéressante que cette petite ville où les gens sont convaincus de parler français.

Je vous parlerai volontiers de cette cousine, fort charmante d'ailleurs, mais je ne le ferai pas, à cause de son ex-mari, un bonhomme de qui elle est séparée depuis plusieurs années et qui est, encore aujourd'hui, d'une extrême jalousie. - D'ailleurs je vous ai dit St-Boniface, mais en réalité c'était à deux cents kilomètres de là. - Dans une autre Province. Et ce n'était pas ma cousine, mais une amie à moi.

Pieux mensonge auto-protecteur car je ne tiens pas à me faire harceler par un mari jaloux, surtout un ex-mari.

Pas à mon âge.

Simon

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 And why should we know this ?

Chances are that, if you were born in the United Sates of America, you never heard of Anacreon and if you were born in a Christian family and raised as a Christian, you never heard of Apollonius of Tyana.

Anacreon :

He was a Greek poet (582-485 B.C.) mainly remembered today for having written drinking songs. Drinking songs ? - Grow up, as a friend of mine would say : not all Greeks were philosophers, architects, mathematicians or sculptors. A whole lot of them were black-smiths, raised horses, owned farms, knew how to cook, mend shoes, belts and wearing apparels, recoated pots and pans and, of course, made wine. It goes without saying that, if they did make wine, they drank the vile stuff, sang, were at times merry and, most likely, at other times, celebrated the beauty of women. Well maybe not all the time but surely between wars.

They weren't alone. Their counterparts in Persia must have done the same thing, just like the Egyptians had done before them. - The Romans that followed also knew how to make wine and so did, I guess, the Goths, the Visigoths, the Huns, the Vikings, the Spaniards and God knows who else, including the Myans and the Aztecs.

Stepping, occasionnaly, in today's waterholes, I can see it's still going on.

Anyway, in the 18th Century, a bunch of Brits decided that that sort of activity ought to be organized and therefore decided to create a let's-call-it "club" to do precisely what the Greeks had done two thousand years before and to  make sure that no one forgot it, they named their association "The Anacreon Society" and this is where things get interesting :

Their president, in the mid-1760's, a certain Ralph Tomlinson, wrote, as his contribution to the society, a poem entitled "To Anacreon in Heaven". Not a masterpiece, as you'll see in a moment, but it seemed to have catched on to the extent that another unknown, John Stafford Smith, wrote music to it and the entire thing was published in The London Vocal Magazine in 1778.

The words are, to say the least, entirely forgettable :

To Anacreon in Heav'n, where he sat in full glee,
A few Sons of Harmony sent a petition;
That he their Inspirer and Patron wou'd be;
When this answer arrived from the Jolly Old Grecian;
"Voice, Fiddle, and Flute, No longer be mute,
I'll lend you my name and inspire you to boot,
And besides I'll instruct you like me, to intwine,
The Myrtle of Venus with Bacchus's Vine

You can hear these words and the music, sung a capella, on YouTube, at this address :

https://www.youtube.com/watch?v=2MVYl8iy2Ic

You might recognize the tune as...

... having become a popular drinking song on both sides of the Atlantic, a  certain Francis Scott Key, an attorney, while detained on a British ship during the night of September 13, 1814, as the British forces bombarded an American fort, wrote other words to it under the tile of "Defence of Fort M'Henry" whose words, you sure have heard before :

Oh, say can you see by the dawn's early light
What so proudly we hailed at the twilight's last gleaming?
Whose broad stripes and bright stars thru the perilous fight,
O'er the ramparts we watched were so gallantly streaming?
And the rocket's red glare, the bombs bursting in air,
Gave proof through the night that our flag was still there.
Oh, say does that star-spangled banner yet wave
O'er the land of the free and the home of the brave?

The entire thing is know todayas The Star-Spangled Banner, the national anthem of the United States of America as per a congressional resolution adopted on March 3, 1931 (46 Stat. 1508, codified at 36 U.S.C. 301), which was signed by no less than President Herbert Hoover.

Raise your glass the next time you hear it.

As to Apollonius of Tyana, brace yourself :

He lived sometimes between 15 and 100 AD and was quite popular during his life time. He must have been as he was not only a teacher of Neopythagorean Philosophy (with a great following) but he performed miracles, including raising the dead, had extra sensory perception (in Ephesus, on September 18, 96 AD, he is said to have announced the death of emperor Domitian, an event that had occurred on the same day, but in Rome) and so on. No changing of water into wine though. A cheap trick, I have heard.

His disciples - and he had many - all agreed that, after his death, he resurected, visited them all and, finally ascended into heaven. - He is also lnown to have appeared in 272 AD to ask emperor Aurelian who had captured Tyana to spare its inhabitants.

Sounds familiar ?

Rumors abound that state he was crucified just like the well known son of a carpenter born in Bethleem and to whom he was a rival.

Problem is there are more proofs of his existence than that of the latter who lived at about the same time and who, with one exception (The Autobiography of Flavius Josephus), is only mentioned in the New Testament. - His name, in fact, is mentioned by numerous biographers and commentators of the period who most scholars believe to have been more trustworthy than the uneducated apostles of Bible fame.

To top it all, while we have no image of his counterpart, except some disputed shroud in Turin, there exists countless medals and talismans which bears his image. - He even has a statue which you'll find the Heraklion Archeological Museum (Crete).

Check it up on the WEB :

http://en.wikipedia.org/wiki/Apollonius_of_Tyana

Did I mention that Voltaire was a great fan of his ?

...

And finally :

Every day, except Fridays, I have lunch at the same restaurant - a "pub" -, at the same seat, the same time and am served by a not-too variable set of waiters and waitresses (they do have the right to days off and that sort of things). I've gone through, of course, its entire menu several times but, as a whole, it has enough variety to keep me out of trouble.

Do I read the newspapers they leave on the counter for their clients ? Of course not : I pull out my KOBO reader and immerse myself in 19th Century English Litterature or whatever I fancy that day.

I am a creature of habit which is probably why I love so much John Le Carré's George Smiley, quoted by Simon Popp a couple of months ago.

Problem is that, behind where I sit, there's a very large TV screen where soccer (football) games are regularly shown along with the assorted cricket or hockey matches. So, when a "biggy" comes up (whatever a "biggy game" is), I'm surrounded by people watching it and looking at me as if I was an extra-terrestial or something that has no contact with reality.

One day, not too long ago - I think it was a match between Manchester-United and Some-Other-City-Red-Bulls - and, to avoid the noise, I put on, like I do frequently, my $400 earphones (a gift from my niece).

I did have to remove them for a second to order my meal and a fan just looked at me as if I was stupid. - I told him, very politely, that I didn't understand why he was looking at me that way and asked him why he was yelling and applauding so much : "The game is being played 7.000 kilometers away, I said. They can't hear you."

That's when I discovered I was an extra-terrestial.

You know what I call these screaming amateurs ?

Barking mad !

There you have it : my geatest insult.

Copernique.

 
 

   Premières phrases

Je n'ai pas la culture littéraire qu'on enseigne dans les collèges ou universités via des cours magistraux ou des lectures "imposées" suivies ou accompagnées de travaux, essais ou commentaires à rédiger. Mon éducation a été autre. Les livres que j'ai lus - enfin : les premiers - me sont venus plus ou moins par hasard. Je me souviens du premier qui m'ait frappé : "Vol de nuit" de Saint-Exupéry, mais c'était entre deux "Biggles" et des romans de science fiction. Un jour, cependant, quelqu'un me conseilla de lire "Les mémoires d'un tricheur" de Sacha Guitry, que j'ai trouvé merveilleux, et c'est à compter de ce moment-là que j'ai commencé à m'intéresser vraiment à la littérature lisant à peu près tous les bouquins que je pouvais trouver sur les "Dix meilleurs romans de tous les temps", "Les cent livres à lire au cours de sa vie" et autres essais du même genre découvrant du même coup les grands écrivains d'abord du 19e, puis du 20e siècle et finalement les Racine, Molière, Rabelais et même les classiques latins et grecques, plus un Tchèque (Kafka), un Espagnol (Cervantes), un Canadien (Arthur Buies), etc.

C'est ainsi que j'ai développé un penchant certain pour certains auteurs comme Melville, Poe ou Jules Romain dont - excusez-moi ! - j'ai lu d'un seul trait "Les hommes de bonne volonté" ayant été attiré par ses deux premières phrases :

"Le mois d'octobre 1908 est resté fameux chez les météologistes par sa beauté extraordinaire. Les hommes d'État sont plus oublieux. Sinon..."

Pourquoi ces deux phrases ? Je ne m'en souviens plus. Aujourd'hui, elles me paraissent bien banales comparativement à ce que j'ai pu lire par la suite :

"Longtemps, je me suis couché de bonne heure."

"Ça a débuté comme ça."

"Je naquis le 22 novembre 1869."

"Call me Ishmael."

"Stately, plump Buck Mulligan came from the stairhead, bearing a bowl of lather on which a mirror and a razor lay crossed."

ou même :

"Les familles heureuses se ressemblent toutes ; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon."

J'ai lu quelque part, il n'y a pas très longtemps, qu'un auteur avait, de ces incipits, rédigé un volume complet. Ce n'est pas le genre de choses que j'achèterais, mais je ne rate jamais l'occasion, quand on me suggère un livre ou que je suis chez mon libraire, ou encore à la bibliothèque de l'UdeNap, d'en lire la première phrase. Si elle me plaît, je suis preneur. Autrement, je dis non ou je remets le livre là où je l'ai pris.

Or, il y a une semaine, parce que je dois rencontrer l'auteur d'ici peu (une longue histoire qui a rapport avec le fait que je parle l'anglais), j'ai emprunté le roman "Dossier 64" de Jussi Adler Olsen, un danois qui, paraît-il, est en voie de devenir un des écrivains de polars parmi les plus respectés de la planète et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir, dans son prologue, qui se passe 25 ans avant le reste du récit, ce que j'appelerais un véritable chef-d'oeuvre. Avec la permission de l'éditeur (Albin Michel) je me me permets de vous le citer en entier.

Un délicieux moment, vous verrez :

"Novembre 1985

"Pendant un court moment de relâchement, elle se laissa aller à une sensation de bien-être. Tout y participait : la coupe de champagne glacée et fragile entre ses doigts, le bourdonnement des voix et la main de son mari posée légèrement sur sa hanche. Si elle faisait abstraction de ce qu'on éprouve quand on tombe amoureux, elle n'avait souvenance que de quelques brefs instants, dans une enfance très lointaine, qui lui aient procuré un sentiment semblable à celui-là. Le bavardage rassurant de sa grand-mère. Les rires retenus de personnes aimées et depuis longtemps disparues qu'elle entendait en s'endormant.

Nete pinça les lèvres pour ne pas laisser l'émotion la submerger. Cela arrivait encore parfois.

Elle monta sur la pointe des pieds et contempla le kaléidoscope de robes multicolores et les dos bien droits. Ils étaient venus nombreux à cette réception donnée en l'honneur du lauréat danois du Grand Prix de médecine pour les pays scandinaves. Chercheurs, médecins, le gratin de la société. Sa naissance ne l'avait pas prédestinée à évoluer dans ce milieu mais elle s'y sentait un peu mieux d'année en année.

Elle inspira profondément et s'apprêtait à pousser un soupir de contentement quand elle sentit un regard traverser l'assemblée de femmes aux cheveux relevés et d'hommes aux noeuds papillon bien serrés. Et le sentit se poser sur sa nuque. Elle éprouva la décharge électrique que seuls des yeux ennemis sont capables d'envoyer. Instinctivement, elle fit un pas de côté, comme un animal traqué cherchant refuge dans les buissons. Elle posa la main sur l'avant-bras de son époux et s'efforça de sourire, tout en observant les invités en tenues de soirée qui évoluaient dans les nappes diffuses de la fumée des candélabres.

Une femme rejeta la tête en arrière dans un bref éclat de rire, ouvrant une légère brèche qui lui permit d'apercevoir le mur du fond.

Il était là.

Sa silhouette s'élevait au-dessus des autres tel un phare dans l'océan. Malgré sa nuque ployée et ses jambes torses, il ressemblait toujours à un animal sauvage, massif et fier, et son regard passait sur la foule comme un projecteur.

Elle perçut l'intensité de ce regard jusqu'au fond de ses .entrailles et sut que si elle ne réagissait pas très vite, toute sa vie allait s'écrouler en quelques secondes.

« Andreas », dit-elle, en posant la main sur sa gorge qui était déjà trempée de sueur. « Est-ce qu'on pourrait s'en aller, s'il te plaît, je ne, me sens pas très bien. »

Il n'en fallait pas plus. Son mari fronça les sourcils, la regarda et, immédiatement, il salua d'un geste du menton ses voisins les plus proches et l'escorta vers la sortie. C'était parce qu'il était capable de faire ce genre de choses qu'elle l'aimait.

« Merci, dit-elle. C'est ma tête, je suis désolée. »

Il lui sourit. Il était bien placé pour savoir de quoi elle parlait. Lui aussi passait parfois de longues soirées dans le noir quand la migraine l'assaillait.

Un de leurs nombreux points communs.

Ils étaient parvenus au grand escalier qui menait aux salles de réception quand le grand type les rejoignit et leur barra la route.

Il avait pris un sacré coup de vieux. Ses yeux, jadis si brillants, avaient l'air terne. Ses cheveux étaient devenus complètement blancs. Vingt-cinq années s'étaient écoulées et elles avaient laissé des traces.

« Nete ! Toi, ici? Tu es la dernière personne que je m'attendais à rencontrer en cette compagnie », dit-il, sans chaleur dans la voix.

Elle le contourna, accrochée au bras de son mari, mais la manoeuvre n'intimida pas son poursuivant. « Tu ne te souviens pas de moi, Nete ? cria-t-il dans son dos. Mais si ! Rappelle-toi, Curt Wad. Je suis sûr que tu ne m'as pas oublié. »

À mi-hauteur de l'escalier, il les avait rattrapés.

« Alors maintenant, tu es la putain du directeur Rosen ! Tu as fait du chemin depuis la dernière fois. Je suis impres sionné ! »

Elle essaya d'entraîner son époux mais Andreas Rosen n'était pas homme à reculer devant un problème. Cette fois encore, elle put le vérifier.

« Je vous prie de laisser mon épouse tranquille », dit-il en accompagnant sa phrase mesurée d'un regard qui disait sa colère.

« Je vois. » L'importun fit un pas en arrière. « Tu as réussi à mettre le grappin sur Andreas Rosen, Nete. Bien joué ! » Il lui adressa ce que d'autres auraient interprété comme un sourire complice mais Nete savait à quoi s'en tenir. « Je ne savais pas. Je n'évolue pas souvent dans ces hautes sphères, vois-tu. Et je ne lis pas la presse à scandale non plus. »

Comme un film au ralenti, elle vit son mari relever le menton avec mépris, sentit sa main prendre la sienne et l'entraîner derrière lui. L'espace d'un instant, elle crut pouvoir recommencer à respirer. Elle entendait les pas d'Andreas et les siens résonner dans sa tête à contretemps. Allons-nous-en, disaient-ils.

Ils étaient parvenus au vestiaire quand la voix de Curt Wad s'éleva à nouveau derrière eux :

« Vous ignoriez, monsieur Rosen, que votre femme etait une putain ? Une pauvre arriérée qui vient de l'asile de Sprogo et qui se fout de savoir pour qui elle écarte les cuisses. Vous ignoriez que son cerveau débile ne fait pas la différence entre le bien et le mal et que... »

Son mari faillit lui tordre le poignet quand il fit volte-face. Plusieurs personnes se précipitèrent pour tenter de calmer le trouble-fête. Quelques jeunes médecins venus à la rescousse se penchèrent, menaçants, sur la large poitrine de l'homme afin de lui faire comprendre qu'il était indésirable.

« Andreas, laisse tomber », s'écria-t-elle en le voyant s'approcher du groupe qui entourait son agresseur. Son mari ne l'écouta pas. Le mâle alpha était déjà parti marquer son territoire.

« Je ne sais pas qui vous êtes, monsieur, dit-il. Mais je vous conseille vivement de ne plus vous montrer en société avant d'avoir appris à vous comporter en homme du monde. »

Le grand échalas leva la tête au-dessus des hommes qui le tenaient en respect et tout le monde dans le vestiaire attendit la réponse qui sortirait de ses lèvres sèches. Les dames derrière le comptoir qui triaient les gabardines des manteaux de fourrure, ceux qui entraient ou sortaient discrètement des toilettes, les chauffeurs de maître postés devant la porte à tambour.

Et les mots vinrent, qui n'auraient jamais dû venir :

« Demandez à Nete où elle a été stérilisée, monsieur Rosen. Demandez-lui combien de fois elle a avorté. Laissez-la vous raconter comment on se sent dans une cellule d'isolement au bout de cinq jours. Posez-lui toutes ces questions et ne vous avisez plus de me donner des leçons de bienséance. Vous êtes mal placé pour ça, Andreas Rosen. »

Curt Wad s'arracha aux mains qui l'immobilisaient et s'éloigna, le regard plein de haine. « Je m'en vais ! » dit-il haut et fort. « Quant à toi, Nete ! » Il tendit vers elle un index tremblant de rage. « Je te souhaite d'aller pourrir en enfer où est ta place. »

Sa voix bourdonnait encore dans la pièce après son départ.

« C'était Curt Wad », chuchota quelqu'un derrière eux. Il était de la même promotion que le lauréat d'aujourd'hui, et c'était à peu près tout ce qu'il y avait à retenir de lui.

Mais pour Nete, c'était trop tard. Elle était démasquée.

Et tout le monde la regardait. On cherchait sur elle des signes révélateurs de sa véritable personnalité. Son décolleté était-il trop profond ? Ses hanches avaient-elle des courbes vulgaires ? Et ses lèvres ?

Quand on leur remit leurs manteaux, l'haleine de la dame du vestiaire lui parut empoisonnée. Tu n'es pas meilleure que moi, disait son langage corporel.

Il n'avait fallu que ces quelques minutes.

Elle baissa les yeux et agrippa le bras de son mari. Son cher mari dont elle n'osait plus croiser le regard.

Elle écoutait le bruit doux et obstiné du moteur.

Ils ne s'étaient pas dit un mot. Chacun de son côté, ils fixaient la nuit d'automne découpée par les mouvements réguliers des essuie-glaces.

Il attendait peut-être un démenti de sa part mais elle ne pouvait pas le lui donner.

Elle attendait peut-être qu'il lui tende la main. Qu'il l'aide à sortir de sa camisole mentale. Qu'il la regarde et lui dise que tout cela n'avait pas d'importance et que, pour lui, seuls comptaient les onze ans de bonheur qu'ils avaient connus ensemble.

Et pas les trente-sept années qu'elle avait vécues avant de le rencontrer.

Mais il préféra allumer la radio et remplir l'habitacle d'une tonitruante distance. Sting les conduisit à travers le Seeland vers le sud, Sade les accompagna pendant qu'ils roulaient dans l'île de Falster et Madonna leur fit traverser Guldborgsund. C'était la nuit des voix jeunes et bizarres. Le seul lien qui les unissait encore.

Tout le reste avait volé en éclats.

Quelques centaines de mètres avant le village de Blans et à deux kilomètres du manoir, il tourna dans un chemin vicinal.

« Bon. Je t'écoute », dit-il, le regard braqué sur l'obscurité devant lui. Pas une parole chaleureuse. Même pas son prénom en guise de consolation. Juste : « Bon. Je t'écoute. »

Elle ferma les yeux. Essaya calmement de lui faire comprendre que certains événements dans sa jeunesse l'avaient conduite à vivre des choses terribles et que l'homme qui l'avait accusée était aussi celui qui avait été la cause de son malheur.

« Mais tout ce qu'il a dit était vrai. », avoua-t-elle à voix basse. Tout était vrai.

Pendant un instant pénible qui lui sembla durer une éternité, elle n'entendit plus que sa respiration. Puis il se tourna vers elle et la regarda d'un oeil noir. « C'est pour ça que nous n'avons jamais pu avoir d'enfant », dit-il.

Elle hocha la tête. Serra les lèvres et dit les choses comme elles étaient. Oui, elle s'était rendue coupable d'inexactitudes et de mensonges par omission. Oui, elle avait été internée à Sprogo quand elle était jeune, mais elle l'avait été par erreur, suite à une série de malentendus, d'abus de pouvoir et de trahisons. Oui, elle avait subi plusieurs avortements et on l'avait stérilisée, mais l'immonde individu qu'ils avaient croisé ce soir...

Il posa la main sur son bras et le froid qui s'en dégageait la traversa comme un électrochoc et l'arrêta au milieu de sa phrase.

Andreas Rosen passa la première, lâcha l'embrayage, traversa lentement le village et quand ils roulèrent le long des prairies qui bordaient l'eau noire, il mit le pied au plancher.

« Je regrette, Nete. Je ne peux pas te pardonner de m'avoir laissé vivre pendant des années dans l'espoir que nous pourrions être parents ensemble, j'en suis incapable. Et pour le reste, le simple fait d'y penser me donne envie de vomir. »

Il se tut quelques secondes et elle sentit des picotements glacés dans ses tempes et sa nuque se raidit.

Puis il redressa la tête avec la même arrogance que lorsqu'il négociait avec les gens qu'il ne jugeait pas dignes de son respect. Aussi sûr de son fait que lorsqu'il rejetait un faux diagnostic.

« Je vais rassembler mes affaires, dit-il d'un ton coupant. Je te laisse une semaine pour trouver un autre endroit où habiter. Tu pourras emporter tout ce que tu voudras de Havngaard. Tu ne manqueras de rien. »


Elle cessa de le regarder et tourna la tête vers l'eau. Elle baissa la vitre pour respirer l'odeur des algues, portée par les vagues d'un noir profond qui semblaient vouloir l'anéantir.

Et elle se souvint de sa solitude, de son désespoir, de ces jours passés jadis à Sprogo à regarder ce même océan, l'invitant comme aujourd'hui à mettre fin à une existence misérable.

Tu ne manqueras de rien, avait-il dit. Comme si les choses matérielles avaient la moindre importance. Il n'avait rien compris.

Sans y penser elle enregistra la date sur le cadran du tableau de bord, on était le 14 novembre 1985. Ses lèvres s'étaient mises à trembler quand elle avait tourné la tête vers lui.

Ses yeux noirs étaient comme des orbites creuses dans son visage. Il ne voyait rien d'autre que le virage et la route devant lui.

Elle leva une main et l'approcha doucement du volant. Elle l'agrippa sans lui laisser le temps de protester et tira de toutes ses forces.

L'énorme puissance du véhicule se développa dans le vide tandis que la route disparaissait sous ses roues. Les dernières protestations de son mari furent noyées par le fracas de la chute par-dessus le parapet.

Quand ils touchèrent la surface de l'eau, elle eut le sentiment de rentrer chez elle."

 

Jussi Adler Olsen
Dossier 64
Chez Albin Michel

Jeff

 


  Texte choisi

(À ma fille Ellah qui en a de besoin ces temps-ci)

À l'amour

Reprends de ce bouquet les trompeuses couleurs,
Ces lettres qui font mon supplice,
Ce portrait qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs.

Je te rends ce trésor funeste,
Ce froid témoin de mon affreux ennui.
Ton souvenir brûlant, que je déteste,
Sera bientôt froid comme lui.

Oh ! Reprends tout. Si ma main tremble encore,
C'est que j'ai cru te voir sous ces traits que j'abhorre.
Oui, j'ai cru rencontrer le regard d'un trompeur ;
Ce fantôme a troublé mon courage timide.

Ciel ! On peut donc mourir à l'aspect d'un perfide,
Si son ombre fait tant de peur !
Comme ces feux errants dont le reflet égare,
La flamme de ses yeux a passé devant moi ;

Je rougis d'oublier qu'enfin tout nous sépare ;
Mais je n'en rougis que pour toi.
Que mes froids sentiments s'expriment avec peine !
Amour... que je te hais de m'apprendre la haine !

Eloigne-toi, reprends ces trompeuses couleurs,
Ces lettres, qui font mon supplice,
Ce portrait, qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs !

Cache au moins ma colère au cruel qui t'envoie,
Dis que j'ai tout brisé, sans larmes, sans efforts ;
En lui peignant mes douloureux transports,
Tu lui donnerais trop de joie.

Reprends aussi, reprends les écrits dangereux,
Où, cachant sous des fleurs son premier artifice,
Il voulut essayer sa cruauté novice
Sur un coeur simple et malheureux.

Quand tu voudras encore égarer l'innocence,
Quand tu voudras voir brûler et languir,
Quand tu voudras faire aimer et mourir,
N'emprunte pas d'autre éloquence.

L'art de séduire est là, comme il est dans son coeur !
Va ! Tu n'as plus besoin d'étude.
Sois léger par penchant, ingrat par habitude,
Donne la fièvre, amour, et garde ta froideur.

Ne change rien aux aveux pleins de charmes
Dont la magie entraîne au désespoir :
Tu peux de chaque mot calculer le pouvoir,
Et choisir ceux encore imprégnés de mes larmes...

Il n'ose me répondre, il s'envole... il est loin.
Puisse-t-il d'un ingrat éterniser l'absence !
Il faudrait par fierté sourire en sa présence :
J'aime mieux souffrir sans témoin.

Il ne reviendra plus, il sait que je l'abhorre ;
Je l'ai dit à l'amour, qui déjà s'est enfui.
S'il osait revenir, je le dirais encore :
Mais on approche, on parle... hélas ! Ce n'est pas lui !

Marceline Desbordes-Valmore

Fawzi

 

  Convergences, rencontres fortuites et âmes soeurs

Oh, que ça va être compliqué !

Simon [Popp] à qui j'avais demandé conseil pour cette chronique m'a fait parvenir le brouillon de celle qu'il a écrite pour le présent numéro du Castor™ où j'ai constaté qu'il avait abordé différents sujets en plaçant trois petits points entre chacun alors que je voulais n'en aborder qu'un seul, mais en parlant de six choses à la fois. Je ne sais pas si j'ai réussi. Tout ce que je souhaite, c'est que vous me suiviez jusqu'à la fin.

Dites-vous au départ, que, suite aux discussions que nous avons eues lors de mes dernières élucubrations, notamment sur la litérature "féminine", ce qui suit m'a pris des heures, à commencer par :

"Attachez vos tuques, les filles, car je risque de dévoiler plusieurs de nos secrets aux hommes qui nous lisent et qui - vous verrez - pourraient s'en servir ou qui s'en ont déjà servi."

Et je débuterai par une petite histoire qui surprendra sans doute quelques uns de mes proches car elle est demeurée enfouie en moi depuis des années  :

Un de mes premiers chums - et je vais vous avouez tout de suite que ce fut sans doute le premier que j'ai vraiment aimé - n'était pas un Apollon ; même pas de la deuxième ou de la troisième génération.

De huit ans mon aîné, il était petit, presque chauve, avait une dentition affreuse, une déformation physique assez visible (il était quelque peu bossu) et, de plus, il souffrait d'un léger strabisme. De quoi me demander ce que je faisais avec un homme semblable. En guise de réponse, je vous dirai une chose : il me faisait rire, rire à un moment où j'en avais beaucoup besoin, sortant à peine de ma malheureuse adolescence sur laquelle je reviendrai peut-être tout à l'heure.

Comment me faisait-il rire ?

Un jour, alors que nous étions ensemble dans un tout petit parc, à Outremont, il me raconta que s'étant rasé ce matin-là, il avait levé les yeux vers le ciel et dit à son créateur : "Je crois, Seigneur, que les lunettes, j'aurais pu m'en passer..." (Car, en plus, il portait des lunettes.)

Pas drôle aujourd'hui, mais à l'époque, c'était enchanteur et des anecdotes comme celles-là, je pourrais vous en raconter des dizaines de son cru.

Il était charmant, attentif, toujours de bonne humeur. - L'homme idéal, quoi (j'y reviens...) - Sauf pour le physique naturellement, comme tous me le soulignaient : "Mais regarde-toi, me disait-on : tu es belle comme un coeur (je l'étais, apparamment). Tu mérites mieux , etc., etc." - Je ne me voyais pas : je ne voyais que lui.

Ce qui est arrivé ? - On me l'a volé. - Une dévergondée, flairant l'affaire (il était avocat et ses parents étaient immensément riches), le séduisit, un soir, et ce fut la fin de mon rêve.

Si j'ai pleuré ? Devinez.

Pourquoi je vous parle de lui aujourd'hui ? Parce que, de tous les chums que j'avais connus avant lui et de tous ceux qui l'ont suivi, il fut le seul - et j'insiste : le seul - qui n'a jamais cherché à me "pogner" les seins ou les fesses et ça, ça me revient continuellement en tête.

Un détail (parmi tant d'autres), sauf que j'en viens au coeur de ce que j'essaie de vous écrire : l'attirance.

Retour sur le passé avec quelques sauts dans le présent, à commencer par le présent (je vous ai avertis que ça allait être compliqué) :

J'ai un ami ET une amie qui, en ce moment, se plaignent tous les deux de la même façon :

Lui :

"Les femmes ne songent qu'à elles et à ce qu'elles peuvent retirer de nous, les hommes. Elles nous attirent sexuellement puis se désintéressent de la chose après un certain temps. Et elles veulent des garanties, savoir, par exemple, si nous avons un emploi sûr, si nous n'avons pas de dettes, ni un passé ténébreux et ainsi de suite... "

Elle :

"Les hommes sont vains. Ne pensent qu'à une chose : le sexe. Ne veulent pas s'engager. Sont tous mariés ou en couple et n'ont aucun avenir fiable. - Disent qu'ils vont vous rappeler. Ne nous rappellent jamais. Pas de sexe ? Ils sont dans les bras d'une autre deux jours après."

Les deux sont plus jeunes que moi. Les deux trouvent que je suis chanceuse d'avoir un "living chum" présentable et un fils.

Et c'est ainsi que j'en viens à mon secret. Mes secrets plutôt. Et je vous préviens : c'est difficile à suivre :

J'ai été convaincue pendant longtemps, il y a des années de ça, que l'homme idéal existait, que j'allais le dénicher et que je deviendrais sa femme.  - Idéale, il va sans dire.

J'ai appris, après multiples déboires, qu'il existait, qu'il existe toujours, mais que ma personnalité profonde, mon éducation, ma mentalité, mon idiosyncrasie m'ont toujours empêchée de le voir. Et après en avoir parlé avec les deux amis que j'ai mentionnés ci-dessus, je suis de plus en plus convaincue que, personnellement, et qu'eux non plus, nous ne les verrons jamais ces êtres "idéaux".,,, quoique je crois avoir trouvé le mien.

Je ne sais pas si vous êtes tous passés par là, les filles, comme les gars, mais tout ce que j'ai entendu, à la maison quand j'étais jeune, c'était de me méfier des prédateurs, des profiteurs, des contrôleurs, des séducteurs et (je résume) ce n'est malheureusement que ceux-là que j'ai vus toute ma vie. Je les ai "spottés" pour utiliser un canadianisme qui dit bien ce qu'il veut dire. Je les regardais et, se voyant regardés, qu'est-ce que vous pensez qu'ils faisaient ? Ils venaient vers moi avec leurs propositions, toujours les mêmes. - Tous les autres, les bons gars, les gentils, je ne les voyais pas et, forcément, je ne les attirais pas.

C'est un de mes vieux copains qui m'a dit, un jour, plus ou moins la même chose, que, dans son cas, toutes les femmes qui semblaient s'intéresser à lui prenaient des calmants ou des - c'est le nouveau mot - des "stabilisateurs d'émotions". M'a avoué qu'il ne voyait pas les femmes normales qui ne cherchaient pas à  mettre le grapin sur lui.

Psychologues, psychiatres : voulez-vous enseigner cela à vos patients : que nous ne voyons qu'une partie très limitée des gens qui sont dans notre entourage, que le reste nous reste caché car :

Contrairement à elle ou lui (cités ci-dessus), il existe des hommes biens, gentils et tout (mon avocat du début) et des femmes vertueuses et fidèles. Je sais : j'en connais. Et ils me disent tous avoir des problèmes à trouver l'âme soeur.

Dites-leur également que ces "âmes-soeurs" ne se trouvent pas dans les endroits que l'on fréquente parce que nous ne fréquentons que les endroits où nous savons reconnaître et éviter les prédateurs, les profiteurs, les contrôleurs, les séducteurs...

C'est du moins ce qui m'est arrivé.

À mon bureau, je regardais l'autre jour ceux qui me sourient constamment, qui sont toujours prêts à me rendre service et n'ai trouvé que des maris qui trompent leurs femmes, des  coureurs de jupon, des éternels adolescents ; et puis j'ai regardé les autres. Pas tous des Adonis, pas tous des esprits brillants ni des charmeurs, mais combien d'hommes bons, fiables, qui ne flirtent jamais avec  les dactylos et pour qui la téléphoniste (très jolie, mais ça fait onze ans qu'elle est seule) est une téléphoniste et non une proie.

Et tout cela m'a ramené à mon chum du moment :

(Note : ne vous en faites pas si je parle de lui : il ne le saura jamais. Avant qu'il lise le Castor™, le Canada aura gagné la coupe du monde de football et si jamais ça lui arrive, il va me dire que je suis folle. Ce qui est un peu vrai... en ce qui le concerne.)

C'est un de ces bons gars qu'il m'a fallu du temps à trouver. Il prend soin de moi comme tous les bons gars le font : gauchement, mais avec respect. - S'il me trompe ? - Une hantise chez moi. - Je ne sais pas, mais s'il le fait, faudra l'inscrire dans les livres de Records Guiness. - Ses intérêts ? Le hockey, le baseball, le football, le basketball, le golf... Passe ses soirées devant le téléviseur pour finir par me dire que tel ou tel club va passer "en finale" avant de me prendre dans ses bras et de me souhaitez bonne nuit.

Vous savez quoi ? La chaleur humaine, ne serait-ce qu'elle, a du bon.

N'hésitez pas si vous en trouvez un semblable : l'amour, c'est plus que de la passion. C'est beaucoup mieux.

Où je l'ai rencontré ? Dans un endroit où je ne vais presque jamais : un magazin de sport !

Vous voyez ce que je veux dire ?

But enough about lui :

Mon fils :

Il aura douze ans bientôt et je m'inquiète sérieusement pour son avenir. S'il imite son père, il deviendra un de ceux que je viens de montrer du doigt et ça je veux l'éviter à tout prix.

Et ma triste adolescence ?

Ce sera pour une autre fois.

Et qu'est-ce qui a déclenché, provoqué, tout ce qui précède ? Deux bouts de conversation que j'ai entendus il y a trois semaines au bar où j'étais allé avec une amie, après le travail :

1) Elles avaient, je crois, tous les deux, entre trente-cinq et quarante-cinq ans. - Aujourd'hui, comment le savoir ? - L'une dit à l'autre : "Ouais, quarante ans... Pas d'chum, pas d'enfant..."

2) Lui avait peut-être cinquante-huit, cinquante-neuf ans, mais il aurait pu en avoir soixante-cinq et même plus. - Aujourd'hui, comment le savoir ? - L'autre était plus jeune. Dans la cinquantaine, mais au tout début. - Le premier lui dit : "Je ne sais pas, mais on dirait que je rencontre de moins en moins de gens heureux. - Révolution tranquille ? Libération sexuelle ? Les hommes et les femmes qui se sont assumés, libérés ? J'ai l'impression de regarder que des erreurs de parcours..."

Les deux m'ont mise dans un état terrible. J'ai téléphoné à ma mère, 65 ans, pour lui demander comment elle allait.

Puis le reste de la soirée, j'ai essayé de ne pas penser.

Ce soir-là, quand je me suis étendue à côté de mon chum, je pense que j'ai pleuré un peu.

George



Folklore américain

Cette semaine, une chanson qui date des années dix ou douze (1910-1912) composée par la petite fille d'un esclave américain, alors qu'elle n'avait que quatorze ou quinze ans. Née en 1895 et décédée en 1987, elle fut (re)découverte alors qu'elle avait soixante ans après quelque 25 ans d'absence. Du jour au lendemain, elle (re)devint vedette et se produisit dans des tours de chants jusqu'à la fin de sa vie

Son nom : Elizabeth Cotten.

Une page sur l'encyclopédie Wikipedia (en français) lui est dédiée :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Elizabeth_Cotten

On y lira qu'elle doit sa notorité non seulement à cause de ses comopositions - dont la plus célebre fait l'objet de cette chronique - mais surtout à cause de son style de guitare peu orthodoxe.

Il s'agit de "Freight Train" dont les paroles sont :

Freight train, Freight train, run so fast
Freight train, Freight train, run so fast

Please don't tell what train I'm on
They won't know what route I've gone 

When I am dead and in my grave 
No more good times here I crave
Place the stones at my head and feet
Tell them all that I've gone to sleep.

When I die, Lord, bury me deep
Way down on old Chestnut street
Then I can hear old Number 9
As she comes rolling by.

C'est magnifique, vous verrez.

Les trains de marchandises roulent si vite
Les trains de marchandises roulent si vite

Ne dite à personne sur lequel je suis monté
Ainsi nul ne saura où je m'en suis allée

Quand je serai morte et dans la tombe
Des bons moments d'ici j'en aurai plus envie
Placez une pierre à ma tête et une autre à mes pieds
Dites à tous que je suis allé dormir.

Enterrez-moi profondément
Sur le vielle rue d'en bas, près du châtaigner
Ainsi je pourrai entendre le numéro 9
Quand il passera tout près.

Vous trouverez, sur YouTube, diverses versions de cette chanson :

Par Elizabeth Cotten elle-même :

https://www.youtube.com/watch?v=43-UUeCa6Jw

Par Joan Baez :

https://www.youtube.com/watch?v=F_wrFI-Kbxk

Par Peter Seeger :

https://www.youtube.com/watch?v=5s_yumYPFm4

Par Taj Mahal :

https://www.youtube.com/watch?v=lPo-7bzU3wM

Et dans une adaptation française, par Joe Dassin :

https://www.youtube.com/watch?v=EL5RmojJiFM

 

Freight train par Madame Élizabeth Cotten

        



 

M. Joseph van Gogh - Loren, Alabama

Entre deux papes, lors des conclaves, il n'existe pas un homme sur terre qui est infaillible.

M. Karab Amabo - Londres SW8

Bertand Russel, when asked what he would do, when he passed away and was meet by a God he didn't believe in, replied that the first question he would ask him is who it might be : Zeus ? Isisris ? Elohim ? Yaweh ? Thor ? - The second would be : "Why have you gone to all the trouble of hiding yourself all these years ?"

M. Julien Rolland - San Francisco, Californie

Il est, en effet, interdit de tuer son épouse sauf si : elle vous trompe, est lesbienne, sorcière ou chiromancienne, si elle n'était pas vierge quand vous l'avez épousée, n'obéit ni à son père, ni à son pasteur, s'approche trop près du tabernacle, ou pire encore : si elle travaille le dimanche. (Epître aux Romains - 1, 24 à 32 ; Le Deutéronome - 13, 1 à 5, 13, 7 à 12, 13, 13 à 19, 17, 2 à 5, 17, 12, 18, 20 à 22 ; L'Exode - 22, 17, 22, 19, 31, 12 à 15 ; Le Lévitique - 20, 9, 20, 10, 20, 13, 20, 27, 24, 10 à 16 ; Les Proverbes 20, 20 ; Le Livre des Chroniques - 15, 12 à 13 ; Zacharie - 13, 3 ; Les Nombres - 1, 48 à 51...)

M. Pierre Legendre - Tacky, Alberta

Certains anti-Couillard (l'actuel premier-ministre du Québec) n'aiment pas d'autres anti-Couillard car ils trouvent qu'ils ne le détestent pas assez.

Ms. Johann Woolf - Montréal-Nord, Québec

La musique "New Age" est un bruit de fond créé à partir d'à peu près n'importe quoi, largement répandue par des pseudo-intellectuels, plus ou moins illuminés, qui sont convaincus que les carillons éoliens sont des instruments de musique.

M. Raynald Terence - Mexico City, Mexico

Oh, vous savez, si jamais il vous vient l'envie de faire l'expérience de rituels de foi médievaux avec bougies, encens, statues multicolores, marches, musique sur des paroles dites dans une langue morte, des hommes en robes brodés et divers objets de culte en or véritable, les catholiques sont insurpassables dans ce domaine.

M. Charles Chaney - San Pedro,

Il s'agit de l'élégante réalité de l'univers...

Ms. Monique Phelps - Arles, France

Lourdes ? 80.000 visiteurs par année. - 150 ans. - 66 guérisons miraculeuses. - Quelque 2.000 guérisons inexpliquées.

M. Jean Lavallée - Rome, Italie

+447955905099, un numéro qui est en voie de devenir aussi célèbre que le numéro du prisonnier Vince Everett (Elvis Presley) dans "Jailhouse Rock".

 
 

Cette édition du Castor est dédiée à :

Toby Esterhase
(Bernard Hepton)

(1924 - )

(Photo en provenance du site www.film-foundation.org)

c

Répandez  pendant plusieurs mois la rumeur que vous êtes un lève-tôt et vous pourrez dormir tous les jours jusqu'à midi.

Mark Twain

 

Webmestre : France L'Heureux

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